Burkina Faso : CENI et remède présidentiel

D’habitude, c’est le Mogho Naaba, et de façon générale les gardiens de la tradition, qui volaient au secours des politiques englués dans leurs continuelles divergences. Mais finalement, il a fallu l’intervention du Président du Faso auprès du Mogho Naaba pour décanter une situation apparemment …calée.
Les gardiens de la tradition n’ont apparemment pas pu trouver une alternative pour dissoudre l’os que Eddie Komboïgo a expédié dans les rouages de la machine de la Commission électorale nationale indépendante (CENI). Roch Kaboré a dû prendre son bâton de pèlerin pour proposer et faire accepter la solution que la chefferie coutumière passe son tour de la présidence de l’instance électorale afin que le moteur hoquetant puisse reprendre le cours normal de sa respiration.
Résultat, la prestation de serment des commissaires a pu avoir lieu et l’élection du bureau s’est tenue, dans la même journée. Le président de la CENI, Newton Ahmed Barry, va céder son fauteuil ce 2 août 2021, à Elysé Ouédraogo, magistrat et commissaire au titre de la communauté catholique.
Trois conséquences à cette résolution de crise. Premièrement, la chefferie coutumière n’a pas pu exercer son droit, non écrit, mais inscrit dans les coutumes de la CENI, d’occuper le poste de président. La livraison de la solution présidentielle a-t-elle prévu un service après-vente pour régler ce problème à la fin du mandat de nouveau bureau de la CENI ? Autrement dit, la chefferie coutumière pourra-t-elle prétendre à la présidence aux prochaines échéances ou doit-elle considérer que son tour est grillé ? Si ceci n’est pas réglé, il faudra le faire avant qu’il ne devienne un autre problème dans les prochaines années. On se dit et on ne souhaite pas que ce soit un problème. Mais vu ce qui s’est déroulé sous le ciel du Burkina Faso, on n’est jamais trop prudent…
Effets secondaires….
Deuxièmement, la communauté musulmane voulait apparemment prétendre à un deuxième mandat successif, histoire de respecter une autre règle non écrite. La preuve, Adama Kafando, représentant de cette composante, a présenté sa candidature, mais la majorité des commissaires a préféré Elysé Ouédraogo de la communauté catholique. On espère que cette situation sera vite digérée et que cela ne créera d’autres hourvaris dans un proche avenir.
Troisièmement, l’opposition a finalement obtenu la récusation d’un représentant d’une autre composante. Ce qui veut donc dire que désormais, c’est une jurisprudence qui pourrait être utilisée à l’avenir par d’autres composantes pour protester contre le choix d’autres parties prenantes de la CENI. Il est à espérer que des potions seront à nouveau là pour dégoupiller d’éventuelles tentions.
Enfin, après l’obstacle de l’élection, il faudra maintenant au nouveau président de la CENI d’actionner le levier de la collégialité, de l’entente et de la cohésion entre les commissaires. Du reste, il en est déjà conscient. C’est l’un des défis à relever afin que le remède du Chef de l’Etat soit durable dans le temps. Et surtout sans effets secondaires trop indésirables.
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