Pic Nahouri : Quand un défi sportif révèle la beauté du Burkina Faso

En gravissant les 447 mètres du Pic Nahouri, des milliers de marcheurs venus des quatre coins du Burkina Faso, mais aussi d’ailleurs, ont relevé bien plus qu’un simple défi sportif. Au terme de leur ascension, beaucoup sont repartis avec un autre regard sur le Burkina Faso et sur eux-mêmes. Reportage au cœur d’une aventure qui invite à découvrir la beauté du pays tout en allant à la rencontre de soi-même.
Ouagadougou se réveille lentement, après une nuit fraîche. Une brise matinale traverse les rues presque désertes. Dans le ciel dégagé, les premières lueurs annoncent une journée ensoleillée. Il est un peu plus de 6h, ce samedi 1er août 2026. Près de l’ancienne gare routière de la capitale, le moteur d’un minibus tourne au ralenti. Sur le pare-brise, une inscription, en grosse lettres, indique sa destination : « Pic Nahouri- Aller-retour ». A proximité, des voyageurs attendent le signal de départ.
Un homme serre les lacets de ses baskets avant d’ajuster les bas de son pantalon jogging. Un peu plus loin, une jeune fille redresse la visière de sa casquette. Les retrouvailles sont chaleureuses et donnent lieu à des éclats de rire, des poignées de mains et quelques plaisanteries. Prévu à 6h00mn, le départ est finalement retardé de quelques minutes pour permettre aux retardataires d’arriver.
A 6h25mn. Les portières se referment. Le ronronnement du moteur s’intensifie. Le convoi quitte lentement la capitale. Deux minibus prennent la route du sud avec à leur bord une soixantaine de voyageurs. A 164 kilomètres de Ouagadougou, les attend le Pic Nahouri. Avec 447 mètres d’altitude, c’est le point culminant de la région du Nazinon et l’une des grandes élévations du Burkina Faso.
Le Pic est aussi l’un des 65 sites les plus visités de la région du Nazinon, selon le tableau de bord des statistiques du tourisme de 2024 de l’Observatoire national du Tourisme Burkina Faso (OBSTOUR).
Ce 1er août 2026, le Pic accueille la 15e édition d’Excursion Nahouri, une randonnée populaire qui rassemble chaque année des amoureux de la nature, du sport et de la découverte. Cette édition se tient pendant la Grande saison du Tourisme interne (GSTI), lancée quelques semaines plus tôt par le Ministre en charge du Tourisme, Pingdwendé Gilbert Ouédraogo, pour encourager les Burkinabè à découvrir davantage leur propre pays. C’est en répondant d’ailleurs à cet appel qu’une compagnie de transport a organisé le convoi spécial, à tarif réduit, entre Ouagadougou et le Pic Nahouri, permettant à davantage de personnes de prendre part à l’aventure.
En route vers le toit du Nahouri
Dans le minibus, l’ambiance joviale du départ a gagné encore en intensité. Les rires et les piques entre parents à plaisanterie fusent. Les conversations se croisent d’un siège à l’autre. On parle du Pic. Ceux qui ont déjà tenté l’expérience raconte aux nouveaux ce qui les attend. Dehors, le paysage change au fil des kilomètres, alternant champs où les cultures sont en pleine croissance végétative et villages. A Kombissiri, quelques hérons noirs arpentent les berges du barrage. Certains restent immobiles, comme s’ils observaient eux aussi le passage des voyageurs.
Assis au premier rang, Del-Christ Ouédraogo regarde défiler le paysage avant de jeter un coup d’œil à son téléphone. Sur l’écran s’affiche 7h30 mn. Pour ce jeune homme d’une vingtaine d’années, la journée a une saveur particulière. Sa sœur avait déjà réussi l’ascension il y’a quelques années. Depuis, lui aussi nourrit le même rêve : atteindre le sommet du Pic Nahouri.
Le voyage se poursuit à travers la végétation luxuriante du Parc national Kaboré Tambi, puis en direction de Pô, le chef-lieu de la province du Nahouri. Environ 15 kilomètres plus loin, apparait le village du Nahouri. A 9h32mn précises, le minibus s’immobilise et son grondement s’éteint. Les conversations cessent. Les voyageurs descendent en file puis lèvent les yeux. Au-dessus des arbres, se dresse une immense masse rocheuse : le Pic. Imposant. Calme. Presque intimidant.
Le décor semble tout droit sorti d’une carte postale. Instinctivement, les téléphones apparaissent. Les premiers clichés sont pris, chacun cherchant à immortaliser le moment. Tous veulent conserver une première image du géant de pierre.
Un défi pour le corps et pour l’esprit
A quelques dizaines de mètres seulement du départ, le Pic Nahouri impose déjà le respect. Sa longue crête de granite gris domine les arbres et semble régner sur le paysage. A ses pieds, des centaines de visiteurs grouillent entre les stands de restauration, les espaces d’animation et le point de départ de l’ascension. L’odeur de viande grillée et des saucisses flotte dans l’air, mêlée au vacarme de la fête. Les appareils photos et les smartphones crépitent. Mais au-delà de l’animation, la piste attire.

