« Achess », virtuose de la pâtisserie à Sya

Ibrahim Kouda est né en terre ivoirienne, dans une famille de pâtissiers. « Achess », son surnom, de retour sur la terre de ses ancêtres, le Burkina Faso, perpétue la passion familiale.

Dans la ville de Sya, ils sont peu à le connaître sous le nom d’Ibrahim Kouda, mais rares à l’ignorer sous le pseudonyme d’Achess. C’est d’ailleurs cette popularité qui va nous servir de guide quand nous voulons le rencontrer dans sa pâtisserie ce mercredi 3 mai 2023 . Question à trois personnes et nous trouvons la géolocalisation exacte de « Achess pâtisserie ».

« Tout le monde le connaît ici à Bobo !»,  « C’est le meilleur dans son domaine ! »,  «Il est vraiment bon ! ». Telles sont les réponses reçues à chaque fois que nous  demandons notre route à des Bobolais. Plus précis que la géolocalisation d’un GPS, ils donnent ses horaires, ses spécialités et ses prix. Pas de doute, il s’agit bien du même « Achess ».

Comment nouer un cordon ombilical entre des études en sciences économiques et gestion et la pâtisserie ? Pourtant, Ibrahim Kouda l’a fait et depuis maintenant plusieurs années.  Né en février 1993 dans une famille de pâtissiers en Côte d’Ivoire, Ibrahim Kouda grandit au milieu de ses trois frères. De l’abondance aux heures de gloire de la famille dans la pâtisserie, le jeune homme et ses frères quittent cette position pour  recommencer la vie à zéro.

Pour aborder cette partie de son passé, Achess ne rencontre aucune difficulté. Au contraire, il en parle avec fierté, car selon lui, « ce n’est pas permis à tout le monde de pouvoir se relever après avoir chuté depuis les sommets ». Malgré un prix de meilleur pâtissier en Côte d’Ivoire, le père d’Achess n’est pas épargné par la crise ivoirienne. « La crise nous a tout arraché», dit-il.

Une fois à Bobo-Dioulasso, Ibrahim Kouda et sa famille vont enchaîner les petits métiers afin de joindre les deux bouts. De serveur aux côtés de sa maman en passant par vendeur de mouchoirs ou encore cireur, le passé d’Achess ne présage rien de ce jeune homme de taille moyenne, bien habillé, souriant et indépendant qui est donné à voir aujourd’hui. « Depuis tout ce temps, ma force a toujours été ma mère », révèle-t-il.

Vidéo – L’histoire de la famille de Ibrahim Kouda

À quelques encablures du siège de la SNC (Semaine nationale de la culture), nous retrouvons « Achess pâtisserie », l’investissement d’Ibrahim Kouda. Une fois à l’intérieur, nous constatons une décoration et une ambiance attractive et surtout une équipe dévouée.

Nous attendons une quinzaine de minutes avant d’avoir notre entretien avec le jeune et dynamique boss de l’entreprise. « Ah pardon ! Nous avons des commandes qu’on doit livrer et j’étais en train de préparer tout ça », nous  lance Ibrahim Kouda à peine sorti de sa cuisine. L’humilité est apparemment aussi une de ses qualités.

Après une brève visite des lieux et pour mieux discuter, nous décidons de briser les barrières protocolaires pour nous parler « entre jeunes ». « C’est mieux ainsi », lance notre hôte. Comment a-t-il atterri dans ce domaine depuis les salles de classe en tant qu’étudiant en sciences économiques et gestion, telle est notre première question.

Ibrahim Kouda, célibataire mais chef de famille, se redresse alors de sa place, nous fixe, sourit avant de répondre. « J’ai hérité ça de mon père », dit-il. Un « très grand pâtissier », selon ses souvenirs.  « Je suis né dans la pâtisserie et après le décès de papa, il me revenait à moi d’occuper son rôle de chef de famille et c’est là que j’ai laissé les études pour la pâtisserie », dit-il avec un air de fierté.

