Burkina Faso : Au Centre-Nord, la vie reprend dans plusieurs localités reconquises par l’armée

Le 4 mai 2023, lors d’un entretien diffusé sur la Télévision nationale, le chef de l’Etat, le Capitaine Ibrahim Traoré, déclarait ceci : « Je peux dire aujourd’hui que nous sommes à l’introduction. Nous avons introduit la guerre. Des phases plus intenses viendront au fur et à mesure que les capacités opérationnelles et surtout logistiques vont monter ». Huit mois après cette annonce, quel est l’impact réel de cette introduction de la guerre ? Des populations ont-elles pu rejoindre les localités qu’elles avaient abandonnées ? Des enfants du Burkina Faso arrivent -ils à nouveau à reprendre le chemin de l’école ? Une école qu’ils étaient obligés d’abandonner du fait des actions criminelles de ceux qui la considèrent « haram » (interdite, ndlr) ? Pour le savoir, il faut quitter l’effervescence de Ouagadougou et la chaleur des bureaux pour se rendre sur le terrain.

Le soleil n’a pas encore réussi totalement à déchirer le voile noir de l’obscurité. Le vent fin et glacial qui a soufflé toute la nuit continue sa manœuvre. Plus loin, on peut entendre l’appel à la prière d’un muezzin. Les paupières lourdes, mais ouvertes, nous tenons sur nos deux pieds en train d’écouter attentivement les consignes sécuritaires du lieutenant Aress. Nous sommes le 18 janvier 2024 et il est 05h30 à « l’état-major » de la Gendarmerie nationale de Kaya, dans la Région du Centre-nord du Burkina Faso.

Il est exactement 6h43 lorsque le lieutenant Aress, adjoint du premier responsable de l’Escadron de sécurisation routière et d’intervention, donne le top départ. Nous devons nous rendre dans une localité située à peu près à 50 km de Kaya. Elle a vécu la méchanceté des groupes armés terroristes. Ses habitants, estimés à 55 000, avaient dû abandonner leurs maisons et leurs biens pour trouver refuge à Kaya en 2022. Mais depuis mai 2023, ils sont de retour après de fortes actions menées par les forces combattantes burkinabè. Pour des raisons sécuritaires, nous ne donnerons pas de détails sur le trajet. Les noms des localités ne seront pas révélés également.

Après environ deux heures de route, nous y sommes. La commune qui s’était jadis vidée de ses habitants a retrouvé sa chaleur. Sa préfecture est à nouveau fonctionnelle. Le centre de santé est ouvert et des soins sont administrés aux malades. L’école a retrouvé vie et le tintamarre des élèves pendant la récréation se fait entendre de loin. A quelques mètres de l’école, des populations s’attellent à reconstruire des maisons. « On se sent mieux à l’aise plus qu’en 2022. On souhaite longue vie à nos combattants. Que Dieu les protège », s’exprime un père de famille, truelle en main.

« Nous sommes là. Nous vivons  » (Chef de terre d’une localité reconquise) – © Faso7

Plus loin, le chef de terre, assis désormais dans son fauteuil à son domicile, se réjouit d’avoir retrouvé la terre de ses ancêtres après l’avoir abandonnée pendant plusieurs jours.

« Je peux dire que ça va ici. Tout le village était vidé. A mon arrivée, je n’ai trouvé personne ici. Je n’ai pas trouvé une poule, une pintade ici. Mais aujourd’hui, le village est plein. Nous sommes là. Nous vivons », confie celui qui avait trouvé refuge à Kaya en 2022.

Un infirmier consultant un enfant dans une localité reconquise par l’armée burkinabè – © Faso7

Après la reconquête de la localité par les forces combattantes burkinabè, un détachement mixte, composé de militaires et de Volontaires pour la défense de la patrie (VDP), y est installé. La présence du détachement permet non seulement aux populations de rejoindre leurs domiciles en toute sécurité, mais aussi de pouvoir mener leurs activités génératrices de revenus. C’est le cas de cette sexagénaire qui ne tarie pas d’éloges à l’égard des autorités de la Transition. Elle arrive désormais à pratiquer à nouveau ses activités de maraîchage.

