Procès Thomas Sankara : Le récapitulatif

06 avril 2022 – Le verdict 

Le procès de  l’assassinat du président Thomas Sankara et de ses 12 compagnons a rendu son verdict ce 6 avril 2022. 

Blaise Compaoré, frère d’arme de Thomas Sankara, absent au procès, Hyacinthe Kafando, également absent, et  Gilbert Diendéré, ont été condamnés à la prison à vie.  

Le récapitulatif du verdict

🔴 Blaise Compaoré : Peine d’emprisonnement à vie

🔴Gilbert Diendéré : Peine d’emprisonnement à vie

🔴Hyacinthe Kafando : Peine d’emprisonnement à vie

Nabonsseouindé Ouédraogo: Complicité d’attentat à la sureté de l’Etat, assassinat : 20 ans

🔴Idrissa Sawadogo: Complicité d’attentat à la sureté de l’Etat, assassinat : 20 ans

🔴Yamba Elysée Ilboudo: Complicité d’attentat à la sureté de l’Etat, assassinat : 11 ans fermes

🔴Tibo Ouédraogo: Complicité d’attentat à la sureté de l’Etat : 10 ans fermes

🔴Albert Pascal Belemlilga: Complicité d’attentat à la sureté de l’Etat : 5 ans avec sursis

🔴Diakalia Démé : Complicité d’attentat à la sureté de l’Etat : 5 ans avec sursis

🔴Mori Aldjouma Jean-Pierre Palm: Complicité d’attentat à la sureté de l’Etat : 10 ans fermes

🔴 Alidou Jean Christophe Diébré: faux en écriture publique (pour avoir mentionné « mort naturelle » sur le certificat de décès de Thomas Sankara) : acquitté pour prescription de l’action publique

🔴 Hamado Kafando: faux en écriture publique (pour avoir mentionné « mort accidentelle » sur le certificat de Bonaventure Compaoré : acquitté pour prescription de l’action publique

🔴Tondé Ninda dit Pascal : subornation de témoins : 3 ans fermes

🔴 Bossobè Traoré: Complicité d’assassinat : Acquitté

Le tribunal a prononcé la déchéance des décorations de tous les accusés condamnés.


La réaction de Mariam Sankara


Ambiance au Mémorial Thomas Sankara


Procession à l’issue du verdict


Des partisans de Gilbert Diendéré ne sont pas satisfaits


Les réactions à l’issue du verdict


Un jour historique, selon Me Farama


La peine de Diendéré est « excessive », selon Me Somé


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25 mars 2022

17h 30- Procès Thomas Sankara :  Le verdict sera rendu le 6 avril 2022

Le Président du tribunal a clos les débats dans le procès Thomas Sankara ce vendredi 25 mars 2022 dans la soirée.

Il a indiqué que le dossier sera mis en délibéré pour le 6 avril 2022 à 10 heures.

Lire ➡️ Gilbert Diendéré : «Le 4 août 83, j’étais l’un des acteurs et personne ne peut le contredire»

Lire ➡️ Procès Thomas Sankara: Gilbert Diendéré attaque l’Agent judiciaire de l’Etat pour diffamation

12h10 – « Ce dossier a été ouvert avec des virus dans le corps ».

Toute la journée du 24 mars été monopolisée par les avocats de la défense. Ce vendredi 25 mars 2022, l’audience s’est encore ouverte avec les interventions de ces derniers. Après Me Paul Kéré, c’est Me Mathieu Somé, un des avocats de Gilbert Diendéré, qui a clos le passage de la défense.

Me Mathieu Somé est revenu sur la manière dont le dossier Thomas Sankara a été rouvert. Expliquant que c’est Michel Kafando qui a « ordonné » la réouverture. Une intrusion de l’exécutif dans le judiciaire, selon l’avocat qui indique que « ce dossier a été ouvert avec des virus dans le corps ».

Par ailleurs, sur le fait d’assassinat, expliquant l’évolution du dossier, Mathieu Somé reste convaincu que « le dossier est prescrit ». Partant, « je vous demande de déclarer l’action publique éteinte », dit-il. A écouter Me Somé, la procédure judiciaire dans le dossier a été « grossièrement cousue de fil blanc ».

Prenant un argument du parquet qui a estimé que Gilbert Diendéré pouvait « arrêter ceux qui ont tiré » et qu’il a accompagné les nouveaux hommes forts, Me Somé s’est interrogé. « Qui a démissionné de l’armée après le 15 octobre 1987 ? », demande l’avocat qui ajoutera que même parmi les civils qui étaient proches de Thomas Sankara, « certains sont devenus ministres et ambassadeurs » après.

A ce propos, Me Somé est formel. « C’est des faux types ! ». Ainsi, Me Somé, sur le fait de complicité d’assassinat « par abstention » reproché à Gilbert Diendéré, a plaidé l’acquittement pour infraction non constituée.

Sur le fait d’attentat à la sûreté de l’Etat, selon l’avocat, il n’y a infraction que si c’est un régime légal qui a été renversé. « Le régime du CNR était-il légal ? ». Me Somé, sur ce point, a plaidé la non constitution des faits et a demandé l’acquittement de Gilbert Diendéré et tous ceux qui sont poursuivis pour ce fait.

Avant de clore son propos, l’avocat s’est adressé aux juges et aux nouvelles autorités. « Ce procès vous donne l’occasion de jouer votre rôle historique qui crédibilisera encore notre justice », a lancé Me Somé.

A l’endroit des « nouvelles autorités », Me Mathieu Somé les a invitées « à comprendre qu’il y a beaucoup d’autres victimes qui sont là. Si on a pensé qu’il faut rendre justice aux ayant-droits des victimes du 15-Octobre, il faut penser aux autres ». L’avocat fait ainsi allusion aux victimes du CNR, du CSP.

« Je pense que cette justice classique ne pourra pas tout résoudre. Il faut que, courageusement, dans le cadre de la réconciliation nationale, qu’on trouve une alternative (…) Allons dans ce sens », a conclu Me Mathieu Somé.

24 Mars 2022

13h 00- Procès Thomas Sankara : Me Olivier Yelkouni plaidé l’acquittement pour Gilbert Diendéré

Toute la matinée du jeudi 24 mars 2022 a été monopolisée par les avocats de Gilbert Diendéré, poursuivi pour attentat à la sureté de l’Etat, complicité de recel de cadavre, subornation de témoin, et complicité d’assassinat.

En rappel, dans son réquisitoire, le Procureur militaire avait requis une peine ferme de 20 ans de prison à l’encontre de Gilbert Diendéré. Cette réquisition a été jugée inique par les avocats de Gilbert Diendéré.

Pour les faits de subornation de témoin, Me Abdoul Latif Dabo, un des avocats de Gilbert Diendéré, a expliqué que les moyens utilisés pour qu’un témoin dise la vérité ne peut être considéré comme fait de subornation. Du dossier, selon l’avocat, « l’infraction n’existe pas » et dit-il, « l’infraction ne peut concerner Gilbert Diendéré » vu que le supposé suborneur nie avoir été envoyé par Gilbert Diendéré.

Sur ce fait, l’avocat a plaidé la relaxe de son client.

Pour le fait de recel de cadavre, Me Saba Kossi un autre avocat de Gilbert Diendéré, considérant le fait comme « un délit », l’avocat a rappelé à la barre que la prescription des faits est de 3 ans révolue à compter du jour de la commission du délit. L’avocat a expliqué que, de tout le dossier, aucun élément matériel a été utilisé pour démontrer la culpabilité de Gilbert Diendéré. Partant, il a demandé aux juges de déclarer l’infraction non constituée.

A sa suite, c’est Me Olivier Yelkouni qui s’est appesanti sur l’accusation d’attentat à la sûreté de l’Etat. « Dans ce procès, l’émotion balaie tout sur son passage », a estimé l’avocat au début de sa plaidoirie. Me Olivier Yelkouni a invité les juges à ne pas « écouter la haine », mais user de leur « impartialité » pour rendre leur décision. A écouter l’avocat, la présence de Gilbert Diendéré au sein du Conseil de l’Entente n’a pas été prouvée. Et sur le fait concernant l’attentat à la sûreté de l’Etat, selon l’avocat, « si la preuve de la culpabilité n’est pas établie, on acquitte ».

A la suite de son discours, Me Olivier Yelkouni a plaidé l’acquittement de son client dans les faits d’attentat à la sûreté de l’Etat, et de complicité de recel de cadavre pour infraction non constituée.

La pause est intervenue à la fin de la plaidoirie de Me Yelkouni. L’audience reprendra à 14h.

23 Mars 2022

17h 30 – Les avocats de Diendéré entrent en jeu ce jeudi 24 mars

A 14h, Me Aouba Zaliatou a plaidé pour son client, Sawadogo Idrissa, poursuivi pour complicité d’attentat à la sureté de l’Etat et assassinat. Le procureur militaire avait requis une peine ferme de 20 ans contre cet accusé.

L’avocat dans sa plaidoirie, a indiqué que les faits pour lesquels son client est poursuivi ne sont pas établis. Il n’y a aucun élément matériel qui prouve la culpabilité de son client, a-t-elle fait savoir. Rappelons que Sawadogo Idrissa, dans les faits, est accusé de faire partie du commando qui a pris d’assaut le Conseil de l’Entente le 15 octobre 1987.

Me Aouba Zaliatou a ainsi plaidé, en premier point, la prescription des faits et subsidiairement, la non-constitution des faits. A la suite de Me Aouba, c’est Me Hien Ollo Larousse qui a soigné les intérêts de son client Ninda dit Pascal Tondé. Celui-ci est poursuivi pour subornation de témoins. Le procureur militaire avait requis 3 ans de prison ferme plus 900.000 f CFA d’amende.

Mais pour son avocat, cette réquisition est « excessive ». D’ailleurs, Me Hien estime que le moyen par lequel l’élément de preuve a été obtenu, un enregistrement sonore, l’a été de manière « déloyale ». A ce titre, l’auxiliaire de justice a demandé au tribunal d’écarter cet élément. Pour son client, Me Hien a plaidé la relaxe avant de mettre fin à sa plaidoirie.

L’audience du jour a été suspendue peu après 16h. Elle reprendre le jeudi 24 mars 2022 avec l’entrée en scène des avocats de Gilbert Diendéré.

13H00-Thomas Sankara, un « ange » selon Me Mamadou Sombié

Ce mercredi 23 mars 2022, à la reprise de l’audience, Me Marie Eliane Kaboré a plaidé pour son client, Yamba Elysée Ilboudo poursuivi pour complicité d’attentat à la sûreté de l’Etat et assassinat. Selon Me Kaboré, il n’y avait pas d’intention criminelle dans l’acte posé par son client.

Chauffeur de Hyacinthe Kafando, à écouter Me Kaboré, son client a seulement exécuté les ordres de son supérieur. « Ilboudo n’avait pas d’informations. Il n’était pas au courant d’un quelconque déplacement du Président Thomas Sankara », a fait savoir Me Kaboré.

Pour son client, l’avocate a plaidé l’acquittement. Selon elle, tout au long du procès, « personne n’a démontré dans cette affaire, un élément intentionnel ». En rappel, le Procureur militaire avait requis 11 ans ferme contre Ilboudo Yamba Elysé.

A la suite de la plaidoirie de Me Eliane Kaboré, c’est Me Mamadou Sombié qui a pris la parole pour soigner les intérêts de son client, Nabonsseouindé Ouédraogo, poursuivi pour complicité d’attentat à la sûreté de l’Etat et assassinat. Dans sa plaidoirie, Me Sombié s’est largement prononcé sur la personne de Thomas Sankara qu’il a qualifié « d’ange ».

« Thomas Sankara se rapproche plus d’un ange. Il avait les caractéristiques de l’ange », a estimé Me Sombié. « Ce monsieur était un ange et il est parti de la manière la plus violente (…) S’il était un être normal, peut-être qu’il serait toujours au pouvoir », a fait savoir l’avocat avant de revenir sur la défense de son client.

A écouter Me Sombié, le procès a été mal monté par la justice militaire. Il y a comme un goût d’inachevé dans les poursuites, dit-il. Prenant l’exemple de l’accusé Blaise Compaoré réfugié en Côte d’Ivoire, l’avocat estime qu’une commission rogatoire pouvait être mise en place afin qu’un juge ivoirien puisse l’entendre. Aussi, selon l’avocat, rien n’a été fait pour éviter que Hyacinthe Kafando ne « disparaisse dans la nature ».

Retraçant le parcours de son client avec des photos à l’appui, Me Sombié a déclaré que son client n’était pas membre du commando qui a mis fin aux jours de Thomas Sankara et ses 12 autres compagnons. Aussi, l’avocat estime que les déclarations de Yamba Elysé Ilboudo mettant en cause son client doivent être écartées.

Par ailleurs, le conseiller de Nabonsseouindé Ouédraogo a fait remarquer qu’au sein de la garde rapprochée de Blaise Compaoré, au moment des faits, la présence d’un autre soldat créait la confusion avec son client. Il y avait un certain Nassonswendé Ouédraogo. « Une homonymie fonctionnelle », indique l’avocat, qui crée la confusion et le doute.

Ainsi, Me Sombié a plaidé l’acquittement pour son client mais au cas où le tribunal l’estimerait coupable, a-t-il ajouté, de lui appliquer le sursis. Notons que le Procureur avait requis une peine ferme de 20 ans contre Nabonsseouindé Ouédraogo.

Après Me Sombié, Me Maria Kanyili a plaidé pour Bossobè Traoré poursuivi pour complicité d’attentat à la sûreté de l’Etat et complicité d’assassinat. Sur les deux faits, l’avocat a plaidé l’acquittement pour infraction non constituée ou au bénéfice du doute. En rappel, le Procureur militaire avait requis 20 ans ferme à l’encontre de Bossobè Traoré.

A la suite de l’avocate, la pause est intervenue. Elle reprendra à 14h avec la suite des plaidoiries de

22 Mars 2022

17H24 – Procès Thomas Sankara : «J’ai le sentiment d’être impliqué dans une parodie» (Me Kopiho)

Les plaidoiries de la défense se sont poursuivies après la pause. Me Kopiho Moumouny, avocat de l’accusé Kafando Hamadou, poursuivi pour faux en écriture publique, a donné la parole à son confrère Me Diakité. Il est reproché à l’accusé d’avoir produit un certificat de décès avec la mention « mort accidentelle » au profit de la famille de feu Bonaventure Compaoré.

Selon Me Diakité, Kafando Hamadou, dans ses déclarations, n’a pas nié avoir posé l’acte. Tout comme pour l’accusé Alidou Diebré, le conseil de l’accusé Kafando Hamadou a plaidé la prescription des faits. Par ailleurs, l’avocat a expliqué que ce sont les ayant-droits qui « ont supplié » le médecin à la présidence du Faso au moment des faits d’établir ledit document.

En tout état de cause, les avocats de Kafando Hamadou ont plaidé l’acquittement. D’ailleurs, le Procureur du Faso, pour cet accusé, avait requis l’acquittement pour prescription de l’action publique.

A la suite de ces interventions, Me Mamadou Coulibaly a plaidé pour l’accusé Albert Belemlilga, poursuivi pour complicité d’attentat à la sureté de l’Etat. Me Coulibaly a rappelé qu’« aucun témoin n’a mis en cause » l’accusé.

En plus, selon l’avocat, la complicité doit être antérieure au coup d’Etat et, dit-il, « consolider » un coup d’Etat « n’est pas une infraction ». Ainsi, tout comme le procureur militaire, Me Coulibaly a requis « l’acquittement » pour cet accusé.

Au tour de Jean Pierre Palm, poursuivi pour complicité d’attentat à la sureté de l’Etat, Me Kopiho Moumouny a pris la parole. L’avocat a laissé paraitre ses doutes quant à l’issue du procès Thomas Sankara. « J’ai le sentiment d’être impliqué dans une parodie, dans une comédie (…) Ce procès, c’est l’assassinat du droit (…) Ce sont les millions du contribuable qui ont été dépensés pour cette parodie (…) », a indiqué l’avocat.

Selon Me Kopiho, dans la procédure, « il n’y a aucun élément matériel » qui révèle la culpabilité de son client. « Ce ne sont que des témoignages », a-t-il fait savoir avant d’indiquer que le dossier Thomas Sankara « est vide ». L’avocat reste convaincu que la vérité ne sortira pas de ce procès. « Si on veut la vérité pour Thomas Sankara, ce n’est pas à travers ce procès », a tranché Me Kopiho.

Par ailleurs, Me Kopiho n’a pas manqué de lancer des pics à l’endroit de certaines personnes. « Le dossier Thomas Sankara a hissé des gens du niveau zéro à holala », a déclaré l’avocat qui a terminé sa plaidoirie en requérant la relaxe pour son client « au profit du doute ». Rappelons que le Procureur militaire avait requis 11 ans de prison assorti de sursis contre Jean Pierre Palm.

L’audience du jour a été suspendue peu avant 16h. Elle reprendra le mercredi 23 mars 2022 à 9h.

11H30-Procès Thomas Sankara : La parole à la défense

Après la suspension suite à la requête d’inconstitutionnalité, l’audience du procès Thomas Sankara et 12 autres a repris ce mardi 22 mars 2022. A l’entame, la parole a été donnée aux avocats de la défense pour leurs plaidoiries.

Tout à tour, Me Mathieu Somé et Me Abdoul Latif Dabo ont planté le décor avec des rappels des événements du 15 octobre 1987 jusqu’au déclenchement de la procédure judiciaire et à la tenue de la présente audience. Me Dabo a, par exemple, attiré l’attention du Tribunal sur les témoignages. A l’écouter, « des erreurs peuvent intervenir dans les témoignages » du fait de l’âge ou de la capacité physique et intellectuelle  des témoins.

A la suite de ces deux avocats, la parole a été prise par Me Issiaka Ouattara, Conseiller de Alidou Diebre. Cet accusé est poursuivi, faut-il le rappeler, pour faux en écriture publique. Selon son avocat, qui s’est basé sur deux arguments, son client doit être « relaxé ».

L’avocat a soulevé d’abord la prescription de l’action publique puisque, explique-t-il, « le délit » reproché à son client, selon le Code de procédure pénale, s’éteint à partir de 3 ans.

Ensuite, selon Me Ouattara, son client « n’avait aucune intention coupable », en produisant le certificat de décès de Thomas Sankara et en inscrivant la mention « mort naturelle ».

« Il avait seulement l’intention de rendre service (…) C’est pour rendre service aux veuves qui sont venues le voir qu’il a délivré l’acte (…) Il n’y a pas d’intention coupable et cela enlève le caractère délictueux » de l’acte posé par Alidou Diebré, estime Me Issiaka Ouattara.

De ce qui précède, l’avocat a requis la relaxe pour son client. L’audience a été suspendue pour une pause. A la reprise, les avocats de la défense poursuivront leurs plaidoiries.

18 Mars 2022

Procès Thomas Sankara : Les requêtes en exception d’inconstitutionnalité des avocats de la défense rejetées

Procès Thomas Sankara : Les requêtes en exception d’inconstitutionnalité des avocats de la défense rejetées

3 Mars 2022

11h00 – A la reprise, ce jeudi 3 mars 2022, du procès Thomas Sankara, Me Diakité, avocat de Jean Pierre Palm, accusé entre autres pour attentat à la sûreté de l’Etat, a soulevé une exception d’inconstitutionnalité devant le Conseil constitutionnel.

Pour l’avocat, avec le Coup d’Etat du 24 janvier 2022 et la prestation de serment du lieutenant-colonel Sandaogo Damiba devant les sages du Conseil constitutionnel, l’infraction d’attentat à la sûreté de l’Etat n’est plus une infraction.

Après les débats, la partie civile a jugé la requête de la défense mal fondée et a demandé aux juges de la déclarer irrecevable. Quant au Parquet militaire, il a suivi les pas de la défense en demandant aux juges de surseoir la procédure en attendant la décision du Conseil constitutionnel.

En dernier ressort, le tribunal a ordonné le surseoir à statuer en attendant la réponse du Conseil constitutionnel.

8 février 2022

13h30 – A la reprise de l’audience, les avocats de la défense ont demandé un délai d’un mois pour préparer leurs plaidoiries. Mais après débats, le juge leur a donné 3 semaines pour ce faire. L’audience a été suspendue et reprendra le 1er mars 2022.

La réaction de Mariam Sankara à la suite des réquisitions du Procureur militaire

11h25. Le Procureur militaire a requis ce mardi 8 février une peine ferme de 30 ans de prison contre Blaise Compaoré, non comparant, poursuivi pour attentat à la sureté de l’Etat, recel de cadavre, complicité d’assassinat dans le dossier Thomas Sankara et 12 autres.

20 ans de prison ferme a également été requis à l’encontre de Gilbert Diendéré, comparant, poursuivi également pour attentat à la sureté de l’Etat, complicité de recel de cadavre, subornation de témoins, et complicité d’assassinat.

Quant à Hyacinthe Kafando, non comparant, poursuivi pour attentat à la sureté de l’Etat, assassinat, le procureur militaire a requis une peine ferme de 30 ans de prison ferme.

Voici les réquisitions du Procureur militaire pour les 11 autres accusés :

  • Nabonswendé Ouédraogo: Complicité d’attentat à la sureté de l’Etat, assassinat : 20 ans de prison ferme
  • Idrissa Sawadogo: Complicité d’attentat à la sureté de l’Etat, assassinat : 20 ans de prison ferme
  • Yamba Elysée Ilboudo: Complicité d’attentat à la sureté de l’Etat, assassinat : 11 ans de prison ferme
  • Tibo Ouédraogo: Complicité d’attentat à la sureté de l’Etat : Acquittement
  • Albert Pascal Sibidi Belemlilga: Complicité d’attentat à la sureté de l’Etat : Acquittement
  • Diakalia Démé: Complicité d’attentat à la sureté de l’Etat : Acquittement
  • Mori Aldjouma Jean-Pierre Palm: Complicité d’attentat à la sureté de l’Etat : 11 ans assorti de sursis
  • Alidou Jean Christophe Diébré: faux en écriture publique (pour avoir mentionné mort naturelle sur le certificat de décès de Thomas Sankara) : Acquittement pour prescription de l’action publique
  • Hamado Kafando: faux en écriture publique : Acquittement pour prescription de l’action publique
  • Ninda dit Pascal Tondé: subornation de témoins : 3 ans de prison ferme plus 900.000 f CFA d’amende
  • Bossobè Traoré: Complicité d’assassinat : 20 ans ferme.

