7 Juin, Journée Internationale de la Sécurité Sanitaire des Aliments ! : «La sécurité sanitaire des aliments : préparons-nous à l’imprévu ! » 

Ceci est une tribune du Pr Mamoudou H. Dicko sur la question de la sécurité sanitaire des aliments.

Depuis 2018, l’Assemblée générale des Nations Unies a retenu le 7 Juin de chaque année comme la Journée Internationale de la Sécurité Sanitaire des Aliments (SSA) [A/RES/73/250 du 18-12-2018, https://www.ohchr.org]. Cela est en ligne avec les recommandations du haut-commissariat des Nations Unies aux droits de l’homme, à savoir « le droit à une alimentation adéquate

L’objectif de cette Journée est d’attirer l’attention et inspirer l’action pour prévenir, détecter et gérer les risques d’origine alimentaire, dans l’optique de contribuer à la SSA, à la santé humaine, à la prospérité économique, à l’agriculture, à l’accès au marché, au tourisme et au développement durable. Dans un monde où les chaînes d’approvisionnement alimentaire sont complexes tout incident en matière de SSA peut produire des effets préjudiciables sur la planète entière avec la même ampleur sinon plus que le COVID-19. Dans un contexte d’insécurité lié au terrorisme, il est important de renforcer la SSA, la biosécurité, la bio-sûreté et même anticiper dans la prévention du bioterrorisme [https://www.interpol.int/Crimes/Terrorism/Bioterrorism]. La SSA étant l’affaire de tous, cette journée interpelle tous les citoyens d’être vigilants sur la qualité hygiénique des aliments que nous consommons.

En Afrique, plus de 91 millions de personnes tombent malades (notamment de la diarrhée) par an, entraînant 137 000 décès représentant 30% de la mortalité mondiale due aux maladies d’origine alimentaire [http://www.who.int/foodsafety/areas_work/foodborne-diseases/ferg/fr/]. C’est en Asie et en Afrique Sub-Saharienne que la charge de morbidité et de mortalité imputable à ces maladies est la plus élevée. Dans ces pays, qui représentent 41% de la population mondiale globale, il y a environ 53% des maladies dues aux aliments et 75% de cas de décès qui en résultent. Il est estimé que parmi les habitants de l’Afrique de l’Ouest (environ 450 millions en mai 2024, dont 50% au vivent au Nigeria !), 85% n’ont pas accès à une alimentation saine [FAO, 2023, https://doi.org/10.4060/cc3017fr]. Dans le cas du Burkina Faso, cette figure est de 77,6%. Cela montre que des efforts doivent être poursuivis non seulement dans la production d’aliments de bonne composition nutritionnelle mais aussi et surtout de bonne qualité sanitaire.

Les maladies liées au manque de SSA au Burkina Faso sévissent tous les jours. De nombreux cas d’intoxication alimentaire ont été enregistrés ces dernières années qui sont médiatisés et d’autres sont certainement non répertoriés. Les exemples les plus connus sont les intoxications alimentaires mortelles survenues en 2019 (provinces du Sanguié et Kouritenga) et 2020 (province du Poni). Les principales causes des intoxications alimentaires sont entre autres :

– la mauvaise utilisation des pesticides et antibiotiques qui se retrouvent dans les denrées alimentaires;

-la prolifération des aliments de rue sans protection, exposés à la poussière, crachats, morves, eaux pluviales, eaux usées, gaz d’échappement des moteurs, mouches, etc.;

– les mauvais emballages des aliments, notamment les sachets en plastique utilisés pour emballer les liquides et substances visqueuses chaudes (tô, placali, bouillie, huiles, sauce, thé, café, etc.) et les réutilisations d’emballages non alimentaires (ciment, chaux, etc..) pour emballer la viande, les galettes, etc. A titre d’exemple, l’intoxication au plomb ou chrome hexavalent dans le ciment peut provoquer, respectivement le saturnisme (maladie du système nerveux central) ou le cancer. Les sachets en plastiques sont généralement faits à base de polymères organiques (bisphénol A, polyéthylènes, etc.) dont la décomposition libère des produits toxiques ;

