REMA 2024 : « Il faut absolument que nous mettons le Burkina sur la carte du continent » (Alif Naaba)

A quelques jours de l’ouverture de l’édition 2024 des Rencontres Musicales Africaines (REMA) prévue se tenir, les 17,18 et 19 octobre 2024, Alif Naaba, promoteur de cet événement panafricain, s’est prêté aux questions de Faso7. Dans cet entretien, le « Prince aux pieds nus » revient sur le programme d’activité de cette édition des REMA, tout en évoquant la pertinence du thème et les innovations prévues.
Les REMA cette année, quel est le programme ?
Alif Naaba : On a près de 25 activités qui se passent. C’est énormément d’activités avec des formations, des panels, des rencontres B2B, en tout cas beaucoup de formations autour de la musique. Il y aura aussi des connexions et des partages d’expérience. Il y aura des showcases pour découvrir et permettre que les nouveaux talents s’expriment. Il y aura aussi des grands concerts, donc c’est un énorme programme très riche que nous concoctons pour cette septième édition.
L’innovation à cette édition se situe à quel niveau ?
Alif Naaba : Nous avons énormément d’innovations. L’une des plus grosses innovations, c’est le REMA Space, qui est un espace qui va pouvoir accueillir pas mal d’événements, d’activités des REMA que nous faisions ailleurs, de manière éclatée.
Nous aurons par exemple les showcases qui vont se passer au monument des héros nationaux, à côté de la grande scène que nous avons chaque année. Cette année, nous allons délocaliser les showcases dans cet espace pour que les gens profitent aussi à la rencontre des autres, des jeunes artistes. Et puis nous avons aussi créé cette année le REMA Expo qui va avoir lieu là-bas. Donc on pourra exposer et permettre aux gens de pouvoir voir les structures, les institutions qui accompagnent la culture ou du moins les structures qui travaillent autour de la musique, notamment les labels, les studios, les gens de la technique, et pour mieux comprendre l’écosystème de notre industrie. Ça, c’est une grosse innovation.

Et puis nous avons d’autres innovations qui vont se passer autour de ce lieu-là que nous sommes en train de mettre en place, notamment autour de l’environnement, pour le label vert de REMA que nous mettons en place. Et aussi nous avons pour cette année introduit par exemple beaucoup plus de bénévoles qui vont travailler autour de ce projet, pour sensibiliser les jeunes aussi sur des choses qui sont pour nous importantes, des valeurs.
Qui sont les artistes à découvrir lors des showcases ?
Alif Naaba : Il y en a énormément. Il y a des artistes qui viennent du Zimbabwe comme Nasibo. C’est une jeune artiste que nous avons découverte, qui a postulé et qui vient représenter son pays. Il y a des artistes comme Kundé Blues du Burkina qui sont des artistes à découvrir. Il y a des artistes qui viennent de la Côte d’Ivoire comme N’Solé, qui sont des artistes à découvrir. Il y a des artistes du Gabon comme Adango. Il y a des artistes du Cameroun comme Diane Benza. Et il y a beaucoup d’artistes, il y en a du Togo, ainsi de suite.
Nous avons des jeunes artistes de neuf pays qui sont en développement, qui sont en découverte et qui vont se produire devant les professionnels et le public. Nous invitons tout le public à venir les découvrir. Et justement, c’est un voyage aussi à la découverte des pays et cultures des autres. C’est cette invite que je lance aussi aux jeunes. Et les showcases, pour moi, c’est des moments où on peut commencer à suivre un artiste qui amorce une carrière et dans dix ans, on pourra faire un bilan pour voir où il en est.
Qui sont les artistes attendus pour les deux grands concerts ?
