Agroécologie : Ouagadougou accueille la 19ᵉ réunion de la Communauté de Pratique de l’Afrique de l’Ouest

« La 19ᵉ réunion de la Communauté de Pratique (CoP) de l’Afrique de l’Ouest de la Fondation McKnight a démarré, ce lundi 7 avril 2025 à Ouagadougou. Organisée par l’équipe régionale de la Fondation McKnight, cette rencontre s’inscrit dans le cadre de son programme de collaboration pour des systèmes alimentaires résilients (CRFS).

Pendant cinq jours, jusqu’au 11 avril 2025, les 107 participants venus de plusieurs pays échangeront autour de plusieurs thématiques liées à l’agroécologie. Il s’agira notamment de renforcer la collaboration et les dialogues stratégiques entre les acteurs du secteur et de promouvoir l’appropriation de l’approche FRN (Farmer Research Network — réseau de recherche avec les producteurs). Cette approche encourage l’inclusion des producteurs agricoles dans les travaux des chercheurs.

Au programme des discussions, les participants vont repenser les synergies existantes, renforcer les connexions stratégiques au sein de la CoP et explorer l’initiative « One Health » (Santé Unique), qui promeut une approche intégrée, systémique et unifiée de la santé humaine, animale et environnementale, aux échelles locales, nationales et planétaires.

Les étudiants qui participent auront également l’occasion d’améliorer leurs compétences en communication scientifique. Par ailleurs, des réflexions seront menées sur la meilleure stratégie de capitalisation des acquis de la CoP, en perspective de son 20ᵉ anniversaire prévu en 2026.

Depuis 2006, la Fondation McKnight accompagne des projets agroécologiques au Burkina Faso, au Mali et au Niger, dans le cadre du programme de collaboration pour lnes systèmes alimentaires résilients. À ce jour, 34 projets sont financés dans ces trois pays, dans une logique de changement durable. “Cela est fait dans une approche qui vise à quitter de la subvention pour viser la réalisation du changement. Il s’agit d’utiliser la subvention comme un tremplin pour créer le changement. Les systèmes alimentaires résilients ont quelques caractéristiques”, a déclaré Batamaka Somé, représentant régional du Programme de collaboration pour les systèmes alimentaires résilients en Afrique de l’Ouest.

Selon lui, les systèmes alimentaires résilients doivent être non seulement productifs, mais aussi inclusifs, adaptatifs et soucieux de la qualité des produits.

« Nous voulons dépasser l’ère où un groupe de chercheurs fait des recherches et prend aller remettre à un groupe de producteurs pour appliquer » (Batamaka Somé)-©Faso7

Depuis 2022, la stratégie de la Fondation McKnight a été revue et elle repose sur deux axes complémentaires. Le premier axe porte sur les flux financiers, les politiques agricoles, les normes et les programmes de recherche mondiaux ou internationaux au profit de la transformation agro écologiques.

L’autre axe stratégique consiste à accélérer la transformation des systèmes alimentaires locaux et régionaux, en mettant à l’échelle les connaissances agroécologiques co-créées entre les acteurs de la chaîne de production agricole. C’est de là que l’approche FRN tire sa source.

“Nous voulons dépasser l’ère où un groupe de chercheurs fait des recherches et prend aller remettre à un groupe de producteurs pour appliquer. Nous pensons qu’en incluant les gens à la base, les résultats que nous aurons vont nous aider à avancer mieux, non seulement en termes d’adoption, mais aussi en termes de mise en œuvre”, a souligné Batamaka Somé.

Ali Aminou, Directeur de la Fédération des Unions de Producteurs de la région de Maradi au Niger, a témoigné de l’efficacité de l’approche FRN dans le cadre du projet Champ de Femmes, qui fait partie du programme de la Fondation Mc Knight. Ce projet est basé sur l’utilisation de l’urine comme fertilisant et biopesticide.

Démarré en 2008 avec 9 producteurs, ils sont aujourd’hui plus de 10 000 à y travailler dans la région de Maradi et dans d’autres localités, en collaboration avec des chercheurs. “Au lieu que les producteurs continuent avec les anciens systèmes, où ils étaient de simples bénéficiaires, aujourd’hui, les producteurs interviennent à parts égales avec les chercheurs. Ils s’assoient ensemble pour définir les objectifs du projet et déterminer les activités à mener dans le cadre de ce projet”, a-t-il déclaré.

Le Burkina Faso, le Mali et le Niger approuvent l’impact positif de la CoP-©Faso7

Cette réunion se tient dans un contexte où le Mali, le Niger et le Burkina Faso, pays membres de la COP, partagent des défis communs, notamment assurer leur souveraineté et leur sécurité alimentaires, en demandant à leurs agriculteurs de produire plus, tout en luttant contre le dérèglement climatique.

Des représentants des ministères en charge de l’Agriculture des trois États prennent part à cette rencontre. Ils ont été unanimes sur le fait que les projets soutenus par la Fondation ont généré des résultats tangibles.

La recherche a permis de produire de nouvelles connaissances agroécologiques et de fournir des évidences scientifiques dans les champs. «Les organisations paysannes se sont approprié les résultats, et la mise à l’échelle des pratiques éprouvées se fait de façon conséquente et progressive dans les zones agroécologiques de nos trois États», a déclaré Adama Savadogo, correspondant national agroécologie du ministère en charge de l’Agriculture du Burkina Faso.

Concernant le cas particulier du Burkina Faso, Adama Savadogo a souligné que l’agroécologie permet de répondre à quatre enjeux majeurs, à savoir faire face à l’accroissement démographique, à la malnutrition et à la sous-alimentation ; faire face à l’impact des cultures sur l’environnement ; faire face à l’épuisement de certaines ressources non renouvelables ; et faire face au changement climatique.

Il a rappelé que la Stratégie nationale de développement de l’agroécologie permet de mettre à l’échelle des pratiques agroécologiques éprouvées. « La tenue de cette 19e réunion de la Communauté de Pratique de l’Afrique de l’Ouest répond donc à ces enjeux et constitue un tremplin pour contribuer à la vision stratégique et politique du Burkina Faso», a-t-il laissé entendre.

Josué TIENDREBEOGO

Faso7

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