Bili Edouard Tiéno : «La finalité d’un bon marketeur, c’est de lancer un nouveau produit dirigé par lui-même»

Bili Edouard Tiéno, Président du Burkina Marketing and Sales Managers Club (BMSMC), a accordé une interview à Faso7 le 21 avril 2022. Il était question de se prononcer sur son mandat en cours et sur les grands défis du marketing au Burkina Faso. Bili Edouard Tiéno est aussi directeur commercial de la télévision privée BF1.

Faso7 : Vous avez été élu Président du Burkina Marketing and Sales Managers Club (BMSMC). Quels sont les missions de ce club ?

Bili Edouard Tiéno : Je tiens à remercier tout d’abord votre organisation de m’avoir reçu pour cet entretien. C’est également planter l’historique de ce club, à travers des remerciements que je veux manifester à l’endroit de Boureima Maïga, le précédent président, Bakary Barro, grâce à qui ce club a été fondé et qui a déjà 5 ans, c’est-à-dire depuis 2017.

La vision de ce club était naturellement de défendre l’intérêt de ses membres, à l’image des autres faitières et corporations professionnelles, vis-à-vis des pouvoirs publics mais également vis-à-vis des travailleurs. Parce que la plupart des membres sont des employés d’organisations nationales comme internationales. C’est également de pouvoir organiser le métier, le valoriser et valoriser ses membres également et bien sûr, renforcer les capacités opérationnelles de ses membres.

Faso7 : Quels sont les grands axes de votre programme ?

Bili Edouard Tiéno : C’est principalement organisé autour de 6 axes, qui sont notamment : une réorganisation de la vie du club, c’est également la promotion du made in Burkina Faso, c’est le développement de sources de financement parce que nos activités doivent être naturellement financées pour pouvoir les mettre en œuvre.

On a beaucoup d’activités, en termes, de renforcement de capacités des membres, mais également les parties prenantes que sont les faitières professionnelles d’autres corporations. C’est aussi la solidarité et bien entendu, la cooptation et le coaching des générations futures de ce secteur d’activités notamment le marketing dans son entendement large, c’est-à-dire le marketing traditionnel, le marketing digital, les questions de communication d’entreprise, communication pour le développement.

C’est également le pricing, la distribution et tout ce qui tourne autour de la gestion commerciale, les techniques de vente, et stratégie marketing.

Faso7 : Est-il prévu des programmes de renforcement de capacités de vos membres ?

Bili Edouard Tiéno : Exactement. C’est l’un des axes de développement de cette corporation. Pour ce faire, nous récoltons un peu les besoins en renforcement de capacités de nos membres. Nous nous évertuons à nouer des collaborations, des contacts avec les organisations nationales mais également internationales de sorte à pouvoir tirer vers le haut, les compétences et capacités de nos membres.

On peut avoir de l’expérience sur le terrain, on peut avoir du métier mais on a toujours des petites lacunes çà et là, quand il est nécessaire de pouvoir corriger.

Faso7 : Est-il difficile d’adhérer au BMSMC ?

Bili Edouard Tiéno : Tel que nous l’avons organisé, il suffit d’avoir des diplômes, d’être formé pour être un professionnel du domaine, mais également d’être un manager. Il faut avoir cette responsabilité. Nous avons un club junior, où ce sont les novices, c’est-à-dire les débutants en matière de marketing.

Notre club tire vers son sein, ceux qui ont le niveau manager, qui ont sous leur responsabilité des agents, parce que les difficultés rencontrées et les préoccupations ne sont pas les mêmes.

Pour ce faire, il faut avoir le diplôme, être de niveau manager, ou avoir occupé une fonction manager dans la vente et le marketing. On peut avoir des personnes qui ont fait des études en économie à l’université ou dans un institut, mais par la suite, occupent la fonction de directeur commercial, responsable de développement commercial etc.

A la base, ils n’ont pas forcément le diplôme mais pour l’avoir pratiqué sur le terrain, ils deviennent de facto des professionnels du domaine.

Quand vous réunissez ces prérequis, vous pouvez faire partie du club. C’est soumis bien sûr à une analyse par un comité. Une fois que vous postulez pour adhérer au club, on analyse et on vous notifie votre participation.

Faso7 : Quels sont les grands défis du secteur du marketing au Burkina Faso ?

Bili Edouard Tiéno : C’est de pouvoir adapter le marketing des manuels au marketing terrain. En rappel, tout ce qu’il y a comme notions économiques commerciales qui sont enseignées dans les écoles, relèvent d’expériences pratiques de personnes, qu’ils ont consignées dans un document.

En général, pour la plupart des manuels de marketing et de commerce, c’est l’économie d’expériences d’occidentaux. Ils n’ont pas toujours été confrontés à notre environnement local. Donc, le grand défi aujourd’hui, praticiens du professionnel marketing, c’est bien sûr de savoir capitaliser ces outils et de contextualiser.

Nous avons un taux d’urbanisation au Burkina très faible comparativement en France ou aux Etats-Unis. Si je prends l’exemple d’une stratégie de communication, c’est clair qu’il est important de tenir compte des canaux traditionnels de communication, c’est-à-dire la télévision, le cinéma, les affiches etc.

Mais il ne faut pas occulter le bouche-à-oreille qui est le mode de communication traditionnel africain. C’est autant de petits éléments dont il faut savoir adapter dans sa stratégie pour pouvoir être le plus efficace. Les attitudes, les comportements des Burkinabè, diamétralement opposés aux attitudes et comportements des Français, des Américains.

Ce praticien du marketing qui va se différencier des autres, c’est vraiment cette personne qui arrive à adapter la démarche traditionnelle au contexte africain. Mais c’est également de pouvoir appréhender correctement le digital. Nous sommes dans une profonde transformation du digital et toutes les démarches marketing traditionnelles se transposent dans le digital.

Aujourd’hui, nous avons malheureusement tout le monde et n’importe qui prétend être un professionnel du marketing digital sans vraiment connaitre cet environnement. Quand une personne confond un analyste marketing digital à un Community manager, c’est très compliqué, c’est vraiment une aberration. Mais c’est juste la méconnaissance du domaine et c’est aussi, parce qu’il n’y a pas, pour l’instant, un institut qui fait des formations poussées en la matière.

Aujourd’hui, c’est à travers YouTube et tout ce qu’on peut trouver sur le net que les uns et les autres essaient de s’outiller et faire de petites certifications. Mais c’est énormément de métiers. L’e-mail marketing, le mobile marketing, il y a autant d’éléments qui composent le marketing digital même s’ils sont interdépendants mais qui constituent des métiers dans leur entièreté.

Faso7 : Au soir de votre mandat, que souhaitez-vous présenter comme bilan ?

Bili Edouard Tiéno : Il m’intéresse effectivement que, quand je serai au bout de ce mandat, qu’on puisse reconnaitre le club Burkina Marketing and Sales Managers Club au niveau national, auprès des pouvoirs publics et que nous ayons été un acteur important dans la promotion des compétences locales en matière de production du made in Burkina, que nous soyons également fortement reconnus et acteurs au niveau de l’international lors d’évènements d’envergure. *

C’est également que ce club ait permis aux membres de pouvoir s’élever dans leurs carrières professionnelles, élever de facto le Burkina Faso et d’ailleurs, que ces derniers puissent être dans la dynamique, ou même en train de gérer leurs propres entreprises, parce que la finalité d’un bon marketeur, c’est effectivement de lancer un nouveau produit sur le marché, dirigé par lui-même.

Entretien réalisé par Amadou ZEBA

Faso7

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