Alif Naaba : Nous avons donc imaginé une clôture pour les REMA et depuis trois ans, nous organisons le grand concert que nous avons d’ailleurs aussi renommé maintenant le REMA Play. Donc le REMA Play c’est une innovation. Nous avons cette année des artistes qui viennent du Congo comme Innoss’b, de la Côte d’Ivoire, comme Didi B, du Burkina comme Dez Altino et aussi du Sénégal, comme Didier Awadi et du Cameroun, comme Ko-C, Imilo Lechanceux du Burkina et aussi Zougnazamgda, notre papa qui vient bénir. Chaque année, les REMA font aussi un clin d’œil à la musique traditionnelle. Nous avons commencé cela il y a longtemps avec d’autres artistes pour que le monde découvre aussi, surtout le riche patrimoine culturel que nous avons et d’où nous tirons nos chansons. Donc, cette année, nous avons donc la bénédiction du papa Zougnazamgda qui va venir donner un gros concert pour le public et aussi que nous sommes impatients de le présenter aux professionnels qui viennent du monde pour découvrir d’où vient la langue Moaga, d’où vient notre esprit, notre musique et tout ça.

Nous avons aussi des concerts à Bobo. Nous voulons réunir les jeunes. Nous voulons continuer à respecter et à soulever notre drapeau pour que le monde entier puisse le voir. Parce qu’il faut absolument que nous mettons le Burkina sur la carte du continent. Et ce pays est un pays culturel qui est reconnu pour son travail, pour ses fils qui ont marqué le cinéma et qui ont marqué la danse, qui ont marqué le théâtre, qui ont marqué l’écriture. Et aujourd’hui, il faut absolument que nous reconnaissions que ce pays est aussi une valeur en ce qui concerne la musique. Il y a des acteurs qui ont marqué la musique, des doyens qui ont marqué la musique et qui ont besoin aujourd’hui que nous revenions souvent sur leur histoire et que nous en parlions. Il faut absolument que ce pays soit sur la carte. C’est important pour nous en tant qu’artistes, mais c’est important pour les générations à venir si nous voulons que les plus jeunes aujourd’hui, qui sont en train de monter, qui montent des stades, montent encore des stades à travers et au-delà du Burkina. Il faut absolument que nous, nous puissions nous positionner sur le continent, que nous ayons une diplomatie au niveau de la musique, que nous puissions avoir aussi notre mot à dire au niveau de la musique, parce que c’est une arme qui va aider, au milieu des nations, à identifier notre pays.
Que renferme le thème : « l’AfroDigital créatif et économique en émergence » ?
Alif Naaba : On a raté beaucoup de révolution. La révolution industrielle, etc. Mais sur le digital, on est en train de ne pas se laisser emporter. Vous avez une consommation incroyable de data sur le continent. Avec les outils, les jeunes font les choses extraordinaires. Ça a eu un impact dans la musique. Depuis quelque temps, vous avez une dynamique, insufflée par le digital dans le créatif qui fait que les jeunes avec peu de moyens, avec leurs petits outils, ils sortent des œuvres. Vous pouvez enregistrer un album aujourd’hui avec un téléphone. Vous pouvez enregistrer des chansons dans un studio avec un téléphone. Ça, c’est une dynamique qui est importante à considérer.
Nous voulons donc que ça, se soit considéré, mais aussi parce que le digital peut permettre à un moment donné aussi de réduire les coûts de mobilité. Nous pensons à cela pour les artistes parce que voyager avec 20 artistes, 30 artistes, aujourd’hui, c’est possible de voyager avec moins en ayant les mêmes résultats.
La musique africaine, aussi, depuis l’arrivée du digital, n’a jamais eu un ce moment où il y a autant d’argent. Il y a vraiment des niches d’argent qui se sont créées et qui vont continuer à se créer. Il y a des nouveaux métiers qui naissent tous les jours. Les Africains se sont accaparés du digital et ils en ont fait africain. Nous l’avons appelé donc l’Afro digital. Et puis ça a eu un impact positif aussi dans le créatif. Ça a développé le créatif. Ça va permettre donc de libérer la créativité.

Nous voulons parler de cela, mettre ça sur la table. Mais nous voulons aussi surtout que nous nous rendons compte que depuis que le créatif commence à se libérer, l’Afrique est en train de briser les frontières pour atteindre une audience mondiale. Ça veut dire que vous avez la musique africaine comme l’Afro bit aujourd’hui, qui est une musique qui est en train de se vendre partout, qui remplit des stades à Londres, qui remplit des stades à New York. Vous avez des jeunes qui sont assis dans les faubourgs quelque part en Argentine et qui écoutent des artistes africains, grâce au fait que nous pouvons faire voyager maintenant notre musique, mais surtout que nous avons insufflé une dynamique. Les jeunes se sont laissé aller. Et tout cela a un impact économique, a un apport économique important.
