Pr Abdoul Karim Saïdou : « Je suis sceptique sur l’idée de généraliser l’état d’urgence »

À l’occasion d’un dialogue démocratique initié ce mardi 12 avril 2022 à Ouagadougou par le Centre pour la gouvernance démocratique (CGD), le Pr Abdoul Karim Saïdou a donné son avis sur l’instauration de l’état d’urgence sur le territoire national.

Face à la presse le 11 avril 2022, le ministre en charge de la Justice, Barthélémy Kéré, avait laissé entendre que l’état d’urgence pourrait être institué sur l’ensemble du territoire national dans le cadre de la lutte contre le terrorisme.

Cette décision ne semble pas être la stratégie adéquate, pour certains acteurs. C’est notamment le cas du Pr Abdoul Karim Saïdou, Maître de conférences à l’université Thomas Sankara, paneliste du jour.

« Je suis sceptique sur l’idée de généraliser l’état d’urgence sur l’ensemble du territoire national. Mais nous attendons de voir les éléments à la disposition du gouvernement. Parce qu’il faut de mon point de vue d’abord faire le bilan. L’état d’urgence a été instauré dans certaines parties du territoire.

Quel résultat cela a donné ? Ce que nous avons observé, c’est qu’on a assisté à une dégradation continue de l’insécurité. Donc, il faut faire un diagnostic pour voir si l’état d’urgence a été efficace. Et quelles sont les conséquences qu’on pourrait observer en généralisant l’état d’urgence, notamment au niveau des libertés fondamentales.

Parce qu’une des équations de cette transition, c’est de pouvoir justement avancer sur le terrain de la sécurisation du territoire tout en préservant un minimum de liberté fondamentale. Donc, il va falloir jouer sur les deux tableaux au risque justement de créer des tensions qui pourraient mettre en mal la stabilité de la transition », a expliqué l’Enseignant en Science politique.

Tirer les leçons de la Transition de 2015

Par ailleurs, le panéliste a appelé le gouvernement de la Transition à tirer des enseignements de la Transition politique de 2015. Tout en soulevant les insuffisances qui ont marqué cette transition, notamment le manque de feuille de route, la non dépolitisation de l’administration, le Pr Abdoul Karim Saïdou a aussi montré ses acquis en matière de production législative dans le cadre de la bonne gouvernance constitutionnelle.

« C’est le lieu pour la transition qui vient de s’enclencher de voir dans quelle mesure on peut capitaliser sur l’expérience de 2015 et surtout éviter les erreurs qui ont été commises afin de faire en sorte que cette transition soit véritablement le début d’une véritable refondation de notre société », a-t-il laissé entendre.

Pour le juriste, la priorité pour le gouvernement de Albert Ouédraogo reste toujours la sécurisation du territoire national. C’est la raison pour laquelle il a appelé le gouvernement à rester sur cette priorité pour ne pas disperser ses énergies et afin que l’ensemble des forces vives de la nation puissent s’engager dans la reconquête du territoire national.

Il faut noter que ce dialogue démocratique a été initié afin de mobiliser l’ensemble des forces démocratiques pour échanger sur la transition en cours, à en croire, Kevin Adomayakpor, le directeur résident de l’Institut national démocratique (NDI).

« Nous avons pensé qu’il était bon de tirer les enseignements de toutes ces transitions pour pouvoir enrichir le débat démocratique actuellement. De faire en sorte que les différents acteurs puissent se positionner et accompagner cette transition, pour qu’elle aboutisse à un retour à l’ordre constitutionnel, et (…) afin de renforcer le processus actuel qui est un processus important ; retrouver la sérénité et faire en sorte que le processus de développement du pays puisse continuer », a-t-il souligné.

Joël THIOMBIANO (stagiaire)

Faso7

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