[Tribune] Appel à l’autodétermination des jeunes burkinabè patriotes militants : Mobilisez le Peuple par la Solidarité pour la Renaissance

Ceci est une contribution de MWINSOMA Jean Claude SOMDA. Il donne son avis sur la situation nationale.

Que représente le peuple pour ses dirigeants ?

Depuis la déclaration d’indépendance du pays en 1960, les messages à la Nation des différents régimes au pouvoir jusqu’à la version rectifiée du Mouvement patriotique pour la sauvegarde et la restauration (MPSR) ont fait du peuple leur principal destinataire. Dans le passé récent, diverses organisations se sont réclamées du peuple pour se poser en acteur légitime ou justifier un projet politique : conseil de salut du peuple, révolution démocratique et populaire, front populaire, insurrection populaire, mouvement du peuple pour le progrès … A considérer les circonstances plus ou moins conflictuelles de leur arrivée respective au pouvoir, il y a lieu de se demander de quel « peuple » il s’agit, quelle en est leur vision réelle, de quelle manière effective les gouvernants concernés s’en sont souciés.

Comme autorité pionnière à s’exprimer en la matière, le capitaine Thomas SANKARA élu le 10 janvier 1983 premier ministre du Conseil de salut du peuple, s’est livré à visage découvert pour relever le défi d’expliciter ses convictions sur la question de peuple. Ce fut quelques semaines plus tard lors de son discours d’investiture et il en a porté haut le flambeau, même devenu président du Faso et jusqu’à son assassinat les bras levés. Il n’en sera pas moins traité de traître, d’autocrate, d’ambitieux à double face. Après lui aucun émule ni contradicteur dans cet exercice ne s’est dressé jusqu’au renversement du régime du « Mouvement du peuple pour le progrès » (MPP) par le « Mouvement patriotique pour la sauvegarde et la restauration » (MPSR). Le chef de la junte qui l’a évincé a vite fait d’indiquer sans équivoque son orientation politique. Ecartant l’alternative révolutionnaire, et sans doute aussi toute obligation de reddition de compte envers le peuple, il annonce sa volonté de « restaurer » à sa guise. Persuadé de ne pas devoir au peuple son accession au pouvoir, contrairement aux acteurs de la première transition héritière d’une insurrection populaire, il défie même quiconque mal y pense à prendre le même risque que lui s’il en est capable. Il confirme cette détermination en plaçant toute la nation devant ce fait accompli : l’octroi dans un contexte de crise multidimensionnelle d’un salaire mensuel de plus de 100 fois l’indemnité de 20.000 FCFA prévue pour les VDP à chaque ministre, celui de plus de 150 fois le SMIG actuel au premier ministre, en se contentant de la somme des deux, parait-il, pour lui-même ! Si cela s’avère, le traitement du chef de l’ETAT équivaudrait chaque mois à plus de 100 fois ce dont, dans le même Burkina, une partie importante de la population (45,3%) était exclue il y a quelques années car vivant au-dessous du seuil de pauvreté estimé à 72 690 FCFA par adulte et par an. Ces augmentations sont d’autant plus scandaleuses qu’en France, souvent prise en modèle par les anciennes colonies, le traitement du président de la République ne dépasse pas 10 fois le SMIC, tandis que le ratio entre les salaires extrêmes est inférieur à 20 fois.

Que vaut en cette année 2022 le peuple burkinabè aux yeux des autorités de la Transition ? Dans un pays qui consacre déjà plus de 50 % des ressources propres du budget au paiement des salaires alors que dans un État viable cela ne doit pas dépasser 35 %, quel message veulent-elles ainsi donner aux veuves et aux orphelins des FDS et VDP morts pour la patrie sur le champ d’honneur ou disparus ? A supposer même que la charge de ces augmentations ne coûte rien aux contribuables nationaux, si provenant gracieusement de magnanimes contributeurs amis, ne pouvaient-elles pas renoncer à leurs propres intérêts pour voler d’abord au secours des personnes déplacées internes qui ont tout perdu ? Ne devaient-elles pas plutôt légitimer et amplifier leur appel au sursaut patriotique et à la mobilisation solidaire par l’exemplarité dans l’esprit de sacrifice ? Serait-il définitivement révolu le temps où, par patriotisme authentique :

