Assassinat de Norbert Zongo : Le message de l’AJB

Ceci est le message de l’Association des journalistes du Burkina (AJB) à l’occasion de la commémoration de l’assassinat du journaliste Norbert Zongo et ses compagnons.

Militantes et militants du CODMPP et de la CCVC !

Confrères et consœurs,

Peuple du Pays réel !

13 décembre 1998 – 13 décembre 2024 ! Il y a 26 ans jour pour jour que Norbert Zongo a été assassiné et brûlé à Sapouy ! 26 longues années que le peuple est debout pour la vérité et la justice. 26 ans que le peuple ne baisse pas les bras malgré l’impunité entretenue au gré des tergiversations et autres pirouettes judiciaires et politiques. Comme chaque année, le peuple est encore là ce matin, dans le froid, mais plus que jamais déterminé.

Militantes et militants du CODMPP et de la CCVC !

Confrères et consœurs,

Peuple du Pays réel !

En effet, le 13 décembre 1998, le régime barbare et sanguinaire de Blaise Compaoré a franchi le rubicond, en commettant le crime de trop et scellant à jamais son sort. Ce jour-là, Norbert Zongo, fondateur et Directeur de publication de L’Indépendant, journaliste émérite, et ses trois compagnons sont tombés dans une embuscade d’un commando de l’ex Régiment de sécurité présidentielle (RSP), la garde prétorienne de Blaise Compaoré, à Sapouy où ils ont été tués et brulés. Son unique crime, son combat pour la vérité et la justice. Il enquêtait alors sur la disparition de David Ouédraogo, torturé à mort, au sein du Conseil de l’entente, le siège de l’ex RSP. David Ouédraogo était le chauffeur de François Compaoré, frère cadet de Blaise Compaoré.

La mort de Norbert Zongo ce jour s’est transformée en un puissant courant révolutionnaire contre l’impunité des crimes de sang et économique, pour la liberté, la démocratie et l’Etat de droit véritable.

Chers confrères et consœurs,

Peuple du Pays réel !

En 26 ans de lutte, il y a eu des victoires d’étape comme l’insurrection populaire d’octobre 2014, la résistance victorieuse au coup d’Etat de septembre 2015, les procès historiques tels les dossiers Thomas Sankara, Dabo Boukary, l’inculpation de François Compaoré en tant que commanditaire de l’assassinat de Norbert Zongo, l’incarcération de présumés assassins du journaliste et ses compagnons. Mais, il y a eu aussi des déceptions marquées par les dures répressions contre les libertés et les défenseurs des droits humains comme c’est le cas depuis 2022 et ses coups d’Etat à succession. 

Neuf ans après la réouverture du dossier judiciaire, force est de constater que le chemin de la justice est toujours semé d’embuches. L’espoir d’une justice rapide s’est amenuisé.

En effet, le commanditaire présumé du crime, François Compaoré refuse de se soumettre à la justice de son pays, malgré le mandat d’arrêt délivré contre lui. Il s’est accroché à la Cour européenne des droits de l’Homme qui a fini par s’opposer à son extradition le 7 septembre 2023.

Depuis ce jour, plus rien à l’horizon. Et nous posons la question, cette question devenue interminable : à quand la justice pour Norbert Zongo, Blaise Ilboudo, Ernest Zongo et Abdoulaye Nikiéma ? Depuis 26 ans, les ayant droits et le peuple du Pays réel attendent la réponse à cette question.

Depuis 26 ans, le message est resté et reste le même : Vérité et justice pour Norbert Zongo et ses compagnons d’infortune !

Depuis 26 ans, les journalistes du Burkina, de l’Afrique et du monde, les avocats des familles, les défenseurs des droits de l’Homme et les militants du Pays réel sont toujours debout. Il y a deux ans jour pour jour, nous écrivions ceci : « Les longues années de lutte, la répression, les tergiversations ne sont pas venues et ne viendront pas à bout de notre détermination. Que les nouveaux princes et leurs partisans prompts à applaudir toutes les restrictions à la liberté d’expression et de la presse en prennent de la graine.

