Partis politiques au Burkina Faso : « Ils sont nombreux, mais au fond, il n’y a rien» (Relwendé Koumtobré)

Au Burkina Faso, on dénombrait deux cent dix partis politiques et douze (12) formations politiques en 2023. Deux (02) à quarante (40) partis politiques ont été créés entre 2017 et 2019. Des chiffres qui émanent de la Direction générale de l’administration territoriale (DGAT). Quel est le rôle de ces partis et formations politiques dans l’ancrage de la démocratie au « Pays des hommes intègre» ? Pour essayer de répondre à cette préoccupation, nous avons rencontré la Direction de la législation, de la formation et du suivi des partis politiques au ministère de l’administration territoriale de la décentralisation et de la sécurité (MATDS) ainsi que des hommes politiques.

En 2017, la DGAT a reçu deux (02) dossiers de partis politiques pour leur reconnaissance officielle. En 2018, ce sont 14 demandes de reconnaissance officielles qui ont été reçues. En 2019, 40 nouveaux partis politiques ont été créés. On note 13 partis crées en 2020, 3 en 2021 et 17 2022. Ces chiffres de la DGAT montrent aisément que les demandes de reconnaissance de partis politiques sont plus nombreuses à l’approche des élections.

Voulant participer aux échéances électorales du 22 novembre 2020, les aspirants à la magistrature suprême ont multiplié les actions pour être en lice. « A l’approche d’une année électorale, il y a de plus en plus de partis qui se créent par rapport aux autres années », a précisé notre source au MATDS.

Pour plus de garantie et de sécurité, les partis politiques doivent établir un procès-verbal des travaux de l’instance constitutive qui doit obligatoirement comporter la composition, l’identité et l’adresse précise des membres du bureau de séance, la composition de l’organe dirigeant, ainsi que l’identité et les adresses complètes des dirigeants. Malgré ces prescriptions de la loi, la Cour des comptes dans son rapport annuel de 2022 faisant cas de plusieurs irrégularités en lien avec les subventions des partis politiques, dit noter l’absence de siège et d’adresse enregistré permettant de contacter ces partis en cas de besoin.

Sur cet aspect, Alexandre Sankara, vice-président du Progressistes Unis pour le Renouveau (PUR), a indiqué que ces partis ne sont tout simplement pas intéressés par les enjeux démocratiques. Pour lui, les partis peuvent être amenés à changer de locaux ou d’adresse, mais doivent toujours rester à la disposition du MATDS.

Alexandre Sankara -©Radio Oméga

« Si les gens arrivent à faire ces jongleries, ça veut dire que ce ne sont pas des partis politiques dans le sens propre du terme. Ils sont là pour des intérêts purement autres que l’animation et la quête du pouvoir d’État », a-t-il fait savoir.

« Ils sont nombreux, mais au fond, il n’y a rien»

Pour certains Burkinabè comme Relwendé Koumtobré du cadre deux heures pour nous, deux heures pour Kamita, le nombre élevé des partis politique n’a pas un réel impact sur la démocratie. Il estime que des Burkinabè de mauvaise foi, créent des partis politiques dans le seul but de bénéficier de la subvention de l’Etat. Il suggère que des reformes puissent contribuer à baisser le nombre des partis politiques et que les ressources affectées à ces derniers soient affectées à d’autres secteurs d’activité.

« Comme les gens n’arrivent pas à créer des entreprises, à créer d’autres secteurs d’activité pour pouvoir être en activité, la politique devient un canal par lequel chacun part tailler en essayant de sucer l’Etat (…). C’est pourquoi quand vous regardez, ils sont nombreux, mais au fond, il n’y a rien. Alors que la logique voudrait que nous puissions avoir un nombre restreint de partis politiques dont l’objectif est vraiment d’assurer un mieux-être des populations du Burkina Faso », a-t-il indiqué.

Relwendé Koumtobré, membre du cadre deux heures pour nous, deux heures pour Kamita

Alexandre Sankara estime que la question du nombre élevé des partis politiques doit aller au-delà de l’aspect financier. Pour lui, l’enjeu de cette question se situe au niveau de l’expression des programmes d’activité de ces partis politiques. Prenant l’exemple de la circonscription électorale du Kadiogo qui comptait plus d’une centaine de partis politiques au poste de député, il dit être difficile pour ces candidats d’exprimer aisément leur programme à l’endroit du peuple. Une chose qui ne contribue pas à renforcer la démocratie.

« On se retrouve à donner 5 minutes à chaque parti pour passer à la télé ou à la radio et une demi-page dans le journal d’État qu’est Sidwaya. Comment en 5 minutes, on peut développer son programme d’activité (…)? La vie démocratique n’est pas liée au nombre des partis politiques, mais plutôt à ce que ces partis apportent comme animation de la vie politique, comme éducation des citoyens », s’est-il exprimé.

Cheick Habib Désiré BAYILI

Faso7 

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