  • un président du Faso accepterait comme Thomas SANKARA de conserver son salaire antérieur, même inférieur de loin à celui légitime de son nouveau statut ?
  • un ministre au Burkina renoncerait, soit comme Arba DIALLO, à ses émoluments consistants dans des institutions internationales onusiennes ou privées pour se contenter de son traitement officiel de ministre bien connu d’avance de tous, soit comme Tahirou BARRY, à jouir de certains privilèges ministériels du grand standing ?
  • un agent public intègre comme Norbert ZONGO démissionnerait librement de la fonction publique pour entreprendre modestement, à ses risques et périls, une activité libérale créatrice d’emplois et génératrice de ressources intellectuelles et morales inestimables pour l’éveil des consciences de sa génération et des suivantes ? Lui qui s’était tant sacrifié pour défendre les droits du peuple à la dignité, à la justice et à la vérité en reçut, comme SANKARA l’avait entrevu sans en convaincre ses ministres soumis à la diète, un hommage inédit et resté inégalé. Mais ce fut seulement en mode posthume, après son assassinat barbare.

Quand donc domineront les voix des champions d’une vraie justice sociale au sein de la fonction publique pour arracher une revalorisation conséquente des petits salaires, un plafonnement rigoureux des plus colossaux et une harmonisation équitable et sur le long terme de toutes les grilles salariales appliquées aux divers corps professionnels ? Quand donc cessera-t-on de rivaliser en revendications corporatistes, même au motif bien établi que le salaire de fonctionnaire est souvent une manne pour la grande famille, pour permettre d’en maîtriser l’ampleur, car leurs intransigeances fragilisent la solidarité nationale ? L’Etat de droit se renierait-il s’il envisageait une refondation incluant sous un délai de six mois, à la fois la rupture impérative des carrières de tous les salariés du public à une échéance commune, et la mise en oeuvre concertée d’un plan de recrutement rationnalisé visant à corriger les déséquilibres entre villes et campagne, et réduire les disparités entre régions ou entités sociodémographiques ?

Il s’agirait d’un processus parallèle, compétitif et transparent, ouvert à tous les agents concernés comme aux nouveaux demandeurs d’emploi ayant les profils requis. Les agents en activité jouissant de la liberté de faire valoir leurs droits respectifs selon les statuts en application pourraient choisir de se retirer ou de se réengager. Tout postulant devrait souscrire, par lettre personnelle de motivation, à l’obligation de servir avec intégrité et loyauté l’Etat sous un nouveau contrat initial, avec compétence et dévouement le peuple selon un nouvel esprit civique. Ceci vaudrait engagement à rejeter toute forme de politisation au sein de l’administration et renonciation à toutes prétentions ultérieures à des droits acquis. Pour rappel, à toutes fins utiles : « On ne se force personne à être ni à rester ministre », ni un agent public (fonctionnaire, magistrat, militaire) à le demeurer jusqu’à sa retraite quand il voudrait et pourrait voler plus haut de ses propres ailes. Dans ce cas, il gagnerait à être au-dessus de tout soupçon de mal gouvernance ou de compromission dans des conflits d’intérêts, car l’envie et la jalousie de certains ne tarderont pas à lui chercher des poux partout. De tels citoyens seraient des plus utiles pour la jeunesse attirée par l’auto emploi et aussi des moteurs d’une économie nationale plus dynamique. Ils mériteraient plus largement que de nombreux décorés par complaisance, la reconnaissance de la Patrie, et pas toujours à titre posthume !

Car, à l’opposé de ces attitudes égoïstes et comportements égocentriques, une conception délibérément altruiste et désintéressée du ministre/serviteur de l’Etat a été énoncée et appliquée sous le leadership de Thomas SANKARA comme chef du gouvernement d’abord, et chef de l’Etat ensuite. S’adressant principalement à ses collaborateurs au sein de l’équipe gouvernementale, il définit la mission du ministre comme un engagement conscient à se ruiner « en pensant, en dépensant et en se dépensant pour son peuple, avec pour consolation de savoir qu’il s’enrichit moralement s’il sait mériter l’amour de son peuple ».