A la suite des réquisitions du Procureur militaire, la séance a été suspendue afin que les avocats de la défense puissent se concerter pour organiser leurs plaidoiries.

7 février 2022

16h50. Procès Thomas Sankara : L’Etat burkinabè se constitue partie civile

A la reprise de l’audience à 14h, la parole a été donnée à l’Agent judiciaire de l’Etat (AJE) pour défendre et soigner les intérêts de l’Etat burkinabè procès dans le procès Thomas Sankara et 12 autres. L’AJE a tout d’abord énuméré les acquis de la Révolution en lien avec la politique de l’éducation, la politique du logement, la politique culturelle entre autres.

Outre ces aspects liés aux acquis de la Révolution burkinabè, l’AJE, dans sa plaidoirie, a indiqué que les faits reprochés aux 14 accusés dont 12 sont comparants sont constitués et a demandé au juge de les déclarer coupables. « Les accusés doivent être déclarés coupables« , a lancé l’AJE.

Se constituant partie civile dans ce procès, l’AJE a fait savoir qu’à la suite des évènements du 15 octobre 1987, « l’Etat a souffert matériellement, financièrement et moralement« . A ce titre, des réparations seront demandées au moment opportun, a fait savoir l’AJE.

La séance a été suspendue à 15h 45 et reprendra le mardi 8 février 2022 avec les réquisitions du Procureur militaire.

14h00. Procès Thomas Sankara : « Le Général Gilbert Diendéré a mal à la responsabilité » (Me Prosper Farama)

Ce lundi 7 février 2022, c’est Me Prosper Farama, avocat de la partie civile qui a ouvert le bal des plaidoiries à la suite de l’ouverture de la séance. L’avocat qui défend les ayant-droits des victimes des événements du 15 octobre 1987, dans sa plaidoirie, a évoqué « l’implication particulière du Général Gilbert Diendéré dans l’assassinat » de Thomas Sankara et ses 12 compagnons.

Mais avant de se lancer, l’avocat a exprimé un « sentiment de soulagement » du fait que ce procès ait lieu. Selon Me Farama, avec les évènements du 15 octobre 1987, les Burkinabè qui étaient déjà « habitués » aux coups d’Etat ont découvert, « pour la première fois« , un coup d’Etat avec « une haine, et une violence verbale« . Dans la même lancée, Me Farama explique que des Burkinabè se demandent pourquoi tenir ce procès 34 ans après les faits. A « éclairer, à rendre justice« , rétorque-t-il.

« Même 34 ans après, la justice et la vérité ne se périment jamais », a insisté Me Prosper Farama. Par ailleurs, de ce procès, Me Farama indique que d’aucuns pensent que c’est une « affaire de Sankaristes contre Blaisistes ». Mais l’avocat a recadré les choses : « Je ne suis pas Sankariste, mais j’ai une profonde admiration pour Thomas Sankara ».

Pour revenir aux faits, Me Prosper Farama s’est évertué à expliquer « en quoi le Général Gilbert Diendéré est impliqué dans l’assassinat » de Thomas Sankara et de ses 12 compagnons. Dans ses déclarations, le Général Gilbert Diendéré, se rappelle Me Farama, avait fait savoir qu’il était sur le terrain de l’ENAM lorsque les tirs ont commencé au Conseil de l’Entente. Mais selon des témoins cités par l’auxiliaire de justice, le Général Diendéré se trouvait au Conseil de l’Entente pendant les tirs, toute chose que l’accusé nie.

Et selon l’avocat, ce comportement du Général Diendéré est assimilable à une fuite de responsabilité. « Le Général Gilbert Diendéré a mal à la responsabilité », a lancé Me Farama qui, exemple à l’appui, a développé son affirmation.

Que ce soit dans le dossier David Ouédraogo, du nom d’un chauffeur du frère cadet de Blaise Compaoré tué par des éléments du Conseil de l’Entente, explique l’avocat, que ce soit dans le dossier Dabo Boukary, un  étudiant en médecine enlevé par des hommes armés après une manifestation et dont le corps a été retrouvé à Pô, que ce soit dans le dossier du coup d’Etat de septembre 2015, selon Me Farama, le Général Gilbert Diendéré a toujours nié sa responsabilité.

En sus, selon l’auxiliaire de justice, le Général Diendéré qui, au moment des faits était lieutenant, avait à sa charge, la sécurité du Conseil de l’Entente. Et pour Me Prosper Farama,  « il n’a rien fait pour empêcher le crime. Il n’a rien fait pour éviter l’assassinat ».

Dans sa plaidoirie, Me Prosper Farama a également partagé le ressenti de la partie civile :  « Nous n’avons pas de ressentiment. Nous n’avons pas de rancœur (…) Si les familles ont insisté pour avoir ce procès, ce n’est pas par vengeance. Elles demandent justice ».

Par ailleurs, l’avocat a fait savoir que ce procès a été utile à plus d’un titre : « Ce procès a été un grand livre pour moi. Ce qu’on a vécu en 4 mois ici, c’est 100 tomes de l’histoire du Burkina Faso ».

A la suite de Me Prosper Farama, c’est Me Anta Guissé qui clôturé les plaidoiries. L’avocate a surtout évoqué le volet international de l’affaire Thomas Sankara. « Le combat pour les familles n’est pas terminé », a soufflé l’avocate. L’audience a été suspendue vers 13h et reprend à 14h.

3 février 2022

14h. Procès Thomas Sankara : les plaidoiries de la partie civile se poursuivent

La plaidoirie des avocats de la partie civile s’est poursuivie ce jeudi 3 février 2022 à l’ouverture de la séance du jour du Procès Thomas Sankara et 12 autres. Tour à tour, les avocats de la partie civile se sont succédés pour démontrer la culpabilité des mis en cause dans le dossier.

Les avocats de la partie civile ont, accusé par accusé, livré les éléments qui selon eux confortent la culpabilité des mis en cause. A écouter Me Séraphin Somé, partie civile, sur le fait de recel de cadavre reproché au général Gilbert Diendéré, les faits sont avérés.

Selon l’avocat, « après le passage du commando mortifère » au Conseil de l’Entente le 15 octobre 1987, les corps de 13 personnes dont celui de Thomas Sankara ont été enlevés et inhumés « nuitamment et de manière clandestine, à la va-vite, en cachette ».

Revenant sur les conditions dans lesquelles les corps ont été ensevelis, l’avocat, un double décimètre en main, a démontré que les tombes avaient des profondeurs allant de « 45 à 60 centimètres ». Les corps ont ainsi été mis sous terre « sans aucune identification ». Et selon lui, c’était une manière pour les Hommes forts du moment « d’empêcher toute action judiciaire ».

Partant, pour Me Somé, Gilbert Diendéré peut être poursuivi pour recel de cadavre :  « C’est lui qui a donné l’ordre de venir enlever les corps nuitamment et de les inhumer dans les conditions que l’on sait ». Défendant sa position, l’avocat  a plaidé la condamnation de Gilbert Diendéré en rapport avec ce fait. « Vous n’aurez aucune peine à l’en déclarer coupable », a lancé l’avocat aux juges.

Bien avant Me Séraphin Somé, Me Désiré Sebgo s’est aussi appesanti sur un autre fait reproché au général Gilbert Diendéré, dont la subornation de témoin. Pour l’avocat, les faits sont avérés puisqu’un enregistrement audio a été versé au dossier. En effet, Tondé Ninda Pascal dit Manga-naaba, chauffeur du Général au moment des faits, a été envoyé par son patron pour dissuader Abdramane Zéitenga, témoin, de « faire attention à ce qu’il dira devant le juge ».

Contre un autre accusé, en la personne de Ilboudo Yamba Elysé, poursuivi pour assassinat et complicité d’attentat à la sûreté de l’Etat, Me Ferdinand N’zepa a plaidé. Pour l’avocat, l’accusé a bel et bien participé à l’assaut du 15 octobre 1897. Mais jugeant que l’accusé a été constant dans ses déclarations, Me N’zepa lui a lancé ceci : « l’histoire retiendra que vous êtes celui qui a aidé à déterminer le parcours macabre du commando » qui mit fin à la Révolution burkinabè.

« Vos enfants et petits-enfants doivent être fiers de vous. Et vous mêmes, vous devez être fier de vous (…). J’ai la conviction qu’avec votre contribution devant le juge d’instruction, le tribunal saura tenir compte », a également ajouté l’auxiliaire de justice.

D’autres avocats ont également développé des arguments pour démontrer la culpabilité d’autres accusés. Me Patrice Yaméogo s’est occupé, par exemple, de l’accusé Nabonssouindé, « celui était dans la piscine ». Pour revenir aux faits, l’avocat a rappelé que dans sa ligne de défense, l’accusé Nabonssouindé Ouédraogo poursuivi pour assassinat et complicité d’attentat à la sûreté de l’Etat a nié les faits. L’accusé a indiqué, selon l’avocat, avoir « plongé dans une piscine » et y être resté de 17h, le 15 octobre pour ressortir le lendemain 16 octobre à 9h.

Sur ces entrefaites, l’avocat a invité le « tribunal à ne pas plonger dans cette même piscine ». Selon Me Patrice Yaméogo, plusieurs accusés et témoins ont formellement mentionné la présence de l’accusé Nabonssouindé Ouédraogo au sein du Conseil de l’Entente. « Nabonssouindé était sur les lieux et a tiré », soutient l’avocat qui demande au Tribunal de déclarer l’accusé coupable.

L’audience a été suspendue vers 12h30 et reprend à 13h30.

2 février 2022

14h – Me Ferdinand N’zepa : « Ce qui était reproché en réalité à Thomas  Sankara, c’est que la ceinture était trop serrée »

Ce mercredi 2 février 2022, après le rétablissement de la Constitution par le Mouvement patriotique pour la sauvegarde et la restauration (MPSR), le jugement du dossier Thomas Sankara et 12 autres a repris  avec la phase des plaidoiries. En premier lieu, c’est la partie civile qui a pris la parole.

Me Ferdinand N’zepa, avocat de la partie civile a expliqué qu’avec ce procès, le moment est venu « de savoir ce qui s’est passé le 15 octobre 1987. Le moment est venu pour les familles victimes d’apaiser leur cœur et de connaître la vérité (…) La vérité qui est attendue ne sera pas parfaite parce que le temps s’est écoulée », a-t-il indiqué en faisant cas de l’absence de certains accusés dont Hyacinthe Kafando et Blaise Compaoré.

En sus de l’absence de ces accusés, Me N’zepa a noté la mort de  témoins soit naturellement ou de façon suspecte.

L’avocat, dans sa plaidoirie, est également revenu sur « des assurances » qu’aurait eues Blaise Compaoré au niveau international. En citant des pays comme la France, la Côte d’Ivoire ou Libye, Me N’zepa a égrené des faits qui, selon lui, établissent des complicités. De la Côte d’Ivoire, l’avocat explique que la révolution n’était pas du goût du président d’alors, Félix Houphouët-Boigny. Aussi, dit-il, plusieurs tentatives de déstabilisation sont parties de ce pays.

De la Libye, l’avocat a évoqué le refus de Thomas Sankara à accéder à certaines demandes du guide libyen dont l’installation d’un centre islamique à Pô. Des accointances avec Blaise Compaoré, Me N’zepa relate qu’un véhicule blindé a été offert par Mohammad Kadhafi à Blaise Compaoré, « deux jours après le coup d’Etat« .

En interne aussi, durant sa plaidoirie, Me N’zepa a fait savoir que pour le coup d’Etat, Blaise Compaoré a eu des soutiens de la part de « partis politiques, de chefs traditionnels et de militaires« . Et pour lui, le « véritable mobile » de l’assassinat de Thomas Sankara est que celui-ci empêchait « certains de manger » :  « Ce qui était reproché en réalité à Thomas  Sankara, c’est que la ceinture était trop serrée ».

Me Ferdinand N’zepa a fait sa religion. Pour lui, Blaise Compaoré, depuis « le mois de mai de 1983, convoitait le pouvoir« .

A sa suite, c’est sa consœur Me Anta Guissé, également de la partie civile qui a plaidé. Elle s’est focalisé sur le cadre juridique de la procédure. A 13h, la séance a été suspendue pour reprendre à 14h 00.

A la reprise à 14h, les plaidoiries se sont poursuivies avec les avocats de la partie civile dont Me Ambroise Farama et Me Olivier Badolo.

31 janvier 2022

11h-30- Procès Thomas Sankara : En raison de la suspension de la constitution, le jugement est suspendu

A la reprise de l’audience ce lundi 31 janvier 2022, la parole devait revenir à la Partie civile pour débuter les plaidoiries. Mais la partie civile, en l’occurrence Me Prosper Farama a soulevé des inquiétudes concernant la suspension de la Constitution avec l’avènement du MPSR.

« Au-delà de toute considération politique, notre inquiétude est d’ordre juridique », a indiqué Me Prosper Farama, avocat de la partie civile. Selon celui-ci, la tenue d’un procès alors que la Constitution est suspendue peut induire un procès non équitable.

« On est tenu de se questionner sur les conséquences que cela peut avoir pour une audience comme la nôtre (…) Est-ce qu’il n’y a pas un problème de droit qui se pose ? », a questionné Me Farama pour qui, la juridiction qui a en charge le dossier du procès Thomas Sankara et 12 autres a son « indépendance garantie par la Constitution ».

Me Anta Guissé, également de la partie, soutenant son confrère explique qu’en poursuivant l’audience dans ce contexte de suspension de la constitution pourrait « jeter un discrédit sur la procédure.

En sommes, la partie civile a ainsi demandé au juge Meda de suspendre l’audience en attendant la normalisation juridique des tenants actuels du pouvoir. Une réquisition soutenue par l’agent judiciaire de l’Etat (AJE).

Du côté des avocats des accusés, deux tendances se sont révélées quand le juge Meda leur a donné la parole. La première partie, « majoritaire » demande au juge de « statuer ce que de droit ». Ce groupe estime que le tribunal « rend justice au nom du peuple et non au nom de la constitution ». Quant au second groupe, « minoritaire », une suspension de la séance n’est pas envisageable. Selon Me Hien Ollo Larousse, « la suspension de la constitution ne met pas fin à la vie de l’Etat ». La même idée a été soutenue par le parquet militaire qui estime que les débats peuvent se poursuivre en dépit de la suspension de la constitution. « Dans la constitution, aucun article ne dit que la constitution peut être suspendue », a déclaré le parquet militaire qui pense que ce débat sur la suspension est d’ordre « politique ».

Après une suspension pour statuer, le tribunal a décidé de suspendre le jugement « pour une bonne administration de la justice ».

12 janvier 2022

16h – « Mon père a été tué quand j’avais 11 ans » (Céline Bamouni, fille d’une victime)

A 14 heures après la suspension, des ayant-droits de certaines victimes ont été entendus par le tribunal.

Il s’agit des deux frères de la victime Walilaye Ouédraogo notamment Issa Ouédraogo et Ousmane Ouédraogo, du frère de la victime Amadou Sawadogo, dénommé Issa Sawadogo  et de Céline Bamouni, la deuxième fille de la victime Paulin Bamouni.

Selon Céline Bamouni, elle n’avait que 11 ans et son petit frère 2 ans lorsque leur père Paulin Bamouni a été tué le 15 octobre 1987. A l’en croire, c’est le 16 octobre 1987, c’est à dire le lendemain des événements qu’elle ainsi que les autres membres de sa famille ont appris le décès de son père.

« Mon père a été tué lorsque j’avais onze ans. Mon petit frère n’avait que deux  ans. Dans mon esprit d’enfant, je m’imaginais que mon père avait pu s’échapper. Il était le 2e d’une famille de 12 enfants. Tous les espoirs étaient reposés sur lui. Ma mère avait 33 ans lorsque mon père a été tué. 33 ans après, elle est partie malheureuse, traumatisée sans savoir qui a massacré son mari », s’est-elle exprimée.

D’autres ayant-droits qui devraient intervenir ne se sont pas présentés.

Le tribunal a décidé de suspendre l’audience. Elle reprendra le lundi 24 janvier 2022 avec le début des plaidoiries.

14h 30 – Procès Thomas Sankara : Les restes de victimes « parlent »

Ce 12 janvier 2022, à la reprise de l’audience du procès de l’assassinat du président Thomas Sankara et 12 de ses compagnons, le 15 octobre 1987, le tribunal a appelé à la barre les experts qui ont intervenu dans le dossier afin que ces derniers présentent les résultats de leurs travaux.

Il s’agit de trois experts dont le Pr Robert Soudré, expert en anatomie pathologie, du commissaire divisionnaire de Police Moussa Milogo, expert en balistique et du Dr Norbert Ramdé, médecin légiste.

Selon le Pr Robert Soudré, il avait pour mission entre autre de déterminer les causes de la mort des 13 victimes, rechercher les projectiles ou balles d’armes à feu, trouver si ces projectiles existent sur les corps ou dans les tombes afin de procéder à des analyses balistiques, faire des tests ADN et faire des observations pouvant contribuer à la manifestation de la vérité.

A en croire le Pr, le premier constat que lui et ses collaborateurs ont pu faire au début de leurs travaux au moment de l’ouverture des tombes, était que les ossements des victimes étaient à un stade de dégradation très avancé. « La tombe du président Thomas Sankara avait une profondeur de 45 centimètres. La dégradation des restes était importante. Dans aucune tombe, nous n’avons trouvé un ossement entier. Les effets d’habillement étaient bien conservés par contre, tout ce qui était biodégradable avait complètement disparu », a déclaré le Pr Soudré Robert.

En poursuivant la lecture des résultats de ses travaux, l’expert a indiqué avoir trouvé non seulement des projectiles dans certaines tombes et sur certains corps mais aussi des traces de projectiles sur les habits de certaines victimes.

« Le président Thomas Sankara, quand on prend son sous-vêtement, il y avait beaucoup d’orifice d’entrée. Les projectiles retrouvés nous ont permis de conclure qu’il s’agit d’une mort violente ou mort criminelle comme c’est le cas du président Thomas Sankara. Je dois préciser que les impacts de balles (sur le corps du président Thomas Sankara, Ndlr) sont au niveau du thorax. Il n’y avait pas d’impact au niveau des membres inférieurs », a indiqué le Pr Robert Soudré.

Il faut noter que les travaux réalisés par le Pr Soudré Robert n’ont malheureusement pas pu déterminer la cause de la mort de certaines victimes. « N’ayant pas pu trouver des projectiles sur certains corps, nous avons dit que la cause de la mort ne peut être déterminée. Nous avons dit cela par précaution de langage de notre discipline », a-t-il expliqué au tribunal.

Les travaux effectués par le Pr Robert Soudré ont permis à l’équipe du commissaire divisionnaire de Police Moussa Milogo de procéder aux analyses balistiques des projectiles retrouvés dans les tombes et sur les corps.

A en croire l’expert, ce sont trois types de munitions qui ont été utilisées par les assaillants qui ont ôté la vie au président Thomas Sankara et ses compagnons le 15 octobre 1987. « On a trouvé 3 types de munitions. Les 7.62 pouvant être tiré par les Kalachnikov, les 7.62 pouvant être tiré par les HK G3 et les 9 millimètres tirés par les pistolets mitrailleurs. Les projectiles trouvés sur les restes des vêtements du président Thomas Sankara sont des munitions traceuses. Ce sont des balles, lorsqu’on tire, elles partent en feu. Au niveau des restes des vêtements que portaient le président Thomas Sankara, il y avait des brûlures », a fait savoir Moussa Milogo.

Pour ce qui est des tests ADN réalisés sur les ossements trouvés dans tombes, le Pr Robert Soudré a laissé entendre que les résultats obtenus se sont révélés « inexploitables ». Selon lui, dans le cadre d’une procédure judiciaire, pour que les résultats d’un test ADN soient pris en compte, il faudrait impérativement réaliser trois examens positifs. « Les deux examens ont été positifs mais le 3e n’a rien révélé, pourtant il faudrait que les 3 examens soient positifs pour être exploitables », s’est exprimé le Pr Robert Soudré.

Après le passage des experts le juge Urbain Méda a ordonné la projection de la vidéo de la reconstitution des faits réalisée au sein du Conseil de l’entente. Dans ladite vidéo, tous les accusés et les témoins dans le cadre du procès, ont intervenu. A la suite de la projection, l’audience a été suspendue à 13h10 minutes exactement.

11 janvier 2022

17h – Procès Thomas Sankara : Les pièces à conviction présentées au tribunal

Après le témoignage de Stéphane Smith par visioconférence, le juge Urbain Méda a ordonné la présentation des pièces à conviction qui sont versées dans le dossier.

La première pièce qui a été présentée est l’enregistrement audio réalisé par le témoin Zitenga Abdramane et mettant en cause l’accusé Tondé Ninda Pascal dit Mangnaaba, accusé de subornation de témoins.

En rappel, lors de sa déposition devant le juge, Zitenga Abdramane avait indiqué avoir reçu la visite de Tondé Ninda Pascal alias Mangnaaba. Selon lui, ce dernier lui avait confié qu’il venait de la part du Général Gilbert Diendéré et que ce dernier lui demande de dire au juge d’instruction qu’il n’était pas au Conseil de l’entente le jour de l’assassinat du président Thomas Sankara et de ses compagnons.

Le témoin Zitenga Abdramane qui avait pourtant déjà été entendu par le juge d’instruction avait pris le soin d’enregistrer sa conversation avec Tondé Ninda Pascal dit Mangnaaba.

