Atteinte à la laïcité : Un créateur de contenu et ses acolytes interpellés au Burkina Faso

Plusieurs personnes, dont des femmes et des hommes, ont été interpellées à la suite de la diffusion sur les réseaux sociaux d’une vidéo dans laquelle un homme identifié comme créateur de contenus affirme, en langue nationale mooré, vouloir voir les mosquées et les églises quitter le Burkina Faso. Dans cette séquence, l’intervenant évoque également la promotion de pratiques traditionnelles dans des lieux de culte musulmans et chrétiens, avant de conclure son discours par une menace de mort. Selon les informations parvenues à Faso7 ce 13 octobre 2026, les individus apparaissant dans cette vidéo ont été appréhendés par les autorités compétentes.
Dans la vidéo, le principal intervenant ne cache pas ses intentions. « Nous avons dit que les mosquées et les églises vont quitter le Burkina Faso. Ce n’est pas de la négociation », déclare-t-il devant plusieurs personnes présentes à ses côtés. Il présente cette position comme un engagement qu’il entend maintenir.
Pour justifier son discours, il propose notamment de se rendre à La Mecque et à Médine afin d’y installer des lieux dédiés aux pratiques traditionnelles et de convaincre les musulmans d’abandonner l’islam. Il développe un raisonnement similaire à propos de Jérusalem et de Bethléem, où il souhaite voir les chrétiens renoncer à leur foi au profit de ces mêmes pratiques.
La séquence, qui prend ainsi des allures de défi lancé aux deux religions, se termine par une formule qui détourne la devise du Burkina Faso : « La Patrie ou la Mort Nous Vaincrons ! Mais s’ils ne nous aiment pas ? Vous mourrez alors ». Les personnes visées par cette menace ne sont pas clairement identifiées dans la vidéo.
Les personnes interpellées pourraient être poursuivies conformément aux dispositions légales en vigueur au Burkina Faso, notamment celles relatives à la laïcité.
La liberté religieuse n’autorise pas tout
Le Burkina Faso dispose désormais de la loi n°020-2026/ALP du 20 juin 2026 relative aux libertés religieuses. Ce texte prévoit des sanctions pénales contre les discours haineux fondés sur la croyance religieuse, l’incitation à de tels discours et les propos visant à dénigrer ou à discréditer une religion, ses doctrines ou ses fidèles.
L’article 88 prévoit une peine d’emprisonnement d’un à cinq ans et une amende de 2 à 5 millions de francs CFA pour quiconque profère un discours haineux dirigé contre une personne ou un groupe de personnes sur la base de la croyance religieuse. L’article 89 prévoit trois à sept ans d’emprisonnement et une amende de 5 à 10 millions de francs CFA pour l’incitation à la profération d’un discours haineux. Quant à l’article 91, il prévoit un à cinq ans d’emprisonnement et une amende de 2 à 5 millions de francs CFA pour les propos visant à dénigrer, outrager ou discréditer une religion, un courant religieux, ses doctrines ou ses fidèles.
Les dispositions applicables aux personnes interpellées et les suites judiciaires éventuelles devront être appréciées au regard des faits retenus par les autorités compétentes. En attendant, cette affaire rappelle que les réseaux sociaux ne soustraient pas leurs utilisateurs aux règles encadrant les libertés religieuses.
Au Burkina Faso, où la coexistence entre les communautés musulmanes, chrétiennes et adeptes des religions traditionnelles constitue un enjeu de cohésion sociale, les provocations visant les croyances d’autrui peuvent rapidement dépasser le cadre d’une simple querelle en ligne.
Josué TIENDREBEOGO
Faso7



