Pratiquer les alliances à plaisanterie pour éradiquer la violence en milieu scolaire au Burkina Faso

KABORÉ Amado, Chargé de recherche, Institut des Sciences des Sociétés (INSS)/CNRST

RÉSUMÉ

Ce document de vulgarisation est tiré de l’article « Rôles des alliances a plaisanterie dans la lutte contre les violences dans les établissements post-primaires et secondaires au Burkina Faso (régions du centre, (centre-ouest et plateau central) », publié en décembre 2021 dans la Revue Lettres D’ivoire – Revue Scientifique de Littératures, Langues et Sciences Humaines, Revue semestrielle, N° 034, pp. 299-312.

Au Burkina Faso, si la parenté à plaisanterie a été relativement bien étudiée par les chercheurs, le lien avec les activités scolaires reste très peu exploré.

La présente réflexion analyse la pratique des alliances à plaisanterie en milieu scolaire en tant qu’alternative pour l’éradication de la violence.

Quatre (04) sous points composent ce document à savoir l’expérience des solutions à la violence, les solutions préventives, les solutions palliatives et les solutions durables.

INTRIDUCTION

Depuis les années 2000, des actes de violence ont troublé le havre de paix que devrait être l’école. Les faits sont visibles : un élève de la classe de 4e du lycée Newton-Descartes de Ouagadougou tué par coup de pistolet le 16 mars 2009 par son camarade de classe. (http://goo.gl/Ljq4wi,  consulté le 09 avril 2014.) ; Le 20 février 2011, un élève a trouvé la mort à l’hôpital de Koudougou, suite à des coups qui lui auraient été administrés par des agents de police du Commissariat central de Koudougou. Les exemples malencontreux font légion dans le système éducatif burkinabè.

La mauvaise gestion de ces incidents malheureux par les autorités publiques combinées à des évènements antérieurs (cas de Dabo Boukary, cas de l’élève (Flavien Nébié) de Boussé en 2000, cas des élèves Garango en 1996) a provoqué des actes de violences sans précédent dans notre pays. On assiste à un cycle jusque-là ininterrompu de manifestations qui secouent le système éducatif. Cette situation met en péril la qualité des enseignements et partant, celle de l’éducation.

Le travail montre que le renforcement et la culture de la parenté à plaisanterie en milieu scolaire sont nécessaires dans la mesure où ceux-ci renforcent la cohésion sociale, gage de développement d’une nation. C’est un procédé qui détermine la catharsis des individus et de la société. C’est un moyen efficace de prévention de conflits en milieu scolaire. Ainsi l’incivisme et les actes de vandalisme et autres comportements répréhensibles d’élèves peuvent trouver une baisse grâce à son recours.

  1. METHODLOGIE ADOPTEE

Il s’est agi d’une méthode mixte qui a mobilisé deux (02) approches de recherche à savoir celles qualitative et quantitative.

Les enquêtes ont été réalisées dans les régions du centre, du Centre ouest et du Plateau central. Pour ce qui est des cibles des enquêtes de terrain, plusieurs acteurs ont été touchés. Ce sont les élèves, les chefs d’établissement, les parents d’élèves et le personnel de la vie scolaire. Pour ce qui concerne les élèves, l’enquête a touché au total 401 élèves venant de plusieurs régions et provinces et des deux sexes.

Dans l’ensemble, le nombre des filles enquêtées reste plus enlevé (207) que la proportion des garçons (194). En plus, des Trois régions couvertes par l’enquête, des élèves.

Somme toute, les élèves enquêtes proviennent de 10 régions sur les 13 que compte le pays. Une situation qui illustre bien le brassage et la diversité culturelle dans l’univers scolaire. Ce qu’il faut noter que ces élèves sont scolarisés dans les trois (03) régions que sont le Plateau central, le centre et le Centre Ouest.

