Promotion du Faso Dan Fani : les tisseuses du Sud-Ouest paradent à Gaoua avec EDEC Burkina/Afrique

Dans le cadre de sa croisade entamée le 29 novembre 2024 à Gaoua, dans la région du Sud-Ouest, l’association Éduquer pour Développer – Éveil de Conscience (EDEC Burkina /Afrique ), a organisé une parade le 30 novembre 2024. Cette initiative visait à promouvoir le Faso Dan Fani Made in Burkina Faso tout en dénonçant l’importation de faux tissus. La parade s’est suivie d’une rencontre avec les tisseuses de la région.
Plus de deux cents tisseuses, certaines à moto, d’autres debout sur un camion-podium, ont traversé les principales artères de la cité de Bafudji, vêtues du Faso Dan Fani qu’elles arboraient fièrement. Des slogans ont été scandés pour dire non à l’utilisation des fils importés, surtout le faux fil Faso Dan Fani. Parmi les spectateurs, certains habitants de Gaoua, eux aussi habillés en Faso Dan Fani, ont été encensés par les manifestantes.
Le défilé a pris fin à l’École nationale des enseignants du primaire (ENEP) de Gaoua, où une rencontre a eu lieu entre EDEC Burkina/Afrique et les tisseuses. Les discussions à bâtons rompus ont porté sur les défis posés par les fils importés et sur l’importance de promouvoir un Faso Dan Fani véritablement burkinabè.
La veille, lors d’une rencontre entre EDEC et les forces constituées de la région, Mariam Pooda, présidente de l’association des tisseuses du Sud-Ouest, s’est engagée, au nom de ses membres, à n’utiliser que les fils produits localement. Tout en réitérant cet engagement, elle a soulevé plusieurs défis auxquels font face les tisseuses. En raison de la proximité de la région avec le Ghana, le Sud-Ouest est particulièrement touché par l’importation de faux fils.
« Nous acceptons la décision de notre gouvernement. Nous sommes patriotes et prêtes à tisser avec les fils du Burkina pour le bien de notre pays et de nos familles. Mais nous demandons à Filsah (Fils du Sahel) de nous accompagner. Il serait utile que l’entreprise propose des fils déjà teints, car beaucoup d’entre nous ne maîtrisent pas cette étape, ce qui complique notre travail. Nous avons la volonté, mais les moyens techniques manquent », a-t-elle fait comprendre.
Mariam Pooda a également demandé à ce que des agences de distribution soient implantées dans le Sud-Ouest pour faciliter l’accès au fil burkinabè.
Elle a toutefois exprimé ses inquiétudes face à l’interdiction prochaine d’importation des fils, prévue pour fin décembre. « Ces braves femmes nourrissent leurs familles grâce au tissage. Si nous ne trouvons pas d’alternatives, que deviendront-elles ? », s’est-elle souciée.
Malgré ces préoccupations, elle a souligné les efforts de son association, qui a déjà organisé des formations sur la teinture pour aider ses membres à se préparer à ce changement.

En réponse, le président d’EDEC Burkina/Afrique, Abdoulaye Kouanda, a promis de compiler toutes les préoccupations des tisseuses dans un mémorandum destiné aux autorités et aux acteurs de développement.
Il a aussi rappelé l’importance de distinguer le faux Faso Dan Fani de l’authentique. Avec un briquet, il a fait une démonstration. Un faux pagne synthétique fond comme du caoutchouc lorsqu’il est brûlé, tandis qu’un véritable pagne en coton laisse des cendres.
« En plus de nuire à l’économie nationale, le faux Faso Dan Fani peut causer des maladies et est inconfortable à porter sous la chaleur », a-t-il ajouté.
Il a précisé que l’association EDEC Burkina/Afrique n’est pas une filiale de Filsah, mais œuvre pour la sauvegarde du patrimoine culturel burkinabè.

Après Gaoua, l’association prévoit d’étendre sa campagne à d’autres régions du pays pour promouvoir le consommons burkinabè et lutter contre les faux tissus. Il a ajouté que cette campagne s’inscrit dans le cadre des Journées d’engagement patriotique. « Le Premier ministre nous a instruit d’inscrire nos actions dans le cadre des Journées d’engagement patriotiques. On l’a fait à Ouagadougou, on nous a demandé d’aller en région et nous avons choisi Gaoua comme première région qui a même formé Thomas Sankara dès son jeune âge, pour venir échanger avec les acteurs locaux qui vivent du métier de tissage. Il faut reconnaître qu’il y a deux millions d’habitants au Burkina Faso qui vivent de la filière coton-fibres-textile », a-t-il fait comprendre.
Le président de la Chambre des métiers du Sud-Ouest, Kambou Yebité Soyoro, a salué cette initiative, qui vient renforcer les efforts locaux. Il a exhorté les détenteurs de faux fils à se signaler auprès de la Direction régionale du commerce avant l’entrée en vigueur de l’interdiction. « Depuis longtemps, nous sensibilisons sur cette décision, qui vise à encourager la consommation des produits locaux », a-t-il rappelé.
Josué TIENDREBEOGO
Faso7



