Safoura Compaoré, l’Amazone du bodybuilding au Burkina Faso

3 ans dans le bodybuilding. Trois médailles. Safoura Compaoré n’a pas volé son surnom : Amazone. Mais la jeune femme ne monte pas « sur ses grands chevaux » pour autant. Elle garde les pieds sur terre et a le regard dans les étoiles.

Née en 1995 à Niaogho, Safoura Compaoré fait ses études primaires dans ce village situé à une centaine de kilomètres de Ouagadougou dans la province du Boulgou. Mais l’école s’arrête à l’obtention du Certificat d’études primaires (CEP). Malgré le ticket qui lui ouvre les portes de la 6e, la jeune fille  entre dans la vie active. Elle commence de petits boulots avant de débarquer à Ouagadougou en 2015 pour débuter une activité de commerce.

De 2015 à 2020, elle essaie de se frayer un chemin dans le monde informel sans y parvenir véritablement. C’est en 2020, avec la fermeture des marchés et yaar pour cause de Covid-19, que la jeune dame découvre sa voie. Abonnée dans une salle de gym de la place pour simplement faire des exercices de maintien au départ,  son ami Souleymane Songnaaba alias « Petit piment » l’approche et l’incite à se lancer dans le bodybuilding.

Safoura Compaoré, bodybuildeuse burkinabè-©️-Safoura Compaoré

Déjà petite, Safoura se laisse attirer par les activités sportives, notamment le football. Mais 28 ans plus tôt, impossible d’imaginer une femme exhiber son corps transformé par des exercices. Et surtout pas dans le village de Niaogho. Du reste, à l’époque,  Safoura Compaoré ne connait pas ce que c’était que le bodybuilding, comme bon nombre de ses concitoyens d’ailleurs.

Loin de s’imaginer percer dans un milieu hautement masculinisé et dominé dans sa majorité écrasante par des hommes, Safoura Compaoré accepte la proposition de son ami et embarque dans le bateau. « J’ai remarqué Safoura dans la salle. Elle ne s’entrainait pas comme les autres filles et c’est ainsi que je lui ai proposé de se lancer dans le bodybuilding », explique « Petit piment », également champion dans cette discipline.

Sa féminité, sa délicatesse …

Au milieu des machines, des haltères, des anneaux et des tapis, nous la rencontrons dans sa salle de gymnastique, le 4 décembre 2023. Le sourire aux lèvres, la jeune dame souligne que les choses démarrent avec beaucoup de difficultés au départ. De la réticence de la famille en passant par le regard de la société aux difficultés pour une femme de travailler son corps comme un homme, les débuts ont fait serrer  les dents à Safoura. « Les parents n’étaient pas d’accord, mais à force de persuasion, j’ai réussi à me faire comprendre », dit-elle.

Une explication soutenue par son coach, son manager et ses amis. Sans formation particulière et avec l’accompagnement de son entourage dans la salle de gym, « Amazone » va braver les défis pour se positionner au sommet de la pyramide au Burkina Faso. Pour elle, pas question de quitter Niaogho pour venir échouer à Ouagadougou. Elle s’arme alors de courage pour réussir sa mission, celle de s’imposer dans le bodybuilding.

« Je voulais d’abord montrer que ce n’était pas seulement les hommes qui pouvaient faire du bodybuilding. C’est difficile pour nous les femmes, mais nous pouvons aussi y arriver. C’est un travail personnel qu’on doit faire sur nous-mêmes, enlever les préjugés  et avancer. Une fois qu’on est dedans, l’envie de prouver, la rage de vaincre et la volonté de briller feront le reste », signifie-t-elle le visage ferme.

Avec un air comique, Cédric Auguste Queffelec, le manager général de la salle de gym Gautier Gym Fit nous fait savoir que le surnom « Amazone » semble être taillé pour Safoura. Travailleuse, disciplinée et sûre d’elle, tels sont les qualificatifs utilisés par le responsable de la salle pour décrire l’athlète. D’abord hésitant à parler devant notre caméra, il finit par accepter.

Vidéo – Ce que pensent Souleymane Songnaaba et Cédric Auguste Queffelec de Safoura Compaoré

Au fil de l’entretien, nous comprenons que c’est un manager fier qui s’adresse à nous. D’une simple cliente à coach sportif pour le compte de la salle, Safoura gravit les échelons aussi au sein Gautier Gym Fit.  « Elle a commencé petit à petit et un jour, on s’est réveillé trouver la championne », murmure Cédric Auguste Queffelec avant d’éclater de rire. Et c’est en présence d’habitués de la salle que le manager continue son explication.

Safoura Compaoré fait partie de ces personnes qui savent utiliser rationnellement leur temps pour accomplir de grandes choses. S’entrainer en travaillant avec les clients de la salle et avoir son programme d’entrainement spécial, c’est la formule magique de l’Amazone, selon les mots de son manager.

Athlète professionnelle dans le bodybuilding, Safoura ne perd cependant pas sa féminité. C’est ce que nous constatons d’ailleurs nous-mêmes. Safoura est douce. Et même très douce. Et féminine. Le  constat est le même pour  son manager et son ami. « Ce qui est plus admirable encore, c’est le fait de conserver cette féminité, cette délicatesse, cette légèreté. Elle a un côté très aérien et très féminin », poétise le manager général de la salle.

À cette qualification, l’intéressée éclate de rire. « Sérieusement, c’est ce qu’ils ont dit  ?», nous a-t-elle demandé. Après une réponse par l’affirmative de notre part, silence. L’émotion s’installe. Les yeux scintillants comme si elle va laisser couler une larme, mais non. Elle se contient.

