Burkina Faso : Des chercheurs identifient les freins à l’adoption des pompes solaires agricoles

Après trois ans d’études sur les obstacles à l’adoption des pompes solaires agricoles au Burkina Faso, des chercheurs ont présenté leurs résultats ce 11 septembre 2026 à Ouagadougou lors d’une conférence nationale. Les conclusions convergent vers le constat central que la connaissance de la technologie ne suffit pas à déclencher l’adoption, tant que les freins financiers, techniques et structurels ne sont pas levés.
La conférence s’inscrit dans le cadre du projet Clean Energy for Development : A Call to Action (CEDCA), initié par le Centre de Recherches pour le Développement International (CRDI) et piloté par le Partnership for Economic Policy (PEP), un centre de recherche basé à Nairobi, au Kenya, qui accompagne les équipes locales dans la production de résultats directement utilisables par les décideurs politiques.
L’étude a été conduite entre 2024 et 2026 auprès de 1 748 producteurs et productrices dans les régions du Kadiogo et de l’Oubri.

Agnès Zabsonré, enseignante-chercheuse à l’Université Nazi-Boni et représentante de l’initiative CEDCA, a présenté le principal résultat de l’étude. « Les agriculteurs ont beaucoup appris à travers ce que c’est que la technologie solaire, la pompe solaire à eau ou la pompe de surface. Mais ces connaissances n’ont pas permis de changer leurs décisions en termes d’intention d’adopter la technologie et leur disposition à payer la pompe solaire à eau pour pouvoir augmenter leur productivité agricole », a-t-elle déclaré.
Plusieurs freins à l’adoption de cette technologie ont été identifiés. Le premier est le coût élevé du matériel, jugé hors de portée par la majorité des producteurs enquêtés. Le deuxième concerne l’insuffisance des ressources en eau souterraine dans certaines zones. Cette situation oblige les entreprises d’installation à forer plus profondément, ce qui contribue à renchérir le coût global de l’équipement.
Le troisième frein réside dans le déficit de connaissance de la technologie elle-même. De nombreux producteurs connaissent encore peu les pompes solaires à eau, à l’exception notamment de certaines coopératives ayant bénéficié de subventions d’organisations internationales ou d’ONG.
À ces contraintes s’ajoutent des facteurs structurels et psychologiques. Agnès Zabsonré a notamment relevé une certaine réticence au changement chez des agriculteurs profondément attachés aux méthodes héritées de leurs parents et grands-parents, notamment l’utilisation de la houe et de la force manuelle.
Les avantages réels d’une technologie encore sous-adoptée
« Pour pouvoir avoir un effet au niveau de l’adoption d’une technologie, il faut être capable de lever toutes ces contraintes à la fois, pas une seule contrainte. Il faut lever toutes les contraintes à la fois pour espérer voir un effet sur l’adoption d’une technologie », a-t-elle précisé.
Pourtant, comparées aux motopompes à carburant, largement utilisées par les agriculteurs burkinabè, les pompes solaires présentent plusieurs avantages. Elles sont moins exposées aux fluctuations du prix des carburants, nécessitent moins d’entretien et ont un impact environnemental moindre. Elles contribuent également à préserver la santé des populations vivant à proximité des périmètres irrigués.
Le recours au pompage solaire permet ainsi d’envisager une meilleure résilience des exploitations face aux aléas climatiques et d’accroître les possibilités de production en contre-saison.
L’État confirme son engagement et fixe des attentes précises -©Faso7
Alassane Guiré, directeur de cabinet du ministre d’État chargé de l’Agriculture, a rappelé les acquis de la politique agricole nationale, notamment une production céréalière de près de 7,14 millions de tonnes et un taux de couverture de 125 % des besoins céréaliers. Il a présenté le pompage solaire comme un levier stratégique au croisement de trois piliers de la souveraineté alimentaire : l’agriculture, l’eau et l’énergie.
« La maîtrise de l’eau par le développement d’une irrigation autonome adossée aux énergies renouvelables conditionne l’augmentation de la productivité, la production de contre-saison, l’amélioration durable des revenus des producteurs et leur résilience face au dérèglement climatique », a-t-il indiqué.
Selon lui, les résultats de la recherche confirment scientifiquement la voie déjà engagée par le gouvernement. Toutefois, la sensibilisation et la démonstration pratique, bien que nécessaires, ne suffisent pas à elles seules. Elles doivent désormais être accompagnées de solutions de financement adaptées et de mécanismes de maintenance de proximité.
Au nom du ministre d’État, Alassane Guiré a formulé trois attentes précises à l’issue de la conférence. Il a notamment demandé aux agences d’exécution du ministère de proposer, avant la fin de l’année, un mécanisme de crédit adapté au cycle maraîcher, adossé à la récolte plutôt qu’au calendrier bancaire.
Développement d’une capacité nationale d’assemblage
Il a également préconisé l’élaboration d’un cahier des charges définissant les normes de qualité des équipements de pompage solaire admis sur le territoire national, assorti d’un dispositif de maintenance de proximité. Les contraintes spécifiques aux femmes productrices, qui assurent une part importante de la production maraîchère, devront par ailleurs être systématiquement prises en compte dans les politiques d’accompagnement.
Alassane Guiré a aussi plaidé pour le développement d’une capacité nationale d’assemblage et, à terme, de fabrication des équipements, afin d’éviter l’émergence d’une nouvelle dépendance technologique. Il a évoqué la possibilité de mutualiser les achats et d’harmoniser les normes avec le Mali et le Niger, dans le cadre de la coopération entre les États de l’Alliance des États du Sahel (AES).
La conférence tenue ce 11 septembre 2026 ouvre ainsi la voie à la formulation de recommandations susceptibles d’être mises en œuvre dès la campagne de saison sèche 2026-2027. L’enjeu est désormais de faire passer la pompe solaire du statut de technologie démontrée à celui d’équipement accessible et couramment utilisé par les producteurs burkinabè.
Josué TIENDREBEOGO
Faso7



