Germaine Pitroipa : «Je ne vois pas en quoi Blaise Compaoré peut être un obstacle à une réconciliation»

Germaine Pitroipa, ancienne député à l’Assemblée nationale s’est prêtée aux questions de Faso7, le jeudi 14 avril 2022. Dans les lignes qui suivent, elle revient sur le verdict du Procès de l’assassinat de Thomas Sankara et jette un regard critique sur l’absence de Blaise Compaoré, condamné à la perpétuité dans le dossier.

Faso7 : Le verdict du Procès de l’assassinat de Thomas Sankara et ses 12 compagnons est tombé le 6 avril dernier. Quelle est votre réaction ?

Germaine Pitroipa : Enfin ! Ce n’est pas tant le verdict, les condamnations en tant que tel. Enfin ! Le procès a eu lieu. 35 ans après, justice est rendue à Thomas (Sankara) et ses compagnons. Thomas (Sankara) a été réhabilité, mais je pense qu’il l’a été déjà avec l’Insurrection. Il a été réhabilité par le peuple burkinabè dans sa composante jeunesse, mais la justice aussi le réhabilite. Nous avons appris beaucoup de choses à savoir qu’il n’y avait pas que des révolutionnaires dans la Révolution.

Ce n’est pas la sentence qui a été donnée aux uns et aux autres qui me rend fière, c’est que le procès ait lieu. Ma satisfaction est que le procès ait eu lieu et que Thomas (Sankara) ait été réhabilité par la justice, que les familles, d’une façon ou d’une autre, puissent enfin commencer à faire leur deuil.

Le Burkina Faso vient une fois de plus d’administrer la preuve que le Burkinabè n’est pas un nom inventé pour rien. Il (Thomas Sankara) n’a pas donné ce nom à ce pays pour rien. A travers sa justice encore et l’insurrection populaire, le Burkina Faso vient de montrer que l’Afrique n’est pas le continent tel que l’on le pense. La justice peut être rendue au Burkina Faso et en Afrique.

Des gens qui ont été appelés camarades, amis, et frères de Thomas (Sankara) l’ont trahi

Faso7 : Alors, la question que l’on se pose après 6 mois de débat, c’est est-ce que la vérité a été dite ?

Germaine Pitroipa : Il n’y a jamais eu une vérité. Il y a plusieurs vérités. Une des vérités, c’est que Thomas (Sankara) a voulu que ce pays avance. Il est venu avec un projet de société par lequel il a voulu que le Burkina Faso sorte de l’anonymat, que l’on inscrive le pays sur la carte du monde. Cette vérité, elle a été dite. Maintenant, la vérité judiciaire, nous aurions espéré si tous les acteurs de ce drame étaient là.

Mais, comme il y a certains qui ont préféré continuer leur lâcheté en ne se présentant pas à cette justice, nous pensons que cette vérité, tôt ou tard, on la saura. Mais on sait que des gens qui ont été appelés camarades, amis, et frères de Thomas (Sankara) l’ont trahi. Ils l’ont trahi parce qu’ils voulaient interrompre la Révolution. Et je pense que cette vérité, au moins, le peuple burkinabè le sait.

Faso7 : L’un des principaux condamnés, l’ancien président Blaise Compaoré, est en Côte d’Ivoire. D’aucuns estiment que sa condamnation est un frein à la réconciliation nationale. Le pensez-vous aussi ?

Germaine Pitroipa : Je ne comprends pas pourquoi on me parle de réconciliation. Blaise (Compaoré) a dit qu’il n’est plus Burkinabè. Comment il va être un obstacle pour la réconciliation, puisqu’il est un Ivoirien d’après ce que j’ai compris, et c’est pour cela qu’on ne l’a pas extradé. Je ne vois pas en quoi Blaise (Compaoré) peut être un obstacle à une réconciliation si le peuple burkinabè a besoin de se réconcilier avec lui-même. C’est un faux problème auquel je n’accorde aucune importance. Ceux qui ont besoin de se réconcilier se connaissent.

Pour moi, c’est le terrorisme qui nous est imposé qui veut nous diviser, qui veut rendre le peuple méfiant envers les uns les autres. Sinon, en dehors de ça, le Burkina Faso n’a jamais eu de problème de réconciliation. On vivait en harmonie jusqu’à ce que quelques fous furieux venant de je ne sais pas où, viennent pour nous imposer une division.

Il n’y a pas de lien entre le verdict qui a été prononcé et la réconciliation. La réconciliation est une invention de tous ceux qui veulent que l’on laisse la justice de côté pour privilégier l’impunité, mais l’impunité ne passera pas au Burkina Faso.

Faso7 : Blaise Compaoré et Hyacinthe Kafando sont toujours en exil. Cette situation est-elle souhaitable ?

Germaine Pitroipa : Ce sont eux qui ont choisi de s’exiler. Les insurgés n’ont jamais demandé à Blaise (Compaoré) de quitter le Burkina Faso. Ils ont dit de quitter Kossyam. Hyacinthe Kafando, jusqu’à preuve du contraire, est resté au Burkina Faso après l’insurrection et je ne pense pas que quoique ce soit lui est arrivé pour qu’il ait besoin de s’exiler si ce n’est que les enquêtes s’approchaient de lui. Si quelqu’un commet un crime et ne veut pas répondre, alors, qu’il s’exile.

Faso7 : Il reste la question des restes des infortunés. Quel sort pensez-vous qu’on peut leur réserver ?

Germaine Pitroipa : [Suivez la réponse dans cette vidéo]

Interview réalisée par Ignace Ismaël NABOLE et Alice Suglimani THIOMBIANO

Faso7

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