« La région de l’Est est en train de sombrer » (Bouama Michel Ouoba, SG du mouvement U GULMU FI)

A l’occasion de la Journée ville morte qui a lieu ce 10 novembre 2021 dans la région de l’Est, Bouama Michel Ouoba, le secrétaire général du mouvement U GULMU FI s’est exprimé sur la manifestation, au téléphone avec Faso 7.

 

Faso 7 (F7) : Comment appréciez-vous la réponse des populations suite à votre mot d’ordre ?

Bouama Michel Ouoba (BMO) : Si nous allons faire une analyse, nous pouvons sans doute constater que la population a répondu vraiment très nombreuse. Aujourd’hui, nous avons enregistré plus que ce qu’on attendait. Toutes les couches sociales, toutes les composantes de la société ont accepté de suspendre leurs activités et de venir passer effectivement la journée avec nous à la place comme nous avions dit ; et fermer tous leurs commerces, toutes leurs activités commerciales et toutes les autres d’ailleurs.

Vous constaterez que dans la ville, si vous êtes là, que le marché central et tous les autres marchés sont fermés, les stations d’essence sont fermées, les banques sont fermées. Même certains services publics sont fermés. C’est pour vous démontrer jusqu’à quel niveau les gens ont adhéré à ce mot d’ordre, parce qu’en effet, ils se sentent concernés, ils se sentent acteurs et ils se sentent vraiment victimes.

F7 : Quels ont été les principaux messages que vous avez délivrez lors du meeting ?

BMO : Nous avons simplement rappelé aux uns et aux autres l’objectif pour lequel nous sommes sortis. Et comme on l’a toujours dit, sortir n’est pas du plaisir, mais c’est parce que la région de l’Est, aujourd’hui, est assaillie par plusieurs problématiques qui ont conduit effectivement à celles-là et c’est le mouvement qui a lancé ce mot d’ordre.

Parmi ces problématiques, nous avions retenus quatre qui sont majeurs. C’est notamment la question sécuritaire, où nous avions une région qui est en phase d’être la première victime, avec plus de deux-tiers (2/3) ; où des personnes ne peuvent même plus sortir et d’autres ne peuvent pas rentrer. Des populations qui sont prises en otages et en face, nous n’avons pas une réponse assez cohérente et efficace que le gouvernement apporte.

Nous avons un réseau routier qu’on ne peut plus qualifier de délabré parce qu’il n’existe même plus. Nous n’avons plus de routes. Et malheureusement, les projets ont été lancés en grande pompe, plus tard, nous nous rendons compte que c’est un silence et des justifications qui suivent, pour nous explique pourquoi ça ne marche pas. Nous sommes toujours à des niveaux d’exécution très bas.

Pour certains projets dont la RN4 que vous connaissez tous, qui est la route nationale qui relie le Burkina au Niger, cette route est construite jusqu’à la frontière entre la région de l’Est et du Centre Est. A ce jour, il n’y a aucun démarrage effectif sur le terrain. Et pire, les trois lots qu’ils nous ont servis sont en train d’être suspendus. Le lot Gounghin–Fada, le ministre des Infrastructures, dernièrement, a expliqué qu’ils sont plus proches de résilier le contrat que de poursuivre avec l’entreprise qui a été choisie. Pourtant, nous l’avons dénoncé lors des débuts en disant que cette entreprise avait des difficultés parce qu’il avait été démontré qu’elle avait des incapacités. Les deux lots, notamment, le lot Fada-Matiakoali, et Matiakoali-Kantchari, actuellement sont suspendus à cause de l’insécurité. Finalement on se rend compte que c’est un cocktail de problèmes qui nous étouffent.

La question sanitaire. Nous ne pouvons pas parler. Pas de routes, pas d’évacuation sanitaire. Les centres de santés qui devaient pouvoir apporter une  réponse, également, sont dans une situation délabrée. Aujourd’hui, quand vous allez au CHR de Fada, c’est un CHR dépassé, c’est un CHR sans matériel,  c’est un CHR qui se cherche.

