Burkina Faso : L’État lève plus de 49 milliards F CFA sur le marché financier

Pour 45 milliards FCFA recherchés, les investisseurs ont proposé au Burkina Faso plus de 68,7 milliards FCFA, soit un taux de 152,7 %. (Plus de 60 % des fonds levés viennent des investisseurs burkinabè).
Le 27 août 2025, l’État du Burkina Faso a mobilisé 49,5 milliards F CFA sur le marché financier régional à travers une émission mixte de Bons et Obligations du Trésor (BAT & OAT).
Pour 45 milliards F CFA demandés, ce sont plus de 68,7 milliards FCFA qui ont été proposés, traduisant un taux de couverture de 152,7 %.
Un succès chiffré, mais une lecture fine permet de mieux comprendre les dynamiques à l’œuvre.
Mon analyse de cette opération d’emprunt : un signal à décrypter
Analysons cette opération d’emprunt autour de cinq éléments essentiels : le montant mobilisé, le taux d’intérêt retenu, la contribution des investisseurs burkinabè, les choix stratégiques du gouvernement et le montant rejeté.
- Le montant mobilisé : L’objectif de 45 milliards a été dépassé avec 49,5 milliards retenus, confirmant la confiance des investisseurs au Burkina Faso.
- Les taux d’intérêt retenus : les rendements se sont établis entre 7,61 % et 8,76 %, des niveaux relativement contenus compte tenu du contexte régional. Ces taux compétitifs traduisent une confiance des investisseurs et une bonne gestion de la perception du risque souverain du Burkina Faso.
- La contribution des investisseurs burkinabè : les souscripteurs nationaux représentent 62,27 % du montant retenu (plus de 30,3 milliards F CFA). Cette forte participation nationale démontre la capacité du Burkina Faso à mobiliser son épargne intérieure pour financer son développement. Dans un contexte où l’accès aux financements extérieurs devient de plus en plus difficile, le recours à l’épargne locale apparaît comme une solution stratégique et souveraine.
Titre : Répartition des contributions par pays (% du montant total retenu)
| Pays | Montant (en Mds FCFA) | Part dans la levée (%) |
| Burkina Faso | 30 823,70 | 62,27% |
| Bénin | 6 861,30 | 13,86% |
| Sénégal | 5 200,00 | 10,51% |
| Côte d’Ivoire | 3 250,00 | 6,57% |
| Togo | 2 500,00 | 5,05% |
| Guinée-Bissau | 865,00 | 1,75% |
| Mali | 0,00 | 0,00% |
| Niger | 0,00 | 0,00% |
| Autres | 0,00 | 0,00% |
| TOTAL | 49 500,00 | 100,00% |
- Les choix stratégiques du gouvernement
Les produits retenus émanent d’une orientation stratégique claire. Sur les quatre produits émis, les deux obligations (OAT 5 et 7 ans) ont été intégralement servies, tandis que les BAT à 1 an n’ont été absorbés qu’à hauteur de 53,15 % du montant proposé.
Cette différence reflète la volonté du gouvernement de réduire la dépendance au court terme et de sécuriser des financements stables pour ses projets. En limitant volontairement les BAT et en servant intégralement les OAT, l’État aligne la maturité de sa dette sur le cycle de ses initiatives de développement, qu’elles soient à moyen terme (routes, infrastructures sociales) ou à long terme (énergie, barrages, programmes structurants). Cette orientation envoie aussi un signal fort aux investisseurs : le Burkina Faso s’engage dans une gestion prudente et prévisible de sa dette, tout en consolidant la confiance dans ses émissions souveraines.
| Produit | Montant Proposé (Mds FCFA) | Montant retenu (Mds FCFA) | Part retenu (%) | Rd moyen Pondéré |
| BAT – 364 jours | 30 263,00 | 16 084,0 | 53,15% | 7,65% |
| OAT – 3 ans | 13 398,13 | 8 357,58 | 62,38% | 8,76% |
| OAT – 5 ans | 8 818,37 | 8 818,37 | 100,00% | 7,61% |
| OAT – 7 ans | 16 240,05 | 16 240,05 | 100,00% | 7,80% |
| TOTAL | 68 719,55 | 49 500,00 | 72,03% |
- Le montant rejeté
Près de 19,2 milliards FCFA de soumissions ont été rejetés, probablement en raison de conditions jugées trop onéreuses ou non conformes aux priorités de financement.
Il faut noter que les rejets concernent principalement les BAT à 1 an, signe que l’État préfère éviter une charge trop lourde à court terme.
En conclusion
Cette opération illustre à la fois :
- La forte confiance des investisseurs au Burkina Faso, avec un taux de couverture élevé (152,7%).
- Le poids déterminant de l’épargne nationale (plus de 60 % des souscriptions).
- La stratégie assumée de l’État : privilégier le moyen et long terme pour éviter de s’enfermer dans la pression du court ter
Comme je le souligne :
« Chaque souscription est une brique pour construire un hôpital, une école ou une route. Mais pour qu’elle porte ses fruits, elle doit s’inscrire dans une vision durable ».
Par Boukaré BANCE, analyste financier, spécialiste des marchés financiers, auteur du livre « investir à la BRVM », Fondateur du Centre d’Éducation Boursière (EDUC-BOURSE) et Commissaire Général du Salon International de la Bourse Africaine (SIBA).