Parmi les voyageurs venus de Ouagadougou, un premier groupe s’engage sur le sentier. Trois étudiants gabonais installés au Burkina Faso en font partie. Des amis leur ont promis une expérience « palpitante » et « mémorable » et ils sont venus vérifier par eux-mêmes. Del-Christ Ouédraogo se joint également aux grimpeurs. En file indienne, ils progressent, bruyants. Les tout-petits avancent avec agilité et une énergie débordante.
Les premiers mètres ressemblent presqu’à une promenade. Mais rapidement, les respirations deviennent plus lourdes, la sueur apparait sur les visages et les conversations se rarifient. Le Pic commence à éprouver les volontés. A mi-parcours, chacun mène son propre combat. On s’arrête pour boire, pour reprendre son souffle ou pour regarder le chemin déjà parcouru. Quelques fois, une voix inconnue rassure : « courage, le sommet n’est plus loin ». On décharge le voisin d’un bagage encombrant. Les mains se tendent pour aider à franchir les obstacles. Peu à peu, la montagne transforme la foule en une véritable communauté d’effort. Certains renoncent pourtant et redescendent. Sans honte. Tout le monde comprend l’intensité de l’épreuve.
45 mn après le départ, un participant consulte sa montre connectée et lâche : 390 mètres d’altitude. Il reste moins de 60 mètres mais ce sont cependant les plus difficiles à franchir. Les arbres cèdent la place aux blocs de granite et les passages deviennent plus étroits. Il faut trouver un bon appui et parfois ramper entre deux rochers. Etonnement, Del-Christ Ouédraogo trouve un second souffle. Là où la majorité cherchent ardemment le bout du tunnel, lui prend plaisir à filmer et photographier chaque mètre de son ascension.

Encore quelques mètres. Un dernier souffle. Puis l’horizon apparait brusquement. Après plus d’une heure d’efforts soutenus, Del-Christ Ouédraogo et son groupe atteignent enfin le sommet du Pic Nahouri.
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Une récompense à la hauteur de l’effort
Le dernier rocher franchi, les souffles sont courts et les jambes encore tremblantes. Pourtant, rares sont ceux qui pensent à s’asseoir immédiatement. Des cris de joie éclatent à l’arrivée des nouveaux venus. Les retrouvailles se font dans les accolades. Des mains se lèvent vers le ciel. Certain ferment momentanément les yeux, quelques secondes, le temps de savourer l’instant.
Dans la foule, quelqu’un rappelle qu’au cours d’Altitude Nahouri, une compétition internationale organisée chaque année, des athlètes accomplissent l’ascension en une dizaine de minutes, après plusieurs kilomètres de course depuis Pô. Des marcheurs échangent des regards d’étonnement. Après les efforts qu’ils viennent de fournir pour arriver au sommet, une telle performance paraît presque irréelle à leurs yeux.

