Accès à la justice au Burkina Faso : La caravane juridique du CGD brise les barrières dans le Nazinon

Une caravane juridique d’information et de sensibilisation a sillonné les communes de Manga, Nobré et Pô dans la région du Centre-sud, du 15 au 20 décembre 2025. Portée par le Centre pour la gouvernance démocratique (CGD) dans le cadre du projet « Kiogo-So », cette initiative visait à lever les barrières de l’ignorance qui séparent les citoyens de l’institution judiciaire.

Malgré une réelle volonté des citoyens de faire valoir leurs droits, un fossé persiste entre l’institution et le justiciable. Selon les responsables du CGD, une étude menée par le centre révèle que plus de la moitié de la population burkinabè a déjà été confrontée à un litige juridique sans pouvoir saisir la justice. La cause principale ? Une ignorance profonde des procédures et des mécanismes de recours.

Organisée en tandem avec les autorités judiciaires du pays, la caravane s’est articulée autour du thème : « Fonctionnement du système judiciaire et effectivité de l’accès à la justice ».

À chaque étape, les populations ont bénéficié d’échanges directs avec les acteurs de l’appareil judiciaire, les services des droits humains et les autorités communales. Ces sessions ont permis d’outiller les participants sur des thématiques essentielles telles que l’organisation et le fonctionnement des tribunaux ; le fonds d’assistance juridique et l’importance de l’état civil.

L’ignorance comme barrière 

Le juge Ali Tarpaga, communicateur lors de l’étape de Manga, confirme ce diagnostic : « La soif de justice est réelle, mais les gens ne savent malheureusement pas comment s’y prendre », a-t-il indiqué. Pour le magistrat, le travail de vulgarisation mené par le CGD est d’intérêt public. « C’était normalement à la justice de faire ce travail, mais comme on n’arrive pas à le faire, c’est toujours très bien qu’une institution comme le CGD puisse accaparer ces thèmes et les faire comprendre aux populations. (…) Moi, j’estime que si on pouvait le pérenniser, l’étendre à toutes les communes, le faire annuellement ou même plus fréquemment pour que les gens puissent comprendre vraiment comment fonctionne l’ordre de la justice, ça serait très bien. C’est à perpétuer », a-t-il plaidé.

En plus des communications, des « Box d’orientation juridique » ont été mis en place. Ces espaces, animés par des juristes et des étudiants membres de la caravane, visent à apporter un accompagnement personnalisé aux populations. C’était l’occasion pour les citoyens de soumettre des problèmes concrets auxquels ils font face, faute de savoir vers qui se tourner.

« Le CGD m’a beaucoup ouvert les yeux »

Cette démarche a été fortement appréciée, notamment par Stéphanie Yanogo, secrétaire d’une association de femmes transformatrices de graines de néré en soumbala. Selon elle, les membres de son association sont souvent confrontées à des litiges fonciers pour la production du néré. Après les échanges avec les animateurs des box et les explications du juge, elles savent désormais quelle procédure suivre.

« Avant, on croyait que pour avoir des avocats pour nous défendre, le coût sera insupportable. Suite aux échanges, j’ai compris que l’état peut nous fournir des avocats pour nous défendre. Vraiment, cette formation du CGD m’a beaucoup ouvert les yeux », s’est-elle exprimée. Elle souligne également l’importance des informations reçues sur l’état civil. « Beaucoup de femmes ne savaient pas que même sans le papa, on peut faire l’acte de naissance de l’enfant. C’est un droit pour l’enfant d’avoir un extrait de naissance  », a-t-elle laissé entendre.

Dialogue avec la justice traditionnelle

À Manga, Nobré et Pô, la caravane a été bien plus qu’un espace de dialogue avec les acteurs de la justice moderne. Elle a également servi de cadre d’échanges avec les autorités coutumières. L’objectif était de permettre aux caravaniers de comprendre les mécanismes de la justice traditionnelle dans la résolution des conflits, notamment ceux liés au foncier ou au divorce.

De son côté, Suleymane Sawadogo, directeur régional des droits humains du Centre-Sud, a salué une initiative « bienvenue ». Il a rappelé que la méconnaissance du fonctionnement de l’appareil judiciaire conduit souvent à des dérives graves, telles que les allégations de sorcellerie sans preuves visant les personnes âgées. « Cette activité permet aux acteurs judiciaires de parler directement à la population pour briser les préjugés. (…) je souhaite que non seulement on répète une telle action dans la zone, mais également l’étendre aux autres provinces », a-t-il exhorté.

Un bilan satisfaisant et des perspectives

Au crépuscule de cette 2ᵉ édition de la caravane juridique, la satisfaction est totale pour le CGD. Simon Douamba, responsable suivi et évaluation au centre, se réjouit de l’impact direct de l’initiative sur les bénéficiaires. « Les témoignages des personnes venues pour des rectifications d’actes nous confortent dans notre choix thématique et dans la pertinence de cette caravane », a-t-il affirmé.

Face à l’engouement suscité, les populations ont formulé une recommandation majeure : la pérennisation de ces rencontres afin de briser définitivement la barrière entre le justiciable et le juge. Le CGD s’est, de son côté, engagé à porter ces doléances auprès du ministère de la Justice pour une meilleure prise en compte des réalités locales dans les politiques publiques.

Faso7

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