Dans l’audio, on entend effectivement l’accusé Tondé Ninda Pascal dit Mangnaaba demander au Témoin Zitenga Abdramane de dire au juge d’instruction qu’il n’était pas au Conseil au moment des tirs.

« Le Général dit de tout faire pour te dire que si on te demande, faut dire que tu n’étais pas là. Faut bien parler dès. Les gendarmes là, comme c’est pour eux le pays-là maintenant, s’ils t’attrapent, ils vont te mettre la honte seulement. Tu peux dire que tu étais en ville et que c’est quand tu as entendu les tirs que tu es venu. Somda Eugène est allé dire que c’est toi qui l’a empêché de rentrer au Conseil ce jour-là (…) », s’est exprimé Tondé Ninda Pascal dans l’enregistrement.

Appelé à la barre, l’accusé a reconnu que c’est bien lui qui a parlé dans l’enregistrement. Absent, le témoin Zitenga Abdramane n’a pu être entendu pour faire ses probables observations.

Il faut noter qu’au moment de son audition, après avoir nié une première fois d’être allé voir Zitenga Abdramane, l’accusé Tondé Ninda Pascal dit Mangnaaba avait finalement reconnu être allé rencontrer le témoin mais de sa propre initiative. Il dit avoir utilisé le nom du Général Gilbert Diendéré afin de convaincre Zitenga Abdramane qu’il considérait comme un ami.

De son côté, le parquet militaire a indiqué que l’accusé avait maintenu devant le juge d’instruction qu’il était allé voir Zitenga Abdramane à la demande du Général Gilbert Diendéré. Selon le parquet, Tondé Ninda Pascal a changé la version de sa déposition que lorsqu’il a été confronté au Général Gilbert Diendéré.

Prenant la parole, le Général Gilbert Diendéré a fait savoir au juge qu’il n’avait jamais été confronté à Tondé Ninda Pascal au cours de l’instruction.

L’audience a été suspendue. Elle reprendra demain 12 janvier 2022 avec la présentation des experts.

14h – Le coup d’Etat du 15 octobre 87 avait pour superviseur le Général Gilbert Diendéré (Moussa Diallo, témoin)

A la reprise de l’audience du procès de l’assassinat du père de la révolution burkinabè et 12 de ses compagnons ce 11 janvier 2022, le magistrat militaire, colonel major à la retraite Moussa Diallo a été entendu par visioconférence.

Lieutenant et commandant adjoint de la gendarmerie au moment des faits, Moussa Diallo a été l’aide de camp du président Thomas Sankara lorsque celui-ci était Premier ministre.

Dans sa déposition, le témoin a indiqué avoir eu certaines informations qui le pousse à croire fermement que les événements du 15 octobre 1987 ont été prémédités. A l’en croire, le service de renseignement burkinabè, après avoir infiltré l’opposition burkinabè en Côte d’Ivoire, s’était rendu compte qu’un complot contre le président Thomas Sankara se préparait et que le président ivoirien Félix Houphouet Boigny était au centre de ce complot.

Aussi, selon le témoin une conversation captée entre Blaise Compaoré et le délégué CDR des étudiants Jonas Somé, indiquait qu’un complot se préparait contre le président Thomas Sankara.

« Je savais qu’il y avait un complot contre Sankara mais je ne savais pas que ça allait se faire de cette façon », a laissé entendre Moussa Diallo qui intervenait depuis Paris.

Selon le témoin, les tirs au Conseil de l’entente le 15 octobre 1987 l’ont trouvé au bureau. Il dit avoir escaladé le mur pour arriver chez lui afin de se procurer son arme pour se rendre au Conseil. Il dit avoir été dissuadé par un élément de l’escadron de la gendarmerie.

Après le coup d’Etat, Moussa Diallo dit avoir été arrêté et gardé au Conseil pendant 7 à 8 mois. « Des militaires sont venus chez moi. Ils ont menacé ma femme et mon garçon (Cuisinier, ndlr). Ils ont tiré. Ma femme a fait une fausse couche », a-t-il déclaré.

Par ailleurs, le témoin dans sa déposition a déclaré avoir appelé le Général Gilbert Diendéré le jour du 15 octobre 1987. En effet, selon lui, un militaire nigérien du nom de Moussa Ganda de passage dans son bureau lui a demandé d’appeler avec son téléphone le Général Gilbert Diendéré qui se trouvait au Conseil de l’entente. A en croire le témoin, il a effectivement appelé le Général Diendéré pour Moussa Ganda mais l’appel a été brusquement interrompu. Il dit avoir rappelé et le standardiste l’a répondu en disant qu’il y a des tirs au Conseil. « Le standardiste m’a dit mon lieutenant je ne peux pas parler. Ça tire ici », a fait savoir Moussa Diallo.

Cette déclaration du témoin a suscité une confrontation avec le Général Gilbert Diendéré qui depuis le début du procès, a indiqué qu’il n’était pas au sein du Conseil au moment des tirs. Interrogé par l’un des avocats de la partie civile sur l’appel qu’il aurait reçu de la part de Moussa Ganda et de Moussa Diallo, le Général Gilbert Diendéré est resté sur sa position. « Je ne me rappelle pas avoir eu au téléphone ni Moussa Diallo, ni Moussa Ganda. J’étais en train de partir au terrain de l’ENAM lorsque j’ai entendu les tirs », a-t-il déclaré.

Interrogé sur le supposé complot de 20h que le président Thomas Sankara s’apprêtait à faire contre Blaise Compaoré et ses éléments, Moussa Diallo a répondu : « Ce sont des balivernes. Si quelqu’un doit attaquer Blaise Compaoré, ce n’est pas au Conseil. C’est chez lui là-bas ».

« Est-ce que vous pensez que le Général Gilbert Diendéré a une responsabilité directe dans les événements du 15 octobre 1987 ? », a interrogé Me Kéré, l’un des avocats du Général Gilbert Diendéré.

« Je le pense », a répondu en un trait le témoin.

Pour Moussa Diallo, le coup d’Etat du 15 octobre 1987 avait bien été préparé et avait pour superviseur le Général Gilbert Diendéré, exécutant, Hyacinthe Kafando et donneur d’ordre, la personne de Blaise Compaoré.

Avant de terminer sa déposition, Moussa Diallo a exprimé toute l’admiration qu’il avait pour le président Thomas Sankara. « Sankara était l’âme de la révolution. C’était lui le plus engagé. Le traiter de renégat, c’est ridicule. J’en ai eu la nausée », a-t-il déclaré avant de demander au juge de faire le nécessaire pour que Moussa Ganda qui vit actuellement au Niger soit entendu afin que le doute soit levé sur l’appel téléphonique effectué avec le Général Gilbert Diendéré le jour de l’assassinat du père de la révolution burkinabè.

Après Moussa Diallo, le témoin Stéphane Smith a également été entendu par visioconférence dans l’après-midi de ce 11 janvier 2022. Stéphane Smith était journaliste, correspondant de Reuter au moment des faits.

10 janvier 2022

13h – Salifou Diallo confirme sa présence chez Blaise Compaoré lors de l’assassinat de Thomas Sankara

A la reprise de l’audience du Procès Thomas Sankara et 12 autres ce lundi 10 janvier 2022, deux témoins dont Aziz Fall, politologue sénégalais, et Thierry Secretan, photographe et réalisateur français, ont été entendus via visioconférence avant la lecture du Procès-verbal (PV) d’audition de feu Salifou Diallo.

C’est le 14 janvier 2016 que feu Salifou Diallo a été entendu pour sa déposition dans le dossier Thomas Sankara. Mais avant d’en venir aux évènements du 15 octobre 1987, Salifou Diallo, le chef de cabinet de Blaise Compaoré à l’époque est revenu sur les velléités du Président Thomas Sankara de fusionner les différentes organisations à l’époque.

Selon le témoin, lors d’un voyage à Addis-Abeba en septembre 1987, Thomas Sankara lui a confié une mission, celle de rédiger un document avec « trois idées ». La première est de mettre sur papier les modalités pour la création d’un parti unique, la seconde porte sur les modalités pour rendre « civils », les Comités de défense de la révolution (CDR). Pour la troisième idée, Salifou Diallo allait être le secrétaire de la future organisation.

Le 7 octobre 1987, narre le témoin, selon le procès-verbal d’audition lu par le greffe, le document de 7 pages a été remis à Thomas Sankara qui a demandé à ce que deux autres copies soient réalisées. Soit une pour Blaise Compaoré et la seconde pour Salifou Diallo lui-même. Thomas Sankara a gardé l’original, selon les dires de celui était le chef de cabinet de Blaise Compaoré au moment de l’assassinat de Thomas Sankara. « Le 15 octobre 1987, ce document devait faire l’objet d’une réunion », dit-il, selon le PV.

Le 15 octobre 1987, selon Salifou Diallo, Thomas Sankara lui a demandé d’aller « prendre les amendements » de Blaise Compaoré concernant le document. Blaise Compaoré avait informé qu’il était malade. C’est chez le numéro 2 de la révolution, narre le témoin, qu’il a entendu les tirs. « Je suis allé chez Blaise Compaoré. Il est sorti avec le document. On était à la page 3 quand on a entendu les coups de feu », relate feu Salifou Diallo.

Le lendemain 16 octobre, au cours d’une réunion, Salifou Diallo raconte que Blaise Compaoré a expliqué que ce sont les éléments de Thomas Sankara qui voulaient les arrêter à 20h d’où la riposte. « J’ai cru à cette version jusqu’en février 1998 », a indiqué le témoin. L’élément déclencheur, explique-t-il, ce sont les mots entendus lorsqu’il a été envoyé chez un chef d’Etat, sans le nommer, pour remettre un courrier de Blaise Compaoré. En recevant la lettre, après lecture, le ‘’chef d’Etat’’ a dit : « c’est comme cela quand on s’attaque aux vieillards. Il reste le bâtard d’Accra ».

De retour à Ouagadougou, après avoir fait rendu compte de son séjour, « Blaise m’a dit que si je répète cela à quelqu’un, même avec toute l’armée du Burkina Faso, il ne pourra pas me protéger ».

Pour Salifou Diallo, il a eu la vie sauve le 15 octobre 1987 grâce à la mission à lui confié par Thomas Sankara. « Si Thomas Sankara ne m’avait pas envoyé chercher le document chez Blaise Compaoré, je serais mort en ce moment », affirme-t-il selon le PV lu par le greffe.

A la suite de lecture du PV de feu Salifou Diallo, le juge Méda a donné la parole aux différentes parties prenantes, mais aucune n’a réagi sur le sujet. La séance a été suspendue et elle reprendra le 11 janvier 2022. Mais avant la suspension, Me Prosper Farama, avocat de la famille de Thomas Sankara a annoncé au tribunal que ses clients, victimes, n’entendent pas déposer à la barre.

5 janvier 2022

14h – «Blaise Compaoré était protégé par les services secrets français», Etienne Zongo aide de camp de Thomas Sankara

Ce mercredi 5 janvier 2022, à la reprise de l’audience, les procès-verbaux de témoins qui sont décédés, notamment Valère Somé, Jerry Rawlings, Étienne Zongo qui a été l’aide de camp de Thomas Sankara au moment des évènements d’octobre 1987, ont été lus par le greffe.

Valère Somé, chercheur burkinabè, a, au cours de son audition en 2015 expliqué qu’il était avec Thomas Sankara dans la matinée du 15 octobre 1987. « Il (Thomas Sankara, ndlr)  rédigeait son mot pour la rencontre de 20h ». Selon le témoin, Thomas Sankara s’était résolu à tenir un discours d’apaisement et de réconciliation avec Blaise Compaoré.

Mais, dans le même discours, narre Valère Somé, des sanctions devaient être prises contre Jean Pierre Palm et son frère car ils auraient attisé la tension entre Blaise Compaoré et Thomas Sankara. Pour le témoin, « Jean Pierre Palm (accusé, ndlr) et Jean Marc Palm (témoin, ndlr) sont fortement impliqués dans l’assassinat de Thomas Sankara (…) Jean Pierre Palm était le bras-droit de Blaise Compaoré ».

Auteur d’un livre avant son décès, Valère Somé, dans le Procès-verbal lu par le greffe, explique que « Blaise Compaoré voulait le pouvoir ». A l’écouter, c’est la création d’un parti politique unique qui aurait mis le feu aux poudres. « Blaise Compaoré ne voulait pas de l’unification des organisations du CNR », témoigne Valère Somé.

Dans sa déposition, le témoin explique qu’après les évènements du 15 octobre 1987, il a contacté Blaise Compaoré. De ses impressions, « il n’avait pas l’air d’un homme abattu ».

Dans son PV d’audition, Etienne Zongo, aide de camp de Thomas Sankara au moment des faits, décédé le 3 octobre 2016 a indiqué qu’il y a eu plusieurs tentatives d’attenter à la vie de Thomas Sankara. L’une d’elle a eu lieu le 8 octobre 1987. « Blaise Compaoré avait invité Thomas Sankara chez lui sous prétexte qu’il ne sentait pas. Hyacinthe Kafando avait posté des éléments qui devaient abattre le président », narre le témoin.

Mais avant les faits, relate-t-il, un journaliste étranger l’a appelé pour avoir confirmation de la mort de Thomas Sankara. Pour le convaincre de la fausseté de l’information, l’aide de camp a passé le téléphone à Thomas Sankara. Selon la déposition du témoin, le journaliste a fini par déclarer que l’information émanait de Blaise Compaoré et qu’il « devait la passer sur France inter ».

L’aide de camp de Thomas Sankara a également levé un coin de voile sur le complot international, notamment l’implication de la France dans l’assassinat du père de la révolution burkinabè. Selon Etienne Zongo, « en 1987, Blaise Compaoré était à Paris pour rencontrer Jacques Foccart. Pour moi, ça laissait tout deviner (…) Blaise Compaoré était protégé par les services secrets français ».

Dans la même veine, selon le témoignage de Jerry Rawlings, ancien Président du Ghana, décédé le 12 novembre 2020, quelques jours après les évènements du 15 octobre 87, il a rencontré Blaise Compaoré en compagnie de Mohammad Kadhafi dans un hôtel en Libye. « La position de Blaise Compaoré a consisté à nier qu’il avait tué Sankara ».

A la suite de cette rencontre, narre le témoin Rawlings, Mohammad Kadhafi voulait immortaliser la rencontre par une photo, mais il a refusé. « Avec une telle photo, nous aurions eu l’air de complices de la mort de Thomas Sankara », a indiqué l’ancien Président selon le PV lu par le greffe. De l’implication du guide libyen dans les évènements d’octobre 87, Rawlings dit « penser que Kadhafi n’était pas au courant, mais voulait limiter les dégâts ».

La lecture des PV d’audition d’autres témoins décédés s’est poursuivie avant que le juge ne mette fin à l’audience de jour. Une suspension sera observée durant le reste de la semaine et elle reprendra le lundi 10 janvier 2022 avec l’audition par vidéoconférence d’autres témoins.

4 janvier 2022

18h. Le témoignage de Jerry Rawlings attendu ce mercredi

A la reprise de l’audience de ce 4 janvier 2022 à 14 heures, le juge a appelé à la barre, des témoins cités par l’accusé Jean Pierre Palm, poursuivi pour complicité d’attentat à la sureté de l’Etat. Après le passage de trois des quatre témoins, le juge s’est offusqué. « Si j’avais refusé, vous alliez dire qu’il y a quelque chose à cacher. Mais vous voyez, trois témoins, zéro information », a lancé le juge Urbain Méda avant que la salle n’éclate de rire.

Le quatrième témoin cité par l’accusé Jean Pierre Palm, Romain Ko, gendarme à la retraite, a corroboré certaines déclarations de l’accusé Jean Pierre Palm qui affirmait avoir été conduit au Conseil de l’Entente par celui-ci.

Dans sa déposition sous serment, le témoin Ko a indiqué être revenu dans son service non loin du Conseil de l’Entente, le 16 octobre 1987, pour s’assurer « que tout allait ». C’est en repartant qu’il a aperçu des éléments armés qui lui ont donné l’info que les officiers sont convoqués pour une réunion.

N’ayant pas les nouvelles de son ‘’ami’’ Jean Pierre Palm, il est allé chez son frère cadet chez qui il loge pour le chercher. « Je l’ai convaincu d’aller à la réunion. J’avoue qu’il ne voulait pas, mais il m’a suivi. Je l’ai conduit au Conseil de l’Entente, à notre retour, on est passé devant la gendarmerie, les portes étaient ouvertes et il y avait un attroupement. Il (Jean Pierre Pam, ndlr) m’a dit de m’arrêter. Il est descendu et il est rentré. Après, il est sorti et je l’ai déposé chez lui », narre le témoin Romain Ko.

Le parquet militaire, à la suite de ce témoignage a voulait une précision concernant l’heure à laquelle le témoin est allé « chercher » l’accusé Palm. « C’était avant midi », a rétorqué Romain Ko avant que le juge Méda ne mette fin à son audition.

Mais bien avant la série d’audition des quatre témoins cités par l’accusé Jean Pierre Palm, le juge Méda a livré le chronogramme des prochains jours. Le mercredi 5 janvier 2022, il sera procédé à la lecture des Procès-verbaux d’audition de certains témoins à l’instar de Valère Somé, Etienne Zongo ou Jerry Rawlings. A partir du 10 janvier, d’autres témoins interviendront par vidéoconférence.

Le mardi 11 janvier 2022, il sera procédé à la présentation des pièces à conviction et les experts commis passeront, selon le programme livré par le tribunal. Le 12 janvier, parole sera donnée « aux victimes » et une suspension d’une semaine sera observée. Les plaidoiries vont commencer le 24 janvier. Mais Urbain Méda prévient : « ce programme n’est pas définitif. Il peut être réaménagé ».

13h. Gilbert Diendéré en repos médical

Le procès du dossier Thomas Sankara a repris ce mardi 4 janvier 2022 à 9h sans la présence du Général Gilbert Diendéré. Pour cause, l’accusé qui n’est pas comparant est détenteur d’un certificat médical de 10 jours à compter du 31 décembre 2021. Une information livrée par Me Olivier Yelkouni, avocat de l’accusé.

A la suite de cette information, le juge, Urbain Méda a donné quitus au greffe pour la lecture des Procès verbaux (PV) de témoins cités par la partie civile vu que ceux-ci sont absents. Au nombre de 10, le PV de chaque témoin a été lu, sans débat.

L’un des témoins, Paul Sawadogo, employé  de commerce et incarcéré à la Maison d’arrêt et de correction de Ouagadougou (MACO) au moment des faits était au Conseil de l’Entente le 15 octobre 1987 pour une « corvée externe ». De son témoignage, Paul Sawadogo explique que quelque temps après l’arrivée de Thomas Sankara au Conseil de l’Entente, deux véhicules ont débarqué. Un « gradé » dans l’un des véhicules, selon le témoin, a ordonné de tirer.

Les tirs, selon le témoin, ont causé la mort de plusieurs personnes, et ordre leur a été donné de rassembler les corps et de procéder à leur inhumation.

Selon Jean Romain Somé, militaire à la retraite, un autre témoin dont le PV a été lu, les raisons qui ont conduit aux évènements du 15 octobre 1987 sont « d’ordre politique ». Une position défendue également par le témoin Gregoire Kambou, gendarme à la retraite, qui a ajouté que l’action était préméditée. « On ne peut pas dire que l’action du 15 octobre était spontanée. Ils ont dû la préparer », dit-il.

Et de ceux qui ont mené l’attaque au Conseil de l’Entente, le témoin Adama Ouédraogo a indexé Hyacinthe Kafando. « J’ai entendu de sa bouche. Il a dit que c’est lui qui a tué Thomas Sankara. Qu’il a pris le pouvoir donner à Blaise Compaoré », a déclaré le témoin selon le PV lu par le greffe.

Les PV restants ont été lus avant que le juge ne suspende la séance avant 12h. Elle reprend à 14h.

23 décembre 2021

14h30. Assassinat de Thomas Sankara : Un hélico était stationné pour une éventuelle évacuation de Blaise Compaoré (témoin)

A la reprise du procès ce 23 décembre 2021, le juge Urbain Méda a accédé à la requête du parquet de faire lire les procès-verbaux d’audition des témoins qui ne se sont pas présentés pour cause de maladie. Pour les témoins absents mais dont on ignore la cause de leur absence et qu’on n’arrive pas à joindre, ils seront entendus lorsqu’ils vont se présenter.

Les procès-verbaux sont lus par le greffier en chef.

Le premier procès-verbal lu est celui du témoin Abdoul Salam Kaboré. Il était ministre des sports au moment des faits.

On retient de son procès-verbal que le coup d’Etat qui a coûté la vie au père de la révolution burkinabè a été très bien préparé.

Selon le témoin, après l’assassinat du président Thomas Sankara, il avait été « embastillé »  pendant 08 mois au sein du Conseil de l’entente et il avait pour geôlier, le lieutenant Gilbert Diendéré.

Également dans le procès-verbal d’audition du témoin, celui-ci fait savoir que le drame du 15 octobre 1987 est arrivé avec la pression de certains chefs d’Etat tels que Félix Houphouet Boigny de la Côte d’Ivoire.

Un hélicoptère était stationné à l’aéroport avec pour mission de faire sortir Blaise Compaoré du pays au cas où le coup d’Etat venait à échouer,   selon le procès-verbal d’audition du témoin.

En plus du procès-verbal d’audition d’Abdoul Salam Kaboré, le greffier en chef a également lu ceux d’Issouf Diawara, de Karim Dagano, de Dâ Yao Adolphe, d’Amadou Yoni, d’Adama Drabo, de Siri Baffassè Coulibaly et d’André Charles  Bassolé avant que le juge n’ordonne la suspension de l’audience.