Mais l’attention se porte rapidement ailleurs. Devant eux, le Burkina Faso se dévoile sous un autre visage. Depuis le sommet, la vue est panoramique. Le regard porte au loin, sans un obstacle. Un vent doux vient sécher les visages encore humides de sueur. A cette hauteur, le monde semble avoir rétréci. Les visiteurs restés au pied de la colline ne sont plus que des minuscules silhouettes. La file de véhicules stationnés sur près d’un kilomètre ressemble à long cordon multicolore. Vers le sud, les habitations de Paga, au Ghana et celles de Dakola apparaissent nettement. Dans la direction opposée, la ville de Pô se distingue également. Ici, aucune frontière visible entre le Burkina Faso et le Ghana. Seulement un même paysage.
Sous la crête, des vautours profitent des courants ascendants et tourne dans le ciel. Leurs plumes dorsales réfléchissent parfois les rayons du soleil. Pour une fois, les hommes dominent les ‘’maîtres des airs’’. Patrice Lebenda savoure l’instant. Venu de Manga, il contemple le spectacle, avec émerveillement, puis confie : « La vue est incroyable à cette hauteur ; il faut être là pour comprendre ce que cela fait ».
A quelques pas, Didier Yaméogo, directeur régional en charge du Tourisme du Nazinon savoure sa troisième ascension. Pour lui, à chaque fois, le plaisir reste intact : le vent frais du versant sud constitue, après l’effort, une récompense à lui seul Plus loin, une cinquantaine de membres du club de marche sportive Route du Nord (Bassinko-Saabtenga voie de contournement) célèbrent eux aussi leur réussite. Habitués à parcourir chaque semaine une dizaine de kilomètres à pied, ils viennent d’ajouter un nouveau défi à leur parcours sportif.
Un trait d’union entre les peuples
L’émotion dépasse les frontières du Burkina Faso. « Great !» , « Too sweet ! », « Take a picture ! ». Ces voix viennent de jeunes ghanéens, venus par centaines du pays voisin. Les liens familiaux et historiques qui unissent les communautés des deux côtés de la limite territoriale donne à Excursion Nahouri est une dimension particulière. Chaque édition est devenue un rendez-vous pour ces visiteurs comme le confiera plus tard l’ambassadeur du Ghana au Burkina Faso, Kenneth Akibaté à la presse locale.

A quelques mètres de là, Trois jeunes hommes déploient un drapeau vert, jaune et bleu. Les étudiants gabonais viennent, eux aussi, d’atteindre le sommet. Ils posent avec leurs couleurs nationales devant l’objectif, fiers d’ajouter une nouvelle page à leur histoire, à des milliers de kilomètres de leur pays. Parmi eux, Moussavou Neil peine à trouver ses mots. L’ascension l’a éprouvé surtout après les 100 premiers mètres d’altitude mais il ne retient ni la fatigue ni la difficulté. Il y voit plutôt une leçon de vie. « C’est résilient, c’est fort, c’est âpre, ça repousse les limites et ça permet de se connaitre soi-même et de savoir que l’être humain peut avec beaucoup de volonté franchir les étapes les plus difficiles de la vie comme ce parcours-là », dit-il.
Ses deux compagnons acquiescent, en silence. Le Pic Nahouri leur a offert bien plus qu’un panorama : une rencontre avec soi-même.
Une destination de plus en plus prisée
Le soleil a lentement basculé vers l’ouest lorsque Del-Christ Ouédraogo et son groupe décident de regagner le bas. L’aventure n’est pourtant pas terminée. La descente demande elle aussi de la vigilance. Sur les passages les plus abrupts des premiers mètres, certains choisissent de progresser assis. La roche est quelque fois glissante. Mieux vaut sacrifier donc la propriété de ses vêtements que de perdre son équilibre.
La piste, étroite, complique davantage la progression. Ceux qui redescendent croisent ceux qui montent. La file devenue dense s’étire jusqu’au pied de la colline et, par endroits, une seule personne peut passer à la fois. Les arrêts se multiplient, les embouteillages aussi. Mais l’ambiance reste détendue. On rit des contorsions nécessaires pour franchir certains passages.

