Formes et manifestations des alliances à plaisanterie en milieu scolaire au Burkina Faso : Cas des régions du Centre, du Centre-Ouest et du Plateau-Central

KABORE Amado, Chargé de recherche, Institut des Sciences des Sociétés (INSS)/CNRST

NANA Ezaï, Attaché de recherche, Institut des Sciences des Sociétés (INSS)/CNRST

SISSAO Joseph Alain, Directeur de recherche, Institut des Sciences des Sociétés (INSS)/CNRST

RÉSUMÉ

Ce document de vulgarisation est tiré d’un livre collectif « Promotion des alliances à plaisanterie en milieu scolaire au Burkina Faso. Cohésion sociale et civisme, Presses Doff Prod , Ouagadougou, Juillet 2020 ».

Ce travail a la ferme volonté de présenter les principales formes et manifestations des alliances à plaisanterie en milieu scolaire au Burkina Faso. L’accent est mis sur les cas des régions du Centre, du Centre-Ouest et du Plateau-Central.

Une méthode mixte de recherche a permis de noter que le renforcement et la culture de la parenté à plaisanterie en milieu scolaire sont nécessaires dans la mesure où ceux-ci renforcent la cohésion sociale, gage de développement d’une nation.  Aussi, il ressort que c’est un moyen efficace de prévention de conflits en milieu scolaire. Ainsi l’incivisme et les actes de vandalisme et autres comportements répréhensibles d’élèves peuvent trouver une baisse grâce à son recours.

INTRODUCTION

Au Burkina Faso, les établissements scolaires sont les lieux de violences qui touchent très souvent la vie et les conditions de travail des acteurs. Dans de nombreux cas, elles impactent négativement la scolarité des enfants.

Il convient de noter également que les violences ne sont pas forcément physiques ou verbales, elles peuvent  être morales, etc. Ce sont autant de situations de violences connues, qui ressortent dans les écrits, et qui caractérisent le climat social teinté d’incivisme (Badini et al., Compaoré, Kola) qui sévit actuellement dans les établissements scolaires du Burkina Faso.

Ces situations font de l’école, aujourd’hui, un lieu d’insécurité que l’on ne fréquente que par nécessité. (Sources : Ministère des enseignements secondaire et supérieur, 2012).

Le présent document met l’accent sur les formes de violences et les principales manifestations de celles –ci.

  1. METHODLOGIE ADOPTEE

Il s’est agi d’une méthode mixte qui a mobilisé deux (02) approches de recherche à savoir celles qualitative et quantitative.

Les enquêtes ont été réalisées dans les régions du centre, du Centre ouest et du Plateau central. Pour ce qui est des cibles des enquêtes de terrain, plusieurs acteurs ont été touchés. Ce sont les élèves, les chefs d’établissement, les parents d’élèves et le personnel de la vie scolaire. Pour ce qui concerne les élèves, l’enquête a touché au total 401 élèves venant de plusieurs régions et provinces et des deux sexes.

Dans l’ensemble, le nombre des filles enquêtées reste plus enlevé (207) que la proportion des garçons (194). En plus, des Trois régions couvertes par l’enquête, des élèves.

Somme toute, les élèves enquêtes sont de 10 régions sur les 13 que compte le pays. Une situation qui illustre bien le brassage et la diversité culturelle dans l’univers scolaire. Ce qu’il faut noter que ces élèves sont scolarisés dans les trois (03) régions que sont le Plateau central, le centre et le Centre Ouest.

  1. FORMES D’ALLIANCE À PLAISANTERIE

Nous avons interrogé les élèves afin d’avoir leurs perceptions sur les formes des alliances à plaisanterie au sein de leurs établissements et de leurs localités.

Tableau n°1 : Formes d’alliance à plaisanterie

RégionNon réponsealliances à plaisanterie hors mur de l’établissementalliances à plaisanterie dans l’enceinte de l’établissementalliances à plaisanterie dans la classeautres formes d’alliance à plaisanterieTotal
Centre051794915194
Centre-Ouest6801148119300
Plateau-Central085743451244
Autre19123126
Total722527916786764
Pourcentage0.9%29.5%36.5%21.9%11.3%100.0%

Source : données d’enquêtes, 2020

Il ressort du tableau n°1 que les alliances à plaisanterie selon les élèves par régions revêtent les mêmes formes que celles pratiquées par les élèves selon le sexe et dans les mêmes proportions. Dans la pratique des alliances à plaisanterie hors mur de l’établissement, la Région du Plateau-Central vient en tête et est suivie respectivement par le centre-Ouest et le Centre. Pour ce qui concerne les alliances à plaisanterie dans l’enceinte de l’établissement et dans la classe, le Centre-Ouest occupe le premier rang et est suivi du Centre et du Plateau-Central. Enfin, pour ce qui est des autres formes d’alliances à plaisanterie, le Plateau-Central enregistre le plus fort taux suivi du Centre-Ouest et du Centre.

  1. LES MANIFESTATIONS DES ALLIANCES À PLAISANTERIE

Le traitement des données collectées a permis de faire une analysée des manifestations des alliances à plaisanterie dans le milieu scolaire. Ainsi, quatre (4) principales manifestions peuvent être retenues pour rendre compte de la situation.