22 décembre 2021

20h00-Procès Thomas Sankara : Famoro Ouattara, l’actuel maire de Mangodara, pleure à la barre

Après Aboulassé Kaganbéiga, l’actuel maire de la commune de Mangodara, Famoro Ouattara a été appelé à la barre pour sa déposition.

Sergent-chef au moment des faits, il était également chef de la sécurité du président Thomas Sankara.

Dans sa déposition, il a indiqué que le 15 octobre 1987, il a travaillé pendant la journée avec le président Thomas Sankara avant de rentrer chez lui à midi.

De retour de chez lui pour la présidence, sa moto est tombée en panne au niveau du rond-point des nations unies. Selon le témoin, c’est lorsqu’il était en train de faire réparer sa moto qu’il a entendu les coups de feu au niveau du Conseil de l’entente.

Parti rapidement à la présidence, il dit avoir été informé de la mort du président par Eugène Somda.

Entant que le plus gradé des soldats de la présidence à l’époque, ses camarades l’ont suggéré, selon lui, de se réfugier dans une ambassade.

« Je me suis rendu à l’ambassade du Cuba. J’ai fait une nuit là-bas », a-t-il déclaré dans sa déposition.

Selon le témoin, après sa nuit passée à l’ambassade de Cuba au Burkina Faso, il a rejoint son domicile.

Toujours dans sa déposition, Famoro Ouattara a indiqué que des gendarmes étaient venus chez lui une nuit vers 23h pour l’arrêter. « Une nuit vers 23 heures, des gendarmes sont venus pour me chercher. J’ai dit aux gendarmes que je ne suivrai personne à 23 heures. S’ils veulent, ils peuvent m’abattre. Rendons grâce à Dieu parce que si je suis devant vous pour témoigner aujourd’hui… », sans terminer sa phrase, le témoin s’est mis à pleurer. Il a pleuré plus d’une minute avant de pouvoir se ressaisir.

« J’ai eu la permission d’aller au village et on est venu me chercher là-bas. On m’a enfermé à la Gendarmerie. J’ai passé 20 mois là-bas et mon papa est décédé derrière moi », a-t-il poursuivi.

« Qu’est-ce qui vous choque ? », a demandé le juge Urbain Méda.

« Nous avons failli à notre mission, celui de protéger le président », a répondu Famoro Ouattara.

A en croire le témoin, plusieurs indices montraient à l’époque que la vie du président était en danger mais ce dernier s’était toujours opposé à ce que sa garde pose une action contre Blaise Compaoré. « Chaque fois quand on sortait, on ne savait pas si on allait rentrer », a-t-il confié au juge.

A la suite de Famoro Ouattara, Apiou Pascal Bassorogo et deux autres témoins sont passés à la barre pour faire leurs dépositions.

Avant de suspendre l’audience ce 22 décembre 2021, le juge a indiqué que des témoins étaient injoignables. Afin de pouvoir poursuivre le procès, il a indiqué que le code 119 du code de justice militaire donnait la possibilité au tribunal à la demande du parquet ou de la défense de passer outre lorsqu’un témoin est absent. Le procès-verbal d’interrogatoire du témoin devant le juge d’instruction peut être lu devant la chambre de jugement.

Le parquet a requis l’application de l’article en question.

Quant à la défense, elle s’est formellement opposée la requête du parquet.

Comme argument, la défense estime que la plupart des témoins sont « amnésiques ». « Monsieur le président, 90% des témoins qui sont passés devant votre juridiction sont amnésiques. Nous ne voulons pas que des déclarations de témoins amnésiques viennent charger nos témoins », a déclaré Me Sombié.

Le juge a suspendu l’audience. Il rendra sa décision ce 23 décembre 2021.

11h30- Procès Thomas Sankara : « Je n’ai pas vécu les faits mais j’ai subi les faits » (Témoin)

A la reprise du procès ce 22 décembre 2021, Issouf Tiendrébéogo a été appelé à la barre pour son témoignage.

Technicien radio au moment des faits, selon lui, le 15 octobre 1987, il était à la radio lorsque les tirs ont commencé au Conseil de l’entente. Dans sa déposition, le témoin a fait savoir qu’après les tirs, Gabriel Tamini et Salif Diallo et une autre personne sont venus au studio et Gabriel Tamini qui a pris la parole a dit qu’il y a un coup d’état et que les deux personnes qui sont avec lui, vont rentrer pour lire un communiqué.

« Quand ils ont lu le communiqué, quand ils ont dit ‘’La patrie où la mort, nous vaincrons’’, j’ai coupé le micro. Salif Diallo est sorti et m’a pointé avec une arme en me demandant pourquoi je coupe le micro. J’ai dit que d’habitude quand on dit ‘’La patrie où la mort, nous vaincrons’’, c’est que le discours est fini et nous on coupe le micro. Il m’a compris ».

Selon le témoin, après avoir passé la nuit au studio avec Salif Diallo qui y était resté, il a rejoint son domicile avec l’autorisation de son chef pour se reposer.

Après Issouf Tiendrébéogo, c’était au tour d’Aboulassé Kaganbéiga de faire sa déposition entant que témoin également.

Sergent-chef et chef d’équipe à la sécurité du président Thomas Sankara au moment des faits, selon lui, les rumeurs sur les mésententes entre les deux chefs historiques de la révolution notamment Blaise Compaoré et Thomas Sankara étaient récurrentes en 1987. Dans sa déposition, le témoin a indiqué que le président Thomas Sankara a été mis au courant du danger qui pesait sur sa tête. « Il n’a jamais voulu que quelqu’un prenne les armes contre Blaise jusqu’au jour fatidique. C’est comme s’il voulait se faire tuer », a-t-il déclaré.

Selon le témoin, il avait lui-même déconseillé au président de ne plus tenir ses réunions au sein du Conseil de l’entente par ce que « Blaise et Gilbert Diendéré » y étaient.

« Pourquoi avez-vous cité Gilbert Diendéré », a demandé le juge.

« Parce qu’au moment où ça se passait, on voyait que tout le monde avait choisi son camp », a répondu le témoin.

Pour Aboulassé Kaganbéiga, le coup d’état qui a coûté la vie à Thomas Sankara, a été bien préparé. Dans sa déposition, il a fait savoir au juge que la garde du président Thomas Sankara avait formulé une demande de munitions pendant trois mois sans jamais être servie. La demande de munitions était adressée au lieutenant Gilbert Diendéré à l’époque.

Cette déclaration du témoin a suscité une confrontation entre lui et le Général Gilbert Diendéré.

Appelé devant le juge, le Général Gilbert Diendéré a complètement nié la déclaration d’Aboulassé Kaganbéiga. « Je n’ai jamais reçu de demande de munitions. Il n’y avait jamais de demande à l’époque », a-t-il déclaré.

Toujours selon le témoin, lorsqu’il a eu les tirs et après avoir été mis au courant par Eugène Somda de la mort du président, ils ont envisagé une riposte. Selon lui, ils ont vite oublié cette idée lorsqu’ils se sont rendus compte que non seulement ils n’avaient pas assez de munitions mais également la PKMS qui était déposée devant la présidence et qui était utilisée par Bossobè Traoré avait été sabotée.

Appelé par le juge pour une confrontation avec le témoin, Bossobè Traoré a complètement nié. « Je n’ai jamais tiré une arme lourde. Je sais démonter mais je ne sais pas tirer », s’est-il défendu.

« C’est dommage que les gens nient tout en bloc », a déclaré le témoin Aboulassé Kaganbéiga avant de se retirer.

15 décembre 2021

17h30- Procès Thomas Sankara : « Ils ont planifié sa mort et ils l’ont exécuté » (Blaise Sanou, témoin)

Après Eugène K Somda, le témoin Blaise Sanou a été appelé à la barre pour sa déposition. Commandant de l’escadron de chasse au moment des faits, dans sa déposition, le témoin a indiqué qu’il était à une réunion au sein du Conseil de l’entente avec d’autres officiers pour l’acquisition d’armements au profit du Burkina Faso.

A l’en croire, c’est lorsqu’il était encore à la réunion à laquelle prenait part également le capitaine Zongo, qu’il a entendu les coups de feu.

Il dit avoir envoyé un soldat pour aller voir de quoi il s’agissait. Ce dernier est venu l’informer que ce sont les CDR (Comité de défense de la révolution) du secteur numéro 4 qui tiraient. N’étant pas rassuré par l’information du premier soldat, le témoin Blaise Sanou dit avoir envoyé un autre soldat pour une deuxième constatation. Ce dernier est venu l’informer à son tour que les soldats du Conseil de l’entente ont renversé leurs bérets, a poursuivi le témoin.

Selon Blaise Sanou, en tant que commandant de l’escadron de chasse, il a fait armer deux avions de guerre ce jour du 15 octobre 1987 pour parer à toute éventualité. « J’ai fait armer deux Marchettis parce que si les autres éléments descendaient à Ouagadougou, j’allais les appuyer parce que j’étais contre le coup d’Etat », a-t-il déclaré au Juge. Les autres éléments étaient les hommes de l’ETIR et de la BIA de Koudougou, a précisé le témoin.

A en croire Blaise Sanou, après le coup d’Etat, il a été arrêté et gardé pendant 21 mois, notamment de 1987 à 1989. « J’ai fait mes 21 mois, on ne m’a rien dit. Après, j’ai été radié, on ne m’a rien dit. C’est le lieutenant Zingué qui est venu m’arrêter. Il m’a dit qu’il paraît que le président Sankara est mort et que nous ne sommes pas contents. Je lui ai dit, oui ! Je lui ai dit que si je dois renier quelqu’un, je le renie de son vivant et non pas après sa mort », a-t-il déclaré.

Pour le témoin, le coup d’Etat qui a coûté la vie au père de la révolution burkinabè est loin d’être un fait spontané. Pour lui, le coup d’Etat a bénéficié d’une organisation au préalable. Comme argument, Blaise Sanou a mentionné le fait que lorsqu’il a voulu intervenir après avoir appris ce qui se passait au Conseil de l’entente, il a constaté que les chargeurs de leurs armes ont été arrachés.

« Lorsque j’entends les gens dire que la mort de Sankara a été un accident, je dis non ! Ils ont planifié sa mort et ils l’ont exécuté », a-t-il déclaré.

Le témoin en abordant dans sa déposition, un voyage qu’il avait effectué avec le président Thomas Sankara avant sa mort, a fondu en larmes. « Un mois avant son décès, on venait d’Addis Abeba et le président Kadhafi nous a envoyé un avion nous chercher. Kadhafi avait demandé à Sankara de porter le grade de Général et d’appuyer Charles Taylor pour renverser Samuel Doe. Sankara a refusé », a-t-il fait savoir.

Sur la question du supposé complot qu’avait prévu de faire Thomas Sankara contre Blaise Compaoré le soir du 15 octobre 1987, Blaise Sanou a indiqué qu’il n’était pas au courant. « Sankara n’était pas dans une logique de violence. Lors de son discours à Bobo, il a dit que mieux vaut faire un pas avec le peuple que de faire cent pas sans le peuple parce que lui-même savait qu’au rythme avec lequel il partait, les gens ne le suivaient pas, parce qu’ils ne voulaient pas et parce qu’il y avait des gens à l’intérieur qui ne le voulaient pas », a-t-il laissé entendre.

Aussi a-t-il poursuivi, « Sankara avait une amitié forte pour Blaise Compaoré si bien que si vous dites quelque chose sur lui, il dit non ! Sankara a été très honnête avec Blaise Compaoré. Il faut le dire, Sankara a été faible devant Blaise Compaoré et Blaise Compaoré a profité de ça ».

A la question du juge de savoir qui de Blaise ou de Sankara devait prendre le pouvoir au lancement de la révolution en août 1983, Blaise Sanou a répondu: « Même si c’est Blaise qui devait prendre le pouvoir, Sankara n’allait pas s’opposer. Celui qui était accro au pouvoir, c’était Blaise. Après Sankara, il y avait Lingani et Henry Zongo. Pourquoi il les a tués ? C’est à cause du pouvoir. C’est à cause du pouvoir également qu’il a voulu modifier la constitution après 27 ans de règne ».

A la fin de sa déposition, avant de se retirer, le témoin a adressé un message à l’ensemble de toutes personnes impliquées dans le procès. « Je voudrais inviter les uns et les autres à dire la vérité et rien que la vérité. On est en train de parler de réconciliation dans ce pays. Il ne faudrait pas que ça soit une réconciliation basée sur le mensonge sinon ça serait une réconciliation de façade », a laissé entendre Blaise Sanou.


14h18 – Procès Thomas Sankara : Lorsque l’accusé Naboswendé Ouédraogo veut faire croire qu’on l’a confondu au soldat Nassoswendé Ouédraogo

Suspendu le lundi 13 décembre 2021 pour cause de décès, le procès a repris ce 15 décembre 2021 avec à la barre, le témoin Eugène K Somda pour la suite de sa déposition.

Lors du premier jour de sa déposition, Eugène K Somda avait déclaré au juge que le jour de l’assassinat du président Thomas Sankara et de ses compagnons, lui qui était à la présidence en tant qu’infirmier militaire était allé pour s’enquérir des nouvelles du président. Après s’être vu refuser l’accès du Conseil par Abdramane Zitéinga, une première fois, il était revenu une deuxième fois et avait pu passer le poste de contrôle après insistance. Selon lui, une fois au Conseil de l’entente, il avait été arrêté par le soldat Naboswendé Ouédraogo, qui l’avait d’ailleurs désarmé.

Mis en cause par la déclaration du témoin, l’accusé Naboswendé Ouédraogo qui avait déclaré au juge au moment de son audition qu’au moment des tirs, il s’était abrité dans un bassin jusqu’au petit matin, a  été appelé à la barre pour une confrontation avec le témoin Eugène K Somda. Pour l’accusé, le témoin l’aurait confondu avec un autre élément de la garde de Blaise Compaoré du nom de Nassoswendé Ouédraogo. « Il dit que moi je l’ai arrêté. Moi au moment des tirs, je me suis mis à l’abri. Moi je n’ai pas vu le lieutenant Gilbert Diendéré et Somda K Eugène. Je pense qu’il a fait la confusion », a-t-il laissé entendre.

« Quels sont les éléments de confusion entre vous et Nassoswendé Ouédraogo », a demandé le juge Urbain Méda.

« Pour moi, en tout cas, il a confondu parce même au niveau des prêts, souvent Nassoswendé prenait les prêts et on me coupe et chaque fois, on est devant le trésorier », a répondu l’accusé.

« Aidez-moi à voir comment il a pu vous confondre », a répliqué le juge.

« On a presque la même taille, mais il est un peu grand que moi. Même teint, teint noir », a laissé entendre Naboswendé Ouédraogo.

« Est-ce que votre Nassoswendé était au conseil avant les tirs ? », a demandé le juge.

« Non il n’était pas là », a répondu le témoin.

« Est-ce que votre homonyme était au conseil pendant les tirs ? », a une fois de plus demandé le président du tribunal.

« Je ne l’ai pas vu donc je ne peux pas dire qu’il était là. Tout peut arriver », a répondu l’accusé.

Interrogé sur la réponse donnée par l’accusé Naboswendé Ouédraogo sur le fait qu’il l’aurait confondu à une autre personne, le témoin Eugène K Somda a déclaré : « Monsieur le président, quand quelqu’un vous traumatise, si vous sentez la mort venir, si son image reste en vous, vous ne pouvez pas l’oublier. C’est bien lui que j’ai reconnu physiquement, arrêté devant moi ».

Il faut noter que le juge a manifesté le désir de voir le soldat Nassoswendé Ouédraogo afin de constater lui-même les éléments de ressemblances qui pourraient peut-être amener le témoin à le confondre à Naboswendé Ouédraogo. Malheureusement, personne n’a les nouvelles du soldat en question.

Confronté également au témoin pour le fait que ce dernier a déclaré qu’il a été reçu par lui au Conseil de l’entente après les tirs, le Général Gilbert Diendéré n’a pas nié les faits. « Oui oui ! Nous nous sommes vus. Ensuite, il m’a dit qu’il a été désarmé. J’ai donné des instructions pour que les armes lui soient restituées », a déclaré le Général Gilbert Diendéré tout en précisant qu’il ne sait pas qui avait désarmé le témoin à son entrée au Conseil.

Interrogé sur l’argument avancé par certains accusés selon lequel l’assassinat du père de la révolution burkinabè était un fait d’accident mené par des éléments isolés du Centre national d’entraînement commando (CNEC), Eugène K Somda a répondu : « Les éléments du CNEC aimaient tellement le président Thomas Sankara qu’ils n’osaient pas l’arrêter ou lui faire du mal. S’ils ont fait, ce n’est qu’un groupe. Les éléments du CNEC ne peuvent pas se lever pour aller arrêter Le président sans l’ordre d’un gradé même s’ils ont l’intention. L’ordre ne pouvait venir que du CNEC ».

Également interrogé sur le supposé complot de 20h au cours duquel le président Thomas Sankara comptait mettre aux arrêts Blaise Compaoré, le témoin a indiqué  ne pas être au courant de ce supposé complot. « S’il y avait un complot à 20h, nous qui sommes de la garde de Thomas, allaient le savoir. Sankara n’a jamais levé la main contre Blaise Compaoré. Il ne pouvait pas le faire. Et si quelqu’un le faisait, il allait le sanctionner », a laissé entendre  Eugène K Somda avant de quitter la barre et laisser un autre témoin faire sa déposition.

13 décembre 2021

13h.02 Procès Thomas Sankara : La séance suspendue pour cause de décès

A la reprise du procès ce 13 décembre 2021, le juge a appelé à la barre le témoin Somda K. Eugène pour sa déposition. Infirmier militaire à la présidence au moment des faits, selon lui, il était au service le soir du 15 octobre 2021 lorsqu’il a entendu les premières rafales, suivies des deuxièmes rafales. Informé par un soldat qu’il a eu des tirs au niveau du Conseil de l’entente, le témoin a indiqué dans sa déposition qu’il aurait pris la décision de se rendre au Conseil de l’entente accompagné par un soldat pour aller voir.

Arrivé à un poste avant à l’entrée du Conseil de l’entente, Eugène K. Somda a aperçu Abdramne Zitienga qui l’a empêché de rentrer. « Zitienga m’a dit que des instructions qu’il a reçues du lieutenant Diendéré, dès que le président rentre, personne n’entre, personne ne ressort », a-t-il fait savoir. Selon le témoin, il n’a pas pu avoir accès au Conseil de l’entente malgré son insistance.

De retour à l’infirmerie de la présidence, quelques minutes après, il a pris la décision de repartir au Conseil de l’entente mais cette fois ci, tout seul. Après insistance, Abdramane Zitienga l’a autorisé de passer mais en prenant le soin de le faire accompagner par un soldat.

Arrivé à l’intérieur du Conseil de l’entente, selon Eugène K. Somda, il aurait aperçu Naboswendé Ouédraogo qui lui aurait intimé l’ordre de s’arrêter. « Naboswendé Ouédraogo m’a désarmé et m’a demandé ce que je venais faire ici. Je lui ai dit que c’est le lieutenant Gilbert Diendéré qui m’a appelé », a-t-il indiqué.

A en croire le témoin, Naboswendé Ouédraogo aurait demandé au chauffeur de Blaise Compaoré, Maïga, d’appeler le lieutenant Gilbert Diendéré. Arrivé, selon Eugène K. Somda, le lieutenant Gilbert Diendéré lui aurait demandé de s’assoir.

« Je lui ai demandé ce qui se passe. Le lieutenant Gilbert Diendéré a dit que la réunion qu’il a eu ce matin [Ndlr: la matinée du 15 octobre 1987] a dégénéré et il y a eu des tirs et que le président est mort. Il m’a même montré les corps » a fait savoir le témoin dans sa déposition.

Sorti du Conseil de l’entente après avoir constaté le drame, à en croire Eugène K Somda, c’est lui qui a informé Abdramane Zitéinga de la mort du président Thomas Sankara.

Dans la suite de sa déposition, Eugène K. Somda a fait savoir que lorsqu’il a informé les gardes de la présidence de l’assassinat du président Thomas Sankara, ces derniers ont manifesté le désir de répliquer mais il les a dissuadés.

Quelques temps après, les autres éléments ont quitté la présidence mais le témoin raconte être resté car le lieutenant Gilbert Diendéré lui avait donné l’ordre de revenir à la présidence et d’attendre les ordres.

Ce n’est que deux jours après, c’est à dire le 17 octobre 1987 qu’il a été autorisé à rentrer chez lui.

« Arrivé au quartier, les gens me regardaient. Un voisin m’a dit que les gens me regardent parce qu’on pensait que j’étais mort. Il dit qu’ils ont appris que parmi les victimes, il y a un Somda. Il dit qu’ils ont même cotisé pour donner à ma famille », a expliqué Eugène K Somda.

Après la déposition du témoin, c’était au tour du tribunal de lui poser des questions lorsque le juge Urbain Méda a décidé de la suspension du procès pour cause de décès. En effet, un avocat du barreau burkinabè et un magistrat du tribunal militaire sont décédés.

La suspension du procès a pour objectif de permettre au parquet militaire et aux avocats de participer aux obsèques. Le procès reprendra le jeudi 15 décembre 2021.

9 décembre 2021

17h30: « Le général Diendéré, des gens le craignent toujours » (Me Olivier Badolo)

Pendant deux heures ce 9 décembre 2021, les avocats du général Gilbert Diendéré et celui de Ninda Tondé dit Pascal alias Mangnaaba ont interrogé le Abdramane Zitienga, considéré comme un témoin clé par les avocats de la partie civile.

Lors de sa déposition comme témoin, Abdramane Zitienga a fait des déclarations selon lesquelles, le général Gilbert Diendéré aurait planifié le drame du 15 octobre 1987. Par ailleurs, devant le juge, le témoin a également fait savoir que Ninda Tondé dit Pascal alias Mangnaaba aurait tenté de le suborner.

