Filières universitaires au Burkina Faso : L’avis du Dr Boukary Nébié

Ceci est un avis de Dr Boukary Nébié, Enseignant-chercheur à l’université Yembila Abdoulaye Touguyeni de Fada N’Gourma, recueilli par Faso7 sur les propos du Premier ministre Jean Emmanuel Ouédraogo sur les filières universitaires.

J’ai suivi les propos du Premier ministre.

Je note déjà que, contrairement à ce que certains tentent de véhiculer comme information, le Premier ministre n’a jamais dit qu’il faut supprimer les HUMANITÉS, c’est-à-dire les Sciences humaines et sociales dans lesquelles se trouvent la littérature, la sociologie, la philosophie, l’histoire, la communication, la psychologie, etc.

Il a plutôt questionné le nombre d’étudiants qu’on forme chaque année de ces filières en mettant cela en rapport avec les besoins du marché et les priorités du pays.

Et sur la question, il n’est pas le premier à s’interroger sur cette question. Ici au Burkina Faso comme dans d’autres pays africains, les autorités ont toujours posé cette inquiétude.

Mais, en vérité, j’estime en toute humilité que la question doit être appréhendée de façon holistique.

Si nos universités forment des milliers d’étudiants dans les filières relevant des HUMANITÉS, ce n’est pas à l’université qu’il faut demander des comptes.

C’est bien l’Etat qui les oriente dans ces filières après le BAC.

Si l’État estime qu’on doit diminuer leur nombre, il y a deux solutions, à mon avis.

D’une part,’ État peut décider de les orienter ailleurs. Ce qui ne sera pas facile car je me demande comment l’on va décider d’orienter des étudiants titulaires du BAC Série littéraire, dans une filière autre que les Sciences humaines et sociales d’autant plus que notre système ne le permet même pas.

Aux Etats Unis, vous pouvez être titulaire d’un Bac littéraire et aller poursuivre vos études supérieures en Banque, en Finance, en Aéronautique, en Économie ; pourvu que vous puissiez y tenir.

Ici, ce n’est pas accepté donc c’est l’État même qui ne crée pas les passerelles.

D’autre part, l’État peut décider de contingenter le nombre de bacheliers dans les séries littéraires. C’est une mesure qui va être difficile à passer mais c’est une piste possible. Je prends un exemple très simple. Si vous avez 20.000 élèves qui réussissent à leur baccalauréat et que parmi eux vous avez 15.000 littéraires, dans quelles filières voulez-vous qu’ils s’orientent à l’université ? En tous cas, ce ne sera pas en Mathématiques, en Génie civil, en Réseau et informatique, et que sais-je encore ?

L’autre élément qui relève toujours de la responsabilité de l’ État, c’est de dire que l’obtention du baccalauréat ne donne pas droit à l’accès à l’université automatiquement.

Mais là aussi, il faut un courage politique pour appliquer une telle mesure.

Je rappelle que lorsqu’on a retiré l’organisation des examens du baccalauréat (c’était sous le professeur  OUARO comme MENAPLN) au ministère de l’enseignement supérieur pour la confier au ministère de l’enseignement secondaire, l’objectif politique non dévoilé était de faire en sorte qu’après le baccalauréat, l’accès à l’université soit conditionné; par exemple passer un texte d’abord.

Mais sous la pression latente des syndicats, des parents d’élèves et des élèves, le régime d’alors a dû faire volte-face.

Alors, en résumé, dans les conditions actuelles, si vous avez des dizaines de milliers d’élèves qui réussissent au baccalauréat, c’est normal et logique que les universités forment chaque année des dizaines de milliers de littéraires, de  sociologues, de philosophes, d’historiens, de géographes, etc.

Si on veut changer la donne, le travail doit être plusieurs profond et doit se faire depuis l’enseignement primaire et secondaire. C’est donc une problématique transversale qui mérite une approche holistique de notre système éducatif.

Je voudrais aussi demander à nos autorités de manipuler ces questions avec beaucoup de dextérité car sans le vouloir, on peut parfois blesser certains dans leur amour-propre ; sans oublier que certaines personnes animées de mauvaise foi n’attendent que de telles boutades pour alimenter des polémiques très nauséabondes en interprétant mal très mal certains propos.

Pour preuve, une certaine presse et une certaine opinion ont déjà conclu que le gouvernement veut supprimer les filières littéraires. Ce qui n’a jamais été dit, en tout cas pas par le Premier ministre Jean-Emmanuel Ouédraogo.

Dr Boukary Nébié, Enseignant-chercheur à l’université Yembila Abdoulaye Touguyeni de Fada N’Gourma

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