-les mauvaises pratiques de stockage, de transport, transformation, et de conservation des denrées alimentaires et des produits finis;

– la mondialisation des échanges commerciaux de denrées alimentaires de composition biochimique non maitrisées y compris les produits provenant des organismes modifiés (transgénèse, cis-genèse, intra-genèse, etc..) ou issus de la biologie synthétique;

– la restauration collective mal contrôlée avec du personnel très souvent sans notions d’hygiène ;

– la faiblesse du système de contrôle des aliments dans les marchés et yaars;

– la mauvaise compréhension des populations de l’importance de la SSA et de l’hygiène même à domicile ;

– la porosité des frontières par lesquelles passent des aliments insalubres, etc.

Prévenir et de nous protéger des intoxications alimentaires

Le Burkina Faso a développé des actions orientées vers la mise en place d’un système coordonné pour assurer la SSA. Il existe des dispositions règlementaires sur la SSA qui sont conformes aux prescriptions internationales. Il s’agit entre autres de lois (protection des végétaux; la gestion des pesticides ; code de santé animale et de santé publique vétérinaire; code d’hygiène publique, etc.) et d’autres textes règlementaires (création du comité national du Codex Alimentarius ; des arrêtés sur les mesures sanitaires phytosanitaires sur divers produits alimentaires, les normes alimentaires par l’ABNORM, etc.).

Le Burkina Faso possède un plan national de réponse aux urgences de SSA (PNRUSSA) en cours de consolidation. Le rôle du PNRUSSA est d’assurer la planification, la coordination et la documentation des actions à mener en cas d’urgence liée à la SSA. Au niveau international, le PNRUSSA travaille en synergie avec le Réseau international des autorités de sécurité sanitaire des aliments (INFOSAN) qui est un réseau mondial coordonné par la FAO et l’OMS [https://www.fao.org/food-safety/emergencies/infosan/fr/]. Plusieurs départements ministériels interviennent dans le système de contrôle de la SSA et le PNRUSSA à travers des structures opérationnelles. Il existe des structures de veilles citoyennes, de défense des consommateurs, d’acteurs du secteur public et privé. Les structures spécialisées interviennent d’une façon ou d’une autre dans la promotion de la SSA au plan national. Cependant, de nombreuses difficultés opérationnelles pourraient être surmontées à travers les stratégies suivantes :

  • Une bonne coordination périodique des actions concertées et efficaces ;
  • La création d’un plateau technique virtuel qui donne accès à tous les laboratoires au Burkina Faso capables d’effectuer le contrôle des aliments en fonction des paramètres recherchés ;
  • Le partage d’informations et de données non confidentielles entre les structures ;
  • La création d’une ligne budgétaire dédiée au fonctionnement des comités (CODEX et INFOSAN) dans le ministère en charge de la santé ;
  • L’harmonisation et l’identification des missions et rôles assignés aux structures impliqués dans la SSA;
  • L’utilisation des bioplastiques pour l’emballage des produits alimentaires et les autres emballages biosourcés et non nocifs ;
  • La capitalisation et la communication des résultats de recherche sur la SSA entre les structures  et dans les masses médias;
  • L’opérationnalisation des inspections et le renforcement de leur efficacité ;
  • Le renforcement des capacités techniques, organisationnelles des structures pour mener à bien leur rôle de contrôle et d’inspection ;
  • La sensibilisation des consommateurs, leurs éveils de conscience, et leurs rigueurs en matière de SSA et l’exigence de qualité ;
  • L’augmentation des capacités analytiques (humaines et matérielles) pour le contrôle approfondi des aliments destinés à la consommation humaine et animale.

Il convient donc de souligner l’importance de prévenir et de nous protéger des intoxications alimentaires à travers la formation des ressources humaines qualifiées, la disponibilité des structures de contrôles compétentes, l’existence d’outils analytiques approfondis et opérationnels, les recherches scientifiques actualisées, et les analyses permanentes non seulement à l’échelle macroscopique, microscopique et même atomique.

  Pr Mamoudou H. DICKO, PhD

Chevalier de l’ordre national

Chevalier de l’ordre des palmes académiques

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