A la sortie de la salle audience, le conseil du général Gilbert Diendéré a laissé entendre que le témoignage d’Abdramane Zitéinga est douteux en avançant plusieurs raisons. Voir en vidéo👇

Du côté de la partie civile, le témoignage d’Abdramane Zitéinga comporte suffisamment d’éléments pour incriminer le général Gilbert Diendéré. Voir en vidéo👇

15h00. L’enregistrement qui met en cause le Général Gilbert Diendéré et son chauffeur « Mangnaaba »

Le procès a repris ce 9 décembre 2021 avec la suite du témoignage de Abdramane Zitéinga. Dans sa déposition devant le tribunal au début de son audition, le témoin avait déclaré avoir reçu en 2017 Ninda Tondé dit Pascal alias Mangnaaba de la part du Général Gilbert Diendéré.

Mangnaaba lui aurait dit de la part du Général Gilbert Diendéré, que lorsque le juge d’instruction allait l’appeler pour son audition, qu’il dise qu’il n’était pas au Conseil de l’entente au moment des tirs, le 15 octobre 1987.

 A en croire le témoin, Mangnaaba se serait d’abord déplacé chez lui à son absence. Il aurait trouvé son petit frère à qui il aurait fait savoir qu’il venait de la part du Général Gilbert Diendéré. Étant dans son champ au village, il aurait indiqué à son petit frère de dire à Mangnaaba de passer le lendemain à 20 heures.

« Le lendemain à 20 heures, il est arrivé. Avant qu’il ne rentre, j’ai pris mon téléphone et j’ai mis sur enregistrer. J’ai demandé l’objet de sa visite et il m’a dit que c’est le Général Gilbert Diendéré qui l’envoie. Je l’ai demandé trois fois et il a répondu que c’est le Général Gilbert Diendéré qui l’envoie. Il dit que le Général Gilbert Diendéré me demande au cas où je serais auditionné, de dire que je n’étais pas au Conseil au moment des tirs, que j’étais en ville et que c’est après les tirs que je suis venu voir. Ce jour-là, il est venu avec la RAV4 de madame Fatoumata Diendéré. Quand j’ai apporté l’élément au juge d’instruction,  il a tapé du poing sur la table. Il dit plusieurs fois, ils ont eu des témoins clés dans cette affaire mais une fois devant le Général Gilbert Diendéré lors des confrontations, ces témoins nient tout », a déclaré Abdramane Zitienga.

Interrogé sur cette déclaration du témoin qui d’ailleurs a été la raison principale de sa mise en accusation pour subornation de témoins, Ninda Tondé dit Pascal alias Mangnaaba dit être allé voir le témoin de sa propre initiative et non à la demande du Général Gilbert Diendéré. « C’est moi-même j’ai décidé d’aller le voir. Ce ‘est pas le Général qui m’a envoyé là-bas. J’ai utilisé le nom du Général pour qu’il me croit », a-t-il déclaré.

« Pourquoi avez-vous fait ça ? », a interrogé le juge.

« Parce que c’est mon ami », a répondu l’accusé.

Pour le témoin, il n’existe pas une relation amicale entre lui et l’accusé du moment que depuis leur départ à la retraite en 2007, ils ne s’étaient plus revus jusqu’en 2017.

De son côté, Ninda Tondé dit Pascal alias Mangnaaba qui reconnaît n’avoir plus été en contact avec le témoin depuis 2007, maintient tout de même, qu’ils sont des amis proches. « Zitienga, c’est mon ami. S’il dit que je ne suis pas son ami, c’est son problème », a-t-il déclaré.

Le 08 décembre 2021 lors de son premier jour d’audition, le témoin Abdramane Zitéinga avait déclaré qu’après la rencontre convoquée par le Gilbert Diendéré avec les responsables de la sécurité de Blaise Compaoré et de Thomas Sankara dans la matinée du 15 octobre 1987, le Général Gilbert Diendéré aurait informé qu’il aurait reçu une information faisant cas d’un complot de Thomas Sankara contre Blaise Compaoré et pour éviter un bain de sang, il allait procéder à l’arrestation de Thomas Sankara et le garder en résidence surveillée.

Confronté au témoin, le Général Gilbert Diendéré a catégoriquement rejeté les déclarations de ce dernier. « Cela est totalement faux. Après la réunion, chacun est reparti d’où il est venu », s’est-il exprimé.

Abdramane Zitienga avait également déclaré que le Général Gilbert Diendéré lui aurait donné l’ordre d’aller renforcer la sécurité au niveau du poste Yamba Jean et de ne laisser passer personne après le passage du cortège du président Thomas Sankara. « Je dis formellement que je n’ai jamais envoyé Zitienga pour aller renforcer un poste », a répondu le Général Gilbert Diendéré.

Devant le tribunal, le Général Gilbert Diendéré a mis en cause la crédibilité du témoignage de Abdramane Zitéinga en rappelant un problème qui serait survenu après les événements du 15 octobre 1987 et qui aurait dégradé les relations qu’il y avait entre eux. En effet, selon le Général Gilbert Diendéré, Zitéinga Abdramane et d’autres sous-officiers, sous le leadership de Hyacinthe Kafando à l’époque, voulaient le grade d’officier de l’armée sans pour autant remplir toutes les conditions. « Ils se sont mis ensemble pour nous combattre, nous les officiers », a t-il déclaré.

A en croire, le Général Gilbert Diendéré, il pense que Zitéinga Abdramane pourrait l’en vouloir suite à ce problème parce que c’est ce problème qui a conduit à l’expulsion du témoin, du RSP. « Il a été affecté hors du RSP et il a perdu certains avantages », a fait savoir le Général Gilbert Diendéré.

Il s’en est suivi un long moment d’échanges entre le témoin et l’accusé.

Le juge Urbain Méda, dans l’une de ses questions, est revenu sur la déclaration faite par le témoin le 8 décembre 2021, en lien avec l’arrestation du président Thomas Sankara.

« N’avez-vous pas pensé avoir trahi le capitaine Thomas Sankara pour ne l’avoir pas mis au courant? », a demandé le juge.

« Je me dis être responsable en partie pour n’avoir pas pu informer le président Thomas Sankara de tout ce qui s’est passé. Si c’était à refaire, même s’il fallait que je donne ma vie pour le capitaine Thomas Sankara et pour l’avancée du Burkina Faso, je le ferais », a répondu le témoin Abdramane Zitéinga.

L’audition du témoin se poursuit avec les questions des avocats de la défense à lui poser.

8 décembre 2021

20h01. Procès Thomas Sankara : Gilbert Diendéré voulait-il arrêter le capitaine ?

Dans l’ordre de passage des témoins, c’était autour de Abdramane Zitenga de faire sa déposition. Adjudant au moment des faits, selon le témoin, il était d’abord à Pô pour un stage. De Pô, il aurait reçu une lettre du Président Thomas Sankara, lui décrivant la situation qui prévalait. Il s’agit de la situation de mésentente qui prévalait entre les deux leaders de la révolution notamment Blaise Compaoré et Thomas Sankara.

Quelques jours après la réception de la lettre, Abdramane Zitenga se serait rendu à Ouagadougou, précisément au Conseil de l’entente, son lieu de travail. A en croire Abdramane Zitenga, il occupait une chambre voisine à celle du lieutenant Gilbert Diendéré au Conseil de l’entente. Il dit avoir parlé du contenu de la lettre à ce dernier qui n’aurait pas pipé mot.

Dans sa déposition, le témoin dit avoir fait la proposition à celui qui était son supérieur à l’époque, notamment Gilbert Diendéré, de convier une rencontre avec les responsables de sécurité des deux leaders afin de trouver une issue favorable à la crise. Selon Abdramane Zitenga, le lieutenant Gilbert Diendéré aurait effectivement convié la rencontre en question. Et à la rencontre, étaient présents des responsables de la sécurité de Thomas Sankara. Pour ce qui est des responsables de la sécurité de Blaise Compaoré, c’est Maïga seul qui aurait été envoyé par Hyacinthe Kafando qui aurait avancé des raisons de maladie pour s’absenter, explique le témoin.

Le lieutenant Gilbert Diendéré qui était le responsable de la sécurité du Conseil, n’aurait pas prononcé un seul mot pendant cette rencontre. Cependant, juste après la rencontre, selon Abdramane Zitenga, le lieutenant Gilbert Diendéré qui n’a pas parlé pendant la rencontre les aurait informés de la gravité de la situation.

« Il dit qu’il a reçu une information faisant cas d’un complot que le président Thomas Sankara prépare contre Blaise Compaoré le 15 octobre à 20 heures. Il dit que, pour éviter un bain de sang, il allait procéder à l’arrestation de Thomas Sankara et le maintenir en résidence surveillée (…) Il m’a dit d’interdire tout accès au Conseil de l’entente lorsque le véhicule du président va rentrer au Conseil », a déclaré Abdramane Zitenga.

Selon le témoin, quelques minutes après le passage du véhicule du président pour entrer au Conseil, il aurait entendu les coups de feu.

Selon Abdramane Zitenga resté à son poste vers la radio, Eugène Somda qui prenait la garde à la présidence serait arrivé pour s’enquérir des nouvelles du président car ayant entendu des coups de feu et n’ayant aucune nouvelle du président depuis la sortie de ce dernier pour le Conseil. A en croire, Abdramane Zitenga, c’est Eugène Somda qui lui aurait informé de la mort du président. « Il est venu en courant avec ses vêtements débraillés. Il avait du mal a parlé. J’ai fait tout pour lui arracher un mot. Il dit que Sankara a été tué », a-t-il indiqué.

Selon le témoin, le lendemain du coup d’Etat, un rassemblement a été fait au Conseil de l’entente. Au cours de ce rassemblement, le lieutenant Gilbert Diendéré aurait fait savoir que le président Thomas Sankara devait être arrêté et qu’il y a eu des échanges de tirs. « Il a dit que le président et ses compagnons sont sortis et ils ont été pris entre deux feux », a laissé entendre le témoin.

Pour les avocats de la partie civile, ce témoignage de Abdramane Zitenga, vient une fois de plus éclairer le tribunal sur le rôle qu’a joué le lieutenant Gilbert Diendéré dans le coup d’Etat qui a coûté la vie au père de la révolution burkinabè, le 15 octobre 1987.

14h45. Procès Thomas Sankara : Confrontation entre le Général Gilbert Diendéré et l’un de ses subalternes

Le colonel Léonard Gambo était à la barre ce 08 novembre 2021 pour son témoignage. Lieutenant au moment des faits, Léonard Gambo était le commandant de la première compagnie du Bataillon d’intervention rapide.

Selon lui, le 15 octobre 1987, il était en permission de 3 trois jours mais il se serait retrouvé au Conseil de l’entente pour préparer un cours qu’il devait dispenser à la FIMATS.

Dans sa déposition, le témoin a indiqué que c’est lorsqu’il préparait son cours qu’il a entendu des tirs. Il aurait reçu un appel du lieutenant Gilbert Diendéré à l’époque. « Il m’a demandé : ‘’Gambo tu es là ? Je viens te voir » », a-t-il déclaré.

A l’en croire, quelques minutes après l’appel du lieutenant Gilbert Diendéré, il aurait lui-même rappelé ce dernier lorsque les tirs s’intensifiaient.

Selon le témoin, descendu de son bureau, au niveau des escaliers, il aurait croisé le lieutenant Gilbert Diendéré qui lui aurait fait savoir que l’ETIR allait mener une attaque contre le conseil.

Les déclarations du témoin ont suscité une confrontation entre lui et l’accusé Gilbert Diendéré qui lors de son audition au début du procès avait indiqué n’avoir pas été au Conseil de l’entente au moment des tirs car étant au terrain de l’ENAM.

« Ce n’est pas juste. Je ne l’ai pas appelé. Il ne m’a pas appelé aussi. Il dit qu’il était en permission. Et la personne qui signe cette permission, c’est moi. Il dit qu’il était venu préparer un cours, mais je n’étais pas au courant », a déclaré le Général Gilbert Diendéré.

« Je suis étonné qu’il parle comme ça. Je le dis sans ambiguïté que lui et moi, on s’est appelé au téléphone », a rétorqué le témoin.

La confrontation entre le Général Gilbert Diendéré et le témoin Léonard Gambo a concerné aussi la mission menée à Koudougou contre le Bataillon d’intervention aéroporté (BIA) de Boukary Kaboré dit le Lion. A en croire le témoin qui dit avoir participé à la mission, c’était le lieutenant Gilbert Diendéré qui lui donnait les instructions à suivre au cours de la mission et que c’était encore le lieutenant Gilbert Diendéré qui coordonnait « tout« .

L’accusé Gilbert Diendéré a nié en bloc les déclarations du témoin. Selon le Général Diendéré, les instructions étaient données par le commandant en chef des armées et au cours des opérations, il y avait une personne pour coordonner.

Le témoin est également revenu sur le bilan de l’attaque. « Au moment des opérations, il n’y a pas eu de victime », a déclaré Léonard Gambo.

« Vous avez pourtant votre meilleur ami qui été tué pendant cette attaque », a rétorqué un avocat de la partie civile. « Pendant l’offensive, il n’y a pas eu de gens qui sont morts. C’est après que j’ai appris qu’il a eu des morts », a répondu le témoin.

Selon lui, son meilleur ami dont a fait allusion l’avocat, aurait été tué après l’opération. « J’ai appris qu’ils l’ont porté dans un véhicule et il a tenté de sauter et on l’a abattu », s’est-il exprimé.

Avant Léonard Gambo, des témoins comme Moumouni Koïba, Wendyélé Sawadogo, Alexis Zongo et Sansan Hien dit Kodjo sont passés à la barre pour faire leurs dépositions.

7 décembre 2021

14h54. Procès Thomas Sankara : « Nabié Insoni a tiré sur la tête du président devant moi » (Issouf Sawadogo, témoin)

A la reprise du procès ce 7 décembre 2021, c’était au tour du parquet et des avocats de poser leurs questions au témoin François Zidwenba. A la prise de parole de l’avocate de l’accusé Bossobè Traoré, mis en cause par le témoignage de François Zidwenba, elle a demandé que l’article 120 du Code de justice militaire soit appliqué à ce dernier. Pour elle, les déclarations du témoin lors de sa déposition devant le juge paraissent fausses. L’article 120 du Code de justice militaire autorise le juge a ordonné l’arrestation d’un témoin, lorsque les déclarations de ce dernier paraissent fausses. Le juge peut ordonner l’arrestation de sa propre initiative ou à la demande du parquet militaire.

La requête de l’avocate n’a pas reçu une suite favorable de la part du tribunal.

Après François Zidwenba, le témoin Issouf Sawadogo a été appelé à la barre pour sa déposition. Issouf Sawadogo est âgé de 67 ans et était sergent-chef au moment des faits. Travaillant au secrétariat du Conseil de l’entente, selon lui, il était de service le jour du coup d’Etat.

A en croire le témoin, c’est en étant dans son bureau qu’il aurait entendu les coups de feu. « Les tirs ont brisé ma fenêtre. Je suis sorti les mains en l’air devant la porte de mon bureau. Le président aussi est sorti devant la salle où se tenait la réunion. Nabié Insoni a tiré sur la tête du président devant moi. Maïga a tiré sur le côté droit. Il s’est baissé pour prendre le PA du président », a indiqué le témoin.

Dans la suite de sa déposition, Issouf Sawadogo a indiqué avoir fui et qu’il aurait aperçu Hyacinthe Kafando qui venait du côté ouest.

Arrêté, Issouf Sawadogo a déclaré au tribunal avoir été détenu dans la chambre de Hyacinthe Kafando toute la nuit du 15 octobre 1987. « On nous a arrêtés et emmenés dans la chambre de Hyacinthe Kafando. Quand je suis rentré dans la chambre, j’ai trouvé un crâne humain avec de la cendre. Ils ont cassé un œuf mettre dedans », a-t-il laissé entendre.

A l’en croire, c’est le lendemain, c’est-à-dire le 16 octobre 1987, qu’il a été libéré après avoir passé une nuit à cracher du sang. « Maïga m’a donné un coup dans le ventre. J’ai passé la nuit à cracher du sang », a poursuivi le témoin dans sa déposition.

Selon Issouf Sawadogo, le jour de sa libération, il a également été brutalisé par Hyacinthe Kafando. « Le matin, quand on nous a libérés, Hyacinthe Kafando m’a demandé pourquoi je le regarde comme ça. Il dit que mon chef est mort. Il m’a serré les cols pour me dire que si je m’amuse, il va me donner à ses éléments pour me faire faire », a conclu le témoin.

6 décembre 2021

20h30.  L’accusé Bossobè Traoré chargé par les membres de la garde rapprochée de Thomas Sankara

Après le passage à la barre de Laurent Ilboudo, le juge a appelé l’adjoint de ce dernier, notamment Drissa Sow pour sa déposition.

Tout comme son supérieur hiérarchique, Drissa Sow a indiqué avoir été chez le président Thomas Sankara à partir de 7h du matin le 15 octobre 1987. Et c’est du domicile du président Thomas Sankara qu’ils se seraient rendus avec ce dernier au Conseil de l’Entente en passant par la présidence.

Également arrêté comme Laurent Ilboudo, il dit avoir été libéré le lendemain 16 octobre 2021.

Dans sa déposition, Drissa Sow a précisé comme l’a fait son supérieur avant lui, que, l’accusé Bossobè Traoré n’a jamais été de l’équipe du président Thomas Sankara, le jour de l’assassinat de ce dernier.

Malgré la confrontation entre les deux, c’est-à-dire entre Drissa Sow et Bossobè Traoré, ce dernier est resté sur position. Il dit avoir été de l’équipe de sécurité de Thomas Sankara le 15 octobre 1987. Selon lui, il aurait marché du domicile du président de la présidence avant d’embarquer dans un véhicule car le véhicule qui devait les transporter était partir faire des courses. « Aucun véhicule n’est allé faire des courses », a déclaré Sow Drissa pour contredire l’accusé.

A la suite de Drissa Sow un autre membre de l’équipe de sécurité du président Thomas Sankara a également été appelé à la barre ce 6 décembre 2021 pour témoigner. Il s’agit de Zidwemba François, soldat de première classe au moment des faits.

Il était de l’équipe chargée d’assurer la sécurité du président le 15 octobre 1987 et avait pour supérieur hiérarchique Laurent Ilboudo et Sow Drissa.

Selon lui, arrivé au Conseil de l’entente avec le président et les autres membres de l’équipe de sécurité, il se serait assis devant la porte. C’est à ce moment qu’il aurait aperçu un véhicule venir à vive allure. Dans sa déposition, le témoin a indiqué avoir sauté dans la salle où le président Thomas Sankara tenait une réunion.

A l’en croire, sorti de la salle, les assaillants lui auraient ordonné de se coucher. Le président Thomas Sankara serait également sorti en disant « Je me rends » avant qu’il ne soit criblé de balles, a également fait savoir François Zidwemba.

Tout comme ses deux supérieurs hiérarchiques, François Zidwemba a précisé à la Chambre de jugement du tribunal militaire, que Bossobè Traoré n’était pas de l’équipe de sécurité du président le 15 octobre 1987.

L’audience a été suspendue avant que le parquet militaire et les avocats puissent poser leurs questions au témoin. Cela se fera certainement ce 7 novembre 2021 à la reprise du procès.

14h28.  « On a été sacrifié » (Laurent Ilboudo, garde du corps de Thomas Sankara)

Le procès a repris ce 6 décembre 2021 avec la suite de l’audition du témoin, Abdoulaye Ismael Diallo. Après les questions posées à ce dernier, le juge a appelé à la barre le témoin Laurent Ilboudo.

Laurent Ilboudo adjudant-chef major à la retraite était sergent-chef au moment des faits.

Affecté à la sécurité du président Thomas Sankara, selon lui, le 15 octobre 1987, il était au domicile du président au rez-de-chaussée avec les enfants de ce dernier lorsqu’il est descendu aux environs de 15h30. Du domicile du président, à en croire  le témoin, le président et sa garde dont il assurait le commandement ce jour-là à l’absence de l’aide de camp, sont passés à la présidence avant d’aller au Conseil de l’Entente.

Selon lui, arrivé au Conseil de l’entente, il serait rentré dans la salle où devait se tenir la réunion du président, pour déposer le sac de ce dernier et son arme avant d’aller saluer certains éléments au niveau du secrétariat.

« Il y a eu des tirs et un véhicule est venu s’engouffrer dans le couloir. C’était une 504 blanche. C’était le véhicule de Blaise. C’est au moment où j’étais au secrétariat que j’ai entendu les coups de feu. C’est lorsque je suis sorti pour savoir de quoi il s’agissait que je suis tombé face à face avec Hyacinthe Kafando », a indiqué Laurent Ilboudo dans sa déposition.

Selon le témoin, lui et un autre de la sécurité du président auraient été désarmés et conduits de l’autre côté du bâtiment, couchés à plat ventre au moment où les tirs s’intensifiaient vers là où se trouvait le président.

Dans sa déposition, Laurent Ilboudo a également indiqué avoir été arrêté le jour du 15 octobre 1987 avant d’être libéré le lendemain 16 octobre 1987 par Hyacinthe Kafando, Gilbert Diendéré et Tibo Ouédraogo. « Hyacinthe m’a dit ce jour-là, tu sais pourquoi on t’a laissé ? C’est parce que tu ne sais rien de ce qui s’est passé », a-t-il fait savoir.

La déposition de Laurent Ilboudo mettant en cause Tibo Ouédraogo, a suscité une confrontation entre lui et ce dernier. Pour Tibo Ouédraogo, il n’a jamais été au Conseil de l’entente pour libérer des personnes enfermées. Laurent Ilboudo qui dit être capable de reconnaître Tibo Ouédraogo même la nuit, dit avoir bel et bien reconnu ce dernier accompagné de Gilbert Diendéré et Hyacinthe Kafando venus le libérer le lendemain du coup d’état en le disant « de se tenir tranquille ».

