Jovial Production souhaite « Bienvenue à Kikidéni » au nom du vivre-ensemble

À quelques semaines seulement de la sortie officielle du troisième volet de la célèbre série satirique « 3 hommes, 1 village » et « 3 femmes, 1 village », une équipe de Faso7 a rencontré la réalisatrice Aminata Diallo Glez, plus connue sous le nom de « Marie » ou « Kadi Jolie ». Elle a donné un aperçu exclusif de ce troisième volet intitulé « Bienvenue à Kikidéni ». Avec la participation de plusieurs figures emblématiques du cinéma africain, « Bienvenue à Kikidéni » se présente comme un réconfort pour les populations du Burkina Faso et de l’Afrique en général, face à de multiples crises, dont celles en lien avec l’insécurité.

Il est 14h01 mn ce 11 mars 2024, quand nous arrivons à Jovial Production, la maison de production de la série. Aminata Diallo Glez, la directrice, nous reçoit aussitôt, visiblement contente de nous voir arriver avec une demi-heure d’avance. « Vous au moins, vous connaissez l’heure ! », nous lance-t-elle avec cette voix de « Marie » qu’on entend généralement qu’à la télé.

Cette fameuse « Marie », on la retrouvera très bientôt aux côtés de sa coépouse « Tènè » et de leur époux « Ladji ». Mais aussi Le « chef », « L’institutrice » et Le « curé ». Pour cette suite censée fermer le triptyque, l’on retrouve également de nouvelles têtes d’affiche telles que Issiaka Sawadogo, Eléonore Kocty, Abdoulaye Koumboudri et bien d’autres.

Plusieurs thématiques d’actualité sont abordées dans cette nouvelle saison. Ce sont entre autres la lutte contre le terrorisme, le vivre-ensemble, la cohésion sociale, l’acceptation des autres religions. « La question sécuritaire revient à tout bout de champ. On a voulu aussi rendre hommage à nos forces de défense et de sécurité qui sont sur le terrain et qui se battent pour que justement des gens comme nous continuent à vivre leurs rêves », souligne-t-elle.

Après plus de dix ans d’absence sur les petits écrans, Jovial Production revient avec « Bienvenue à Kikidéni » dans l’espoir de faire oublier aux populations, leurs soucis le temps d’un épisode. Elle a pour objectif de détendre l’atmosphère, de faire voyager les populations. « J’ai une pensée particulière pour les déplacés internes. Si la série est accessible à ces personnes, que le temps d’un épisode, on oublie un peu nos conditions, qu’on en rit, mais surtout qu’on retienne les messages qu’on veut faire véhiculer », souhaite la réalisatrice.

Aminata Diallo Glez, réalisatrice-©Faso7

La lutte contre le terrorisme au cœur de « Bienvenue à Kikidéni »

Le tournage de ce troisième volet de la série a bien évidemment été impacté par la situation sécuritaire que le Burkina Faso traverse depuis bientôt dix ans. À en croire la réalisatrice, pour le tournage des deux premières saisons, l’équipe a séjourné sur le lieu de tournage durant des mois. Pour « Bienvenue à Kikidéni », situation sécuritaire oblige, l’équipe de tournage et les acteurs rentraient chez eux chaque jour pour revenir le lendemain.

« Quand on tournait « 3 femmes, 1 village », à Ziniaré, on a dormi pendant plus de cinq mois. Toute l’équipe technique, techniciens et comédiens confondus. Cette fois-ci, on ne peut plus se payer ce luxe. On ne peut pas déplacer des responsables de famille, et les amener sur un site. Avec la question sécuritaire, c’est une grosse responsabilité. Donc on a cherché un décor qui ne soit pas très loin de Ouaga et qui nous permettait d’aller tourner et de rentrer le soir », confie la directrice de Jovial Production.

La lutte contre le terrorisme et le vivre-ensemble sont des thématiques abordées dans cette troisième saison. Cette dernière interpelle les Burkinabè sur la nécessité de s’accepter les uns les autres malgré les diversités ethniques et religieuses afin de promouvoir la cohésion sociale et le vivre-ensemble.

Un appel solennel à soutenir les productions locales

Aminata Diallo Glez déplore l’état actuel du cinéma burkinabè qui, selon elle, est le résultat du manque d’intérêt de la part des populations. Le piratage des œuvres locales et les salles de cinéma vides en sont l’illustration. « Nos films sont connus, nos films sont vus. Mais c’est piraté. Si on prend votre téléphone tout de suite, si on tape, on va trouver « Super flics » (une série réalisée par Jovial Production, ndlr), on va trouver « 3 femmes, 1 village », mais vous ne l’avez pas acheté. (…) Il faut qu’on fasse l’effort d’acheter pour soutenir les productions. Tant qu’on n’arrivera pas à faire ça, ce sera compliqué », déplore-t-elle.

Elle appelle les Burkinabè à inclure dans leurs habitudes, les salles de cinéma. Cela devrait permettre de résorber les difficultés que rencontrent les acteurs du cinéma dans la production et permettra en même temps à ces derniers de vivre de leur art.

Le cinéma n’est pas épargné par la crise que traverse le Burkina Faso. Les acteurs du cinéma se veulent résilients et font de leur mieux pour proposer au public burkinabè des productions locales. Pour « Kadi Jolie », cette résilience n’est possible que si ce public accepte de soutenir effectivement les œuvres locales. Elle appelle au financement du cinéma et de la culture en général. « Le contexte burkinabè fait que l’argent va ailleurs parce que la priorité n’est pas forcément dans le cinéma même s’il participe à conscientiser. De ce point de vue, je pense qu’il faut encourager tous les producteurs, tous les réalisateurs qui essaient une production avec les moyens du bord. C’est à saluer. Et puis il faut encourager nos politiques à nous soutenir », souhaite-t-elle.

Elle rend également hommage à des acteurs burkinabè qui ne sont plus à présenter. Il s’agit notamment d’Odilia Yoni, Abdoulaye Komboudri, Halidou Sawadogo. Pour elle, ce sont des légendes qui ont dédié leurs vies au cinéma burkinabè et qui ont contribué à faire rayonner le pays à l’international.

En attendant la sortie officielle prévue dans quelques semaines, il y a un engouement « magique » autour du troisième volet de cette célèbre série qui a traversé des frontières. Une chose est claire : « Bienvenue à Kikidéni » promet non seulement de divertir, mais aussi de susciter la réflexion et l’unité dans un contexte où ces valeurs sont plus que jamais nécessaires.

Edwige OUOBA

Faso7

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