Ako-Tiga Mussa Serge Dao : « Le Burkina Faso n’est pas condamné à un éternel recommencement »

Ceci est une contribution de Ako-Tiga Mussa Serge Dao  sur la situation nationale au Burkina Faso.

Il faut comprendre le terrorisme comme étant une idéologie. C’est-à -dire, un ensemble d’idées ou de pensées qui placent la terreur, l’extrême cruauté au centre de sa stratégie de lutte.

On peut tuer une personne, mais il est difficile voire impossible de tuer une idéologie aussi longtemps qu’il sera impossible d’accéder à l’esprit d’où elle prend sa source.

On pourra donc tuer autant de terroristes qu’on pourra mais le terrorisme survivra toujours tant que nous ne réunirons pas les conditions qui empêchent sa manifestation, son expression et sa propagation ou son développement.

Le terrorisme se nourrit de l’instabilité et de l’échec des Etats. C’est pourquoi il se développe rapidement et facilement dans nos pays parce que nous sommes des Etats faillis.

Et pour comprendre l’impossible développement et la misère actuelle de nos populations, il faut remonter à la colonisation.

Nos pays sont des créations des colons. Nous sommes des États importés qui, après le départ du colon, avons refusé  de nous les réapproprier en adaptant à nos réalités ce qui nous venait de l’étranger.

Nous nous sommes contentés d’hériter et continuons de perpétuer  tout ce que la colonisation avait mis en place dans et pour son propre intérêt : frontières, routes, système éducatif, langue, religion,   monnaie, même nos identités (nom, prénoms), ….

L’état de fragilité avancé actuel de nos sociétés africaines postcoloniales, s’explique  par l’absence depuis lors, d’une politique de décolonisation véritable et la volonté d’assumer véritablement nos indépendances à travers la mise en œuvre de politiques audacieuses dans une perspective de reconquête de nos territoires, de notre identité et de notre souveraineté.

D’année en année,  nos sociétés n’ont pas pu se construire, n’ont pas su faire corps pour faire peuple et faire nation.

Si bien qu’aujourd’hui nous sommes dans des sociétés où l’Etat et l’administration publique sont presque absents dans tant de localités où les populations se sentent marginalisées et abandonnées, baignant dans une grande misère.

L’injustice et son corollaire  d’inégalités sont la source du péril terroriste.

Des laissés pour compte qui n’ont que la survie comme seule perspective de vie.

Comment expliquer tout ça en langage simple pour finalement faire comprendre que ce sont là, les causes lointaines du péril terroriste qui menace nos pays aujourd’hui.

La justice est la sève nourricière de la cohésion sociale. L’injustice et son corollaire  d’inégalités sont la source du péril terroriste.

Dès  lors, pour lutter contre le péril terroriste, il nous faudra, en plus de la réponse militaire, imaginer et lancer un grand plan Marshall de rétablissement  de la justice dans toutes ses formes (sociale, économique, sanitaire, administratif, éducatif, logement, …).

Mais l’avènement d’une société burkinabè nouvelle plus juste et équitable, est un processus qui exigera de nous d’avoir le courage de rompre radicalement avec la logique par laquelle le développement a été abordé jusque-là et qui ne marche pas.

Cette volonté de rupture  est une aspiration réelle et profonde au sein du peuple.

Une aspiration qui se confronte à un système capitaliste mondial écrasant bien huilé qui ne compte pas se laisser faire.

Il y a donc crise …

1-parce qu’une nouvelle génération d’Africains émerge. Elle s’indigne, refuse et veut mettre fin à la méprise des partenariats qu’elle perçoit comme des rapports entre dominés et dominants.

2-parce que face à elle, il y a l’impérialisme qui n’est pas prête à laisser changer l’ordre ancien de prédation préétabli. L’émancipation de nos pays est synonyme de sa décadence et de sa mort.

3-parce que des compromissions de toute sorte, des pressions internes et externes sont à l’œuvre à travers des  réseaux occultes françafricains pour que le système perdure.

L’enjeu est immense.

Les manœuvres mises en branle par l’impérialisme pour survivre, ont un lien direct avec la montée en puissance des groupes terroristes dans nos États.

Et c’est là aussi qu’il faut rechercher les causes immédiates du péril terroriste qui nous menace.

Le défi à relever est un défi existentiel pour nos sociétés africaines post coloniales.

Dans le cas particulier  du Burkina, l’heure est plus que grave à cause de l’impossible unité nationale. Les populations et les dirigeants doivent prendre impérativement conscience de ce qui se joue et faire preuve d’une intelligence collective nationale en vue d’un front uni patriotique pour leur émancipation.

C’est pourquoi je formule le vœu que notre peuple et ses dirigeants actuels puissent aboutir  à un compromis national patriotique.

Forces armées nationales et civiles doivent faire corps et œuvrer en intelligence.

Le peuple burkinabè attend beaucoup de cette transition et saura être compréhensif et patient si on sait l’écouter, l’entendre et lui parler avec bienveillance.

Le Burkina Faso n’est pas condamné à un éternel recommencement.

Pour l’intérêt national,

Pour la Cause du Faso,

Rejoignons-nous!

Impérativement ! C’est un devoir patriotique en temps de guerre.

Ici Burkina! Notre Faso !

Ici l’Afrique maintenant !

Ako-Tiga Mussa Serge Dao

Articles similaires

Un commentaire

  1. J ai soupiré en vous lisant, la tâche est tellement immense que son accomplissement demande un tel sursaut patriotique. Sommes nous prêts à le réaliser avec nos égoïsmes ?
    La transition aussi est trop lente à poser des actes qui nous tranquillise. Grand regret d avoir perdu Sankara

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée.

Bouton retour en haut de la page