Affaire Yé Yaké Camille, Laure Zongo/Hien et autres : Un reliquat de 1 350 000 FCFA au cœur des débats

Le jugement de l’affaire Yé Yaké Camille et autres, impliquant Yaké Camille Yé, ancien Directeur de Gestion des Finances (DGF) au ministère de l’Action humanitaire, et d’autres personnes dont l’ancienne ministre Laure Zongo/Hien, s’est poursuivi le mardi 24 février 2026 au Tribunal de grande instance (TGI) de Ouaga I.

Bonkoungou Lydie est passée en premier à la barre. Elle est poursuivie pour complicité de détournement de deniers publics. Agent au service de programmation budgétaire au ministère chargé de l’Action humanitaire au moment des faits, on lui reproche d’avoir, en complicité avec Amidou Tiégnan, Yé Yaké Camille et Yaméogo Kouka Dimanche, touché deux chèques d’une valeur totale de 12 350 000 FCFA pour une activité non tenue dans les règles. Elle a plaidé non coupable.

La prévénue a expliqué avoir touché ces deux chèques, respectivement de 8 100 000 FCFA et 2 250 000 FCFA sur le compte Renforcement Prosoc, sous les directives d’Amidou Tiégnan, gestionnaire du compte en question. Elle a confirmé que ce dernier lui avait fait comprendre que l’ordre venait du premier responsable, Yé Yaké Camille, Directeur de la Gestion des Finances (DGF). Les chèques ont été co-signés par Yé Yaké Camille et Amidou Tiégnan, selon elle.

Ces montants devaient servir à la prise en charge des membres du groupe de travail d’élaboration du rapport annuel de performances 2023 du ministère, une activité qui a duré environ 30 jours à Ouagadougou.

Yé Yaké Camille est poursuivie pour n’avoir pas tenu cette activité dans les règles. Sur ce point, Bonkoungou Lydie a indiqué qu’elle n’avait pas connaissance que l’activité ne s’était pas tenue dans les règles, n’ayant pas participé à la prise de décision concernant sa tenue. Selon elle, les participants ont été payés et elle ne comprend pas pourquoi elle se retrouve à la barre.

Elle a expliqué aussi qu’après avoir payé les participants le 7 mars 2024, elle a sollicité Amidou Tiégnan pour faire le point pendant au moins trois mois sans succès. Celui-ci disait qu’il était indisponible, selon elle. « Faire le point, c’est vérifier les états, vérifier s’il n’y a pas d’erreur. J’ai fait le paiement, c’est vrai. Mais les états, c’est monsieur Tiégnan qui les a faits. Et il peut y avoir des erreurs sur les états », a-t-elle déclaré.

À ce niveau, le parquet lui a souligné qu’elle aurait pu faire part de ce problème lié à la disponibilité d’Amidou Tiégnan au premier responsable, Yé Yaké Camille, afin de trouver une solution. « Pour moi, c’est parce qu’il n’avait pas le temps et qu’il allait revenir », a-t-elle répondu.

L’un des substituts du procureur a insisté pour comprendre si, du 7 mars 2024 (date du paiement) à octobre 2024 (mois de l’arrestation d’Amidou Tiégnan), ce dernier s’était absenté. « Je n’ai pas dit qu’il n’est pas revenu au bureau. J’ai dit que chaque fois que je le rappelle, il dit qu’il est occupé et qu’il va revenir. Et la dernière fois, il a dit qu’il allait dégager du temps et me revenir. J’ai gardé les pièces en attendant qu’il revienne », a répondu la prévénue.

Un reliquat qui repose dans un coffre fort

Vu l’indisponibilité d’Amidou Tiégnan, elle a déposé le reliquat de 1 350 000 FCFA chez le régisseur Yaméogo Kouka Dimanche, contre décharge. Elle a expliqué que c’était en attendant de faire le point avec Amidou Tiégnan avant de remettre l’argent au Trésor. « Je ne pouvais pas garder ça chez moi. Comme lui (Amidou Tiégnan) n’était pas là, c’est pour ça que j’ai demandé au régisseur », a-t-elle déclaré.

