Dossier charbon fin : Les cantines sont au tribunal, mais les clés restent introuvables

A la reprise du jugement du dossier dit « Affaire charbon fin » au Tribunal de grande instance Ouaga 1, ce 6 octobre 2023, le parquet a fait venir deux cantines grises numérotées en rouge « 3 » et « 4 » contenant les corps solides qui auraient été détectés lors du processus d’échantillonnage de la cargaison de charbon fin incriminée. L’analyse de ces corps solides devra permettre de déterminer leur teneur en or, en argent ou autres matières précieuses.

Les experts qui ont été chargés de l’analyse, notamment Moussa Gomina et Ilboudo Joël, ont été appelés à la barre pour attester de l’authenticité des cantines et de leur contenu. Il ressort que les cantines sont authentiques et sont scellées conjointement par les agents du Bureau des Mines et de la Géologie du Burkina (BUMIGEB) et ceux de Iamgold Essakane.

De manière classique, lors du processus d’extraction de l’or, le rôle du charbon fin consiste à capturer l’or dissous dans une solution chimique. Lorsque les roches contenant de petites quantités d’or sont traitées, le charbon fin sous forme de granulés fins est utilisé pour capter l’or à leur surface. Ensuite, le charbon fin chargé d’or est chauffé pour libérer l’or, grâce à un tamis. Ce tamis garde l’or et laisse passer le charbon fin brûlé.

Les experts ont expliqué que dans la cargaison de charbon fin incriminée, d’autres éléments ont été détectés lors du processus d’échantillonnage, notamment du charbon grossier (plus gros que le charbon fin), de la pulpe, du peltz, de la scorie, les corps solides et de la cendre. Les mailles du tamis utilisé par Iamgold Essakane lors de l’usage du charbon fin incriminé sont plus grosses que celles du tamis normal, selon les experts.

Il a donc laissé passer les autres éléments détectés en plus du charbon fin, selon eux. « La nature du charbon fin au sens d’Essakane n’est pas la même chose que le charbon fin au sens classique », a résumé l’expert Moussa Gomina. Les avocats de Iamgold Essakane ont estimé que chaque mine a ses méthodes propres.

À la question du tribunal, les experts ont confirmé que les corps solides considérés contiennent bel et bien de l’or. Il reste à en définir la teneur, selon eux. Les deux experts ont indiqué que si le tribunal donne son accord, il est possible de prendre attache avec une raffinerie minière afin d’analyser les corps solides, pour en tirer des renseignements sur la teneur en or et en argent. Cette analyse va passer par une société indienne prête à mettre à disposition sa salle d’or et sa ressource humaine à cet effet. « En une semaine, le travail serait fait. En termes de délais pour le travail technique, une semaine suffira », a garanti l’expert Moussa Gomina.

Le procureur et l’avocat de l’État ont estimé que l’expertise proposée va dénaturer les corps solides et conduire à la disparition d’éléments palpables de l’infraction ; étant donné qu’ils seront broyés en vue de trouver les particules d’or et d’argent qu’ils renferment et en définir les teneurs. Ils ont réclamé un procédé d’analyse qui permette de garder les corps solides en l’état. Cependant, les experts ont indiqué que les corps solides ne peuvent pas être analysés sans être broyés.

Les avocats de la défense ont précisé qu’à la base, il est connu que la cargaison de charbon fin incriminée contenait bien de l’or et de l’argent. Ils ont brandi l’autorisation d’exportation du ministre à l’époque, qui attestait que la cargaison contenait 304 kg d’or et 25 kg d’argent.

Cela n’a pas eu lieu, faute de présence des clés.

Pour eux, il est seulement question d’en déterminer la teneur, car leurs clients sont accusés entre autres d’avoir donné de fausses informations à ce propos. « Je m’étonne que depuis 5 ans, on tend à dire que Essakane exporte frauduleusement des lingots d’or. Je suis choqué par l’idée qu’on s’achemine vers une proposition de ne pas traiter ces corps solides », s’est offusqué brusquement Tidiane Barry, Directeur général de Essakane Iamgold, avant d’être rappelé à l’ordre par le tribunal.

Le tribunal a demandé l’ouverture des cantines en présence de l’huissier de justice Hamidou Conombo. Cela n’a pas eu lieu, faute de présence des clés. En attendant que ces clés soient trouvées, l’audience a été suspendue pour être reprise le lundi 9 octobre 2023 à 09h.

Josué TIENDREBEOGO

Faso7

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Un commentaire

  1. Pouahhh, quand va t-on arrêter de samuser avec mon cher pays ? Pensez-vous qu’il est normal qu’à ce procès financé à coût de millions, on se présente pour être empêché par une question de clefs qu’on ne retrouve pas ?

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