Lettre ouverte au président Tiani : « Courage, courage, courage ! »

Ceci est une tribune adressée au président de la transition du Niger, écrite par l’écrivain burkinabè Youssouf Savadogo.

Excellence, Monsieur le Président de la Transition du Niger,

L’acharnement des Occidentaux et de certains chefs d’État contre le Niger et son peuple nous peine au point où des africanistes, et des panafricanistes ont élevé leurs voix pour dénoncer, condamner, avertir et proposer des solutions de sortie de crise. À ce titre,  j’ai aussi adressé une lettre à Monsieur Emmanuel Macron, aux chefs d’État de la CEDEAO, aux chefs militaires, etc. 

En effet Monsieur le Président, je ne suis ni un sage, ni un intellectuel chevronné, et  encore moins un activiste. Je suis un simple écrivain africain en général et burkinabé en particulier, de  ce pays voisin qui partage la même douleur  que celle du peuple nigérien.  Pour dire que nous subissons aussi  ce qui vous arrive. Et certains l’ont déjà dit, la lutte est collective. La bataille est déjà gagnée, le serpent est mourant, mais sa tête n’a pas encore été coupée.

Courage, courage, courage !

Monsieur le Président,

 pour  quelques années, la destinée du Niger est entre les mains de Dieu et les vôtres.

 Si nous avons le courage de nous afficher pour dénoncer l’injustice, le pillage, la gabegie, la mal gouvernance, le pouvoir clanique,  la corruption, le néocolonialisme pour justifier les prises de pouvoir par les armes, ayons aussi le courage de remettre en cause lorsque cela s’avère nécessaire, afin de ne pas tomber dans les mêmes erreurs.

Un adage africain dit : « Lorsqu’on vante les mérites d’une femme, on ne doit pas retrouver des cafards dans sa sauce ».  Pour paraphraser, Monsieur le Président, toute l’Afrique consciente vous a soutenu, même vos ennemis commencent à comprendre, certains sont prêts à retourner leurs vestes. Mais de grâce, vous n’avez pas droit à l’erreur. Tous les yeux sont rivés sur vous.

La France s’en va ! Elle se retire ! Mais elle reviendra sous une autre forme. La guerre contre le Niger n’aura pas lieu, mais, vigilance, car la France ne digérera jamais sa défaite ! J’espère bien que je me fais comprendre.

 Pour ce faire, réduisez autant que vous pouvez le cercle de vos adversaires internes. Récupérez-les pour la Nation.  Luttez contre la corruption.

Laissez les  filles et les fils s’exprimer, critiquer, choisissez ce qui construit et rejetez ce qui nuit et avancez dans votre lutte.

Monsieur le Président,

Aucun leader sur la terre ne pourrait faire l’unanimité, si 60 pourcent de  votre population vous soutient, rendez  grâces et bénissez Dieu. Si vous voulez 100 pour cent,  vous serez déçus. Dieu qui est le créateur de toute chose est même contesté. Les grands leaders de l’Afrique n’ont jamais fait l’unanimité.

Thomas Sankara, l’idole de la jeunesse africaine, l’un des leaders le plus aimé de l’Afrique a été contesté, et c’est ça l’opposition en toute chose. Vos meilleurs amis ne sont pas ceux qui mangent forcément à votre table. Ils sont aussi ailleurs parmi ceux qui vous critiqueront.  Jésus-Christ dit: « Malheur à vous  lorsque tous  les hommes  diront  du bien de vous. »

Monsieur le Président, 

Le jour où tous les Nigériens diront du bien de vous, c’est que vous aurez échoué à votre mission.

Dans votre leadership, certains pleureront, d’autres riront; et ainsi va la vie. L’essentiel c’est l’intérêt général de votre peuple. Avant de conclure, permettez-moi Monsieur le Président de souligner une chose importante. Si vous voulez réussir votre transition, n’ouvrez  pas plusieurs fronts à la fois.

Toute bonne révolution est brève. L’objectif des vrais révolutionnaires est concis, précis, clair et bien orienté : remettre la locomotive sur les rails, corriger les tares de la gouvernance, réorienter une politique de développement durable, dans un délai raisonnable. En deux, trois ans vous ne pourrez pas tout faire. Concentrez-vous sur les priorités de votre peuple, car les mêmes causes produisent les mêmes effets.

Tant qu’il y aura, la gabegie, la mal gouvernance, la corruption, le néocolonialisme, le pillage sans frontière, « le manger laisser les autres « , le pouvoir clanique, l’injustice, nous ne serons pas encore sortis de l’auberge.

 Mais nous croyons que la sagesse guidera nos leaders.

Monsieur le Président de la transition,

Tout leader a besoin du soutien de ses populations, mais ce qu’il faut éviter c’est le culte de la personnalité qui nous empêche de voir la réalité en face.  Un vieillard me disait un jour : Mon fils , écoute, tous ceux qui viennent vers toi ; petits, grands, intelligents, même ceux qui semblent n’avoir rien à apporter. Ils sont tous utiles. Cultive la prudence tout en restant accessible.

Vive l’Afrique, vive les peuples du Sahel, vive le Niger, vive le Mali, vive le Burkina Faso !

Youssouf Savadogo,

Ecrivain burkinabè

Articles similaires

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Bouton retour en haut de la page