Appelé à la barre, Yaméogo Kouka Dimanche, le régisseur en question, a reconnu avoir reçu l’argent. Lui aussi n’a pas reconnu les poursuites de complicité de détournement de deniers publics. Il a déclaré l’avoir reçu contre décharge parce qu’il dispose d’un coffre-fort, précisant que la décharge a été signée le 14 mars 2024. Il a expliqué que ce n’était pas la première fois. Dès qu’il y avait une activité, les reliquats étaient gardés dans le coffre-fort sans passer par le compte de la régie, selon lui. « Ce n’est pas parce que je suis régisseur que je l’ai pris. C’est parce que je détiens un coffre-fort que j’ai pris les fonds, que j’ai voulu sécuriser les fonds de madame Bonkoungou Lydie », a-t-il déclaré.

Il a aussi confirmé avoir aidé Bonkoungou Lydie à payer les participants sur la base de l’état de paiement élaboré par Amidou Tiégnan, sans participer activement à l’activité. Pour ce faire, il avait un état de paiement différent de celui de Bonkoungou Lydie. « Vu le nombre de participants, les états ont été répartis certainement », a-t-il déclaré.

Yaméogo Kouka Dimanche a attesté avoir toujours l’argent en question dans son coffre-fort. À la question du tribunal de savoir pourquoi il n’a pas restitué le reliquat sur le compte Trésor Renforcement Prosoc à la fin de l’exercice comptable, il a indiqué qu’il ne pouvait pas le faire, étant donné que le montant restant n’appartenait pas à la régie. « Je ne peux pas moi-même aller déposer l’argent au compte Trésor. Ce n’est pas mon attribution. On ne m’a pas demandé, on ne m’a pas donné d’instruction particulière. C’est juste garder les fonds pour la sécurisation », a-t-il expliqué.

Par ailleurs, Lydie Bonkoungou a confirmé que le reliquat remis au régisseur n’a finalement pas été remis dans le compte Renforcement Prosoc au Trésor et qu’aucun point n’a été fait jusqu’à ce jour.

L’un des substituts du procureur a opiné que les prévenus n’avaient pas prévu de faire de point. Il a rappelé que Ouédraogo Salifou, également poursuivi et personne externe au ministère, a été approché pour trouver des pièces justificatives aux montants.

Notons que les enquêtes ont montré que des copies des deux chèques en question ont été retrouvées dans le bureau de Ouédraogo Salifou lors d’une perquisition. Celui-ci a aussi confirmé lors des enquêtes avoir été approché par Yé Yaké Camille et Amidou Tiégnan pour trouver des pièces justificatives à ces chèques.

Des TDRS partagés en cours de procédure

Par rapport aux différents documents devant être élaborés pour l’activité, le parquet a indiqué que le ministère dit ne pas avoir de traces de l’activité dans ses archives, tout en faisant confirmer par Bonkoungou Lydie qu’elle a envoyé les termes de référence (TDR) de l’activité au ministère par voie électronique.

Se basant sur le fait que la prévénue dit n’avoir pas pris part aux décisions concernant la tenue de cette activité, le parquet lui a demandé comment il se fait qu’elle ait gardé les TDR même après l’arrestation d’Amidou Tiégnan, pour ensuite les transmettre au ministère. « Si vous avez tenu à garder ça, c’est vous qui appréciez pourquoi vous voulez garder ça jusqu’à ce que le juge d’instruction soit obligé de demander ça au ministère. Et qu’on dise qu’il n’y a rien. Et c’est vous encore qui produisez des versions électroniques d’un document que vous dites n’avoir pas participé à son élaboration », a déclaré le substitut du procureur.