Que tous ceux qui se reconnaissant dans le sacrifice de Norbert Zongo, digne fils du Burkina et d’Afrique cessent de hurler avec les loups. »

Norbert Zongo !

En cette année, 26e anniversaire de ton assassinat barbare, les journalistes, les défenseurs des droits humains, les démocrates et les patriotes sincères sont en émoi, soumis qu’ils sont à la répression du pouvoir du Mouvement patriotique pour la sauvegarde et la restauration (MPSR) et ses soutiens.  

Des médias étrangers et nationaux ont été suspendus, pire fermés. Des journalistes étrangers sont expulsés. Des journalistes, des magistrats, des défenseurs des droits humains, des activistes sont réquisitionnés pour le front. 

Il y a un an, nous disions que « La volonté de traquer des journalistes et des défenseurs des droits humains est affichée depuis le sommet de l’Etat. Leurs relais, des activistes de la société civile et des réseaux sociaux, des analystes en tous genres, des experts et des intellectuels, se font les apôtres de la diabolisation des médias et des journalistes. La haine contre les médias et les journalistes est telle que certains vont jusqu’à appeler à les guillotiner sur la place publique. » Hélas, rien n’a changé sous le soleil burkinabè. L’ogre est devenu insatiable.

Où sont donc passé nos confrères, tes confrères portés disparus ? Quels crimes inexpiables ont-ils pu bien commettre pour être traités de la sorte ?   

Les patriotes sincères, ceux qui de tout temps ont toujours dénoncé la corruption, érigée en système de gouvernance, la gabegie, le clientélisme politique et l’impunité des crimes économiques et de sang sont dans l’œil du cyclone. Ils sont traités d’ « apatrides » par le MPSR et ses soutiens et laissés à la solde de l’appareil répressif du pouvoir. 

Norbert Zongo !

Ton pays, ta patrie que tu as tant aimé, a ainsi, sous les régimes du MPSR, marqué un recul d’un siècle. Le combat que tu as mené est donc toujours d’actualité. Ton passage sur terre ici-bas, reste et demeure une lumière, une boussole qui nous éclaire et trace le chemin à suivre.

Les mots, les formules justes, tu les aurais trouvés pour défendre la liberté, la démocratie et les droits humains.

En révolutionnaire et patriote sincère, tu aurais tourné en dérision, leur propension à s’arroger la palme du patriotisme.

Tu leur rappellerais constamment leur engagement à mettre fin au terrorisme, qui continue d’endeuiller le peuple !

Tu leur aurais rappelé en des mots simples comme tu en avais le secret, leurs responsabilités dans la protection des citoyens, de tous les citoyens !  

Norbert Zongo !

Après 26 ans de mobilisation et de lutte, le peuple du Pays réel est encore debout et te renouvelle son engagement à poursuivre le combat afin que vérité et justice soient rendues :

  • à toi et à tes compagnons d’infortune ;
  • à Flavien Nébié, ce jeune élève fauché à la fleur de l’âge dans cette lutte pour la vérité et la justice pour toi et tes compagnons ;
  • aux Martyrs de l’Insurrection populaire d’octobre 2014 et de la Résistance héroïque au putsch de septembre 2015, tombés pour la liberté et la démocratie.

Norbert Zongo, tes confrères ici présents te réitèrent, leur détermination à se battre sans relâche jusqu’à ce que la lumière soit faite sur ton assassinat odieux le 13 décembre 1998.

Vérité et justice pour toi Norbert Zongo et pour tes compagnons !

Vérité et justice pour les victimes de l’Insurrection populaire de 2014 et du putsch de 2015 !

Vérité et justice pour toutes les victimes de crimes de sang !

Non aux menaces contre les journalistes !

Non à la caporalisation et au bâillonnement des médias publics par l’Exécutif !

Vive la liberté syndicale !

Vive la liberté d’expression et de la presse !

N’an laara ! An saara !

Ouagadougou, le 13 décembre 2024

Pour l’AJB,

 

 Le Président

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