Nous voulons donc parler de ce digital dompté par les Africains, qui booste notre créatif et qui booste notre économie. C’est cela le thème cette année des REMA. Il faut vulgariser cela pour encourager les jeunes qui sont en train de faire un travail. Il faut comprendre cette dynamique qui est une dynamique globale où les jeunes en Afrique du Sud, dans les ghettos de Soweto et ceux qui sont ici à Ouagadougou, ils se comprennent. Ils ont des codes ; et il faut absolument vulgariser ces codes-là.
Est-ce que les communications seront accessibles à un large public ?
Alif Naaba : Oui ! Bien sûr ! Comme on le dit, tout le monde ne va pas au marché, mais le marché nourrit beaucoup de gens. On n’aura pas forcément tout le monde pour suivre les panels, mais je pense que s’il y en a qui sont formés, qui ont eu un plus, ça pourrait avoir un résultat sur le reste. C’est ça aussi le plus important.
Nous croyons que les acteurs ici au Burkina sont de plus en plus organisés, commencent de plus en plus à se structurer. Nous croyons que les artistes, aujourd’hui, sont le plus regardant par rapport à la suite qu’ils vont donner à leur carrière. (…) Nous venons avec la possibilité avec les REMA de contribuer, de donner encore des outils qui vont aider chacun de nous. (…) Ce n’est pas un résultat qu’on aura immédiatement. Mais c’est sûr qu’il y en aura parmi, de bons grains, qui vont forcément sortir, qui vont du coup porter, ce message-là à d’autres et ainsi de suite. Et aussi, il faut dire que les REMA ont un caractère panafricain. Vous avez aussi bien les acteurs du Burkina, mais les acteurs de pratiquement 25 pays qui sont là et qui, eux aussi, ont besoin d’entendre le son de cloche qui se passe à Johannesburg ou à Dakar, et qui ont envie aussi d’expérimenter ces choses. C’est vraiment trois jours d’expérimentation et d’échange.
Est-ce que les REMA peuvent contribuer à internationaliser la musique burkinabè ?
Alif Naaba : Je crois que la musique burkinabè est dans le circuit international. Vous avez des gens comme George Ouédraogo qui ont fait de grosses tournées, qui ont marqué la sous-région avec leur talent. Vous avez des gens comme Victore Démé qui a fait le tour du monde. Vous avez des groupes comme Yelenn, Faso Combat, même nous-même qui avons fait le tour du monde. Vous avez aujourd’hui des artistes burkinabè, peut-être pas connus, des musiciens burkinabè, qui jouent avec des grosses formations un peu partout en Europe, aux USA. La mesure burkinabè est vraiment dans le circuit. Il faut peut-être nuancer en disant que la musique burkinabè n’a pas encore eu le succès à l’international, parce qu’être dans le circuit à l’international et avoir le succès à l’international, ce sont deux choses.
Les REMA peuvent-ils contribuer à ce succès ?
Alif Naaba : Je dirai que les REMA sont dans une dynamique d’aide à l’exportation à l’international de la musique. J’invite les artistes à sortir pour rencontrer les professionnels qui sont là, à nouer des business, à mettre en place des projets, à nourrir des choses qui peuvent, demain, nous arranger en tant qu’artistes, arranger les jeunes frères qui sont là.
Votre dernier message à faire passer
Alif Naaba : Merci aux artistes qui ont accepté de venir au Burkina, ceux qui ne sont pas du Burkina et ceux qui sont du Burkina, de venir partager ; aux professionnels qui viennent au Burkina. Souvent, on leur dit « ah, mais vous allez dans ce pays, ce n’est pas évident, c’est chaud, ce sont des problèmes » et ils répondent « non mais nous, on va y aller, parce que c’est le pays de Sankara. On veut y aller ». Merci à tout le monde. Et rendez-vous le 17 18 19 à Ouagadougou au Rond-point des héros nationaux à partir de 10 heures et puis rendez-vous aussi à Bobo le 25 et 26 octobre prochains.