Vidéo – Les débuts de la pâtisserie, un combat contre les stéréotypes

Les débuts se font à son domicile avant de se trouver un  local. Sur les investissements faits pour avoir la pâtisserie à l’état actuel, le jeune entrepreneur refuse de donner une somme, mais nous détaille les énormes travaux réalisés pour avoir le produit final. Une occasion pour lui de souligner que le travail à domicile, bien qu’étant plus bénéfique, a aussi ses inconvénients. « Beaucoup de gens ne sont pas emballés par le travail à domicile, surtout dans la pâtisserie. Je fais partie des premiers à mettre  ça dans les habitudes des uns et des autres, car la pâtisserie était une affaire de grandes boulangeries et de grands pâtissiers », fait-il savoir.

Avec quatre personnes qui travaillent à temps plein dans sa pâtisserie, Achess se dit fier de contribuer à donner du travail à des jeunes comme lui. « Actuellement, il y a des jeunes qui travaillent avec moi, ma sœur aussi et ça me rend très fier », souligne-t-il.

La spécialité de la pâtisserie d’Achess, ce sont les gâteaux d’anniversaire et de mariage. Mais il précise que son entreprise fait également des pains au chocolat et au raisin, des croissants et bien d’autres.

Toujours calme et jamais sans son sourire quelle que soit la question abordée, notre pâtissier révèle qu’au début, une journée peut être passée sans faire ou vendre un seul gâteau. Pour lui, beaucoup de gens pensent que c’est un domaine facile où il y a toujours des commandes. « Pourtant, c’est tout le contraire. Il faut d’abord faire ses preuves et avoir la confiance de la population. Après ça et avec l’aide du bon Dieu, ça ira », fait-il savoir.

Une production d’Ibrahim Kouda ©️Achess Pâtisserie

Sur ses projets, Ibrahim Kouda nous laisse à peine le temps pour terminer notre question. Visiblement, c’est la partie qu’il attend le plus dans l’entretien. Mais avant de pouvoir répondre, nous sommes rejoints par son ami d’enfance, Julio Bazié. Et avec lui, nous apprenons que notre jeune entrepreneur est un passionné de football et un motard dans l’âme. D’ailleurs, Julio est un membre du club des motards du Faso. « Il me vole la vedette », souligne Achess pour interrompre son ami lancé dans une description bien détaillée des habitudes de notre hôte.

« Actuellement Achess pâtisserie, c’est à Bobo seulement, mais nous avons le projet de l’installer dans d’autres villes. En fait, Achess pâtisserie doit-être international », répond-il pour parler de ses perspectives. Mais pour l’heure, il tient à présenter son entreprise comme un projet qui n’est pas encore abouti. « Des grandes choses sont à venir », soutient-il.

Ibrahim Kouda avec une partie de son équipe ©️Faso7

Difficile de glisser deux mots sans un regard ou un geste de son ami, Achess finit par céder sa place.  « Franchement, il est très dynamique, professionnel et il fait très bien son travail », déclare-t-il. Passion, amour, plaisir, professionnalisme, les mots ne manquent jamais à Julio Bazié quand il s’agit d’apprécier son ami.

Comme conseil, il demande à Achess de « ne jamais changer ». Pour lui, il doit maintenir le cap et réaliser de grandes choses. « De toute façon, il n’a pas le choix. Nous serons toujours derrière lui pour le pousser et le recadrer », dit-il sous un ton d’humour.

Paradoxalement, les mots manquent grandement du côté de la mère d’Ibrahim Kouda pour parler de son fils. Impossible pour nous d’avoir une seule phrase venant d’elle face à notre camera. C’est finalement dans un audio et des jours après qu’elle réussit à trouver les mots pour parler de son fils, celui qui suit les traces de son mari. Le virtuose de la pâtisserie à Sya.

« Je suis fier de lui. C’est un travailleur et il essaie de faire de son mieux pour sa famille. C’est un garçon avec un grand cœur et beaucoup d’amour. Je prie chaque jour pour que Dieu le bénisse », dit-elle.

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Basile SAMA

Faso7

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