Campagne présidentielle et système de soins au Burkina Faso : Le diagnostic du Dr Arouna Louré

Médecin anesthésiste réanimateur et par ailleurs essayiste, le Dr Arouna Louré s’intéresse beaucoup aux questions de bonne gouvernance. Le 19 novembre 2020, Il s’est prêté aux questions de Faso7 sur la place qu’occupe le secteur de la santé dans les programmes de certains candidats à l’élection présidentielle du 22 novembre 2020.
Faso7 : Comment appréhendez-vous la campagne électorale en cours d’une manière générale ?
Arouna Louré (A.Louré) : Au vu de ce qui se passe dans la sous-région, j’apprécie positivement le climat dans lequel se déroule la campagne de manière générale. Et j’ose espérer qu’elle se termina dans le même climat de telle sorte que les résultats qui sortiront des urnes soient sans fraudes, afin que tous les candidats l’acceptent.
Par ailleurs, je trouve le débat politique très pauvre, centré plus sur des futilités que sur des idées réalistes et novatrices.
Faso7: Pensez-vous que le secteur de la santé est beaucoup évoqué dans les programmes des candidats ?
A.Louré: Pas vraiment ! Au vu de ce que le monde vit, mais aussi de la gestion calamiteuse de la crise du Covid 19 au Burkina Faso, nous aurions espéré un vrai débat sur les réformes de notre système de santé. Certes, certains candidats plus que d’autres l’ont abordé dans leur programme mais je trouve que le diagnostic est assez mal posé en général.
Faso7 : La plupart des candidats promettent de travailler à améliorer le système sanitaire. Par exemple Zéphirin Diabré parle de la formation des médecins, l’équipement des hôpitaux ; le président sortant veut construire beaucoup d’hôpitaux et transformer certains en CHR. Que vous inspire ces idées ?
A.Louré : C’est ce que le paysan de mon village dira si on lui demande ce qu’il faut pour améliorer notre système de soins. Il est trop facile de parler de construction d’infrastructures, de former des médecins ou même de transformer des CHR en CHU (quoique cela ne soit que des paroles de campagnes) car il suffit d’avoir assez d’argent. Mais comment on met tout cela ensemble pour avoir un centre médical, un centre hospitalier régional (CHR) ou un centre hospitalier universitaire qui marche bien, là est la question. Nous avons des dirigeants sans mémoire, le ministère de la santé est en déliquescence, le CHU de Tengandogo et le CHU de Bogodogo sont au bord du gouffre après quelques années de fonctionnement, mais aucun candidat ne pose le diagnostic réel de la problématique de nos hôpitaux.
Faso7 : A votre avis, quelle (s) est (sont) le (s) erreur (s) commise (s) par les différents candidats dans leurs projets pour le secteur de la santé ?
A.Louré : L’erreur majeure c’est d’ignorer que le réel problème de notre système de soins découle d’abord des lois auxquelles sont soumis nos hôpitaux aussi bien l’hôpital public que l’hôpital privé. De même prôner l’apologie de la construction de nouvelles infrastructures sans faire fonctionner convenablement de celles qui existent, devrait être du domaine des médiocres.
Faso7 : Lequel des 13 candidats a selon vous, le meilleur projet réalisable en 05 pour ce qui concerne le secteur de la santé ?
A.Louré : Le meilleur ? Difficile à dire. Pour ceux qui ont vraiment abordé la question, ils disent à peu près la même chose, renforcer les infrastructures, former davantage de personnel, mieux payer le personnel, affecter 15 % du budget national à la santé, opérationnaliser l’assurance maladie universelle. C’est vrai que l’UPC voit la santé dans sa globalité notamment l’assainissement, l’alimentation mais également axe sa politique de santé sur la prévention.
Cela dit, les candidats ne nous disent pas comment faire fonctionner ces différents éléments pour que nous ayons des hôpitaux qui fonctionnent convenablement.
Entretien réalisé par Amadou ZEBA
Faso7




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