Safiatou Lopez/Zongo : « La situation du pays en cette nouvelle année sera ce que nos œuvres engendreront »

Ceci est une déclaration de Safiatou Lopez, présidente du Cadre de concertation nationale des Organisations de la société civile, à l’occasion du nouvel an.

Compatriotes des villes et campagnes

Burkinabè de tout âge de l’intérieur et de l’extérieur,

Peuple héroïque du Burkina Faso en lutte sans merci contre les menaces à la survie de la nation,

A l’orée de cette nouvelle année 2023, le devoir est mien de sacrifier à la tradition de vous adresser mes vœux du nouvel an : exaltant devoir de citoyen, de militant et de patriote.

Mais avant, la présentation de vœux est un lieu privilégié de jeter un coup d’œil dans le rétroviseur pour établir avec vous un diagnostic rétrospectif de la situation nationale et ce, sans complaisance aucune, afin de tirer les enseignements à même d’éclairer nos modestes propositions dans le sens de l’amélioration de notre contrat social qui se doit d’être en phase avec les défis de l’heure. Ainsi, paraphrasant Me Pacéré Frédéric Titinga, il faut ajouter la terre à la terre à l’effet de construire la termitière.

Le soleil de 2022 s’est couché sur notre pays le Burkina Faso emportant le ciel obscur qui ne pouvait être décrit qu’à travers le champ lexical de la misère, de la guerre, de l’instabilité et du clivage au triple plan socio-politique et économique, mais aussi et surtout sécuritaire.

Au plan politique, l’année 2022 a été celle de la cristallisation des contradictions et soubresauts politiques profonds ayant abouti à deux putschs et des susurrements de velléités de coup d’Etat. Les tombeurs du pouvoir de Roch Marc Christian Kaboré se sont mis en porte-à-faux avec les fondamentaux de la renaissance, de la restauration et de salut qu’ils ont proposé au peuple pour justifier de la pertinence du MPSR. Or, en si peu de temps, la gouvernance n’a autant pris du plomb dans l’ail : clientélisme politique, gabegie, concussion, le favoritisme, la corruption à grande échelle, l’institutionnalisation déguisée dans la contre-lettre d’un agenda caché.

Pour couronner le tout, une communication très médiocre et aventuriste, faite de frasques et de bourdes enchantant et amusant la galerie est quotidiennement servie aux populations exaspérées par le marasme économique, éprouvées par les affres du terrorisme et consternées par le drame humanitaire : plus de 2 millions de Personnes Déplacées Internes(PDI), sans abri et en proie à la faim.

La contestation externe des citoyens a engendré celle interne au MPSR qui lui-même a fait son propre hara kiri en décapitant le pouvoir sans pourtant mettre fin à l’idéal du MPSR.

Ainsi, depuis septembre dernier, le plus jeune président du monde, le capitaine Ibrahim Traoré, est en train d’imprimer une autre marque de gouvernance avec un accent particulier sur la reconquête du territoire national, le retour de l’administration et subséquemment des braves populations déplacées. Si la gouvernance semble, s’il n’est trop tôt pour se satisfaire, être considérablement améliorée, il n’en demeure pas moins que la situation n’est guère parfaite. Les fraudes aux concours de la Fonction publique mises à nue par les vols de portables et les dénonciations répétées de cas de corruption démontrent bien qu’il y a davantage de travail à faire pour assainir la gouvernance.

Au plan économique, la situation s’est empirée depuis janvier dernier du fait de l’instabilité politique. Ne dit-on pas que la sécurité et la stabilité sont mères des investissements. Or, la situation au Burkina depuis l’avènement du MPSR est des plus instables. En témoigne d’ailleurs les récentes velléités de coup d’Etat et les représailles qui ont été enclenchées dans les coulisses. Cette situation de l’éternel recommencement a créé une situation économique délétère marquée par la réduction considérable des pouvoirs d’achat des populations et un marché de consommation de plus en plus fermé et réduit. La conjoncture économique est davantage exacerbée par la baisse de production des matières premières du fait de l’insécurité. La pénurie de carburant a fortement joué sur les activités de saison, c’est-à-dire celles qui font florès au moment des fêtes. Les conséquences sociales de toutes ces situations sont malheureusement la fragilisation de la cohésion des ménages et le développement de la criminalité domestique à savoir la prostitution, le proxénétisme, les braquages, la cybercriminalité, entre autres. Le niveau de la pauvreté est en croissance quoique des chiffres pertinents ne soient plus disponibles et la famine menace plusieurs millions de vies. Une situation qui explique sans justifier la perte des valeurs de solidarité et d’intégrité qui sont quotidiennement sacrifiées sur l’autel de l’égoïsme et de l’intérêt individuel. En somme, une nouvelle génération de mentalités est en train de germer contre les fondamentaux de la République.