Bossobè Traoré, un autre accusé, a également été confronté au témoin. Selon Laurent Ilboudo, Bossobè Traoré qui dit avoir été de l’équipe de sécurité du président Thomas Sankara le 15 octobre 1987, n’était pas dans le cortège du président le jour du drame et n’était pas membre de l’équipe dont il assurait la commande.

A la question du juge de savoir   si au moment des tirs, les militaires en poste au Conseil de l’entente ont réagi, Laurent Ilboudo a répondu : « Je n’ai pas vu une personne se lever pour nous sauver. (…) Je pense qu’on a été sacrifié ».

2 décembre 

20h.

Procès Thomas Sankara : Le président nigérien Seyni Kountché appelait Blaise ‘’Mengistu’’ (Témoin)

Après le témoignage de Thérèse Kantioga dans le cadre du procès de l’assassinat du père de la révolution burkinabè ce 2 décembre 2021, le juge a appelé à la barre le témoin Abdoulaye Ismaël Diallo pour sa déposition.

Âgé de 77 ans, Abdoulaye Ismaël Diallo était un fonctionnaire aux nations unies au moment des faits.

Selon lui, le 15 octobre 1987, il a appelé le président Thomas Sankara au téléphone dans la matinée pour lui parler de la situation qui prévalait. Le témoin a indiqué avoir également appelé le capitaine Blaise Compaoré le même jour. « J’ai appelé Blaise et je suis allé chez lui. Je lui ai dit la même chose que j’ai dit à Thomas Sankara. Il m’a demandé ce qu’on doit faire. Je lui ai proposé qu’on doit écrire un discours pour rassurer l’opinion et qui ne sera pas lu ni par lui, ni par Sankara. Il m’a dit oui mais il fera autre chose. (…) Il m’a dit qu’il veut se reposer. Il est rentré se coucher. Depuis que nous nous connaissions, c’était la première fois que c’est lui qui met fin à notre entretien », a-t-il expliqué.

A en croire le témoin, après avoir appris qu’il y avait des tirs au sein du Conseil de l’Entente, c’est un journaliste français qui l’a informé de la mort du président Thomas Sankara. « C’est vers 17h30 qu’un journaliste français m’a téléphoné. C’est lui qui m’a dit que le président Thomas Sankara était mort. Je lui ai demandé d’où il tenait l’information. Il m’a dit qu’il la tenait de l’ambassade de France au Burkina Faso », a poursuivi Abdoulaye Ismaël Diallo.

Dans la suite de sa déposition, le témoin a laissé entendre qu’il a été reçu par Blaise Compaoré le lendemain du coup d’Etat du 15 octobre 1987. « Il m’a reçu dans une villa. Il m’a demandé de m’asseoir. Je lui ai dit avant de m’asseoir j’ai deux questions à poser. J’ai demandé s’il a demandé de tuer Thomas. Il a dit non. Il dit qu’il voulait l’arrêter et le faire démissionner. J’ai demandé si la révolution continuait et il a dit bien sûr », s’est exprimé Abdoulaye Ismaël Diallo.

A en croire le témoin, il échangeait au moins une fois par semaine avec le président Thomas Sankara. Selon lui, 04 jour après le début de la révolution, le président Thomas Sankara l’avait envoyé en mission chez l’ancien président nigérien Seyni Kountché.

« Le 08 août 1983, Seyni Kountché m’a dit que le président du Mali, de la Côte d’Ivoire et du Togo auraient contacté le Premier ministre Jacques Chirac pour organiser un contre coup. (…) Il m’a dit une semaine plus tard, votre histoire à Ouaga n’est pas encore finie. Le numéro 2 va enlever le numéro 1. Et depuis ce jour-là, quand Seyni Kountché voulait parler de Blaise Compaoré, il ne disait plus son nom. Il disait Mengistu [Ndlr : Mengistu Haile Mariam est officier éthiopien qui a dirigé l’Éthiopie de 1977 à 1991] », a laissé entendre Abdoulaye Ismaël Diallo.

Le juge a suspendu l’audience avant que les avocats de la partie civile ne puissent poser leurs questions au témoin. Cela sera fait à la reprise du procès le lundi 6 décembre 2021.

17h-38 Procès Thomas Sankara : « L’ex-copine » d’un accusé appelée à témoigner

Après l’audition de l’accusé Tibo Ouédraogo poursuivi pour complicité d’attentat à la sûreté de l’Etat, le juge a appelé à la barre Thérèse Kantionga pour témoigner.

Né en 1961, Thérèse Kantioga dans sa déposition a indiqué avoir été informé du coup d’Etat quelques jours avant par Bossobè Traoré, l’un des gardes du Président Thomas Sankara. Bossobè Traoré est poursuivi dans le cadre du procès pour complicité d’attentat à la sûreté de l’Etat et complicité d’assassinat.

« Je suis restauratrice. Le 11 octobre 1987, Bossobè est venu me dire qu’il y aura un coup d’Etat le 15 octobre et que c’est Nebié qui était de la garde de Blaise Compaoré qui le lui a dit. J’ai demandé qui va faire le coup d’Etat. Il m’a dit que c’est Blaise. Je lui ai demandé s’il a informé Thomas. Je lui ai dit de ne pas aller au Conseil ce jour-là et m’a dit qu’il va aller parce qu’il est militaire et qu’il a prêté serment. Il a dit que Thomas est au courant (…) Après le coup d’Etat, j’ai appris que Bossobè a été blessé. Je suis allé le voir à l’hôpital », a déclaré le témoin.

En poursuivant son témoignage, Thérèse Kantioga a fondu en larmes lorsqu’elle a évoqué sa visite sur la tombe de Thomas Sankara le lendemain du coup d’Etat. A l’en croire, elle connaissait bien Thomas Sankara. « J’étais CDR (Comité de défense de la révolution, ndlr) et lorsqu’on sortait pour les travaux d’intérêts généraux, Thomas Sankara passait nous féliciter », a-t-elle indiqué.

Sur la question de savoir quelle était la nature de la relation qui la liait à l’accusé Bossobè Traoré, Thérèse Kantioga dans ses explications a laissé entendre qu’ils « sortaient ensemble » mais cela, bien avant les événements d’octobre 1987.

« Bossobè était mon ami depuis Pô dans les années 1978-1979. Quand je suis arrivée à Ouaga, je me suis mariée, donc on ne pouvait plus sortir ensemble. Mais on a gardé de bonnes relations. Il était devenu l’ami de la famille (…) Mon papa même a quitté Pô pour venir le voir à l’hôpital quand il était blessé », a-t-elle déclaré.

Le témoignage de Thérèse Kantioga a suscité une confrontation entre elle et l’accusé Bossobè Traoré. Pour ce dernier, il n’a jamais dit à dame Thérèse Kantioga qu’il aura coup d’Etat le 15 octobre 1987. Pour lui, cette dernière aurait quelque chose contre lui. « En 2004, on m’a donné un chèque pour me dédommager. Je suis parti la remercier parce que quand je partais en France pendant mon évacuation, elle m’a donné 5000 FCFA pour argent de poche. C’est là qu’elle m’a dit que si je bouffe tout cet argent sans lui donner aussi, elle va me créer des problèmes. Je ne lui ai pas dit qu’il aura un coup d’Etat », s’est exprimé l’accusé.

Pour Bossobè Traoré, c’est parce qu’il a refusé de partager l’argent de son dédommagement à l’époque avec dame Thérèse Kantioga que cette dernière a demandé au juge de l’inculper. Une chose qui a été vite démentie par l’avocat de la partie civile, Me Guy Hervé Kam. Selon l’avocat, Bossobè Traoré a été mis en accusation bien avant que le juge n’entende Thérèse Kantioga comme témoin dans le cadre du dossier.

Il s’en est suivi un long débat entre le conseil de Bossobè Traoré et le témoin Thérèse Kantioga sans que les positions des deux parties ne puissent évoluer.

Le juge Urbain Méda a mis fin à l’audition et demander au témoin de se retirer.

Il faut noter que dans le cadre de ce procès, 111 témoins doivent en principe être entendus. A la date de ce 2 décembre 2021, il n’y a que 22 témoins qui ont fait leurs dépositions.

12h-20. Procès Thomas Sankara : « J’ai été menotté pendant deux ans au Conseil » (Tibo Ouédraogo, accusé)

A la reprise du procès ce jeudi 2 décembre 2021, le juge a appelé à la barre l’accusé Tibo Ouédraogo, 68 ans, poursuivi pour complicité d’attentat à la sûreté de l’Etat. Colonel à la retraite et en service à l’Escadron motorisé commando (EMC) au moment des faits, il n’avait pas pu été auditionné pour cause de maladie.

Selon l’accusé Tibo Ouédraogo, le 15 octobre 1987, il était au mess des officiers lorsqu’il a entendu les tirs. Il tentera alors de se rendre au Conseil de l’entente mais sera empêché par les gendarmes au niveau du Camp Paspanga. De retour au niveau du mess des officiers, il a pu avoir au téléphone le commandant Lingani aux environs de 19 heures. Selon lui, ce dernier lui aurait donné l’ordre de réunir des hommes pour aller « neutraliser » la FIMATS (Force d’intervention du ministère de l’administration territoriale et de la sécurité), dirigé à l’époque par Sigué Vincent, un partisan de Thomas Sankara, selon lui.

Dans sa déposition, l’accusé a indiqué qu’avant d’exécuter l’ordre du commandant Lingani, il a d’abord rendu compte à son chef, le Lieutenant Gilbert Diendéré, qui lui aurait dit « Ok ». C’est ainsi qu’il a réuni une dizaine de personnes pour sa mission de neutralisation de la FIMATS. Et arrivé sur les lieux avec ses éléments, il dit avoir fait des tirs de sommation et qu’il n’y a pas eu de réaction. C’est la raison pour laquelle, il dit avoir décidé de « pacifier » la FIMATS au lieu de la neutraliser. « On m’a dit d’aller neutraliser la FIMATS. Je suis allé, je n’ai pas neutralisé la FIMATS. J’ai pacifié la FIMATS », a-t-il expliqué.

« Vous n’avez pas neutralisé la FIMATS parce que Sigué Vincent, le commandant, n’était pas là ? », a demandé le juge Urbain Méda. « Oui s’il était là, il allait répondre et on allait se battre », a répondu l’accusé.

« Est-ce que vous avez laissé Suigué s’enfuir? », a une fois de plus demandé le juge. « Si j’avais reçu l’ordre d’arrêter Sigué, Sigué ne sortira pas (…) Dans l’armée, si on vous envoie, vous partez faire le travail, même si c’est votre ami. Si vous ne le faites pas, on vous fait vous-même », a répondu Tibo Ouédraogo.

Selon l’accusé, quelques temps après le coup d’Etat, l’EMC dont il assurait le commandement a été dissout et lui, nommé à la production de la 5e région militaire. A l’en croire, il n’a pas pu prendre fonction jusqu’à son arrestation. « On m’a arrêté le 24 décembre 1989 alors que je préparais mon Noël. On a envoyé mon meilleur ami m’arrêter. On m’a gardé pendant deux ans menotté au Conseil. Lorsqu’on a voulu me libérer, il a fallu qu’on emmène des soudeurs pour couper les menottes », a-t-il fait savoir.

A en croire le colonel à la retraite, il a été libéré sous la recommandation d’un Pape. « Vous savez ce qui m’a libéré ? Le Pape venait à Ouagadougou. Il a dit que trop de sang a coulé et si ça continue, il ne viendra pas. C’est pour ça qu’on nous a libérés », a-t-il laissé entendre.

A la question du juge de savoir pourquoi il avait été mis en arrestation, Tibo Ouédraogo a répondu qu’on lui reprochait d’être complice d’un coup d’Etat. « J’ai été arrêté comme quoi je veux faire un Coup d’Etat avec le Lion de Boulkiemdé que je ne connaissais même pas. Mais je pense que c’est parce que j’ai pacifié la FIMATS. Je n’ai pas fait comme on voulait (…) Monsieur le président je n’étais pas d’accord avec la façon de faire. Je n’étais pas d’accord qu’on fasse tomber le Président Thomas Sankara comme ça », a-t-il répondu.

L’audition du témoin se poursuit avec les questions des avocats de la partie civile.

1er décembre 

18h.35 – Procès Thomas Sankara : Le témoin Gabriel Tamini échappe à une arrestation pendant sa déposition

Gabriel Tamini, 62 ans, journaliste à la retraite et membre du comité central du Conseil national de la révolution (CNR) au moment des faits était devant le juge ce 1er décembre 2021 pour sa déposition en tant que témoin dans le cadre du procès de l’assassinat du président Thomas Sankara et de ses 12 compagnons.

Selon le témoin, le 15 octobre 1987, il était chez lui à la maison, dans une cours commune d’un quartier populaire de Ouagadougou. Ses voisins lui auraient informé qu’il y avait des tirs vers le Conseil de l’entente. Selon lui, pris de peur, il est sorti de la cours et s’est confondu à une foule qui était dehors. « J’ai pensé fuir parce que j’avais peur pour ma sécurité. J’étais dans la foule lorsque j’ai vu un véhicule venir de vive allure se stationner devant ma cours. Dans le véhicule, j’ai reconnu Salif Diallo qui était un ami. Je suis monté dans le véhicule et Salif Diallo m’a dit qu’il a eu un coup d’Etat et que Thomas Sankara a été tué. J’ai demandé qu’en est-il de Blaise. Salif Diallo m’a dit qu’il était à la maison avec Blaise et qu’ils ont pensé ensemble que ce sont eux qui étaient attaqué », a-t-il expliqué.

Selon lui, Salif Diallo lui aurait dit qu’il l’amenait voir Blaise Compaoré. « On est allé chez Blaise Compaoré et il y avait beaucoup de militaires dans la cours. Salif Diallo m’a demandé de monter dans le véhicule pour qu’on parte à la radio. Ce jour-là, j’ai passé la nuit à la radio. Le lendemain, c’est à dire le 16 octobre 1987, Salif Diallo m’a envoyé un communiqué estampillé Front populaire. J’ai lu ce communiqué », a fait savoir Gabriel Tamini.

Journaliste à la radio nationale puis licencié en septembre 1987, Gabriel Tamini a été nommé Directeur de la presse présidentielle après le coup d’Etat du 15 octobre 1987 jusqu’en 1992. Il sera nommé plus tard conseiller à la présidence.

Pour les avocats de la partie civile, le témoin Gabriel Tamini  dans sa déposition, a fait des déclarations qui ne paraissent pas vraies. C’est la raison pour laquelle, Me Ambroise Farama, Me Guy Hervé Kam, Me Olivier Badolo et les autres avocats de la partie civile ont formulé une requête auprès du juge pour demander que le témoin soit arrêté, tout en invoquant l’article 120 du Code de justice militaire qui autorise le juge de mettre en arrestation un témoin à la demande du parquet ou à sa propre initiative, lorsqu’il estime que le témoin fait des déclarations qui paraissent fausses. « Pour nous, les déclarations de Tamini paraissent fausses notamment sur le lieu où il dit avoir vu Blaise Compaoré avec les militaires avant de se rendre à la radio (…) Il veut faire croire qu’il n’a jamais été au Conseil de l’entente », a déclaré Me Ambroise Farama.

De son côté, le parquet militaire s’est opposé à la requête des avocats de la partie civile. Pour le parquet, toutes les déclarations faites par Gabriel Tamini devant le juge ce 1er décembre 2021, sont celles qu’il a déjà eu à faire lors de la phase d’instruction. Le parquet a par ailleurs estimé que Gabriel Tamini qui avait déjà été inculpé dans le cadre de ce dossier ne peut plus passer de statut de témoin, pour une nouvelle mise en accusation.

Après concertation, le tribunal a décidé de rejeter la requête de la partie civile et de ne pas autoriser l’arrestation du témoin. « Après avoir mûrir une réflexion rapide de l’article 120, vos déclarations ne me semblent pas invraisemblables. Vous ne serez pas arrêté », a fait savoir le juge Urbain Méda au témoin Gabriel Tamini.

Pour les avocats de la partie civile, le juge a rendu une décision humanitaire concernant leur requête. « Nous sommes totalement déçus parce que nous notons que le tribunal ici a fait un jugement humanitaire n’ayant pas voulu arrêter tout simplement le témoin dont il paraît évident qu’il a menti dans son témoignage. Toute personne qui a assisté à l’audience d’aujourd’hui est au moins convaincu au regard du processus d’audition de ce témoin-là, qu’il ne disait pas la vérité. Il était un accusé qui devait d’ailleurs garder ce statut. Nous pensons que de la même manière qu’il a fait pour échapper à son statut d’accusé, c’est probablement les mêmes effets qui font qu’aujourd’hui, il n’a pas été arrêté », s’est exprimé Me Guy Hervé Kam au micro de Faso7 à sa sortie de la salle d’audience.

Sur l’argument avancé par le parquet militaire pour s’opposer à la requête de mise en accusation formulée par la partie civile, Me Guy Hervé Kam estime qu’il est caduc. « Le témoignage à l’audience n’est pas une répétition de ce qui s’est dit devant le juge d’instruction sinon l’audience n’aurait pas de sens. Ce que la loi demande, est-ce que les déclarations du témoin paraissent fausses. La loi ne demande même pas qu’elles soient fausses. Et à l’évidence, les déclarations de ce témoin paraissaient fausses. Nous disons que c’est d’autres raisons que des raisons juridiques qui ont conduit à ce que ce témoin ne soit pas aujourd’hui arrêté », a déclaré l’avocat.

L’audience a été suspendue. Elle reprendra ce 02 décembre 2021 avec l’audition de l’accusé Ouédraogo Tibo, poursuivi pour complicité d’attentat à la sûreté de l’Etat. Ce dernier n’avait pas pu été auditionné pour cause de maladie.

17h.19 – Le coup d’Etat du 15 octobre 1987 a été préparé selon le Pr Serge Théophile Balima

A l’ouverture de l’audience ce mercredi 1er décembre 2021, c’est le Pr Serge Théophile Balima qui a été appelé à la barre pour sa déposition. Âgé de 72, il était directeur de la Télévision nationale et chargé de la presse internationale à la Présidence du Faso sous le Conseil national de la Révolution (CNR) aux moments des faits.

Dans sa déposition, l’enseignant journaliste a indiqué que le 15 octobre 1987, il était allé à la présidence aux alentours de 15 heures. A son arrivée, il aurait trouvé la présidence un peu vidée de son personnel. Aux environs de 16 heures, le président Thomas Sankara l’aurait appelé dans son bureau afin qu’ils discutent sur le contenu d’un article de journal.

Selon le témoin, après son entretien avec le président, ce dernier aurait pris la direction du Conseil de l’entente où l’attendaient plusieurs personnes pour une réunion, réunion au cours de laquelle il sera tué avec ses 12 compagnons.

A en croire le Pr Serge Théophile Balima, quelques minutes après le départ du président Thomas Sankara pour le Conseil de l’entente, il aurait entendu un coup de feu. Pour le témoin, ce coup de feu en question pourrait être le signal donné pour annoncer l’arrivée de Thomas Sankara au Conseil de l’entente.

A entendre le Pr Serge Théophile Balima, le coup d’Etat qui a coûté la vie au père de la révolution burkinabè et à 12 de ses compagnons a été préparé. Selon lui, le 15 octobre 1987, Hama Harba Diallo qui travaillait également à la présidence aurait appelé chez lui à domicile lorsqu’il était déjà parti à la présidence, et à sa femme qui a répondu au téléphone. Hama Harba Diallo aurait dit que les militaires de la présidence avaient ordonné aux civils de ne pas se pointer à la présidence dans l’après-midi du 15 octobre 1987.

Par ailleurs, dans sa déposition, l’ancien chargé de la presse internationale de la présidence a déclaré avoir été reçu par Blaise Compaoré le lendemain du coup d’Etat et que ce dernier lui aurait confié qu’il était tourmenté.

A la question du juge de savoir si Blaise Compaoré pouvait avoir des raisons à s’en prendre à Thomas Sankara, le Pr Serge Théophile Balima a répondu que cela était possible selon certaines hypothèses. L’une des principales hypothèses, selon lui, est l’appétit du pouvoir dont Blaise Compaoré faisait preuve. Pour lui, les plus proches collaborateurs de Thomas Sankara ne profitaient pas du pouvoir de ce dernier. « Thomas Sankara disait, je suis comme un rônier.  Plus vous êtes proches de moi, plus vous vous éloignez de mon ombre », a déclaré le témoin.

Aussi, sur les désaccords qui existeraient entre Thomas Sankara et le guide libyen, Mohammad Kadhafi, en 1987, le Pr Serge Théophile Balima a indiqué que ces désaccords étaient vrais et pouvaient s’expliquer par le fait que le père de la révolution burkinabè avait, à un moment donné, volé la vedette au guide libyen sur le plan international. « Le président Thomas Sankara a ravi la vedette à tous les chefs d’Etat contemporains parce qu’il avait un discours tranchant. Il n’avait pas peur et il était du côté du peuple », a-t-il laissé entendre.

Et concernant l’implication de certains pays voisins dans le coup d’Etat sanglant du 15 août 1987, pour le témoin, cela pouvait s’expliquer par le fait que le président Thomas Sankara avait beaucoup d’ennemis sur le plan international. « Je me rappelle lors d’une audience, Houphouët Boigny a dit à Thomas Sankara : ‘il faut que vous changez. Si vous ne changez pas, nous allons vous changer’ », a-t-il fait savoir.

Selon le Pr Serge Théophile Balima, face à toutes les menaces qui pesaient sur la président Thomas Sankara, ce dernier n’avait jamais eu peur. « Il disait que l’essentiel, c’est de dire la vérité », a-t-il rappelé avant de donner la place à un autre témoin.

30 Novembre 

13h24 – Procès Thomas Sankara: Des problèmes existaient avec la Libye en 87

Après sa déposition hier 29 novembre 2021, le témoin Mousbila Sankara a été rappelé à la barre ce 30 novembre 2021 pour se prêter aux questions du parquet et des avocats des différentes parties.

