Chemin de fer Burkina Faso – Côte d’Ivoire : « Si on veut nationaliser, il faudra indemniser MSC » (Maixent Somé)

Ceci est une tribune de Maixent Somé sur la polémique liée aux accords de Bolloré au Burkina Faso, parvenue à la rédaction de Faso7. 

Hier, madame Nestorine Sangaré née Compaoré a fait un post sur Facebook avec des captures d’écran de ma TL Twitter pour me jeter en pâture à ses supporters en jouant sur le prétendu complexe de supériorité que j’aurais sur mes compatriotes restés au pays, du fait de ma résidence à Paris.

Elle leur fait croire par ailleurs, je remets en cause leur droit constitutionnel à faire des pétitions adressées au parlement.

Il n’en n’est rien. Mais je ne me lancerai pas dans une polémique avec elle sur les réseaux sociaux. Nous sommes tous deux des cadres de haut niveau et devons mener nos débats en d’autres lieux si nous voulons qu’ils soient de qualité.

Je note du reste que cette dame est dans ma liste d’amis Facebook et me suis sur Twitter sans avoir jamais osé s’y exprimer !

Je ne lui répondrai pas sur Facebook car l’une des caractéristiques communes aux leaders populistes, c’est de prétendre avoir contre eux les médias et les gens sérieux.

Dans un climat de défiance générale envers ce qu’on appelle « les élites », les populistes ont fait de cette prétendue hostilité un argument en leur faveur. Si les journalistes compétents, et les personnalités dotées d’une réelle expertise questionnent le sérieux économique de leur programme, c’est qu’ils appartiennent à cet establishment odieux et vendu à l’étranger. Cette élite haïe qui empêche le peuple de bénéficier des largesses qu’il mérite. 

Ils font croire qu’il ne devrait y avoir aucun obstacle à la satisfaction d’exigences contradictoires entre elles. 

Par exemple, celle de baisser les taxes et les impôts tout en finançant davantage de services publics ; de financer de nouvelles dépenses à crédit, tout en prétendant retrouver des marges de manœuvre budgétaires et la souveraineté financière ; de faire financer toutes les politiques publiques et même les élections par l’APD (Aide Publique au Développement), tout en prétendant à une souveraineté nationale

Lorsqu’on les met en face du caractère contradictoire de ces revendications, les populistes répliquent qu’on cherche à les embobiner. Qu’il faut s’affranchir des règles. Y compris de celles du sens commun…

Et quand on les traite de populistes, c’est par complicité avec la France, l’ONU, l’Union européenne, l’impérialisme, que sais-je, pour livrer leur pays aux puissances étrangères.

Sur les réseaux sociaux, nous avons tendance à rechercher nos semblables, ceux qui partagent les mêmes évidences – des évidences qui ne le sont pas peut-être pas tant que ça. Et en ligne, au lieu d’écouter ceux qui ne pensent pas comme nous, nous les dénigrons, nous les contredisons brutalement, nous les bloquons sans écouter leur ressenti.

« Quelle est la dernière fois qu’une discussion en ligne vous a amené à changer votre opinion sur quelque chose ? Probablement jamais. Je parie que plus vous en entendez, de vos opposants, et plus vous divergez d’avec eux. »

Bartlett

Le moins qu’on puisse dire, c’est que ces nouvelles règles du jeu ne favorisent ni les partisans de la modération, ni les experts qualifiés. Mais les militants les plus braillards, les violents, les méchants, les boutefeux, les incendiaires.

Venons-en aux faits. Dans mon tweet, je soulève quatre questions auxquelles elle ne répond pas bien qu’en ayant mis les captures dans sa publication :

1) Je dis qu’elle était membre du pouvoir qui a contracté avec Bolloré.

2) Que Bolloré est en train de finaliser la vente de toutes ses activités logistiques à MSC.

3) Que le Burkina ne peut pas extraire sa partie du chemin de fer Sitarail de ce deal, et que quand bien même, il faudrait en plus trouver un accord avec la Côte d’Ivoire et MSC pour la continuité du rail jusqu’au port d’Abidjan. Sans quoi cette ligne ne sera pas rentable.

4) Que si on veut nationaliser, il faudra indemniser MSC.

Elle ne répond à aucun de ces points.

Et pour cause ! Elle sait que c’est rigoureusement exact !

Le contrat dure 27 ans comme elle le dit elle-même. Et ces 27 ans prennent en compte la période où elle était au gouvernement jusqu’au 30 octobre 2014.

A-t-elle dénoncé le contrat durant cette période ? C’est aussi simple que ça !

