FILO 2025 : Aristide Ouédraogo, « bâtisseur d’esprits et défenseur infatigable du livre »

À l’occasion de la Foire internationale du livre de Ouagadougou (FILO) 2025, l’auteur, éditeur et entrepreneur culturel Aristide Ouédraogo, PDG de Accès Succès International, a accordé une interview ce jeudi 27 novembre 2025 dans laquelle il revient sur son parcours, les défis du secteur littéraire burkinabè et la nécessité urgente de réhabiliter la culture de la lecture.
Pour Aristide Ouédraogo, l’aventure littéraire débute dès la classe de 6e. Accueilli chez un oncle passionné de lecture, il découvre une bibliothèque personnelle qui deviendra déterminante pour son avenir. « J’ai commencé à dévorer les livres », raconte-t-il. Première année, premiers succès scolaires… et surtout premières immersions dans l’univers littéraire. Son arrivée dans un lycée, doté d’une riche bibliothèque, ouvre un nouveau chapitre : il lit tous les genres, y compris des ouvrages de philosophie dès la classe de 5e.
Cette passion se transforme rapidement en création. Un concours de poésie marque un tournant, son poème Enfant de la rue remporte le premier prix et deviendra plus tard un recueil. De là, il passe au roman, puis à l’essai, au théâtre… Une production prolifique façonnée par une soif de lecture jamais assouvie.

Mais derrière ce parcours inspirant se cachent de profondes difficultés structurelles. « La vie d’auteur au Burkina Faso est très compliquée », admet-il sans détour. Trouver une maison d’édition relève souvent du parcours du combattant. Les coûts d’édition restent élevés et la rémunération par droits d’auteur, faible et lente. « Souvent, l’auteur doit attendre jusqu’au 500e exemplaire vendu avant de toucher un droit », déplore-t-il.
C’est cette réalité qui le pousse, en 2015, à créer sa propre maison d’édition afin de s’offrir et d’offrir aux autres une alternative crédible. Mais même avec cette avancée, il reconnaît que nombre d’auteurs burkinabè restent bloqués à l’étape de la production, faute de moyens ou de soutien institutionnel.
Aujourd’hui, Accès Succès International se positionne comme un acteur majeur du livre au Burkina Faso. La maison revendique plus de 300 auteurs accompagnés, plus de 500 ouvrages publiés et un ambitieux programme : la Caravane du livre et de l’écrivain.

Cette initiative vise à parcourir le pays pour promouvoir la lecture, accompagner les jeunes auteurs et renforcer la présence de bibliothèques dans les écoles. « On ne peut pas être acteur de l’éducation sans bibliothèque », insiste-t-il.
Interrogé sur le rôle de l’État dans la promotion de la lecture, l’éditeur se montre direct. « Il y a encore beaucoup à faire », a-t-il lancé. Les bibliothèques existantes sont jugées insuffisamment renouvelées, trop remplies d’ouvrages étrangers et peu connectées à la production littéraire burkinabè.
Il regrette également l’absence de bibliothèques dans les communes, dans les ministères et jusque dans l’armée. « La jeunesse qui n’aime pas lire est en danger », prévient-il. Il explique comment l’absence d’habitude de lecture expose les jeunes à des erreurs lourdes, notamment dans les contrats et les engagements professionnels.

Pour répondre à ce défi, il annonce la mise en place de la plateforme numérique www.fasolivre.com destinée à faciliter l’accès aux œuvres locales via smartphone.
L’éditeur lance un appel vibrant « de la même manière qu’on achète la nourriture pour le corps, on doit nourrir l’esprit ». Chaque maison devrait disposer d’un espace dédié à la lecture, condition essentielle pour développer le potentiel intellectuel des jeunes générations.
Faso7



