Thaliane : «J’ai été et je suis une vraie battante»

Thaliane, à l’état civil Wo Natalie Traoré, est une artiste-musicienne burkinabè bien connue dans l’univers musical du pays des Hommes intègres. En début janvier 2022, l’artiste a mis à la disposition de ses fans, un single dénommé «Femme battante». Le lundi 11 avril 2022, elle a été reçue dans les locaux de Faso7 pour parler de son actualité et du monde musical burkinabè.
Faso7 : Thaliane avait un peu disparu des écrans, qu’est-ce-qui explique cela ?
Thaliane : J’ai beaucoup connu des hauts et des bas dans ma carrière, parce qu’il y a eu un moment où j’avais un producteur, et après, je me suis retrouvée sans producteur. Comme vous le savez, dans ce milieu et sans producteur et en tant que femme, ce n’est pas toujours évident. Le milieu aussi est très dangereux pour les femmes.
Même en quête de producteur, tu peux être confrontée à beaucoup de personnes de mauvaise foi. Et comme on m’avait prévenue que le milieu est dangereux, et que j’étais encore plus jeune, c’était difficile pour moi de trouver un producteur et garder ma dignité surtout.
Ce qui a fait qu’à ce niveau, cela a beaucoup trainé parce que j’avais cette peur-là d’aller vers les gens puisqu’on m’avait prévenue. Donc, ça fait que moi et ma carrière, on a beaucoup souffert.
En plus, j’ai eu un bébé en 2019, donc cela explique aussi ma disparition sur la scène musicale.

Faso7 : Tu es revenue sur la scène musicale avec un single dénommé « Femme battante ». Dit nous, pourquoi ce clin d’œil à la femme ?
Thaliane : « Femme battante », parce que c’est une chanson qui a été inspirée de mon vécu personnel. Parce que toute ma vie, je me suis battue. J’ai été et je suis une vraie battante car j’ai connu des moments très difficiles, mais j’ai réussi à tous les surmonter.
En plus, j’ai voulu faire un son pareil pour motiver toutes les femmes. J’ai été faite ambassadrice de bonne volonté contre les violences basées sur le genre et c’est pour cela que j’ai tenu à faire cette chanson, car la majeure partie des violences qui sont basées sur le genre sont dues à la non-autonomisation des femmes, ce qui les amène, le plus souvent, à se confronter à certaines situations qui ne sont pas morales.
Cette chanson, c’est pour dire à toutes les femmes qu’elles sont capables de réussir. Il suffit d’avoir les ambitions, les projets et essayer de les mettre en place. Je me suis toujours battue et j’ai toujours eu la chance de m’en sortir. Donc, j’invite toutes les femmes à foncer et à ne pas baisser les bras.
Faso7 : Comment se comporte ce titre sur le marché ?
Thaliane : Je peux dire que ça se passe bien pour ce nouveau single, parce que dès la sortie du single, il a été très bien accueilli. Comme le mois de mars a été aussi le mois de la femme, ça été très chargé pour moi. J’ai eu à faire pas mal de prestations organisées par les femmes et elles m’ont associée à leurs activités. Cela fait déjà deux mois que le single est sorti et le bilan est déjà positif.
Faso7 : Avec les évènements politiques et sécuritaires, beaucoup d’activités sont en berne. Quelle est l’actualité de Thaliane ?
Thaliane : Cette situation n’est pas simple surtout avec « Femme battante », j’ai beaucoup souffert. On avait fait sorti l’affiche, et le 24 janvier était la sortie du single. Et net, la veille, il y a eu le coup d’Etat et on a dû reporter. Pourtant, c’était des moyens qu’on avait mis et ça n’a pas été simple pour nous.
Mais après, on s’est ressaisi et on a mené la communication comme on pouvait. Donc, cette situation sécuritaire, vraiment, ennuie beaucoup de choses surtout dans le domaine culturel, car dans la majeure partie ou les choses sont organisées, se trouvent annulées à la dernière minute, parce qu’on ne sait jamais à quoi s’attendre. Ce n’est pas simple, mais on essaie de s’adapter.

Faso7 : Selon toi, quelles sont les difficultés du show-biz burkinabè ?
Thaliane : D’abord, il faut savoir que le show-biz burkinabè est un milieu très difficile parce que déjà, ça manque de mécènes. Ça manque vraiment de gens qui investissent réellement dans la musique. Ça manque aussi de producteurs, de managers compétents.
Dans la plus part du temps, il y a des managers qui arrivent à se démarquer, mais ils ne sont pas nombreux. La majeure partie, ce sont des gens qui viennent vers toi et disent vouloir travailler avec toi. Mais ils ne sont pas sérieux. En fin de compte, c’est toi l’artiste même qui va trouver tes gombos (prestations, ndlr) et lui, il devient un coursier.
Il y a des managers aussi qui manquent de vision sur la chaine internationale. Ils n’arrivent pas à s’imposer et à propulser les artistes sur la chaine internationale. Je pense qu’il y a un combat à mener pour que la musique burkinabè puisse être consommée au maximum, que ce soit dans les médias et même lors des concerts, que les mélomanes sortent nombreux pour soutenir les artistes, parce qu’il y a cette confiance-là qui était rompue entre les artistes et les mélomanes.
Mais de plus en plus, cette confiance est en train de revenir. Il faut que les mélomanes soient des acteurs qui vont jouer sur la carrière de l’artiste. C’est très important, car un artiste sans mélomanes, ne sert pas.
Faso7 : Dans l’entendement populaire, il ressort que parfois, certaines artistes sont confrontées à des propositions indécentes…
Thaliane : [Suivez la réponse dans cette vidéo]
Faso7 : As-tu déjà été confrontée à de pareilles situations ?
Thaliane : Oui en tant que femme, j’ai déjà fait face à ce genre d’incidents, mais je reste forte, parce que je crois beaucoup en moi et à mon talent. Je sais de quoi je suis capable, je connais ma valeur et c’est ça qui me permet de tenir face à ces genres de situations.

Faso7 : Quel est ton message à l’endroit des Burkinabè, qui actuellement, sont confrontés au problème sécuritaire ?
Thaliane : Dans cette situation, je pense qu’on doit s’unir car sans l’union, on ne pourra pas vaincre le terrorisme. Il faut que l’on se soutienne aussi, parce qu’il y a beaucoup de déplacés internes qui ont besoin de nos soutiens.
Moi, en tant que femme battante, je suis sur un projet. Je veux organiser un évènement dénommé les «72 heures de la Femme battante ». Durant ces 72 heures, il y aura un concert qui va nous permettre de réunir des fonds pour soutenir les déplacés internes.
Je pense qu’on doit tous se mobiliser pour aider ces personnes. Imagine, tu vis ici et du jour au lendemain, tu perds tout et tu es obligé de tout quitter sans rien. Ce n’est pas simple pour ces personnes. Pour cela, il faut que les œuvres caritatives se multiplient, que chacun puisse penser à ces personnes et qu’on contribue à les aider. Ces « 72 heures de la Femme battante » auront lieu en début juillet 2022, si tout va bien.
Faso7 : Dans ta vie d’artiste musicienne, quel est ton pire et ton meilleur souvenir ?
Thaliane : [Suivez la réponse dans cette vidéo]
Interview réalisée par Estelle GUIRA (Stagiaire)
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