Burkina Faso : Le SP/Palu en ordre de bataille contre les gîtes larvaires à l’orée de la saison pluvieuse

Le Secrétariat Permanent pour l’Élimination du Paludisme (SP/Palu) a initié une campagne de destruction des gîtes larvaires dans les villes de Ouagadougou et de Bobo-Dioulasso. L’objectif de cette opération est de lutter contre le paludisme en menant des actions à la base. Ce jeudi 22 mai 2025, Faso7 a suivi une équipe dans le cadre de cette campagne.
Des caniveaux bouchés. Une odeur nauséabonde. De l’eau stagnante et très sale. Tel est le constat fait par notre équipe ce jour dans le quartier de la Patte d’Oie à Ouagadougou. Sur les lieux, difficile d’imaginer le quotidien des habitants face à cette situation. Pourtant, ils semblent ne pas s’en inquiéter.
Des commerces longent les caniveaux. Des enfants jouent devant les portes, nez à nez avec les canalisations, dans un quotidien apparemment normal. C’est la réalité perçue. « Nous sommes dans ça depuis longtemps. Ça nous dérange et nous essayons parfois de nettoyer les caniveaux, mais c’est difficile », lance Judith Dabiré, une gérante de kiosque du quartier.
Plus loin, une autre habitante, devant sa porte, nous confie aussi le calvaire qui se vit derrière cette apparente calme et routine. « C’est vraiment difficile. L’odeur est forte et nauséabonde. À partir de 14h ou 15h, personne ne peut encore s’asseoir devant sa cour. Il y a beaucoup de moustiques », dit Téné Tapsoba, une résidente. Ses camarades, présents, confirment ses propos.
Une offensive contre les moustiques
Face à cette situation, le Secrétariat Permanent pour l’Élimination du Paludisme (SP/Palu) a lancé une campagne de traitement des gîtes larvaires permanents et semi-permanents dans les villes de Ouagadougou et de Bobo-Dioulasso. Une opération commando a ainsi été menée ce jour dans le quartier de la Patte d’Oie pour soulager les populations.
Les caniveaux sont envahis par les opérateurs. Une bataille contre les moustiques est lancée. Le Dr Tiécoura Camara du SP/Palu explique qu’il s’agit d’une opération de destruction des larves de moustiques au niveau des caniveaux. Avec cette méthode, ce sont les « bébés moustiques » qui sont directement éliminés, les empêchant de grandir et de proliférer.
« La campagne en cours, on l’appelle campagne de lutte anti-larvaire. En début de saison pluvieuse, il y a peu de gîtes, et si nous nous concentrons sur ces gîtes, cela permet d’avoir un impact très fort sur la densité des moustiques. Nous sommes en action et nous utilisons un produit qui permet de tuer les larves de moustiques », relate-t-il.
Un soulagement pour le district sanitaire de Bogodogo
Au niveau du district sanitaire de Bogodogo, ce sont 2 500 cas de paludisme simple qui ont été recensés récemment. En plus des habitants soulagés, le Dr Jean Gabriel Pagbelguem, chef du district, se réjouit également de cette opération. Pour lui, c’est un « véritable coup de pouce » dans la lutte contre la maladie.
« Quand on prend la semaine qui vient de s’écouler, nous avons enregistré 2 400 cas de paludisme simple. Pour nous, cette initiative est la bienvenue parce que nous savons tous que le paludisme est dû à la prolifération des moustiques. La campagne vise donc à éliminer les larves », dit-il.
Dans la même logique, les résidents du quartier ne tarissent pas de remerciements. Judith Dabiré note par exemple que « c’est une très bonne initiative, cette campagne de destruction des larves de moustiques ». Pour elle, la lutte doit se poursuivre afin de protéger les populations. « C’est très bien, mais il faut poursuivre dans d’autres quartiers aussi », martèle-t-elle.
L’état des caniveaux
Téné Tapsoba, pour sa part, souligne le manque d’entretien des ouvrages d’évacuation des eaux. Selon elle, les caniveaux sont bouchés et empêchent l’évacuation de l’eau. En plus de la campagne de destruction des larves, elle appelle à une attention particulière sur cette problématique, qu’elle considère comme la cause principale.
« C’est bien de pulvériser pour nous débarrasser des moustiques, mais il faut aussi s’occuper des caniveaux bouchés. L’eau ne s’écoule pas et stagne devant nos cours. Nous essayons parfois de vider ou de nettoyer, mais cela n’a pas d’impact réel. Il faut que le travail continue », déclare-t-elle.
À la question de savoir si les ménages sont aussi responsables de la stagnation de l’eau dans les caniveaux, les habitants se défendent en bloc. « Nous ne versons pas l’eau de nos concessions dans les caniveaux. Nous avons des fosses septiques dans les cours et quand elles sont pleines, nous faisons appel aux vidangeurs », affirme Téné Tapsoba.

Cependant, le constat est différent. Plusieurs tuyaux d’évacuation quittent les concessions pour se déverser directement dans les canalisations. Une occasion pour le SP/Palu de tirer la sonnette d’alarme. « Nous demandons aux populations de nous aider, de nous accompagner. L’État fait de son mieux, mais il faut aussi que la population mette la main à la pâte », martèle le Dr Tiécoura Camara.
Pour cette campagne, huit passages de destruction sont prévus dans les quartiers. Chaque opération dure quatre jours dans chaque district de la ville de Ouagadougou. Il faut noter que le produit utilisé pour détruire les larves n’est pas dangereux pour l’homme.
Faso7