  1. L’EXPÉRIENCE DES SOLUTIONS À LA VIOLENCE

Le tableau ci-dessous montre les expériences des élèves dans la résolution des violences en milieu scolaire. Sa lecture montre que 85% des élèves enquêtés n’ont pas d’expérience en matière de solution à la violence et seuls 12,5% avaient participé à des situations de résolution de la violence.

Tableau : expérience des solutions à la violence des élèves

RESOLUTION VIOLENCENombreFréquence
Non réponse102,5%
Oui5012,5%
Non34185,0%
TOTAL 401100%

         Source : données d’enquêtes, 2020

Des échanges avec les différents acteurs d’écoles, il ressort que des expériences à la solution à la violence font état d’un certain nombre de comportements et d’attitudes porteuses de solutions, qui se traduisent par la maîtrise de soi, une certaine culture de la convivialité, de la tolérance et du civisme à l’école, une mise en scène de l’alliance à plaisanterie et la médiation.

2.1.  Cultiver la convivialité, la tolérance et le civisme à l’école

L’observation d’un certain nombre de comportements qui améliore la qualité de la vie en communauté permet de résoudre les questions de violence en milieu scolaire. Des résultats de l’enquête, ces expériences ont été vécues dans la sphère scolaire, comme l’atteste quelques d’élèves :

« Les élèves jouent souvent ensemble. En cas de problème on peut essayer de les réunir pour créer la joie parmi eux. Nous aimons notre patrie qui est notre espoir » ;

« On doit conseiller les élèves à ne pas faire la violence à l’école » ;

« On doit bien conseiller les élèves à éviter la violence à l’école au détriment de la discipline et le sérieux, condition incontournable pour le succès scolaire » ;

« Faire preuve d’humilité ; favoriser les joutes ; accepter le pardon; accepter la médiation »…

De l’analyse des propos recueillis auprès des élèves, il ressort effectivement que l’école n’est pas à l’abri de tensions. Toutefois, ils sont disposés à être accompagnés pour cultiver au sein de l’environnement scolaire un climat sein, propice à l’acception des uns les autres d’où l’importance de cultiver la convivialité, la tolérance et le civisme à l’école.

2.2. Mise en scène de l’alliance à plaisanterie

L’alliance à plaisanterie est un élément fondamental dans la cohésion sociale qui joue un rôle important dans les relations intercommunautaires et intergroupes. Son évocation permet, un tant soit peu, d’atténuer les tensions interpersonnelles et permet de vivre en bonne intelligence. À travers les enquêtes, elle a été parfois évoquée par les individus pour résoudre un problème lié à la violence en milieu scolaire. Voici quelques observés de mise en scène de l’alliance à plaisanterie dans l’environnement scolaire :

« Les Moosé aiment le dolo car ils se saoulent toujours pour entrer à la maison. C’est le dolo qui est leur boisson de prédilection mais ils sont des vauriens parce qu’ils ne partent pas au champ. En effet,  ils veulent que leurs femmes partent à leur place pour les nourrir. Ils n’ont pas honte, hééé Moosé » ;

« Les parents à plaisanterie ne doivent pas se battre » ;

« Deux parents à plaisanterie se faisaient la bagarre, je suis venu les insulter et leur faire comprendre que dans une telle circonstance, la bagarre est proscrite » ;

« Je les ai insultés en plaisanterie et je leur ai demandé de se pardonner » ;

« Toi tu as une chenille à côté de ta tête, arrache-la pour donner au bwaba. Toi tu as du lait avec une calebasse sur la tête donne là au peulh » ;

« Je dis de donner un cours d’alliance à plaisanterie aux élèves » ;

« La relation entre patronyme, les YAMEOGO et les KOMBASSERE fait l’alliance à plaisanterie pour faire rire » ;

« J’ai des solutions pour résoudre les problèmes grâce à l’alliance à plaisanterie Nous devons toujours nous rassurer s’il y a alliance à plaisanterie avant de le faire »…

Riche des expériences vécues, il est à souligner que les effets escomptés des mises en scène de l’alliance à plaisanterie est tributaire de la disposition d’esprit, la personnalité des individus, de la situation vécue.