Pour le parquet, elle aurait dû remettre ces TDR au plus tôt à Amidou Tiégnan ou Yé Yaké Camille, qui l’avaient mandatée pour effectuer les paiements, au lieu de les garder avec elle. La prévenue a expliqué avoir gardé ces pièces pour pouvoir se défendre au cas où, au regard de l’arrestation d’Amidou Tiégnan.

« On pouvait supposer que même si vous avez gardé une pièce, vous pouvez faire des copies à titre de preuves. Mais vous ne pouvez pas décider de garder ce qui constitue la mémoire du ministère avec vous parce que vous voulez vous constituer une preuve », a déclaré le substitut du procureur.

Avec insistance, l’un des substituts du procureur a aussi voulu comprendre pourquoi elle a eu à envoyer les fichiers numériques des TDR au ministère alors qu’au départ elle disait n’avoir reçu aucun TDR concernant l’activité. La prévenue est revenue sur ses paroles. Celle-ci a expliqué que c’est lors de l’instruction judiciaire qu’elle a demandé le fichier numérique du TDR à Yé Yaké parce qu’on lui a demandé s’il y en avait. « La conséquence de laisser les gens libres là, c’est ça. Les coalitions frauduleuses là, c’est ça qui est là. Donc vous êtes allée lui demander, il vous a donné », a lancé le substitut du procureur.

Suite aux propos du substitut du procureur, la prévénue est allée plus loin pour dire qu’un chef de service lui a envoyé le fichier, dont le nom est Bancé David. Une identité qu’elle a déclinée avec hésitation. Le substitut du procureur a demandé que cette personne comparaisse comme témoin.

Des éclairages sur l’activité concernée 

Concernant la durée de l’activité d’élaboration du rapport, Yé Yaké Camille avait indiqué qu’elle a duré environ 10 jours. Or, une liste de présence à cette activité indique 8 jours. La prévénue a expliqué ce déphasage par le fait que les participants avaient débuté et qu’une lettre d’invitation de la ministre à participer à l’activité est entrée en jeu. « Quand la lettre de madame la ministre est venue, dans la lettre il y avait une date de début et de fin. Donc les états de paiement… On a conformé la liste de présence à la lettre de madame la ministre », a-t-elle expliqué.

Le substitut du procureur a relevé que dans la lettre en question, les participants étaient invités à une activité qui devait se tenir du 27 février au 5 mars 2024, alors que Bonkoungou Lydie a payé les participants le 7 mars, donc après l’activité. « Votre activité là, et l’activité recommandée de madame la ministre là, ce n’est pas à comparer, ça ne s’est pas tenu au même moment », a-t-il déclaré.

Le prévenu a fait cas d’une autre activité d’une durée d’environ un mois pour laquelle l’équipe était réunie initialement avant que l’activité recommandée par la ministre ne vienne s’ajouter. « L’équipe était d’abord réunie pour les travaux préparatoires du DPBEP (Document de Programmation Budgétaire et Économique Pluriannuelle, ndlr). « C’est un document de programmation budgétaire pluriannuelle. C’est pour ça que l’équipe était réunie initialement. Pendant ces travaux, il y a eu une correspondance du ministère des Finances qui demandait aux ministères et institutions d’élaborer leurs rapports annuels de performance. Donc quand la correspondance est venue, l’information a été donnée à l’équipe qui était initialement réunie pour l’élaboration du DPBEP. Donc on a sursis à cette activité et commencé l’élaboration du rapport annuel de performance, qui avait un délai de dépôt le 5 mars », a-t-elle déclaré.

L’un des volets de ce rapport a porté sur le rapport de budgétisation sensible au genre, selon l’accusée. Le tribunal a indiqué n’avoir que la liste de présence concernant l’élaboration de ce rapport de budgétisation, qui a duré 4 jours. Le prévenu a confirmé qu’il s’agit de la même activité, sauf qu’elle a duré 8 jours. Elle a dit n’avoir pas souvenance des rapporteurs de l’activité ainsi que des identités de ceux qui y ont pris part.

Josué TIENDREBEOGO  

Faso7

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