Dans ses réponses, l’ancien ambassadeur du Burkina Faso en Libye a laissé entendre qu’il ne croit pas que ce soit Blaise Compaoré qui ait pris l’initiative de s’en prendre à Thomas Sankara. « A ma connaissance du milieu et des personnes, je ne vois pas Blaise Compaoré tuer Thomas. Blaise Compaoré a fabriqué des monstres qui l’ont mangé. Les deux monstres c’est Hyacinthe Kafando d’un côté et Gilbert Diendéré de l’autre côté. Chacun voulait montrer à Blaise qu’il était le plus actif« , s’est exprimé le témoin.

A entendre Mousbila Sankara, le coup d’Etat a été perpétré par des éléments du Centre national d’entraînement commando (CNEC) et que Blaise Compaoré au lieu « d’assumer, a justifié« .

Pour le témoin, le responsable de l’assassinat du père de la révolution burkinabè, est l’ancien lieutenant Gilbert Diendéré, qui, du fait de sa puissance à l’époque, pouvait empêcher le drame mais ne l’a pas fait.

Par ailleurs, selon l’ancien ambassadeur du Burkina Faso en Libye, en 1987, les relations entre le Burkina Faso et la Libye n’étaient pas au beau fixe. Et les points de désaccord entre le président Thomas Sankara et le guide libyen étaient divers. « Quand Charles Taylor a été expulsé du Ghana et qu’il s’était réfugié au Burkina Faso, Kadhafi a voulu qu’on lui accorde le statut d’exilé politique. Thomas Sankara a refusé. Sankara a dit qu’on va lui donner une table pour qu’il vende des lunettes comme le font les Sénégalais et autres« , a fait savoir Mousbila Sankara.

Sur la question libyenne, les avocats de la partie civile ont posé des questions relatives à une visite de Blaise Compaoré en Libye quelques jours après l’assassinat de Thomas Sankara. Mousbila Sankara a refusé de répondre à la question en évoquant le principe de la souveraineté des Etats. Une attitude cependant considérée par le juge Urbain Méda comme étant de la rétention d’informations. Il a d’ailleurs saisi l’occasion pour appeler tous les autres témoins à l’ordre. « Je ne veux pas de la rétention d’informations. Le procès Thomas Sankara, c’est ici. On voit des gens accorder des interviews aux presses internationales et nationales et lorsqu’on leur donne l’occasion de parler, ils font de la rétention d’informations« , a déclaré le président de la Chambre du tribunal militaire, Urbain Méda.

Par ailleurs, il a évoqué la possibilité d’engager des poursuites contre les personnes qui tenteront de s’adonner à de la rétention d’informations tout en rappelant le passage à la barre de l’ancien ministre de la sécurité au moment des faits, Ernest Nongma Ouédraogo, qui a préféré ne pas répondre à une grande partie des questions qui lui ont été posées.

Cette mise en garde du juge a fait évoluer la position du témoin Mousbila Sankara qui n’a plus trouvé d’inconvénient à évoquer les questions liées à la Libye. En effet, selon lui, Thomas Sankara avait décliné une fois une invitation du guide libyen à participer à une fête en Libye avec le Burkina Faso comme pays invité d’honneur. « Sankara a refusé de partir. C’est Blaise qui est venu. En tout cas, il a été bien reçu avec tous les honneurs. Entre Blaise Compaoré et Kadhafi, les choses marchaient bien« , a-t-il fait savoir.

Il faut noter qu’un fait marquant s’est produit dans la salle d’audience ce 30 novembre 2021 lorsque Mousbila Sankara s’est rendu compte qu’une pièce qu’il estime utile et qu’il avait transmis au juge d’instruction ne se trouvait pas dans le dossier. L’homme de 77 ans a émis un cri plein d’émotions en se tenant la tête entre les mains. « Je suis inquiet« , a-t-il laissé entendre. Le juge Urbain Méda a demandé au parquet de retrouver la pièce en question si toutefois elle avait été effectivement transmise au juge d’instruction par le témoin. Le juge a décidé de la suspension de l’audience sans évoquer de motif.

29 novembre 

18h35 – Procès Thomas Sankara : Le témoignage glaçant de Mousbilla Sankara, torturé au Conseil de l’entente

Dans le cadre du procès de l’assassinat du père de la révolution burkinabè et de ses 12 compagnons, le témoin Mousbilla Sankara a été appelé à la barre cet après-midi du 29 novembre 2021 pour sa déposition.

Mousbilla Sankara 77 ans, ingénieur de la télécommunication à la retraite était ambassadeur du Burkina Faso en Lybie au moment des faits.

Avant même que le juge ne lui demande de déposer, à la question de savoir s’il connaissait certains des accusés, comme le veut la procédure, Mousbilla Sankara a répondu : « L’évocation même des noms de certains me fait frémir ». « Pourquoi », a demandé le juge. « Parce qu’ils m’ont torturé », a laissé entendre le témoin.

Selon lui, le 15 octobre 1987, il était à une session des Nations unies. Il dit avoir été informé du coup d’Etat par l’ambassadeur du Burkina Faso au siège des Nations unies à l’époque. « Quand j’ai eu Blaise au téléphone, il m’a dit qu’il a été débordé et qu’on les a eu. Il m’a demandé de repartir dans mon poste et de l’appuyer avec du matériel de maintien de l’ordre. C’est ce que j’ai fait parce que je pensais que la révolution devait continuer. Mais après, j’ai compris que ce n’était pas le cas et que je me suis fait utiliser », a déclaré Mousbilla Sankara.

Dans sa déposition, Mousbilla Sankara a indiqué être rentré au Burkina en novembre 1987 après avoir démissionné de son poste car ayant été mis au courant de l’attaque menée contre le Bataillon d’intervention aéroporté (BIA) de Boukary Kaboré dit le Lion.

« Quand je suis arrivé, on m’a indiqué que Blaise Compaoré est parti à Bobo-Dioulasso, qu’il est au courant de mon retour au pays et qu’on va se voir à son retour de Bobo. Jusqu’aujourd’hui, on ne s’est pas vu. Le 27 novembre 1987, une unité est venue me chercher pour me mettre en détention de novembre 1987 jusqu’en août 1989. On me rapprochait d’avoir soutenu Boukary Kaboré. A la Gendarmerie, Djibril Bassolé est venu me demander qu’il paraît que je suis dans leurs locaux avec mon linceul. Je lui ai dit que j’ai appris que ceux qui ont été tués le 15 octobre 1987 ont été enterrés sans même être lavés. J’ai donc apporté mon linceul au cas où (…) C’est à la salle C que les tortures ont commencé à la Gendarmerie. On a fait que me frapper. On me sortait pour me frapper et les responsables étaient là assis, derrière les fleurs en train de rire », a t-il expliqué au juge Urbain Méda.

Pour le témoin, ce sont les chefs à l’époque parmi lesquels Jean Pierre Palm, qui donnaient les ordres de torture. A la question du juge de savoir s’il a vu ces derniers donner les ordres, Mousbilla Sankara a répondu : « Lorsqu’on me torturait, je n’ai pas vu aucun d’eux demandé d’arrêter ».

Selon le témoin, le calvaire qu’il a vécu dans la salle C de la gendarmerie nationale n’était rien par rapport à celui vécu au Conseil de l’entente. En effet, selon Mousbilla Sankara, après sa détention de près de deux années à la Gendarmerie, il a été arrêté à nouveau et conduit au Conseil de l’entente. « Ils sont venus me reprendre le 23 décembre 1989 jusqu’en 1991. La gendarmerie était pour nous [Ndlr: lui et les autres détenus du Conseil de l’entente] comme un hôtel 5 étoiles par rapport au Conseil de l’entente. On m’a fait écrire là-bas 10 000 fois une phrase. Et quand je ne pouvais plus écrire, on me faisait répéter jusqu’à ce que j’ai failli perdre la boule. Imaginez monsieur le juge, parmi nous les détenus, il y avait un séropositif qui était en phase terminale. On le rasait avec une lame et on prenait la même lame pour nous raser en nous disant que nous allons finir comme lui. Évidemment, beaucoup sont morts après. De quoi sont-ils morts ?

Pendant les tortures, il avait un docteur qui venait nous soigner. Coudre par moment une oreille coupée ou une lèvre coupée. Je me rappelle que nous même avons eu à demander qu’on nous fusille. Quand on m’a libéré, on m’a libéré aveugle. Je suis parti après me faire soigner au Ghana », a indiqué Mousbilla Sankara.

Selon l’ancien ambassadeur, parmi les personnes torturées, il y avait Valère Somé et d’autres qui sont décédées après. Mais un d’entre eux est toujours vivant, selon lui. Et parmi les personnes qui les torturaient au niveau du Conseil de l’entente, Mousbilla Sankara a cité le nom de Kéré Boureima et Ouédraogo Moumouni. « Au Conseil, les tortionnaires étaient Kéré Boureima qui est un ancien aide de camp de Blaise Compaoré et Ouédraogo Moumouni. Ce dernier avait quelque chose qu’on appelait cordelette, si on vous sonne avec ça! », a-t-il indiqué, la gorge sèche.

Avant de terminer sa déposition, l’ancien ambassadeur a déclaré avoir donné rendez-vous avec l’histoire au lieutenant Gilbert Diendéré aujourd’hui général. « Quand j’ai vu Gilbert Diendéré, je lui ai dit qu’un jour, lui et moi on va se voir dans une clairière et on va s’assoir et se regarder », a déclaré Mousbilla Sankara.

Il faut noter que le Général Gilbert Diendéré était présent dans la salle en tant qu’accusé, au moment de la déposition de l’ancien ambassadeur.

Le juge ayant suspendu l’audience, elle reprendra demain 30 novembre 2021 avec les questions du parquet, de la partie civile et de la défense, à poser au témoin Mousbilla Sankara.

13h 51 – Procès Thomas Sankara : « Le 15 octobre 1987 a été une catastrophe » (Philippe Ouédraogo)

A la reprise du procès de l’assassinat du père de la révolution burkinabè et de ses 12 compagnons, le témoin Philippe Ouédraogo a été à la barre pour sa déposition.

Âgé de 79 ans, ce dernier a été ministre des équipements et des communications dans le premier gouvernement du Conseil national de la révolution (CNR) sous la bannière de son parti, le Parti africain de l’indépendance (PAI).

Selon lui, le jour de l’assassinat du président Thomas Sankara, il était à la Chambre de commerce pour une cérémonie. C’est de là-bas qu’il aurait entendu des tirs au niveau du Conseil de l’entente et vu des militaires se diriger vers la place de la révolution.

Selon Philippe Ouédraogo aujourd’hui ingénieur des mines à la retraite, 4 jours après l’assassinat de Thomas Sankara et de ses compagnons, Blaise Compaoré l’aurait reçu. Le nouvel homme fort du Burkina Faso à l’époque lui aurait fait savoir qu’il n’était pas au courant du Coup d’Etat. A en croire Philippe Ouédraogo, Blaise Compaoré lui aurait expliqué que le drame du 15 octobre 1987 a été une initiative des militaires du Centre National d’Entraînement Commando (CNEC) et que lui n’était au courant de rien, de même que le lieutenant Gilbert Diendéré.

Selon le témoin, Blaise Compaoré lui aurait dit qu’il était couché chez lui à la maison lorsqu’il a entendu les tirs. Croyant que c’était son domicile qui était attaqué, il serait même sorti en arme pour voir. Après avoir tenté de joindre la présidence et le conseil sans succès, il se serait rendu finalement au Conseil de l’entente aux alentours de 18 heures pour voir.

Mis devant le fait accompli, Blaise Compaoré aurait confié avoir décidé avec le commandant Jean Baptiste Lingani et Henry Zongo d’assumer l’acte posé par les éléments du CNEC. Par ailleurs, toujours selon Philippe Ouédraogo, Blaise Compaoré lui aurait expliqué certaines divergences qui existaient entre lui et le président Thomas Sankara. Comme divergences, le président du Front populaire aurait mentionné le fait que le président Thomas Sankara voulait créer un parti unique et dissoudre tous les autres partis.

Aussi, à en croire Philippe Ouédraogo, Blaise Compaoré lui aurait expliqué que le président ivoirien Félix Houphouet Boigny lui aurait fait don de 10 millions F CFA lors de son mariage. Le président Thomas Sankara aurait décidé que cette somme soit versée dans la caisse. Une proposition qui n’était pas du goût de Blaise Compaoré. Ce dernier aurait donc proposé au président de diviser l’argent en deux parties, c’est-à-dire entre lui et son épouse. Il verserait sa part dans la caisse. Une chose que le président Thomas Sankara aurait refusé.

Pour le témoin Philippe Ouédraogo, le président Thomas Sankara était le plus engagé dans la révolution et sa disparition brutale était une perte. « Sankara était beaucoup plus engagé dans la révolution que Blaise Compaoré. Il analysait vite. Il prenait les décisions vite et les faisait appliquer vite. Le 15 octobre a été une catastrophe« , a laissé entendre Philippe Ouédraogo.

24 novembre

16h. Suspendu le 22 novembre 2021, le procès de l’assassinat du président Thomas Sankara et de ses 12 compagnons a repris ce 24 novembre 2021.

A la barre, s’est présenté le témoin Victor Zongo pour la suite de sa déposition.

Après les questions des avocats de la partie civile et de la défense, le témoin a demandé la permission au juge pour se retirer afin de se rendre dans son village pour régler certaines affaires en tant que chef coutumier.

Le juge a donc appelé à la barre Ousseni Compaoré, ancien ministre de la sécurité de Roch Kaboré et commandant de la Gendarmerie au moment des faits.

Dans sa déposition, l’ancien commandant de la gendarmerie a indiqué que le 15 octobre 1987, il était chez lui jusqu’à ce que sa femme lui fasse savoir qu’il y avait des tirs au niveau du Conseil de l’Entente. Il dit avoir pris le véhicule de sa femme pour se rendre à la gendarmerie.

En partant, il dit avoir croisé un commando qui partait chez lui pour le tuer mais les militaires qui composaient le commando ne l’ont pas reconnu parce qu’il était dans le véhicule de sa femme.

Arrivé chez lui, les membres du commando auraient désarmé la garde qui y était et ont traumatisé sa famille, particulièrement sa fille, qui, après les faits avait tellement peur des militaires si bien qu’elle se mettait à paniquer à la vue d’une personne en tenue militaire.

A en croire l’ancien ministre de la sécurité de Roch Kaboré, arrivé à la Gendarmerie le 15 octobre 1987 après les tirs, il a trouvé les gendarmes en position de défense.

Il a reçu après la visite du commandant de la Région militaire de Ouahigouya qui lui a fait savoir qu’il allait se rendre au Conseil de l’Entente pour comprendre. « C’est après que j’ai appris qu’il a été arrêté », a indiqué Ousseni Compaoré.

Selon lui, se sentant en danger, il a fui pour se réfugier à Ouahigouya. « Le Général Kodjo Lougué a reçu un ordre de mission pour m’escorter à Ouagadougou avec obligation de me remettre au général Diendéré », a fait savoir Ousseni Compaoré.

Selon lui, il a été détenu 08 à 09 mois au Conseil de l’Entente sans jamais être auditionné.

Pour le témoin Ousseni Compaoré, le commando qui était venu pour le tuer était  venu du domicile de Blaise Compaoré.

A la question du juge de savoir pourquoi on lui en voulait, Ousseni Compaoré a indiqué qu’on lui en voulait sûrement par ce qu’on estimait qu’il était proche du président Thomas Sankara.

Par ailleurs, à en croire l’ancien commandant de la gendarmerie, le coup d’Etat contre le père de la révolution burkinabè était un plan bien ficelé impliquant certaines personnalités des pays voisins.

« Un certain nombre de chefs d’Etat soutenaient le coup de Blaise. Ça c’était formel. Nous avons eu des informations claires que le président Houphouët Boigny   a dit à Kambolé de laisser tomber parce qu’il a trouvé quelqu’un pour régler l’affaire », a fait savoir Ousseni Compaoré.

Selon le témoin, Kambolé Jean Claude était un capitaine de l’armée, homme politique qui était contre la révolution  dont il souhaitait la fin.

Contrairement à ce que veulent faire croire certains accusés, l’ancien commandant de la gendarmerie dit être certain que le coup d’Etat qui a coûté la vie au président Thomas Sankara, a été très bien préparé.

« Il y a des gens qui ont été identifiés à l’avance pour être éliminés. Même dans l’exécution, tout a été minutieusement préparé », s’est-il exprimé.

Son audition se poursuit avec les questions des avocats de la partie civile.

22 novembre

17h31. A la reprise de l’audience à 14h10, le témoin Patrice Ouédraogo a été appelé à la barre pour sa déposition. Maréchal des logis de la gendarmerie au moment des faits, Patrice Ouédraogo, aujourd’hui âgé de 70 ans, était l’adjoint de Douamba Boukary, responsable de la table d’écoute.

Dans sa déposition, il a indiqué, comme son prédécesseur, que les agents qui étaient en service à la table d’écoute ont reçu la visite de Jean Pierre Palm, accompagné d’un Blanc. Et celui-ci a demandé l’arrestation de Douamba Boukary, parce qu’il est « dangereux ». Deux gendarmes sont venus l’arrêter.

Après Patrice Ouédraogo, c’est le témoin  Victor Zongo qui s’est présenté à la barre. Adjudant-chef major de la gendarmerie à la retraire, il était maréchal des logis au moment des faits. Il est aujourd’hui chef d’un village avec le nom « Naaba Siida ».

Selon le témoin, le 15 octobre 1987, il était en service en tant que chef du secrétariat au centre de contre-espionnage de la gendarmerie. Il s’agit du même service que Douamba Boukary.

A son arrivée, selon lui, un collègue lui a fait savoir qu’un autre agent du service nom de Kola Tinga s’est rendu à la présidence pour remettre main à main au Président Thomas Sankara, un pli fermé avec une cassette. Selon lui, le pli en question portait la mention « Dénouement sanglant de la crise ce soir à 15h ».

Pour lui, le président Thomas Sankara a été  informé du coup d’Etat, mais il  a estimé qu’il était inévitable. « Le Président Sankara a été informé le matin. Il a dit que c’est imparable. Le président était fier de notre travail à tel point qu’il avait donné un chèque à Kola Tinga pour nous féliciter. (…) On avait 1 000 FCFA par mois comme frais de carburant »,  a indiqué Victor Zongo.

Dans sa déposition, le témoin a également indiqué que deux jours après les évènements du 15 octobre 1987, les chefs du service des renseignements ont été reçus par Jean Pierre Palm, qui n’était pourtant pas encore officiellement commandant de la gendarmerie. Ce dernier les aurait tenus pour responsables de ce qui était arrivé.

« Deux jours après, le colonel Jean Pierre Palm nous a reçus. Il a commencé par dire, ‘c’est vous les mounafica (les traitres). C’est à cause de vous que tout ça est arrivé’ », s’est-il exprimé. A écouter le témoin, l’agent qui est allé remettre le pli au président Sankara a dû se cacher afin de sauver sa vie, car il était recherché. « Ce n’est que quelques jours après qu’il est apparu, mais il était tourmenté », a fait savoir Victor Zongo.

C’était au tour  des avocats de la partie civile d’auditionner le témoin lorsque le juge a décidé de la suspension de l’audience. Elle reprendra le 24 novembre 2021.  

14h. L’audition des témoins au procès de l’assassinat du capitaine Thomas Sankara continue ce 22 novembre 2021 au tribunal militaire. Le témoin Arsène Bognessan Yé s’est prêté aux questions des avocats de la partie civile, avant de céder la barre au témoin Douamba Boukary.

Aujourd’hui âgé de 68 ans, l’adjudant-chef major de la gendarmerie nationale à la retraite travaillait dans le renseignement au moment des faits. Le jour de l’assassinat du capitaine Sankara et de ses compagnons, le témoin explique qu’il s’apprêtait à aller au sport lorsqu’il a entendu des coups de feu au niveau du Conseil de l’Entente.

Il affirme alors être reparti rapidement chez lui pour se mettre en tenue militaire afin de venir défendre la caserne en cas d’une éventuelle attaque. Selon le témoin, quelques jours après les évènements, à la table d’écoute, il a reçu la visite de Jean Pierre Palm, accusé à ce procès, accompagné d’un homme blanc, un Français, selon lui.

Après inspection du matériel d’écoute, l’accompagnateur de Jean Pierre Palm a demandé qu’il soit arrêté. « En partant, le Blanc a dit en m’indexant : ‘il faut arrêter celui-là. Il est dangereux !’. Quelques jours après, on m’a arrêté sans que je ne sache pourquoi », a ajouté Douamba Boukary.

A écouter le témoin, il a été arrêté et conduit à la Salle C située au niveau du Conseil de l’Entente. Il dit y avoir vu Jean Pierre Palm et Djibrill Bassolé.

Appelé à nouveau à la barre pour se prononcer sur la déposition du témoin Douamba Boukary qui l’incrimine, Jean Pierre Palm dit ne pas être au courant de l’arrestation du témoin. Il dit d’ailleurs n’avoir jamais donné l’ordre et n’a jamais su que celui-ci avait été arrêté.

« Aucun blanc ne peut venir au Burkina Faso pour arrêter un gendarme », a déclaré Jean Pierre Palm. « Je suis étonné de cette déclaration de dire qu’il n’était pas au courant de mon arrestation. Le jour de l’accouchement, il n’y a pas de honte. Il faut dire la vérité », a rétorqué Douamba Boukary.

Après les questions des avocats de la partie civile et de la défense au témoin, le juge a suspendu l’audience. Elle reprendra avec la déposition d’un autre témoin.


18 novembre

17h15. Pr Etienne Traoré : « Félix Houphouët-Boigny n’était pas du tout content de notre révolution »

A la suite de Jean Marc Palm, le Pr Étienne Traoré, également témoin, a fait sa déposition. Il a expliqué à la barre, qu’après les évènements du 15 octobre 1987, il a été reçu par Blaise Compaoré le 16 octobre au sein du Conseil de l’Entente.

