Ouagadougou : L’association Jeunes faiseurs de paix fait escale à Karpala pour promouvoir la cohésion sociale

L’association Jeunes faiseurs de paix a organisé la 8e étape de sa caravane de paix, ce 12 août 2026, au quartier Karpala, dans l’arrondissement n°11 de la commune de Ouagadougou. À cette occasion, le Dr Koudbi Kaboré, maître de conférences en histoire contemporaine, a partagé une expérience de cohésion entre communautés religieuses vécue à Dori, dans le Sahel burkinabè.
Devant les participants, l’enseignant-chercheur a raconté une initiative née d’un épisode de solidarité entre chrétiens et musulmans lors des famines des années 1970. Il a expliqué que, lorsqu’il était affecté à Dori, il avait été témoin d’une scène qui avait particulièrement retenu son attention. Des musulmans s’étaient rendus dans une église à l’occasion de la fête de Noël pour saluer les fidèles catholiques.
Cherchant à comprendre l’origine de cette démarche, le Dr Kaboré a indiqué avoir appris qu’elle remontait à la période des grandes famines des années 1970. À cette époque, l’Église catholique avait apporté son soutien aux populations sans distinction de religion.
Selon son récit, certains musulmans avaient alors conseillé à leurs coreligionnaires de ne pas accepter les vivres distribués, au motif qu’ils provenaient de personnes d’une autre religion. Informé de la situation, le grand imam a réuni un comité afin d’examiner la question à la lumière des textes islamiques.
Les recherches menées ont finalement conclu qu’il n’était pas interdit aux musulmans de bénéficier de vivres provenant de personnes qui ne pratiquent pas l’islam. Les populations musulmanes ont alors accepté l’aide apportée par l’Église catholique.
De cette expérience de solidarité est née, après la famine, une volonté de consolider les relations entre les deux communautés. Chrétiens et musulmans ont ainsi décidé de mettre en place l’Union fraternelle des croyants (UFC), avec l’objectif de mieux se connaître, de se respecter et de rester unis face aux crises.
L’enseignant-chercheur a expliqué que les membres de cette union ont également convenu de travailler ensemble pour faire face aux difficultés communes, notamment les questions liées à la famine et à la sécurité. Ils ont aussi voulu faire de cette dynamique une démarche durable, au-delà de la seule ville de Dori.
« La tolérance ne suffit pas »
Pour le Dr Koudbi Kaboré, cette expérience montre l’importance de dépasser la simple tolérance entre les communautés religieuses. « C’est un dialogue interreligieux qui va au-delà de la tolérance. La tolérance ne suffit pas. Quand vous allez au-delà de la tolérance, le dialogue veut dire que vous voulez vivre ensemble, travailler ensemble pour relever des défis communs », a-t-il déclaré.
Il estime que les initiatives locales de ce type existent dans plusieurs régions du Burkina Faso et méritent d’être encouragées, particulièrement par les responsables religieux. Pour lui, la paix doit également être construite à travers des actes concrets. « Les appels à la paix ne suffisent pas. Il faut aussi le montrer par l’exemple », a-t-il soutenu.
Cette cohésion, selon lui, doit surtout démontrer sa solidité lorsque les communautés sont confrontées à des périodes difficiles. « Les crises, c’est permanent. Et les crises viennent d’ailleurs nous mettre à l’épreuve. Quand on dit qu’on est tolérant et quand une crise arrive pendant dix ans et que la méfiance continue, où est notre tolérance ? Donc la crise doit nous permettre de consolider nos liens pour montrer qu’on est vraiment tolérants et qu’on va au-delà de la tolérance pour nous supporter », a-t-il ajouté.
Participant à la rencontre, l’imam Alidou Ilboudo, président du Centre Culturel Islamique du Burkina, a également insisté sur la responsabilité des leaders religieux dans le contexte actuel. Il a appelé ces derniers à contribuer à la construction de la nation par leurs discours, mais aussi par leur engagement personnel. « On doit éviter l’instrumentalisation de la religion à des fins de division ou pour assouvir ses désirs ou ses passions. La religion doit nous relier autant à Dieu, mais quand nous sommes reliés à Dieu, nous sortons avec une lumière qui doit profiter à la création de Dieu », a-t-il déclaré.
Pour prolonger cette dynamique dans l’arrondissement n°11, l’association Jeunes faiseurs de paix prévoit la mise en place d’une cellule de paix composée de jeunes. Cette structure devrait contribuer à maintenir les acquis de la caravane et à poursuivre les actions de sensibilisation au dialogue interculturel et interreligieux.
« C’est toujours continuer à la promotion de la paix, à travers justement la sensibilisation pour le dialogue interculturel et interreligieux et continuer à promouvoir en tout cas tout ce qui peut nous permettre, en tant que Burkinabè, de coexister ensemble et vivre de façon pacifique », a déclaré Hermann Guingané, président de l’association Jeunes faiseurs de paix.
Le président de la délégation spéciale de l’arrondissement n°11 a, pour sa part, salué l’initiative et exprimé la disponibilité de l’administration locale à accompagner les actions de l’association en faveur de la paix, dans un contexte sécuritaire difficile.
Josué TIENDREBEOGO
Faso7