Auprès de qui la jeunesse militante, en quête d’un avenir de liberté et de sécurité et face aux défis et périls de l’heure, pourrait-elle s’inspirer pour se mobiliser hors de la tutelle des partis politiques et des séductions de leurs relais dans la société civile, sans renier sa dignité ? Il existe certes beaucoup de sources d’inspiration africaines, d’origine burkinabè ou autre, parmi lesquelles la référence au dire et au faire, aux discours et aux actions de Thomas SANKARA devrait naturellement prendre place, sans devenir un fonds de commerce. C’est le but visé par ce propos qui invite tout lecteur critique à y contribuer en indexant honnêtement et en rejetant sans complaisance les erreurs commises sous le CNR. Il nourrit l’espoir de susciter chez les détracteurs du CNR ou de son président des initiatives contradictoires s’inspirant d’autres visionnaires de leur choix. Ainsi, Thomas SANKARA qui s’était trompé par excès d’optimisme en déclarant que « Le mythe de l’enrichissement sans foi ni loi selon les expériences de la jungle capitaliste des années d’après-guerre s’est définitivement évanoui au Burkina. » avait cependant pleinement conscience du prix à payer pour y arriver : « La défense conséquente de notre orientation révolutionnaire nous a imposé de combattre toute idée ou tout comportement contraire à l’approfondissement de la révolution…. Nous avons jeté les bases de la résolution de nombreux problèmes qui se posent au peuple. Nous avons beaucoup agi, partout, dans les différents secteurs de la société. Nous avons donné l’impression de tout vouloir changer et tout de suite. Des critiques nous ont été faites et nous les comprenons fort bien. »

Quant aux dispositions à prévoir pour aller de l’avant, il les énonce quelques paragraphes plus loin dans le même discours du 4 août 1987 en indiquant le chemin à suivre :

« Il doit y avoir de la place dans le cœur de chacun de nous pour ceux qui ne sont pas encore parfaitement en harmonie avec le Discours d’orientation politique et les objectifs de notre plan quinquennal. Ce sera à nous d’aller à eux et de les gagner à la cause révolutionnaire du peuple. … Il faut encore beaucoup de travail politique pour élargir les rangs des militantes et des militants. Il reste encore des milliers de camarades à mobiliser, à réorganiser et à conscientiser pour l’action révolutionnaire… »

C’était il y a 35 ans accomplis.

Mais qui est-il ce peuple ?

La gouvernance de Thomas SANKARA au cours de ces deux phases discontinues atteste qu’il s’est investi personnellement « pour servir le peuple voltaïque, et non pour se servir ou servir quelque puissant du jour ou de la veille », et qu’il avait à cœur d’engager ses compatriotes résolument dans la voie de la liberté, de l’indépendance et du progrès pour l’ensemble du pays.

Depuis la rectification qui a favorisé le retour aux affaires, d’abord discret puis de plus en plus arrogant, de « tous ceux qui ne pensent qu’à exploiter et à s’allier à ceux qui exploitent » le peuple, son message a progressivement été rendu inaudible. Au lieu de se préoccuper « de nourrir le peuple, de lui donner une eau saine à boire, de le vêtir, de l’instruire et de le soigner », de veiller à sa sécurité et à le loger par devoir de solidarité humaine, ils sont devenus de plus en plus nombreux les citoyens qui, en reniant ces nobles valeurs, s’auto excluent du combat pour le bonheur partagé dans la dignité pour tous.

Ce sont eux que le président du CNR indexait comme ennemis du peuple et appelait avec véhémence les révolutionnaires à combattre. Erreur de démarche et de communication confessée à Bobo-Dioulasso lors de son message du 4 août 1987 célébrant le quatrième anniversaire de la révolution, mais difficile à pardonner jusqu’à ce jour par bien des victimes inconsolables du CNR. Dans une courageuse autocritique quant à la justesse de cette stratégie, il reconnut que la vision manichéenne de la société n’avait généré qu’un peuple de vaincus alors que pour sa pérennisation la révolution devrait attirer à elle et entraîner un peuple de convaincus. Nul doute que si un tel peuple avait pu émerger de manière consciente et responsable, la terre libre du Burkina n’aurait jamais plié à ce point sous la domination terroriste, malgré les réelles complicités étrangères et internes. Peut-il renaître du chaos actuel, et comment l’y habiliter ?