Il s’agit des cas d’injures et de paroles malveillantes entre individus, de l’organisation d’événements culturels, sportifs et de loisirs (match entre classe), de taquineries faisant ressortir les forces ou les faiblesses des groupes ethniques, d’amendes infligées à un groupe ethnique, à l’occasion de cérémonies funèbres (obligation de danser, de chanter, de taper des mains, etc.).

Tableau n°2 : Principales manifestations des alliances à plaisanterie/régions

ManifestationsNombre de citationsPourcentage
Injures et paroles malveillantes5138.3%
Organisation d’événements culturels, sportifs et de loisirs10.8%
Taquineries8060.2%
Amendes infligées10.8%
Total133100%

Source : données d’enquêtes, 2020

Des 4 principales manifestations des alliances à plaisanterie, deux prédominent. Il s’agit des manifestations sous la forme de taquineries à hauteur de 60,2%, des injures et paroles malveillantes à 38,3%. Les organisations d’événements et les amendes occasionnelles infligées ne représentent qu’une proportion de 0,8% chacune.

Ce sont principalement :

  • Manifestations en milieu scolaire (élèves)
  • Manifestations dans le milieu des personnels enseignants et administratifs
  • Manifestations dans le milieu des parents d’élèves
  • Les manifestations majeures
  • Manifestations en fonction des cycles d’enseignement (primaire, post-primaire, secondaire) /régions.
  1. Pratiques d’alliances à plaisanterie entre élèves

Tableau n°3 : Pratiques d’alliances à plaisanterie entre élèves

Pratiques d’alliances à plaisanterie entre élèvesNbre de citationsPourcentage
Non réponse746.7%
les filles pratiquent plus l’alliance à plaisanterie que les garçons16.7%
les garçons pratiquent plus l’alliance à plaisanterie que les filles00.0%
les deux sexes pratiquent l’alliance à plaisanterie de part et d’autre746.7%
Total observations15100.0%

Source : données d’enquêtes, 2020

Il ressort du tableau n°2 que les deux sexes (garçons et filles) pratiquent de façon réciproque l’alliance à plaisanterie. En fonction de l’expression des chefs d’établissements, une proportion de 87,5% (7 sur 8 chefs d’établissements) a recours à la parenté à plaisanterie. On observe toutefois que près de la moitié des chefs d’établissements ignorent les pratiques de l’alliance à plaisanterie entre les élèves.

les formes d’alliances selon les élèves par sexes sont les suivantes :

  • les alliances à plaisanterie dans l’enceinte de l’établissement (36,5%) ;
  • les alliances à plaisanterie hors mur de l’établissement (29,5%) ;
  • les alliances à plaisanterie dans la classe (21,9%) ;
  • Les autres pratiques de l’alliance à plaisanterie (11,3%).

Il convient de relever que les non réponses représentent 0,9%.

Si dans l’ensemble, les garçons et les filles s’expriment fortement à travers les alliances à plaisanterie dans l’enceinte de l’établissement et  hors mur de l’établissement, on constate que dans le premier cas, les filles sont majoritaires, alors que dans le second, la tendance s’inverse en faveur des garçons.

CONCLUSION

En somme, il faut retenir pour gagner le pari de la promotion d’une éducation à la paix et à la citoyenneté dans les écoles et les établissements scolaires, les acteurs tous y compris devraient s’appuyer sur les leviers sociaux tels que les alliances à plaisanterie.

RÉFÉRENCES BIBLIOGRAPHIQUES

  • SISSAO Joseph Alain, KABORE Amado, NANA Ezaï, DIANE Bassalia (2020). Promotion des alliances à plaisanterie en milieu scolaire au burkina faso. Cohésion sociale et civisme, Presses Doff Prod , Ouagadougou, Juillet 2020
  • EVANS PRITCHARD, E .E., Some collective expressions of obscenity in Africa, Journal of royal anthropological Institute, 49, London, 1929, pp.311-331
  • FOX R., Anthropologie de l’alliance, Paris, Gallimard, 1972
  • GRIAULE, M, Dieu d’eau, Paris, 2d, du chène, 1946, 270 p
  • KABORE Amado (2021). Rôles des alliances a plaisanterie dans la lutte contre les violences dans les établissements post-primaires et secondaires au Burkina Faso (régions du centre, (centre-ouest et plateau central), in Lettres D’ivoire – Revue Scientifique de Littératures, Langues et Sciences Humaines, Revue semestrielle, N° 034, pp. 299-312
  • RADCLIFFE-BROWN, A. R., On joking relationship, Africa, 13, London, 1940, p.195-210
  • SISSAO Alain Joseph Alliances et alliances à plaisanterie au Burkina Faso, mécanisme de fonctionnement et avenir, Sankofa & Gurli, 2002, , 186p
  • SISSAO Alain Joseph La littérature orale moaaga comme source d’influence de quelques romans burkinabè, Thèse de Doctorat nouveau Régime, Université Paris XII Val-de-Marne, juin 1995, 2 tomes, 734p
  • SOMDA Metuole B. Sagesse Dagara Anthroponymie Dagara Koumi Juin 1977
    • SOW, I., Réflexions sur les injures et les paroles obscènes au Sénégal, Bulletin de l’Institut Fondamental d’Afrique Noire, Serie B ; Sciences Humaines, 1991, vol 46, N°3-4, pp.343-378

Articles similaires

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Bouton retour en haut de la page