Des maraîchères dans une localité du Centre-nord libérée par les forces combattantes burkinabè – © Faso7

« Je ne vais jamais arrêter de remercier le Capitaine Ibrahim Traoré. Il a sauvé mon village et le Burkina Faso. L’année dernière, nous n’avons pas pu récolter. Nous avons dû tout abandonner pour éviter de nous faire tuer par les terroristes », explique-t-elle.

Des agents administratifs travaillant à la préfecture -©Faso7

A la préfecture, les agents administratifs s’attellent à délivrer les documents d’état-civil demandés par les populations.

A environ 80 km de Kaya, une autre localité reconquise et sécurisée par les forces combattantes burkinabè retrouve ses couleurs. Nous nous y rendons le 18 janvier 2024. Le marché de bétail, le marché central, la gare routière et les écoles ont réouvert leurs portes.

A l’intérieur du marché, de nombreuses marchandises. Du mil, du sorgho et de l’arachide, en passant par les vêtements et les légumes attendent les clients. Et les coûts sont relativement raisonnables, selon un commerçant de denrées alimentaires. « Avec la sécurité qui est là, tout marche un peu un peu. Actuellement, ça va. Il y a la sécurité. On se sent à l’aise. On vend le sac de riz de 25 kg à 12 000, 12 500 F CFA selon les qualités », confie-t-il.

Les commerçants du marché de bétail ont repris leurs activités – © Faso7

Comme la plupart des populations réinstallées dans les localités reconquises, ce commerçant tient aussi à passer un message aux forces combattantes burkinabè. « Courage à eux. Que Dieu leur donne la force pour qu’ils puissent continuer. On est avec eux. On souhaite que nous puissions fêter la tabaski à venir ici », exhorte-t-il.

A l’ouest et à une vingtaine de kilomètres de la capitale de la région du Centre-nord, une autre localité qui était sous l’emprise des groupes armés terroristes a aussi été libérée par les forces combattantes burkinabè en 2023. Les habitants de la localité, réinstallés, reprennent activement leur vie. Nous leur avons rendu visite, le 19 janvier 2024.

Les maraîchers, aidés par des VDP passionnés de travail, remuent la terre pour produire des légumes frais qui seront vendus non seulement dans leur localité, mais aussi à Kaya. Ces maraîchères ont la chance d’avoir une abondance de la ressource en eau.

Un cabaret dans une localité libérée au Centre-nord – © Faso7

Au marché, chacun avec ses clients espère faire un bon chiffre d’affaires. C’est le cas de ce jeune mécanicien. Arme en bandoulière car, en plus d’être mécanicien, il est VDP. Il déboulonne le moteur d’une moto. Selon lui, la vie a repris dans son village et l’avenir s’annonce radieux.

« Nous vivons ici comme nous vivions avant. Les choses reprennent vite. Ce qui s’est passé ici, ne va plus se passer. Nos parents ne vont plus se déplacer. Personne ne va se déplacer. L’armée est là et nous apportons aussi notre contribution. Tout va rentrer dans l’ordre insh’llah », s’exprime-t-il avant de continuer à discuter avec ses clients.

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Le centre de santé situé à peu près à 3 km du centre du village a rouvert ses portes et fonctionne à plein régime. La réouverture de l’école quant à elle, se fait progressivement en tenant compte des traumatismes vécus par les élèves et leurs encadreurs au moment de l’attaque du village. Ce qui est tout à fait normal, car selon un habitant du village rencontré dans le cabaret du marché, sans accompagnement psychosocial, plusieurs élèves ne pourront pas reprendre normalement les cours. « Avec les adultes même, c’est facile. C’était vraiment chaud ici. Aujourd’hui, on remercie Dieu. Avec l’armée et les VDP, tout va bien, mais il faut faire doucement avec les enfants », exhorte-t-il.

Doucement donc, la vie reprend son cours sur ces terres du Burkina Faso.

Amadou ZEBA

Faso7

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