La descente reste toutefois plus rapide. Une trentaine de minutes suffit au premiers pour rejoindre le pied de la colline, soit environ deux fois moins que le temps consacré à l’ascension.
Sur place, la foule est encore plus dense qu’au matin. Une femme lève les yeux vers le sommet avant de souffler, soulagée. « Merci seigneur pour cette grâce et pour être redescendue sans problème ». Une émotion que partagent de nombreux participants. Malgré l’affluence, les incidents restent inexistants.
Pour Mahamadou Adiawourabou, président du comité d’organisation d’Excursion Nahouri, cette situation n’est pas le fruit du hasard. Il explique qu’avant chaque évènement, le chef du village Nahouri et ses notables accomplissent des sacrifices pour garantir la sécurité. « Depuis la première édition jusqu’à ce jour, nous n’avons enregistré aucun problème », assure-t-il, rappelant également que le Pic est un lieu sacré pour la communauté. Vidéo !
Pic Nahouri : Un site chargé de mémoire
Quelques minutes plus tard, la pluie s’invite à la fête. Les gouttes d’eau frappent les toits des stands et les feuilles des arbres. La montagne disparait derrière un rideau d’eau. Mais l’animation ne faiblit pas.
Selon Mahamadou Adiawourabou, plus de 5 000 personnes auront participé à cette 15e édition d’Excursion Nahouri. Le contraste est saisissant car la première édition n’avait réuni que 12 personnes, selon lui.
En 15 ans, le Pic Nahouri est devenu un grand rendez-vous. Un symbole. Sa promotion lors des grandes rencontres touristiques comme le Salon international du Tourisme et de l’hôtellerie de Ouagadougou (SITHO) semble désormais porter ses fruits.
A 16h30 mn, les moteurs des minibus vrombissent de nouveau. Quelques temps plus tard, ils quittent lentement le village. La pluie cesse aussi brusquement qu’elle était arrivée. A travers les vitres couvertes de buée, le Pic reste visible pendant quelques kilomètres. Sa silhouette domine toujours le paysage. A son sommet, des marcheurs, minuscules, bougent encore. Certains, semblent décidés à ne descendre qu’à la tombée de la nuit.
La voie détrempée qui rejoint la Route nationale n°5 offre une dernière épreuve aux véhicules. Les roues glissent dans la boue. Par moment, les moteurs rugissent pour sortir d’un passage rempli d’eau. La longueur de la file de véhicule impose plusieurs arrêts avant que le bitume ne soit enfin atteint.

Peu à peu, la nuit enveloppe le paysage. Les conversations se font rare et le silence s’installe. Epuisés par la journée, les voyageurs s’abandonnent progressivement au sommeil.
Del-Christ Ouédraogo, lui, reste réveillé. Sur son téléphone, il fait défiler les centaines de photos prises durant la journée : paysages, visages et sourires. Certaines de ces images rejoindront son album personnel. D’autres alimenteront les publications de ‘’Visite Faso’’, sa structure qui consacre sa plateforme à la découverte des richesses culturelles et historiques du Burkina Faso.
Des trésors à explorer !
Mais il repart surtout avec un souvenir plus précieux. Cette journée lui a rappelé que le Burkina Faso regorge de trésors encore méconnus. Des lieux qui ne demandent qu’à être explorés, racontés et partagés. L’expérience vécu lui laisse également une conviction : les plus beaux voyages ne conduisent pas forcément à l’extérieur, mais quelque part à l’intérieur du pays, comme au Pic Nahouri.
Abdel Malick Maïga (collaborateur)
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