Rencontre entre la Ligue des consommateurs du Burkina et le Premier ministre : La réaction du RENCOF

Ceci est une lettre ouverte adressée au Premier ministre Albert Ouédraogo, après qu’il a reçu la Ligue des consommateurs du Burkina.

Monsieur le Premier Ministre,

Vous vous déployez en majesté, ce 31 mai 2022 dans vos bureaux, pour recevoir la Ligue des Consommateurs du Burkina (LCB) pour dit-on, parler de la question de la vie chère et décliner vos propositions pour enrayer la spirale inflationniste infernale qui traumatise les consommateurs burkinabè. 

Par la même occasion, vos interlocuteurs et leurs mandants ont annoncé que vous envisagez porter à la connaissance du grand public, les nouvelles mesures pour contenir les prix des produits de première nécessité, demain ou encore en fin de semaine.

Le RENCOF salue votre démarche qui a permis de recevoir pour la première fois une association de défense des droits des consommateurs, depuis que vous avez entrepris les négociations, tous azimuts, mais hélas, bien mal vous en a pris.

En effet, vous avez simplement manqué d’approche communicationnelle, car le RENCOF pense, à bon droit, que vous auriez dû, en ces moments de crise, par les soins de vos services techniques, faire l’inventaire de tous les événements aléatoires susceptibles d’ajouter la crise à la crise et avec les différentes cibles. Vous avez failli aujourd’hui encore, en nous négligeant et nous méprisant, comme vous l’avez fait hier, avec les syndicats des boulangers, lorsque vous rencontriez la coordination des faitières patronales des boulangers et des pâtissiers. La suite on la connait, rien n’est respecté sur le terrain. Le RENCOF s’en voudrait de ne pas signaler que votre démarche heurte les valeurs très chères à notre transition : la transparence, la justice, le mérite, le respect, l’honnêteté, l’inclusion, l’équité, intégrité et le consensus. A ce titre, celle-ci mérite d’être questionnée :

  • quels sont les critères qui ont prévalu au choix de la LCB ?
  • est-elle si représentative des consommateurs de notre pays ? Notre réponse, le RENCOF n’a pas cette prétention ;
  • a-t-elle, à elle seule, le génie nécessaire pour faire des propositions qui participent de la satisfaction du large éventail des consommateurs ? Le RENCOF n’a pas non plus cette prétention.

Monsieur le Premier Ministre,

Le RENCOF ne comprend pas votre démarche sélective, partisane et clivante qui consiste à mettre à l’étroit les autres mouvements. Il ne comprend pas, d’autant plus qu’il n’échappe à personne que ce sont, entre autres, ces pratiques irrationnelles, alimentant les haines et les frustrations, qui ont poussé nombre d’entre nous à prêter leurs intelligences, leurs bras et leurs forces à l’hydre vorace du terrorisme. N’est-ce pas vous qui nous appreniez, lors de votre passage devant l’Assemblée Législative de la Transition (ALT), que des étudiants sont allés grossir les rangs des terroristes ?

Jusqu’ici, le RENCOF croit, peut-être naïvement, qu’il n’y pas de petit homme, de petite idée, encore moins de petit mouvement. Il n’y a pas non plus d’idées bêtes et saugrenues. Il ne vous apprend rien.

Il nous plait de vous rappeler qu’il moisit dans les couloirs de la primature une correspondance du RENCOF, en date du 18 mars 2022, par laquelle nous souhaitions vous rencontrer pour exposer nos inquiétudes et nos préoccupations sur la violation des lois régissant le commerce dans les marchés et formuler nos suggestions pour soulager les populations en déshérence.

Au même moment, nous avions adressé, sans suite, des correspondances à sept de vos collaborateurs ; c’est seulement le ministre en charge du Commerce qui nous a accordés une communication téléphonique, dans la matinée du 30 mai, après plus de trois relances.

En tout état de cause, nous avons la faiblesse de croire que vous entérinez, de fait, la posture de vos collaborateurs qui ont fait le choix d’un interlocuteur, le même, dans le paysage des organisations de défense des droits des consommateurs. Nous devons rappeler, qu’outre votre invité-roi, il existe ici, au Burkina Faso, d’autres organisations. Le RENCOF ne vous apprend rien.

De tels comportements rappellent ceux des premiers âges du régime de Roch Kaboré, avec des ministres arrogants, imbus et inaccessibles qui, au soir de leur passage aux affaires, avaient fini par se raviser, en rivalisant d’ingéniosité pour montrer leur proximité avec les masses laborieuses. Cela n’a pas suffi, le RENCOF ne vous apprend rien.

Il nous plait d’ailleurs de vous rappeler que quelques-uns de ces ministres avaient fait des mains et des pieds pour empêcher la naissance de notre organisation, usant de l’énergie de leurs insécurités pour prétendre qu’il existe déjà un mouvement, « votre partenaire adoré », qu’il serait sage que nous créions une structure sectorielle. Il nous a fallu refuser et résister, pour occuper le terrain, avant que ledit gouvernement ne se résolve à nous délivrer le récépissé, près d’un an après la formulation de notre demande. 

Monsieur le Premier Ministre,

Nous sommes habitués au combat ; nous sommes sur le terrain, pas dans les salons feutrés et cossus. Nous portons les préoccupations dignes et légitimes des consommateurs, relatives aux prix excessifs des produits de première nécessité, aux frais excessifs de scolarité dans nos établissements, aux frais APE dans les établissements privés, aux eaux conditionnées de mauvaise qualité en circulation dans nos marchés, aux changements forcés des anciens permis de conduire et des cartes grises, aux frais excessifs de prestations dans les hôpitaux privés, à la qualité des produits pharmaceutiques, et à la piètre qualité des produits en circulation dans nos marchés et yaars etc…

Il n’est donc pas superfétatoire de vous dire que nous vous suivons de près ; nous poursuivrons la veille citoyenne, même sans vos bénédictions, mais avec celles de nos concitoyens qui nous suffisent amplement. Nous nous ferons entendre, avec fioriture, quand besoin sera, car nous savons plus que quiconque que nous avons tout à prouver.

Au niveau du RENCOF, le slogan, « C’est le consommateur, d’abord ! », voudriez-vous bien nous partager le vôtre, au gouvernement de transition ?

Espérant que vous célébriez la restauration des valeurs dans votre approche, nous vous prions d’agréer, Monsieur le Premier ministre, l’expression de notre très haute considération.

Adama BAYALA

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