Le peuple en question ne se définissait pas seulement de façon théorique, mais concrètement comme un collectif incluant des acteurs de la production et de la culture (paysans, éleveurs, ouvriers, artisans, artistes, travailleurs, élèves et étudiants etc.) et des organisations démocratiques. Il s’imposait de trouver comment l’aider « à s’organiser librement, car c’est en s’organisant de façon démocratique et libre qu’il peut s’exprimer plus efficacement, qu’il peut mettre en valeur son expérience et sa sagesse, qu’il peut conjuguer utilement ses forces et libérer dans son intérêt et celui de tout le pays, son génie créateur. » Ce fut à travers l’institution immédiate des comités de défense de la révolution (CDR) à la réputation fort controversée, puis la constitution ultérieure des unions nationales des pionniers, des anciens du Burkina, des paysans etc. Il posait ainsi les bornes fondatrices du tout premier programme politique basé sur le respect dû au peuple de façon conséquente, à savoir l’impliquer dans l’analyse des problèmes, l’élaboration et la prise de décisions, le choix et la mise en oeuvre des solutions, pour mieux en défendre les aspirations légitimes, et veiller sans relâche à promouvoir l’intérêt général à travers la mobilisation des masses populaires.

Son intégrité indemne de toute duplicité, n’en déplaise à ses détracteurs, avait conquis les cœurs et l’adhésion de compagnons sincères et d’une partie des masses populaires partageant les valeurs de justice, d’amour de la patrie, d’esprit de sacrifice, d’abnégation, de bonne gouvernance. Par souci d’excellence dans les résultats à atteindre certains valorisaient le travail manuel au milieu des masses populaires en plus de leurs activités intellectuelles, et étaient prêts à son exemple à donner leur vie pour la survie de la révolution. Comme initiateur qui développait sa vision depuis le  jeune âge, il entendait transférer le pilotage de la révolution à un peuple insuffisamment préparé à cela à l’heure de son assassinat. Une révolution proclamée abusivement « démocratique », bien qu’indéniablement populaire du fait de son charisme personnel car lui il y croyait vraiment et que les gens le constataient, vit ainsi sa marche s’arrêter. Devenus vainqueurs bien de camarades, plus « révolutionnaires » vaincus que convaincus, déplaceront progressivement ces bornes après lui, et sans état d’âme délaisseront les populations indécises aux mains de leurs exploiteurs et se détourneront de la révolution sous l’alibi de la rectifier.

Il est clair que le peuple burkinabè aujourd’hui n’est plus celui voltaïque de 1983 subissant impuissant la succession des coups d’Etat militaires. Les pratiques de mobilisation populaire sous le CNR, puis le Front populaire et les différents avatars de la IVè République rivalisant dans la capacité à remplir les stades ont brisé la fragile cohésion sociale. La politisation des institutions républicaines comme la magistrature et l’armée et les luttes de clans en leurs seins ont eu raison de ces derniers remparts de l’unité nationale. Les méthodes expérimentées jadis ne sauraient donc plus prévaloir en 2022. Les aspirations légitimes demeurent certes similaires, mais les contextes sont fort différents, les défis sont plus complexes. Les fractures sociales sont si profondes et multiformes, alors qu’aucune force d’avant-garde ne revendique ouvertement comme le PAI en 1983 la mission et la capacité d’y remédier avec assurance et légitimité. Or, « l’esclave qui n’est pas capable d’assumer sa révolte ne mérite pas que l’on s’apitoie sur son sort. Cet esclave répondra seul de son malheur s’il se fait des illusions sur la condescendance suspecte d’un maître qui prétend l’affranchir. Seule la lutte libère. »

Après les échecs répétitifs de la classe politique et le désenchantement causé par l’inefficacité de l’alternative militaire aux commandes de l’Etat, ne reviendrait-il pas au peuple de s’assumer par lui-même et pleinement ? Mais lui est-il encore possible de se mobiliser après que le multipartisme intégral et la floraison sans limites ni discipline des organisations de la société civile ont fini de brouiller tous les repères, s’ils ne les ont pas détruits pour le malheur de la jeunesse ? Que faire dès lors, si ce n’est de se dire, à tout burkinabè, mobilisation citoyenne et vigilance patriotique !

Une stratégie actualisée de mobilisation s’impose.