Nous avions approché les autorités sanitaires et quand vous les écoutez, là encore, c’est plus catastrophique. On se rend compte qu’il n’y a pas de réelles perspectives. Nous sommes plus dans le discours que dans les actions  concrètes.

Lire 👉 Fada N’Gourma : Journée « ville morte » le 10 novembre

Enfin, les questions minières. Là, nous avons vu l’action sur le phosphate. 42 ans d’exploitation, aucune retombée sur la population de la région de l’Est. Nous avons trouvé que ce n’est pas juste. Il y a quand même la responsabilité sociétale. Est-ce qu’il faut accepter qu’on continue d’exploiter ces richesses et puis les populations qui souffrent de l’exploitation, qui souffrent du dérangement, ne bénéficient à la fin de rien comme retombées ?

Ce n’est pas notre première marche. Nous sommes à notre troisième action. Nous avons marché le 24 avril,  nous avons attendu, rien n’a bougé. Nous avons encore marché le 31 juillet. Nous avons attendu, rien n’a marché. Cette fois ci, nous avons décidé de donner un autre son de cloche et ce que nous avons décidé de faire, c’est une ville morte. Donc rassurez–vous, le résultat qu’il y a, c’est pour rappeler sur la situation de la nation et profiter interpeller, notamment l’autorité pour lui dire de faire en sorte que cette activité soit la dernière interpellation que nous prônons dans le cadre de notre existence.

F7 : N’avez-vous pas l’impression de prêcher dans le vide, vu que vous menez des actions sans réaction satisfaisante ?

Suivez la réponse dans cette vidéo

F7 : Après ces actions d’aujourd’hui, quelle sera la suite si rien n’est fait ?

BMO : Nous ne voulons pas penser si rien n’est fait parce que déjà, la situation est arrivée à un certain niveau où si rien n’est fait, ce n’est pas sûr que dans les jours à venir, on parlera de région de l’Est.  Comme je vous disais tantôt, la région est en train de sombrer. Nous sommes en train de perdre totalement la région. S’il n’y pas de réponse, nous n’auront pas de choix que de passer à des étapes supérieures. Nous allons déployer toutes les actions, toutes les luttes qui sont vitales, toutes les luttes que la Constitution burkinabé nous autorise à mener, toutes les luttes que l’Etat burkinabè nous autorise en tant que citoyens à mener.

Vous aurez remarqué que grâce à ces actions, il y a d’autres acteurs qui sont en train d’entrer en jeu. Nous sommes en train de faire de la concertation d’idées, pour voir si on ne pourra pas apporter des solutions locales à certains problèmes. Je pense que l’un dans l’autre, si nous mettons effectivement la pression sur le gouvernement et que ce gouvernement réagit,  et  qu’au niveau local nous entreprenons un certain d’actions, nous sommes sûrs que la situation va s’améliorer.

F7 : Qu’avez-vous à dire en guise de conclusion ?

BMO : En conclusion, nous ne pouvons que demander à l’autorité, d’avoir un regard sur cette situation. Ce n’est vraiment pas une situation amusante. C’est des personnes aujourd’hui qui n’ont plus d’espoir, c’est des personnes qui risquent d’atteindre un niveau de non-retour.  Nous invitons l’autorité à avoir un droit de regard et nous demandons aux populations, aux amis de la région de l’Est, toutes les personnes qui ont un sentiment pour la région de l’Est, de rester mobilisées autour de tous ce que le mouvement U GUMU FI fait  pour qu’ensemble, nous puissions mettre la pression nécessaire et apporter les solutions qui vaillent pour permettre aux populations de pouvoir jouir des droits que tout citoyen burkinabè a droit au Burkina Faso.

Propos recueillis par Joël THIOMBIANO (stagiaire)

Faso7

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