Burkina Faso : Le réalisateur Serge Armel Sawadogo rend hommage au doyen Sékou Ouédraogo par un don de matériel

Le réalisateur du film « Une femme à Kosyam », Serge Armel Sawadogo, a rendu ce jeudi 11 septembre 2025, à Ouagadougou, un hommage à Sékou Ouédraogo, premier directeur de la photographie du Burkina Faso et figure emblématique du cinéma national, à travers la remise symbolique d’un matériel comprenant notamment une chaise dédiée à sa personne.
Lors de la cérémonie, Sékou Ouédraogo a exprimé sa joie et sa reconnaissance pour le don reçu. Il a souligné à quel point ce geste le touche profondément et renforce les liens humains avec ses pairs. Il a par ailleurs rappelé le rôle fondamental du directeur de la photographie, qu’il a qualifié de « véritable architecte de la lumière », chargé de créer l’atmosphère d’un film en fonction du scénario, des effets recherchés et du choix des pellicules.

Interrogé sur l’état actuel du cinéma burkinabè, il a exprimé ses inquiétudes face à la faible circulation des œuvres. La plupart des films, à l’en croire, sont destinés aux festivals et restent peu visibles sur le continent, limitant leur impact et leur rentabilité. « 80 % de nos films sont destinés à des festivals et ne sont pas vus à l’extérieur, même en Afrique », selon lui. Il a insisté sur la nécessité d’une meilleure collaboration entre cinéastes africains pour permettre une diffusion plus large des productions.
Gaston Kaboré, réalisateur et proche collaborateur de Sékou Ouédraogo, a salué l’exemplarité et le professionnalisme du premier directeur de la photographie du Burkina Faso. Malgré ses 88 ans, Sékou Ouédraogo reste « toujours prêt à conseiller, à donner son avis technique et humain sur les projets », a-t-il ajouté, témoignant de son engagement et de sa passion pour le cinéma.
La dimension spirituelle du don
Il a également souligné la dimension humaine et mentorale de Sékou Ouédraogo, affirmant que « si tous ces gens qui ont témoigné aujourd’hui ont dit ce qu’ils ont dit, c’est parce qu’ils ont vu en lui vraiment un mentor qui a servi à tout le monde ». Il rappelle que, derrière la renommée des réalisateurs, le travail du directeur de la photographie est indispensable à la réussite et à la reconnaissance d’un film.

Pour Serge Armel Sawadogo, porteur de cette initiative, l’idée de rendre hommage aux devanciers comme Sékou Ouédraogo a une dimension spirituelle.
« La loi de la reconnaissance et la loi de l’honneur sont des lois qui te percutent toi-même. Si tu n’honores pas les anciens, si tu n’honores pas les aînés, il y a de fortes chances que tu aies des problèmes. Que ce soit en médecine, en politique, peu importe où tu es, tu as l’obligation d’honorer ceux qui sont devant toi. En les honorant, tu gagnes de la sagesse pour éviter les erreurs qu’ils ont commises », a-t-il indiqué.
Des souvenirs du doyen
Égrenant son chapelet de souvenirs, Sékou Ouédraogo est revenu sur les débuts du cinéma burkinabè et sur la création du FESPACO, Sékou Ouédraogo a rappelé que tout commença modestement avec une « section cinéma » composée de trois personnes chargées de la réalisation, tandis qu’une autre équipe assurait la projection des films. Il a précisé que les premiers films furent rendus possibles grâce à une coproduction équilibrée. « Les Français payaient la moitié et nous aussi la moitié », a-t-il confié.
Âgé de 88 ans, Sékou Ouédraogo a consacré sa vie au septième art. Il a contribué à de nombreux films documentaires, éducatifs et de sensibilisation, notamment dans les domaines de l’agriculture et de la santé. Il a également collaboré pendant de longues années avec des sociétés privées de production, dont ZAMA Publicité, l’une des agences les plus influentes des années 1980 et 1990.
Éléonore Savadogo
Faso7