L’horizon de la transition en cours étant le retour en juillet 2024 des civils au pouvoir dans un cadre constitutionnel normal, les jeunes ont l’opportunité de prendre leur destin en main en se mobilisant dès à présent pour préparer une révolution démocratique par les urnes et parachever une insurrection populaire mal maîtrisée en 2014. Beaucoup d’initiatives sont déjà en cours : création de nouveaux partis, constitution de nouvelles organisations de la société civile, regroupements des premiers par sensibilité idéologique, ou des seconds par affinité sociologique. Nul besoin d’en rajouter, mais rien n’empêche qu’au niveau local des initiatives novatrices se développent selon la ligne suivante : « j’aime ma Patrie et son Peuple, je m’engage auprès des communes ! »

Tant de choses peuvent y être repensées ou assainies, en mobilisant les jeunes sur la base de leurs intérêts, aspirations ou besoins réels : la conscientisation civique par la vulgarisation et l’application des lois et règlements en vigueur que nul n’est censé ignorer, la vigilance des citoyens pour en contrôler le respect par tous, l’engagement spontané et bénévole pour les travaux d‘intérêt commun et en toute discrétion, le renoncement volontaire à des privilèges ou passe droits en faveur de l’intérêt général, l’investissement sélectif dans le développement local à travers le jumelage interne, la dotation équitable en services sociaux de base comme fondations de l’unité nationale et de l’inclusion sociale au niveau local, la promotion de l’intégration des cultures qui se méconnaissent, la coopération loyale à la sécurité collective des personnes et des biens, la promotion soutenue du bien vivre ensemble excluant toute tolérance des milices privées, etc. .

« Oser lutter …

La recomposition en cours de la sphère politique est une opportunité pour les jeunes de s’affranchir de la tutelle des partis politiques qui ont pu décevoir, et se tenir sur leurs gardes face aux manœuvres clientélistes des parrains véreux qui ne manqueront pas de les solliciter, courtiser, détourner, diviser, corrompre.

Pour éviter un tel piège, il faut se donner de bonnes résolutions en s’inspirant de l’exemple de Thomas SANKARA et s’y tenir fermement. L’argent est un mauvais maître à confiner dans le rôle de serviteur subalterne, même face à une grave pénurie de moyens matériels ou financiers. L’inversion des rangs pour en faire la ressource principale dévalorise irrémédiablement la ressource humaine qui, elle, existe tien dans le pays, el même y abonde même à l’état brut. Pour être pleinement opérationnelle elle doit être décomplexée dans la tête et libre de tout souci alimentaire quant au ventre, sinon le mythe des diplômes face au peuple analphabète et la question des per diem ou des conditions de motivation feront flancher un grand nombre. Thomas SANKARA, qui n’avait aucun master comparativement à beaucoup de jeunes officiers et cadres nationaux du présent, mais pouvait mieux qu’eux tenir tête à des docteurs ou des professeurs d’université agrégés en matière de culture générale, savait cependant reconnaître et louer les capacités du peuple, sa source première d’inspiration et de force d’action :

« Il faut que nous en soyons intimement convaincus, le peuple voltaïque lui-même est non seulement capable de savoir, de décider et de comprendre ce qui est conforme à ses intérêts, mais il est en outre capable de construire lui-même et de ses mains … Nous ne devons pas craindre les masses, et nous barricader dans des bureaux climatisés pour penser lourdement à sa place, avec les pesanteurs petites-bourgeoises, sans tenir compte de lui et de ses conditions concrètes de vie et de travail. »

Pour avoir su faire confiance au peuple, confiance en sa sagesse, confiance en sa perspicacité, confiance en son intelligence et en ses capacités, confiance en son esprit de sacrifice pour l’élaboration de plans populaires de développement, il a conduit le pays vers l’autosuffisance alimentaire par l’auto ajustement structurel. Son succès invite à l’humilité dans la réflexion, la patience dans l’apprentissage, la solidarité dans l’action : «  Nous devons préférer un pas ensemble avec le peuple plutôt que de faire dix pas sans le peuple. » Il eut fallu la persévérance dans les engagements pour que le peuple change durablement par lui-même son destin, et parvienne à imposer de lui réserver tout le respect plutôt que de le tenir en respect. « Une jeunesse mobilisée est dangereuse », disait SANKARA. Mobilisée sans une coordination consciencieuse qui se respecte et s’assume pleinement, elle devient une force criminelle en puissance, anonyme et sans visage. Démonstration en a été faite en 2014 à travers l’incendie d’immeubles publics et privés, et l’impunité qui couvre ces débordements jusqu’à ce jour pèse comme une lourde menace permanente planant sur le pays telle une malédiction irrévocable. Mobilisée et auto disciplinée pour un cause noble, quels exploits ne ferait-elle pas ?

