Covid-19 au Burkina Faso : A Bassinko, entre boire ou se laver les mains

Le Burkina Faso est frappé par la pandémie du Covid-19 depuis le 09 mars 2020. Les autorités du pays maximisent les messages de sensibilisation. Il s’agit de respecter les mesures barrières et se laver les mains régulièrement. Cependant, certaines populations de la capitale font face à un dilemme :  boire l’eau ou se laver règulièrement les mains. C’est le cas des habitants de la cité de Bassinko. Reportage !

A Bassinko, quartier situé à la sortie de Nord de Ouagadougou, il n’y a que deux bornes fontaines. Ces points d’eau installés par l’Office national de l’eau et de l’assainissement (ONEA) sont toutefois particuliers.  L’eau s’y fait désirer.

C’est ce que nous constatons dans la matinée du 10 avril 2020. Nafion Nignan,  résident de Bassinko depuis 2016 et rencontré à son domicile aux environs de 10h, nous sert de guide. Il nous emmène dans l’une des fontaines située à moins d’un kilomètre de son gîte. Une longue file d’attente formée d’une cinquantaine de bidons, patiente. La plupart des récipients sont à l’abandon. Les quelques propriétaires présents, des femmes, entre soupirs et espoirs, fixent du regard les arrivées d’eau.

Des bidons abandonnés

Mais le précieux liquide n’est pas là. Il est souvent absent. Surtout la journée. « L’eau est coupée depuis 5h du matin. L’eau est venue à 4h et s’est coupée à 5h », témoigne Somé Doriane, mère d’une famille de cinq personnes.  Comme un animal nocturne…  Le point d’eau se transforme alors en fontaine … de lamentations.

« On nous dit de laver les mains mais on va les laver avec quoi ? »

Nous engageons la discussion avec les occupants de la source d’eau. Nous découvrons ainsi que pour repartir à la maison avec la manne bleue, il faut s’abonner au système de la débrouillardise. C’est le cas de Antoni Sow, 13 ans, élève en classe de 5e.  Pour lui, le problème de l’eau fait partie de son quotidien et ce, même pendant la période des classes.

« Pendant la période des cours, je viens déposer mes bidons à 4h du matin. Quand je descends (finis les cours, ndlr) à midi, je viens chercher », commente le jeune garçon, les yeux fixés sur le bout de tuyau relié au robinet comme invoquant le Seigneur de laisser venir le nectar.

Ce problème d’eau se pose à Bassinko au moment où le Burkina Faso lutte contre le coronavirus. Le gouvernement a pris des mesures. Parmi elles, la gratuité de l’eau dans les bornes fontaines.

Nous demandons à Antoni Sow s’il est informé. Il répond par l’affirmative. Avec un air moqueur. « Oui ! Je suis au courant mais on nous a oubliés ici. On souffre », commente-t-il. Pour lui, du moment qu’Ils n’ont pas accès à l’eau, la gratuité n’a aucun impact sur leur vie.

Installation inachevée de tuyaux à Bassinko

La lutte contre le coronavirus impose également de se laver régulièrement les mains au savon. Avec de l’eau, évidemment ! Cette recommandation, apparemment simple, a une autre résonnance à Bassinko.   « On nous dit de laver les mains, mais on va les laver avec quoi ? Avec de la cendre ou avec la terre ? », questionne notre guide Nafion Nignan.

« … Chercher l’eau avant d’aller au service, c’est un problème »

Il assure que lui et ses voisins vivent un dilemme. « Il y a la peur de la maladie qui est là mais s’il n’y a pas l’eau, on va faire comment ? », interroge-t-il. Il ajoute que le manque d’eau contribue, non seulement à rendre difficile l’application des mesures préventives, mais il est aussi un problème pour la mise en œuvre du service de rotation mis en place dans l’administration afin de pouvoir assurer la continuité du service tout en respectant la distanciation physique.

« Souvent, on est obligé de repartir vers les villages pour avoir de l’eau ou d’en acheter auprès des conducteurs de tricycle qui vendent une polytank d’eau à 2500 F CFA », révèle Nafion Nignan. « S’il faut faire 4 kilomètres pour chercher l’eau avant d’aller au service, c’est un problème », pose-t-il.

Le manque d’eau dans cette partie de la capitale burkinabè est préoccupant au point qu’il ne se contente pas de sécher la gorge de la population. L’absence de l’eau est en train de tarir les valeurs qui ont toujours définis les Burkinabè, c’est-à-dire l’hospitalité, le respect et l’intégrité. « Quand tu vas chez quelqu’un et qu’il te donne de l’eau, tu refuses parce que tu sais comment il a souffert pour l’avoir », affirme Doriane Somé, pendant cette période d’attente que nous passons avec elle dans cette fontaine.

Nous quittons le point d’eau quelques heures plus tard. Direction, le domicile d’un personnage important du quartier. Nous avons en tête de savoir si l’ONEA est aphone face aux difficultés que vivent ces habitants. Il s’agit de Jean-Baptiste Ouédraogo, le président de l’Union des résidents de la cité de Bassinko. C’est un homme très accueillant qui nous ouvre les portes de sa maison. Le soleil est déjà au zénith.

Jean-Baptiste Ouédraogo nous informe que le calvaire de Bassinko est lié à la défaillance de l’entreprise avec laquelle l’ONEA est en contrat pour exécuter les travaux des fontaines. « L’ONEA nous a fait savoir que l’entrepreneur a été défaillant et qu’il est entrain de poursuivre l’entrepreneur pour résilier le contrat afin de le réattribuer à une autre entreprise », atteste-t-il.

« On se dit qu’ils ne savent pas que nous existons »

En attendant, le président de l’Union des résidents de la cité de Bassinko ajoute que les populations ne se sentent pas concernées par la mesure sociale du gouvernement en ce qui concerne la gratuité et l’accès à l’eau dans le cadre de la lutte contre le Covid-19. « Non seulement on n’a pas de borne fontaine, l’électricité on n’en parle pas. On se dit qu’ils ne savent pas que nous existons », déplore-t-il.

En attendant que l’ONEA parvienne à résilier son contrat avec l’entrepreneur intraitable, M. Ouédraogo et la population de Bassinko sont dans un dilemme. Comment concilier lavage régulier des mains et manque d’eau ? Faut-il préférer boire ou se laver les mains ?

Amadou ZEBA

Faso7

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