Safoura Compaoré et Souleymane Songnaaba-©️-Safoura Comaoré

Forte mentalement comme son physique, elle déclare que l’entrainement qu’elle fait n’a pas d’impact sur sa féminité. Ce que nous cherchons à comprendre, c’est Cédric Auguste Queffelec qui nous le dit. « Elle fait un simple entrainement, mais intense. Elle ne prend pas de corticoïde ni de testostérones. Elle reste elle-même tout en travaillant dur », glisse-t-il.

Un travail qui permet à la « bodybuildeuse » de se tailler un corps qu’elle présente fièrement comme « skinny évoluée ». Un terme qu’une cliente de la salle a compris à notre présence tout en soutenant qu’elle souhaite se sculpter comme Safoura. « Elle est belle avec une belle forme », chuchote-t-elle avant de partir en toute discrétion.

Le regard de la société

Pourtant, Safoura Compaoré confie qu’elle est un cœur à prendre. Alors comment peut-on être belle et célibataire ? À cette question, elle nous dit : « Je vous interdis de me poser  la question ». Pour elle, être une femme musclée n’est pas un frein pour les prétendants. « C’est le moment qui n’est pas encore arrivé. Sinon, je ne crois pas que c’est la raison. J’attends juste la bonne personne, le mec idéal pour m’engager », dit-elle.

Même si le bodybuilding ne va pas empêcher Amazone de trouver l’amour de sa vie, il est la cause d’un autre mal pour la jeune dame. « C’est le regard de la société ». Et cette réponse, elle a été donnée par tous les proches de Safoura.

La perception d’une femme dans ce sport passe toujours aussi difficilement pour beaucoup dans la société. « Safoura est d’une société qui est beaucoup conservatrice et pour ça, le regard de la société se justifie », renseigne Cédric Auguste Queffelec.

Mais pour la « bodybuildeuse », surmonter cette situation est une étape importante pour démystifier le bodybuilding pour les femmes et le travail a déjà commercé selon ses dires. Et pour montrer qu’elle compte y arriver, elle nous a pris l’exemple de sa famille. Réticente au début, elle a fini par s’accommoder.

Vidéo – Safoura Face au micro7

Avec des voyages à l’international et des prix, convaincre semble alors plus facile. « Maintenant ça va. Avec les médailles, j’ai réussi à faire comprendre à beaucoup de personnes et à ma famille que c’est un domaine ouvert pour tout le monde. Les femmes aussi peuvent réussir dedans », dit-elle toute fière.

3 ans dans le sport avec en moyenne 4 à 5 heures d’entrainement par jour ont permis à la jeune fille partie de Niaogho de s’imposer sur le continent, de faire accepter sa vision et donner une coloration féminine du bodybuilding au Burkina Faso. Ces résultats, ils sont à mettre dans le lot de ses atouts. « Sa première force est son mental et son moral. Elle ne recule devant rien et se donne à fond », souligne Cédric Auguste Queffelec, le manager général de la salle de gym Gautier Gym Fit.

Allant plus loin en tant qu’ami et coach de Safoura Compaoré, Souleymane Songnaaba soutient que « l’élève a dépassé le maître en termes de motivation ». « Son mental en fer, en béton armé, fort comme elle-même », martèle-t-il. Il ne manque pas de relever toute sa fierté de voir sa protégée triompher au niveau international.

Cette fierté, elle est visible partout et pas que pour lui. Sur les réseaux sociaux, sur des panneaux publicitaires dans la ville et dans la salle de gym, des photos de la bodybuildeuse sont affichées. Preuve que le travail abattu depuis maintenant 3 ans commence à porter ses fruits. Et du côté des autorités administratives et coutumières du pays, cette fierté se manifeste par des audiences avec des ministres et le Moogho Naaba Baongo.

Safoura Compaoré et Souleymane Songnaaba chez le Moogho Naaba-©️-Safoura Compaoré

Au vu de tout cela, la jeune dame juge que le travail doit continuer. « Je dois continuer à travailler dur pour aller très loin. Je dois rendre tout le Burkina Faso fier de moi », rêve-t-elle avec toute son énergie avant d’indiquer que son plus grand regret, c’est de n’avoir pas connu et commencé le bodybuilding plus tôt.

Même si la jeune fille est épanouie dans son domaine et reçoit les félicitations dans son pays le Burkina Faso, au niveau de sa famille, l’omerta semble primer. Lorsque nous demandons à Safoura des contacts pour nous entretenir avec sa famille, son visage se ferme. « Ça ne sera pas possible », nous prévient-elle tout de go. Nous insistons. Elle reste sur sa position.

Après plusieurs tentatives vaines, nous nous résignons à donner raison à la jeune dame. Aucun membre de la famille n’accepte de se prêter à nos questions. Mission impossible pour nous dans la quête d’informations plus personnelles sur la bodybuildeuse.

De ses débuts en 2020 à maintenant, Safoura Compaoré a participé à trois compétitions à l’international et a remporté 3 médailles. Elle s’offre une médaille d’argent lors du championnat de l’Afrique de l’Ouest au Ghana pour sa première participation.  Une médaille d’or pour sa deuxième participation au championnat ouest-africain. La dernière en date est celle de Mr Univers au Nigeria et Amazone décroche la médaille d’or dans la catégorie Wellness. Elle est l’une des rares femmes à s’engager dans ce domaine et la première à remporter une médaille au Burkina Faso.

Lire aussi 👉🏾 Bodybuilding au Burkina Faso : « Les mentalités sont en train de changer » (Petit Piment)

Basile SAMA

Faso7

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