Ainsi reconnues capables d’oser lutter, ces jeunesses militantes doivent encore franchir une étape qualitative supérieure : insuffler à leur mobilisation une flamme révolutionnaire et une aptitude organisationnelle à s’auto discipliner, et voilà que se dresseront dans chaque commune les pylônes virtuels d’un réseau d’entraide à couverture nationale. Ces cellules autonomes de patriotes engagés volontaires pourraient en effet se fédérer aux différents niveaux de structuration de la CENI du bureau de vote à la commune, voire au-delà, avec pour vision : « bâtir une nation unie et forte, démocratique et solidaire, inclusive et pacifiste, alliant culture et dialogue, ouverte au monde des nouvelles technologies et enracinée dans les valeurs communes des cultures traditionnelles. » Pour en rappeler les principales, elles concernent notamment la solidarité, l’hospitalité, la générosité dans les échanges, le respect de la nature, de la vie, des plus âgés, de la parole donnée et l’alliance à plaisanterie. Ces valeurs qui n’étaient pas toujours à l’honneur sous le CNR devront donc être réappropriées et bien comprises pour permettre d’aller pas à pas et de progresser ensemble avec le peuple du siècle présent.

Il importe donc de s’engager après lui à tirer son inspiration et sa force du peuple, et de subordonner dans les choix organisationnels les titres et diplômes aux critères des dévouements au peuple, de la compétence et de l’esprit d’initiative. Comment donc en étant chacun unique et libre, œuvrer collectivement à être utiles aux autres et à tous ? Quelques pistes sont à explorer :

  • en se forgeant une conscience droite comme lui ou en s’y laissant éduquer par d’autres quand la famille y a failli, sans désespérer d’autrui
  • en s’y référant comme à sa boussole intérieure ou à un gendarme invisible, tellement vivant et influent en soi qu’il impose de respecter les feux tricolores, même à minuit alors que les voies sont dégagées, car c’est en étant fidèle dans les petites choses qu’on le reste dans les grandes tentations sans témoins
  • en s’interdisant tout acte de vandalisme, de violence insensée, tout comportement extrémiste ou de suiviste sans personnalité pour donner à des égarés des raisons de se remettre en question et faire des choix responsables.

Pour la jeunesse qui aspire à une telle sagesse la nature fournit comme modèle « les fourmis qui n’ont pas de force mais amassent leur nourriture pendant l’été,…  et les sauterelles qui  n’ont pas de roi, mais se déplacent en troupes ordonnées ».

… savoir vaincre. »

