Lutte contre la malnutrition : Deux nutritionnistes burkinabè apportent une expertise fondée sur les techniques nucléaires

Face aux défis persistants de la malnutrition et des carences nutritionnelles au Burkina Faso, de nouvelles approches scientifiques viennent renforcer les méthodes classiques. Wendata Rachidatou Yampa et Patrick Armel Bado, deux jeunes nutritionnistes burkinabè, reviennent d’une formation de haut niveau au Maroc, axée sur l’utilisation des techniques nucléaires en nutrition humaine. Rencontrés par Faso7 le 28 janvier 2026, ces experts affichent l’ambition de mettre cette expertise innovante au service de la santé publique au Burkina Faso.

C’est grâce à une bourse octroyée par l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA), avec l’aval des autorités burkinabè, que les deux jeunes professionnels ont effectué un cursus de deux ans à l’Université internationale de Rabat. Une opportunité rare dans un domaine encore peu connu du grand public, mais dont l’impact sur les politiques de santé et de nutrition est considérable.

« Nous remercions d’abord les premières autorités du Burkina Faso et l’AIEA pour cette opportunité. La formation a été très enrichissante, car les techniques nucléaires sont des domaines encore très mal connus. Même nous, au départ, nous ne savions pas exactement à quoi nous attendre », confie Wendata Rachidatou Yampa. À leur arrivée au Maroc, la découverte est à la hauteur des attentes. Innovation, rigueur scientifique et outils de pointe.

« Grâce aux techniques isotopiques, on peut réorienter nos stratégies et mieux décider », Wendata Rachidatou Yampa

Les techniques nucléaires, en particulier les techniques isotopiques, permettent d’obtenir des données fiables et précises, ce qui peut contribuer à éclairer la prise de décision. « Grâce aux techniques isotopiques, on peut réorienter nos stratégies et mieux décider. Elles viennent véritablement appuyer les politiques publiques en matière de nutrition », souligne-t-elle.

Pour Patrick Armel Bado, l’apport de ces techniques en nutrition humaine est multiple. Il identifie au moins sept grandes applications. La première concerne l’évaluation de la composition corporelle, qui permet d’analyser les différents compartiments du corps. « Les indicateurs classiques, comme l’anthropométrie, ne révèlent pas toujours l’état nutritionnel réel d’un individu », explique-t-il.

La deuxième application porte sur l’évaluation de la dépense énergétique, un élément clé pour déterminer les besoins nutritionnels réels. Cette dépense dépend à la fois de l’alimentation, de l’activité physique et de l’énergie consommée même au repos. « Ces données sont capitales pour proposer des régimes alimentaires adaptés », précise le nutritionniste.

« Les techniques isotopiques permettent de vérifier si les fortifiants utilisés sont réellement biodisponibles et efficaces selon nos habitudes alimentaires », Patrick Armel Bado.

Les techniques isotopiques interviennent également dans l’évaluation des pratiques d’alimentation maternelle, notamment pour mesurer avec précision le taux d’allaitement maternel exclusif dans une population donnée. Contrairement aux méthodes classiques basées sur des questionnaires, ces techniques offrent des résultats plus fiables.

Autre domaine majeur, l’évaluation du statut en vitamine A. Les carences en cette vitamine sont responsables de nombreux problèmes de santé publique, tels que la cécité, le retard de croissance ou encore des troubles du comportement. Bien que plusieurs États recourent à la fortification alimentaire, les techniques isotopiques permettent de mesurer l’efficacité réelle de ces stratégies.

Elles sont aussi utilisées pour évaluer le statut en micronutriments comme le fer et le zinc. « La carence en fer, notamment l’anémie, demeure un problème majeur. Les techniques isotopiques permettent de vérifier si les fortifiants utilisés sont réellement biodisponibles et efficaces selon nos habitudes alimentaires », explique Patrick Armel Bado.

« L’objectif de cette formation était clair. Former des spécialistes capables d’apporter un plus dans chaque pays », Patrick Armel Bado

À cela s’ajoute la détection de certaines infections, comme l’infection à Helicobacter pylori, responsable de troubles gastriques pouvant évoluer vers un cancer de l’estomac. Grâce à un isotope stable du carbone 13, cette infection peut être détectée simplement à partir du souffle du patient. Enfin, ces techniques permettent d’évaluer la qualité et la biodisponibilité des protéines d’origine végétale, de plus en plus promues dans les régimes alimentaires.

De retour au Burkina Faso, les deux spécialistes entendent mettre leur expertise au service du pays. « L’objectif de cette formation était clair : former des spécialistes capables d’apporter un plus dans chaque pays », affirme Patrick Armel Bado. Nutritionnistes de base, ils voient les techniques nucléaires comme un complément aux méthodes traditionnelles.

Ils se disent disponibles pour intervenir dans les formations sanitaires, les ONG, ou encore comme consultants, en attendant une meilleure intégration de ces approches innovantes dans les politiques nationales. Une contribution scientifique prometteuse dans la lutte contre la malnutrition au Burkina Faso.

Faso7

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