Sur le plan sécuritaire et diplomatique, les lignes bougent et de manières réconfortantes. En effet, les actions multiples engagées sous le régime de Ibrahim Traoré sont en train de produire des résultats tangibles. Les boys galvanisés par la bonne gouvernance sécuritaire et la détermination sans commune mesure du chef suprême des armés sont en train de faire compter beaucoup de défaite du camp des ennemis de la dignité humaine et de la nation. L’investissement dans la logistique et la mise en œuvre de tac tic adapté au comportement de l’hydre terroriste ont permis de désinfecter beaucoup de localités dont la ville de Solenzo, haut lieu symbolique du succès en perspective.

D’ailleurs dans une stratégie de communication en rupture avec la routine, et en phase à la situation réelle du pays, c’est à Solenzo que le président du Faso, en chef de guerre, a livré le traditionnel message du nouvel an aux cotés des soldats mobilisés en filigrane. De quoi renforcer la psychologie de guerre et rappeler à chaque citoyen la nécessité d’être vigilant et de ne pas baisser la garde dans l’euphorie des festivités. Aussi et surtout, l’invite à communier avec les forces combattantes ainsi que leurs familles, avec les déplacés internes affectés jusqu’au tréfonds de la dignité humaine a eu un écho très retentissant au sein de la population.

Inverser la tendance de la lutte commande de diversifier les partenaires sur la scène internationale. En effet, contre le gré et les ambitions parfois malheureusement cyniques de certains partenaires traditionnels, les nouvelles autorités, courageusement et en toute responsabilité, ont décidé de jeter le dévolu sur d’autres partenaires. Ce qui permet de répondre aux attentes des boys en termes de logistiques surtout le renforcement des interventions aériennes. Des efforts énormes  restent à consentir certes, mais ce qui se passe convainc et augure de meilleures perspectives.

Chers concitoyens et concitoyennes,

La mesure de la situation actuelle nous commande une remise en cause de nos attitudes afin de retenir ce qui concourt à la cohésion sociale et à l’unité sur laquelle reposent le succès de la lutte contre l’insécurité et donc le retour à la vie normale dans notre chère patrie qui nous a tout donné.

Nous sommes dans une barque qui est dans l’œil du cyclone, menacée par des tempêtes du terrorisme de sorte qu’elle court le risque de chavirer. Dans une telle situation, la raison commande que chaque citoyen diminue le poids de sa suffisance, de son orgueil, de son égoïsme afin d’éviter que l’embarcation n’aille à vaux l’eau.

C’est pourquoi, il faut saluer l’engagement patriotique et citoyen de de toutes les personnes qui font chaque jour preuve de sagesse, d’engagement et de sacrifice pour que soit atteint l’objectif commun et l’intérêt supérieur de la nation, à savoir la restauration de l’intégrité territoriale et la réhabilitation des Personnes Déplacées Internes.

Nous appelons l’armée à œuvrer pour la fraternité, la cohésion et l’unité afin de réussir la haute et noble mission que toute la nation lui a confiée d’être en premières lignes de la reconquête du territoire national en bonne intelligence avec les Volontaires pour la Défense de la Patrie(VDP).

Chères sœurs et chers frères !

La population est lasse de la spirale des putschs : cet éternel recommencement qui nous met en retard et qui sert la cause des terroristes.  Les autorités actuelles doivent être à l’écoute des critiques des citoyens sans y voir forcément des actes de défiance ou d’inimités à réprimer, mais une participation constructive de l’œuvre citoyenne.

Toutefois, la situation du Burkina transcende les intérêts égoïstes et claniques qui justifient les joutes verbales entretenues particulièrement sur la toile. Ainsi, nous invitons les protagonistes des guerres verbales à penser à la misère de la population et de se lever au-dessus de ces miasmes morbides qui desservent la cohésion sociale et l’élan de la lutte contre l’insécurité. Ces joutent ne servent que l’instabilité et la cause des terroristes.

Nous sommes en guerre et le front est partout : il est économique, il est diplomatique, il est militant, il est intellectuel, il est veille et sentinelle. En somme, il est un comportement et une mentalité résiliente qui ne prêchent qu’en faveur de la sécurité et de la paix.

Frères et sœurs,

La situation du pays en cette nouvelle année sera ce que nos œuvres engendreront.

Puisse l’esprit de défense de l’intérêt commun éclaire et  guide nos actions,

Et que Dieu l’omnipotent et miséricordieux et les mânes de nos ancêtres prennent en grâce notre pays et lui fassent communier aux délices de la sécurité, de la paix et le mettent à l’abri de la famine.

Que Dieu bénisse le Burkina Faso. 

Bonne et heureuse année à toutes et à tous !

Safiatou LOPEZ/ZONGO

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