Beaucoup reconnaissent la nécessité du changement, mais personne ne veut commencer à changer à son propre niveau. Or, c’est la qualité de la préparation qui détermine l’issue de la lutte. Ainsi les jeunes qui voudraient se rendre utiles pourraient, chacun pour soi, se proposer de s’intéresser particulièrement à quatre (4) communes sur les trois cent cinquante et une (351) que compte le pays sous contrôle et hors contrôle de l’Etat : la première serait la commune de référence, une deuxième celle de préférence, les troisième et quatrième des communes d’alliance, en veillant à les situer dans les trois grands ensembles territoriaux que sont le Liptako-Gourma, le Bloc central et le Grand Ouest. Par exemple ce citoyen « alpha » a choisi la commune Bobo-Dioulasso comme commune de référence parce qu’il y est enrôlé pour la CENI, celle de Dori commune de préférence parce qu’il y réside, la commune de Bondoukuy première commune d’alliance parce qu’il y a fréquenté dans sa jeunesse, et comme deuxième commune d’alliance la commune de Diapangou où il a servi comme agent du service national pour le développement (SND). Il aurait pu lister légitimement sa commune d’origine ou celle de son épouse, à condition de respecter la prise en compte les trois ensembles territoriaux. Cet autre citoyen « beta » est né et a grandi à Dapoya, a fréquenté au centre-ville de Ouagadougou, est diplômé de l’ENAM, et n’a servi que dans diverses directions centrales de son ministère de tutelle y compris durant son SND en tant que magistrat. Un troisième citoyen « gamma » n’est rentré au pays qu’après le baccalauréat obtenu ans un pays voisin, et a été admis à l’ENEP de Gaoua. Depuis sa sortie de formation toute sa carrière d’enseignant se déroule au sein de la même province du Poni. A l’inverse, le citoyen « delta » est né au Burkina mais n’avait que deux ans quand il a suivi sa mère pour rejoindre le père définitivement installé à l’étranger. Il a pris la nationalité du pays d’accueil où il gagne bien sa vie. Bien qu’il n’ait gardé ni souvenir d‘enfance, ni attache particulière et n’envisage pas de retour immédiat au pays natal, les tourments que celui-ci traverse l’interpellent fortement, et il se demande comment se rendre utile. Ces quatre cas fictifs indiquent à quel point la sensibilité de nos fibres patriotiques peut dépendre de notre connaissance et de nos liens historiques avec la terre de nos ancêtres. Comment les citoyens surnommés « beta », « gamma », « delta » dont les perceptions des réalités burkinabè sont différemment conditionnées feront–ils pour ouvrir large le cœur et les bras pour accompagner leur riche diversité ?

Chacun est et reste aussi libre que le citoyen « alpha » de faire son choix de quatre communes à répartir dans les trois territoires, sans tenir compte des jugements et commentaires d’autrui, car c’est toutes les communes qui constituent la mère patrie à servir. D’une année à l’autre, cependant, chacun aura la liberté de revalider ou de modifier son choix et la valeur du sacrifice qu’il veut faire pour traduire son engagement auprès d’elles. Etre convaincu qu’aucun don si modeste soit-il n’est insignifiant, ou que l’on n’est pas trop démuni pour en faire, car la réalité montre que l’on peut toujours trouver plus pauvre que soi. Nul n’est si comblé non plus qu’il n’ait plus besoin de rien. S’engager donc en fonction de ses capacités à donner sans regret, ni contrainte, mais le faire de bon cœur et tenir fermement parole. L’entraide peut consister à faire don de fournitures/matériels scolaires à l’abandon dans sa famille, prester bénévolement à des travaux d’intérêt commun contre nourriture, renoncer à un besoin ou à un désir précis pour en donner la contrepartie monétaire suivant une clé de répartition à déterminer pour chacune d’elles : par exemple le citoyen « alpha » renonce à la consommation d’un paquet de cigarettes, d’un poulet,  à une soirée en boîte de nuit ou autre loisir et s’engage à en reverser la valeur monétaire à raison de 25% pour chacune des quatre communes, ou 30% pour les deux premières et 25% pour les deux autres. Quant aux modalités de collecte, de traitement, de transfert, de gestion et de contrôle de gestion de ces flux financiers dans toutes les directions, il faudra veiller à prévenir tout acte de malversation, à ne pas en couvrir par l’impunité envers les fautifs comme cela advint après le 15 octobre des caisses de solidarité instituées sous le CNR. Honte à ces mangeurs du grain des pauvres !

Après donc le choix nécessaire mais totalement libre de communes à conforter, la suite pour chacun consistera à consulter le fichier électoral biométrique de la CENI et, à partir des indications de sa carte d’électeur, visiter son bureau de vote, ou identifier celui auprès duquel se faire enrôler si ce n’est pas encore le cas. Des noms d’autres jeunes du même bureau de vote pourront attirer quelque peu l’attention et motiver à entrer en contact avec eux. Se garder de la tentation d’ostraciser certains en privilégiant les affinités linguistiques, ethniques, confessionnelles, idéologiques, politiques, régionalistes, sociologiques etc. Il reviendra au tact et au savoir-faire de chacun des groupes de contact de déterminer de bonnes approches pour initier des rencontres informelles en vue de mieux se découvrir, échanger sur des sujets d’intérêt commun, apprendre à agir ensemble avec d’autres, décider des changements qui sont à la portée du groupe et répondent aux attentes des populations de la zone.