2.3. La médiation d’un tiers

Au nombre des stratégies de résolution des crises dans le cercle scolaire, selon les situations vécues par les élèves, notons l’expérience de la médiation d’un tiers qui a permis d’éviter des affrontements entre les parties en conflits. Rappelons quelques situations de médiation et leurs portées.

« Je suis venu, ils étaient en train de faire la bagarre et je les ai séparés » ;

«  Il y avait deux élèves qui voulaient se frapper à cause d’une fille et je leur ai demandé pardon mais ils ne m’écoutaient pas et je les ai  taquinés et ils ont accepté faire la paix » ;

« Deux personnes qui se disputaient. Et je les ai fait comprendre qu’il est important de communiquer et de se pardonner » ;

« A chaque qu’il y a conflit, dès que l’alliance à plaisanterie intervient elle détend l’atmosphère favorisant ainsi la médiation » ;

« Mon ami fidèle a insulté Jonas qui avait faim depuis deux jours sans manger et lorsqu’il l’a insulté, il a fait de la bagarre avec celui-ci qui est pourtant une personne sympathique. Cette situation les a, malheureusement conduit à la surveillance suivie d’une expulsion de l’école » ;

« Pour chercher à comprendre les causes de cette violence, j’ai fait recours au dialogue, ce qui m’a permis de jouer le rôle de médiatrice » ;

« L’alliance à plaisanterie est bonne si la personne sait s’amuser, sinon il ne faut pas du tout forcer » ;

« On peut lutter contre la violence en milieu scolaire parce qu’on peut donner une règle de droit »…

Dans l’environnement scolaire il n’est pas rare de constater l’intervention spontanée d’un tiers pour une médiation en faveur de la paix. Dans cette médiation, les valeurs inhérentes à l’alliance à plaisanterie, en tant qu’élément indispensable pour la cohésion sociale, sont souvent évoquées. Dans ce sens, un certain nombre de précautions mérite d’être observé, notamment la connaissance de l’esprit de l’alliance à plaisanterie et ses valeurs cardinales au sein d’une société. Cependant, il faut éviter de trop instrumentaliser cette stratégie qui ne peut être une panacée pour résoudre toute sorte de conflits interindividuels ou intergroupes.

CONCLUSION

De tout ce qui précède, il ressort que la promotion des alliances à plaisanterie en milieu scolaire constitue une nécessité dans la prévention et la résolution des conflits. Cependant, la réalité sur le terrain indique que pour l’instant la vulgarisation des valeurs de cohésion sociale à travers la promotion des alliances à plaisanterie nécessite d’être renforcée.  Dans ce sens, la persistance de l’incivisme et les actes de vandalisme et autres comportements répréhensibles d’élèves devraient connaître une baisse sensible, à défaut d’être éradiqués : à cet égard, la crise de Nagaré en 2016 à Logobou dans la Tapoa est fort illustrative de cet état de fait. Rappellerons-nous qu’à l’occasion, malheureusement, les couleurs nationales et emblèmes de la nation ont été déchirés, voire brûlés. Le même constat a été fait à Koudougou en 2018 où les scolaires ont même eu l’outrecuidance de dire sur les antennes qu’ils ne regrettaient pas leur acte.

RÉFÉRENCES BIBLIOGRAPHIQUES

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KABORE Amado (2021).  Rôles des alliances a plaisanterie dans la lutte contre les violences dans les établissements post-primaires et secondaires au Burkina Faso (régions du centre, (centre-ouest et plateau central), in Lettres D’ivoire – Revue Scientifique de Littératures, Langues et Sciences Humaines, Revue semestrielle, N° 034, pp. 299-312

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