Je sais qu’elle suit le dossier depuis longtemps, tout comme moi qui le suis, et depuis toujours car mon père était un cadre de la RAN, l’ancêtre de SITARAIL et j’ai encore beaucoup de connaissances qui travaillent dans cette entreprise au Burkina comme en Côte d’Ivoire …

La CCR quelle combat aujourd’hui a été discutée et validée en mai 2014, quand elle était dans le gouvernement. Elle l’a d’ailleurs affirmé lors de votre passage à l’émission mooré sur Savane FM.

Honnêtement, dans le contrat d’affermage en vigueur (puisque la CCR n’est pas entrée en phase active), à qui revenait le devoir de l’entretien de la voie ferrée ?

Au partenaire public, c’est-à-dire l’État burkinabè n’est-ce-pas ?

Mais dans la pratique, c’est le concessionnaire qui le fait. L’investissement initialement prévu intégrait l’exploitation du minerai de Tambao. Il se trouve qu’aujourd’hui, Tambao n’a plus d’exploitant, après le départ de PAN African de Timis.

Que vaudra donc un investissement dont la finalité n’existe plus ?

D’où la nécessité d’une révision. C’est quand-même logique.

Pour les spéculations selon lesquelles Bolloré s’opposerait au réseau Ouaga-Téma, sachez que cela n’a aucun sens car c’est Bolloré qui est concessionnaire du Port de Tema pour 30 ans, donc encore bénéficiaire de cette ligne également. Il n’a donc pas intérêt à s’y opposer.

Lire aussi ➡️ [Direct]Chemin de Fer Burkina Faso-Côte d’Ivoire : Des Burkinabè marchent pour exiger l’annulation de la concession avec Bolloré

Et une fois de plus, Bolloré est en train de se désengager de ses activités africaines en matière de transport et de logistique. Confrontée à la concurrence internationale, notamment émiratie et chinoise, enchaînant les investissements infructueux sur le continent, la multinationale accumule par ailleurs les déboires judiciaires et l’hostilité croissante des opinions publiques aiguillonnées par les réseaux sociaux.

Le gouvernement français a soutenu l’offre de reprise de l’armateur français Compagnie Maritime d’Affrètement – Compagnie générale maritime (CMA-CGM), mais Bolloré, hostile à Emmanuel Macron et parrain politique du polémiste populiste et xénophobe Éric Zemmour, a préféré vendre à un armateur suisse MSC.

Preuve que Bolloré, ce n’est pas « la France », mais bien une multinationale qui par nature n’a pas de nationalité dans ce monde globalisé !

Par contre, Bolloré se recentre sur ses activités médias dont le groupe Canal Plus qui réalise aujourd’hui l’essentiel de ses bénéfices en Afrique et non en France !

Si donc c’est à Bolloré que l’on veut s’attaquer, c’est à Canal Plus Afrique qu’il faut s’attaquer.

D’autant plus que contrairement à ce qu’il se passe depuis la création de Canal Plus, première chaine payante en France, ils n’ont pas dans nos pays, l’obligation de financer la production artistique et audiovisuelle locale, et des quotas de diffusion de films et de documentaires locaux !

Cette clause a même été la base de ce que l’on a appelé l’Exception Culturelle dans les négociations du GATT devenu depuis, l’OMC. Et c’est grâce à cela que le cinéma français est le seul en Europe qui n’a pas encore disparu face aux mastodontes américains !

Ce serait à mon sens, cela un combat pertinent aujourd’hui pour obliger Bolloré Afrique à participer à la création de contenus dans nos pays.

En conclusion, le monde est en pleine mutation et la guerre actuelle en Ukraine et ses conséquences sur le commerce mondial en est la dernière preuve en date.

Dans ce contexte, la jeunesse africaine désormais connectée et ignorée par les politiques publiques d’éducation, de formation et d’emploi, a soif de changement et se mobilise.

Malheureusement, les leaders populistes et les nouveaux gourous des réseaux sociaux, exploitent leur ignorance des sujets macro-économiques et géopolitiques à des fins de promotion personnelle et mercantile.

C’est bien dommage, mais c’est le résultat de 30 ans de démantèlement du système éducatif.

Et justement, en ce qu’il concerne le Burkina Faso madame Sangaré est comptable du bilan désastreux du régime Compaoré sur ces trente années.

Elle ne fait qu’en récolter le fruit en exploitant l’ignorance de la jeunesse, et pas que de la jeunesse du reste. Car beaucoup de Master 2 de nos jours n’ont pas le niveau des BEPC de William Ponti.

Maixent SOMÉ

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