Sa vocation ne saurait être celle des CDR de jadis, ni des VDP d’aujourd’hui, mais s’inspirer de celle des VADS en étant plus ambitieuse, avec un champ d’activités multiformes pouvant varier d’une cellule à l’autre, en fonction des priorités exprimées. Son identité propre à trouver traduirait la volonté de s’engager pour promouvoir une approche novatrice de développement dans la solidarité à la base. Chaque cellule de base s’organiserait en fonction des compétences disponibles face aux défis à relever, à l’exclusion absolue des questions sécuritaires, en détaillant les rôles et responsabilités de manière à impliquer le maximum des membres plutôt que de les concentrer sur entre les mains d’une poignée cooptée de copains, de promotionnaires, de parents, de chercheurs de « naam » : ainsi, tel qui est leader d’un volet est en même temps élément de base dans d’autres volets d’activité. Il s’agit d’inculquer un esprit d’équipe à chacun et une mentalité de gagnant au collectif.

Inventer l’avenir

En ces temps de grandes incertitudes où beaucoup crient à unité nationale et cohésion sociale, il est bon de rappeler la voie que le président du CNR entendait suivre à la veille de la rectification selon lui :

« Persévérance, tolérance, critique des autres, critique de nous-mêmes, voilà le difficile combat, le combat révolutionnaire…. Mais gardons-nous de faire de l’unicité une univocité asséchante paralysante et stérilisante. Au contraire, préférons-lui l’expression plurielle, diversifiée, et enrichissante de pensées nombreuses, d’actions diverses. Pensées et actions riches de mille nuances, toutes tendues courageusement et sincèrement dans l’acceptation de la différence, le respect de la critique et de l’autocritique, vers le même, le seul objectif radieux qui ne saurait être rien d’autre que le bonheur du peuple.  »

Commencer à expérimenter cette démarche enseignera sur les voies à suivre pour rebâtir avec des populations aujourd’hui désemparées et terrorisées sans répit, une nouvelle société, qui serait moins inégalitaire, à défaut d’être idéalement socialiste selon le projet du CNR. L’actionnariat populaire se formaliserait pour prendre le relais des contributions volontaires initiées par les jeunesses militantes, le troc compenserait le salariat, les collectivités territoriales à travers l’AMBF et l’ARBF institueraient conjointement une banque d’initiatives de développement local pour la collecte et la capitalisation des expériences, leur libre accès au profit des acteurs et la promotion des échanges d’expertises etc. Ces hommes, femmes,  jeunes, anciens et enfants déterminés à vaincre toute peur et tout fatalisme croiront à nouveau en l’avenir, se referont confiance comme héritiers ensemble du même FASO / BAYIRI / SUDDUBABA à libérer de toute forme  d’exploitation de l’homme par l’homme au Burkina, comme l’ordonne le Di-tanye.

Cet avenir à inventer a deux grandes exigences à satisfaire :

  • rénover le droit et la justice pour les mettre au service du peuple exploité
  • restaurer l’identité nationale d’intégrité détruite par la rapacité des prédateurs du Burkina.

Comment s’y investir ?

Jeunesses vaillantes du Burkina Faso, Rendez hommage au Di-tanyè !

Oui, debout contre le terrorisme, Et tout genre d’impérialisme, Sauvegardez la Patrie en péril !

Armez nos cœurs d’un grand courage, Pour bâtir cette Nation bénie :

Glorieux Pays des hommes intègres, Animés de l’amour vrai du Peuple !

Aux urnes, Burkinabè !      En masse, enrôlons-nous ! Votons !  Réformons !

Qu’un droit nouveau instaure Justice et Paix !

Aux actes, Burkinabè ! Traquons la corruption ! Luttons ! Dénonçons !

Que tous les cœurs vibrent d’intégrité !

Jeunesses militantes du FASO, de l’intérieur et de la diaspora, en manière d’hommage à la mémoire de ce grand serviteur du Peuple, à qui justice a enfin été rendue trente-cinq ans après sa mort, ayez à cœur de relever le défi d’incarner SANKARA par milliers,  par centaines de milliers, en donnant corps et vie à ses idées immortelles ! Comme lui « J’aime ma Patrie et son Peuple, je m’engage à les servir ! »

MWINSOMA Jean Claude SOMDA.

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