« Il m’a tiré à côté. On était tout seul dans la salle. Il (Blaise Compaoré, ndlr) m’a dit qu’hier, il y a eu des problèmes. Il était en survêtement et pas particulièrement malheureux. Il m’a dit qu’hier, il y a eu des problèmes, ils se sont tirés dessus et Sankara est mort », narre Etienne Traoré.

Dans sa déposition, le témoin indique qu’il était « persuadé que la version de Blaise Compaoré était vraie ». Suivant cette logique, il a collaboré avec le Front populaire en effectuant des voyages notamment au Sénégal et en France pour « expliquer » les circonstances du drame.

Il explique que Blaise Compaoré lui a confié, à propos du Coup d’Etat, que « Gilbert Diendéré a levé la main et les gens ont cru qu’il a donné l’ordre d’attaquer. C’est ce que Blaise Compaoré m’a dit ». De ce fait, selon le témoin, « je pensais que c’était accidentel et par la suite, j’ai appris que c’était prémédité », fait constater le Pr Etienne Traoré. « Ce dont je suis sûr, Blaise Compaoré avait son idée dans la tête et il attendait l’occasion », ajoute-t-il.

Des « tensions » qui auraient existé entre Blaise Compaoré et Thomas Sankara, le témoin explique n’en avoir pas eu vent. « C’est vers la fin que j’ai appris qu’il y a avait des problèmes entre les deux », relate-t-il. Mais durant son audition, Me Prosper Farama a amené le témoin à reconnaitre sa participation à la rédaction de certains tracts qui ont contribué à envenimer la situation politique.

Selon le Pr Etienne Traoré, il y a avait deux types de tracts. « Les tracts orduriers » dont il attribue la paternité à Salifou Diallo et « des tracts plus polis ». Pour ce second type, le témoin avoue sa participation. « J’avoue que j’étais au courant ». En sus de cet aveu, le témoin reconnait avoir « donné des idées » lors de la rédaction de la « deuxième déclaration du Front populaire » après l’assassinat de Thomas Sankara.

Au cours de sa déposition, le témoin a également fait cas de l’implication de leaders de pays étrangers dans la chute de la révolution burkinabè. « Eyadéma Gnassingbé était au courant de ce qui se passait au Burkina Faso (…) Félix Houphouët-Boigny n’était pas du tout content de notre révolution. Il n’aimait pas Thomas Sankara et voulait s’en débarrasser (…) Chantal Compaoré était en mission. Blaise Compaoré avait une fiancée. Il l’a laissé sans explication pour épouser Chantal. Elle a joué un rôle dans la détérioration de la relation entre Blaise Compaoré et Thomas Sankara », relate Etienne Traoré.

Après la déposition du témoin Traoré, le Dr Bongnessan Arsène Yé a été appelé à la barre. Le médecin militaire s’est présenté comme « le médecin personnel de Thomas Sankara » a avoué qu’ « il y a avait des insuffisances dans la conduite de la révolution », mais regrette la manière « barbare » dont les choses se sont terminées.

Selon ce témoin, c’est au lendemain des événements du 15 octobre 1987 qu’il s’est rendu au Conseil de l’Entente pour « parler au capitaine Blaise Compaoré » et a pu écouter la « version » de celui-ci. « Il m’a dit qu’il y a eu un affrontement entre les deux gardes qui a conduit à la mort de Thomas Sankara. Il s’agissait de l’arrêter et ça a mal tourné. C’est ce que Blaise Compaoré m’a dit », relate le Dr Bongnessan Arsène Yé.

L’audition de ce témoin a été écourtée. La partie civile et la défense ont demandé plus de temps pour préparer leurs interventions. La séance a alors été suspendue et reprendra le lundi 22 novembre 2021.

11h10. Le témoin Jean Marc Palm charge Boukary Kaboré dit Le Lion

Dans sa déposition à la barre, Boukary Kaboré dit Le Lion avait affirmé que les tracts « orduriers » distillés dans la ville de Ouagadougou avant le coup d’Etat d’octobre 1987 été imprimés chez Jean Marc Palm. Il avait d’ailleurs indiqué qu’une équipe de la gendarmerie avait pris les auteurs en flagrant délit. Ce jeudi 18 octobre 2021, l’incriminé, également témoin s’est défendu.

« Boukary Kaboré est un piteux menteur. Je n’ai jamais été mêlé à ces histoires de tracts. La gendarmerie est là. Demandez si sous le CNR j’ai été perquisitionné. Il ment. Je trouve écœurant ces genres de propos », a lâché le témoin Jean Marc Palm, par ailleurs frère aîné de l’accusé Jean Pierre Palm.

Mais le parquet, prenant la parole, a rappelé au témoin que Le Lion n’est pas le seul à l’incriminer sur ces faits.

Au début de sa déposition, au regard du lien de parenté avec l’un des accusés, le témoin Jean Marc Palm n’a pas été invité à faire un serment.

Ainsi, narre-t-il, au moment des faits, du coup d’Etat d’octobre 1987, il était en fonction à Bobo-Dioulasso. De son avis, il y avait des tensions internes débattues au sein du Conseil national de la révolution(CNR). Mais précise-t-il, « ce sont les tensions hors du CNR » qui ont mis le feu aux poudres. Il s’agit notamment, explique-t-il, d’une divergence de vision politique et idéologique entre Thomas Sankara et Blaise Compaoré.

Des accusations de déviation droitière portées contre Thomas Sankara, le témoin Jean Marc Palm fait savoir qu’elles n’étaient pas fondées. « Il y a eu des dérives, mais de telles accusations, je ne pense pas que c’était la réalité ». Il ajoute par ailleurs que le communiqué lu par le Front populaire au soir du 15 octobre 1987 n’a pas recueilli son assentiment.

A noter que le témoin Jean Marc Palm a été membre du CNR avec son parti, le Groupe communiste burkinabè (GCB) durant une année. Après la chute du CNR, Jean Marc Palm a été ministre des affaires étrangères de Blaise Compaoré à partir de « fin octobre 1987 ». A ce titre, il a effectué plusieurs missions dont certaines en France pour, dit-il, « expliquer les circonstances du coup d’Etat et non justifier le coup d’Etat ».

L’audience se poursuit.

17 novembre

18h. Avènement du 15-Octobre 1987 : Certains révolutionnaires étaient « pressés de manger »

Le Colonel Pierre Ouédraogo, secrétaire national des Comités de défense de la Révolution (CDR) au moment des faits a été appelé ce mercredi 17 novembre 2021 en qualité de témoin.

Même si n’ayant pas été « témoin oculaire » des évènements du 15 octobre 1987, le Colonel Pierre Ouédraogo a néanmoins fait sa déposition à la barre faisant cas de la « tension » qui existait avant le drame car « des tracts étaient jetés » pour « salir » des leaders du Conseil national de la révolution (CNR). A écouter le témoin, lors d’une réunion qui a eu lieu avant le 15 octobre 1987, Thomas Sankara aurait fait une déclaration qui a glacé l’assemblée. « Thomas Sankara a déclaré que Blaise Compaoré peut prendre le pouvoir quand il voulait », se rappelle le témoin.

Mais après le drame du 15 octobre, narre le témoin, notamment le 17 octobre 1987, il a été mis aux arrêts et détenu au sein du Conseil de l’Entente du « 17 octobre 1987 au 17 mai 1988 ». Des commanditaires de son incarcération, le témoin est clair. « Je ne vois pas qui peut prendre cette décision si ce n’est Blaise Compaoré ».

Lors de sa déposition, les avocats de la partie civile, dans leurs questions adressées au témoin ont levé un coin de voile sur le complot international dans l’assassinat de Thomas Sankara à savoir si des positions défendues par le père de la révolution burkinabè ont pu heurter des personnes à l’international. Selon l’ancien patron des CDR, « La révolution burkinabè dérangeait l’ordre établi ». Ainsi, se rappelle-t-il, des missions avaient été envoyées dans les pays voisins pour les « rassurer ».

« En France, la Gauche était avec nous. Mais la Droite nous voyait comme une menace pour le pré-carré », relate le secrétaire national des Comités de défense de la Révolution (CDR). Par ailleurs, se l’avis de Pierre Ouédraogo, la révolution burkinabè avait maille à partir avec Mohamad Kadhafi, leader libyen au moment des faits. « Mohamad Kadhafi voulait installer sa légion étrangère à Kamboissin et Thomas Sankara était contre (…) On savait qu’il pouvait attaquer un autre pays à partir du Burkina Faso (…) J’ai eu des discussions directes avec Kadhafi. Son intention était qu’on applique le Livre Vert. On a toujours eu des divergences.  », narre le témoin.

Selon Pierre Ouédraogo, l’intransigeance de Thomas Sankara dans la conduite de la politique extérieure du Burkina Faso pourrait avoir heurté des leaders étrangers.

A la suite du Colonel Pierre Ouédraogo, le Pr Basile Guissou, ministre sous la Révolution durant 4 années, a fait sa déposition. Au moment des faits, le témoin explique avoir déjà quitté le gouvernement et le Conseil national de la révolution (CNR). Mais il relate qu’avant les évènements du 15 octobre 1987, « la tension politique était réelle ». Il explique que certains révolutionnaires étaient « pressés de manger » d’où la formation de deux camps : « la révolution et la contre-révolution ».

Le Pr Basile Guissou n’a pas non plus été témoin oculaire de l’assassinat de Thomas Sankara, mais explique qu’au regard de la tension entre les deux têtes du CNR, il a conseillé à Thomas Sankara, « le 7 octobre 1987 » de discuter de vives voix avec Blaise Compaoré. « Thomas Sankara m’a dit qu’il était trop tard », se remémore le témoin.

Sur les jours suivants le coup d’Etat d’octobre 1987, après quelques jours de clandestinité, le témoin relate avoir été arrêté et emprisonné « de décembre 1987 à mars 1988 » à la Brigade de prévention routière (BPR). « On m’a frappé, torturé chaque soir. C’est le commandant Jean Pierre Palm supervisait les tortures avec sa gauloise en main », avance le Pr Basile Guissou.

Cité par le témoin, l’accusé Jean Pierre Palm a été appelé pour une confrontation. Le commandant Jean Pierre Palm, face au témoin qui l’indexe, a catégoriquement nié les faits. « Je n’ai jamais ordonné de torturer qui que ce soit, ni assisté à des séances de tortures. Le commandant de la BPR est toujours vivant, on peut l’appeler. Quand on est sur le banc des accusés, on devient comme une poubelle », s’est défendu l’accusé.

Sur ces entrefaites, la séance a été suspendue peu après 16h pour reprendre le jeudi 18 novembre 2021 avec d’autres témoins au procès Thomas Sankara et 12 autres.

11h. Assaut de Koudougou : « Alain Laurent Bonkian, patron et Gaspard Somé, exécutant » selon Boukary Kaboré dit Le Lion

Pendant sa déposition, le témoin Boukary Kaboré dit Le Lion a été invité par Me Guy Hervé Kam, avocat de la partie civile, à revenir sur les évènements de Koudougou, après le drame du 15 octobre 1987. Selon Me Kam, dans l’entendement populaire, l’assaut de Koudougou a eu lieu parce que Le Lion aurait affirmé que lui et ses hommes étaient en résistance.

Mais de l’avis du témoin, s’il était en « rébellion », à partir de Koudougou, il lui aurait valu « 48 heures pour rentrer à Ouagadougou », dit-il avant de détailler les faits.

Selon Boukary Kaboré dit Le Lion, après les évènements au Conseil de l’Entente, certains de ses éléments du Bataillon d’intervention aéroporté (BIA) de Koudougou étaient décidés à monter sur Ouagadougou. Au niveau du camp, des « débats » ont eu lieu et finalement, Le Lion a convaincu ses hommes à « déposer les armes ».

« Quand j’ai appris que le Président était mort, je suis sorti leur dire que si nous nous entretuons, ça n’allait pas être bon pour le pays. J’avais dit à mes éléments de déposer les armes », a déclaré le témoin.

Plus loin, il précisera le contexte dans lequel une de ses phrases a été sortie de son contexte. Les jours suivant le coup d’Etat d’octobre 1987, Le Lion a accordé une interview à un journaliste. « J’ai oublié son nom« , dit-il. « A la fin de l’interview, le journaliste m’a demandé : ‘Et si malgré votre patience, on venait à vous attaquer ?’. J’ai répondu que je combattrai jusqu’à ma dernière cartouche. C’est ce bout de phrase qu’ils ont pris pour médiatiser »., explique le témoin qui précise que 11 de ses éléments ont été par la suite « inutilement et gratuitement tués » à Koudougou.

« Les 11 morts, c’était après l’assaut de Koudougou », a ajouté le témoin. Rappelons que l’assaut de Koudougou a eu lieu le 27 octobre 2021 et selon Boukary Kaboré, c’est « un civil » qui a été tué suite à l’explosion d’un obus. Des commanditaires de cet assaut, Le Lion est catégorique. « Le travail, c’est Alain Laurent Bonkian, patron et Gaspard Somé, exécutant ». Le témoin ajoutera que lors de cet assaut, il n’était pas présent. L’audience se poursuit.

9h00. Boukary Kaboré dit Le Lion poursuit sa déposition

Le témoin appelé le mardi 16 novembre 2021, poursuit sa déposition à la barre, ce mercredi 17 novembre.

16 novembre

15h50.

« Le 15 octobre a été minutieusement préparé et savamment orchestré » (Boukary Kaboré dit Le Lion)

A la suite du Colonel-major à la retraite Daouda Traoré, c’est Boukary Kaboré dit Le Lion, commandant du Bataillon d’intervention aéroporté (BIA) au moment des faits qui a fait sa déposition à la barre à la reprise de l’audience à 14h. Mais avant, le témoin a fait quelques observations.

L’une est liée au refus de l’enregistrement et de la diffusion du procès. Selon Boukary Kaboré dit Le Lion, enregistrer le procès est « une question de crédibilité du tribunal militaire« .

La seconde observation a trait au nombre de personnes mortes citées dans le dossier. En plus de Thomas Sankara et des 12 autres, le témoin a préconisé d’y ajouter les noms de 11 de ses éléments « tués à Koudougou », de Vincent Sigué et de Michel Kouama.

La troisième et dernière observation, Le Lion demande au Tribunal à ce que les corps de Thomas Sankara et de ses compagnons exhumés pour les besoins de l’enquête soient « renterrés ». « On ne joue pas avec un mort », a-t-il insisté.

Revenant sur les évènements du 15 octobre 1987, Le Lion est catégorique. « Il y a eu des préparatifs. Le 15 octobre a été minutieusement préparé et savamment orchestré. Il n’était pas question d’arrêter Thomas Sankara ».  Et selon le témoin, c’est Blaise Compaoré qui « pilotait les choses avec ses amis civils ».

Dans son intervention, Le Lion indique avoir su que quelque chose se préparait contre Thomas Sankara et ce dernier était aussi informé. Il avait alors pris l’initiative « d’arrêter » Blaise Compaoré. « Thomas Sankara m’a dit que si je touchais un poil de Blaise Compaoré,  il n’allait plus m’adresser la parole jusqu’à la fin de sa vie », se rappelle le témoin.

Par la suite, en collaboration avec Jerry Rawlings, décision avait été prise de faire venir Thomas Sankara au Ghana pour lui sauver la vie. « Thomas a dit qu’il préférait mourir ici que de vivre en exil », narre le témoin qui précisera par la suite qu’une autre solution a été proposée pour désamorcer la situation.

« Le 10 octobre 1987, je l’ai appelé à Koudougou et je lui ai proposé de démissionner en remettant le pouvoir au numéro 2, Blaise Compaoré. Dans 72 heures, il y aura un soulèvement populaire et on va repartir avec tout le monde. Thomas était d’accord », a indiqué Boukary Kaboré. Mais tout ne se serait pas passé comme prévu.

A propos du drame du 15 octobre 1987, après les évènements, téléphoniquement, il a pu contacter le Conseil de l’Entente et a eu un échange avec Blaise Compaoré. « J’ai demandé : ‘où est Sankara ?’. Blaise m’a lâché froidement : ‘je ne voulais pas le tuer, je voulais l’arrêter’ ».

Selon le témoin, Thomas Sankara savait ce qui devait arriver. « C’est nous on forçait, sinon il ne voulait même plus de gardes du corps », a fait savoir  Bakary Kaboré dit Le Lion. Dans sa déposition, Boukary Kaboré a indiqué que deux témoins peuvent corroborer ses dires. Il s’agit d’un de ses sous-officiers au moment des faits et son chauffeur. La partie civile a demandé au tribunal d’inscrire les personnes citées en qualité de témoin. Le Tribunal a accédé à la demande. L’audience a été suspendue peu après 16h pour reprendre le mercredi 17 novembre 2021.

12h40. « Blaise Compaoré voulait prendre le pouvoir » (Témoin)

En l’absence de Abdoul Salam Kaboré, premier témoin appelé, c’est le Colonel-major à la retraite Daouda Traoré qui a fait sa déposition à la barre en qualité de témoin après avoir prêté serment, ce mardi 16 novembre 2021.

Selon les explications du Colonel-major à la retraite Daouda Traoré, avant les évènements du 15 octobre 1987, « il y avait des tracts orduriers qui circulaient contre le président du Faso (Thomas Sankara, ndlr). La tension montait et on avait quelques inquiétudes », explique-t-il. Aussi poursuit-il, « des gens pensaient que Blaise Compaoré était derrière ces actions ».

En sa qualité de membre de la Commission de contrôle et de vérification, un organe du CNR (Conseil national de la révolution, ndlr), une réunion a été tenue « le 12 ou 13 octobre 2021 », se remémore Daouda Traoré, « pour dire à Blaise Compaoré de prendre la parole publiquement le jeudi 15 octobre lors d’un meeting à la mine de Poura pour démentir les rumeurs et réaffirmer sa fidélité au Président Thomas Sankara », narre le témoin.

Au cours de la réunion qui a eu lieu, selon le témoin « le 12 ou 13 octobre 1987 », Blaise Compaoré a eu des mots d’apaisement. « A cette réunion, Blaise Compaoré a dit qu’il ne prendrait jamais une brindille contre Thomas Sankara »,  selon le membre de la Commission de contrôle et de vérification, « les problèmes étaient résolus ».

Étant affecté à Fada N’Gourma, Daouda Traoré devait rejoindre son poste le 15 octobre 1987, jour du drame qui l’a trouvé dit-il, « à la SOCOGIB » où il négociait la sous-location de sa villa de Ouagadougou vu qu’il devait déménager avec toute sa famille. Après les tirs, le témoin affirme avoir rejoint le Conseil de l’Entente avec son garde du corps. « Nous avons garé à l’hôpital Yalgado Ouédraogo, passé par le lycée Bogodogo. J’ai envoyé mon garde du corps prévenir de mon arrivée. Il a été maîtrisé et j’ai essuyé des rafales. J’ai alors fait demi-tour, j’ai fait les murs pour rejoindre mon véhicule », se rappelle le témoin.

Aussi poursuit-il, « quand j’ai entendu la proclamation, je n’en revenais pas. On insultait le président Thomas Sankara ». Par la suite, le témoin explique avoir tenté de rentrer en contact téléphoniquement avec les éléments au Conseil de l’Entente. « Diendéré m’a passé Lingani qui m’a passé Blaise Compaoré. Quand Blaise a pris le téléphone, il m’a dit : ‘malheureusement Sankara est mort’.  Quand il a dit ça, j’ai crié   ‘qui a tué Sankara’.  Blaise m’a dit  ‘Non, calme-toi, nous aussi on a perdu beaucoup de camarades. La révolution va continuer. Il faut que vous m’aidiez’ et il a raccroché », raconte le Colonel-major à la retraite Daouda Traoré.

Au lendemain des événements, le 16 octobre, le témoin affirme avoir contacté téléphoniquement Blaise Compaoré pour lui signaler son envie de rejoindre son poste d’affection à Fada N’Gourma. « Il m’a dit non. Ne bouge pas. Ne pars pas à Fada. C’est bien après que j’ai appris que je devais être assassiné à Fada », raconte-t-il.

Après la mort de Thomas Sankara, selon le témoin, il a été invité par Blaise Compaoré à rejoindre le Front populaire. « J’ai dit que je ne peux pas pour l’instant », narre Daouda Traoré. Suite à ce refus, il a été détenu 6 mois durant au sein du Conseil de l’Entente, pour « complicité passive au complot de 20 heures » et a retrouvé la liberté le 25 mars 1988. Il a par la suite été radié, dit-il, des rangs de l’armée burkinabè.

9h45. A la reprise de l’audience ce mardi 16 novembre 2021, le tribunal a appelé à la barre, Ouédraogo Tibo, colonel à la retraite, en service à l’EMC (Escadron motocyclistes commando, ndlr) au moment des faits. Mais celui-ci est absent.

Pour cause, malade, un certificat de repos allant jusqu’au 17 novembre lui a été délivré. « Le jeudi (11 novembre, 2021, ndlr), il était là alors que ce n’est pas une salle de repos ici. Nous allons devoir poursuivre quitte à le prendre en temps opportun », a déclaré le juge Urbain Méda.

Notons que l’accusé Ouédraogo Tibo est poursuivi pour complicité d’attentat à la sûreté de l’Etat.

Une suspension de séance de 5 minutes a été observée à 9h 35 afin d’entendre les témoins.

15 novembre

16h 40. Belemlilga Albert Pascal : « Entre temps, l’armée m’a dégouté »

A la reprise de l’audience peu après 11 heures, Belemlilga Albert Pascal a été auditionné tour à tour par le parquet militaire, la partie civile et certains avocats de la défense. Mais l’accusé est resté sur ses déclarations sans trop de variations.

Vers la fin de son audition, le Président du Tribunal, Urbain Méda lui a donné la parole pour son dernier mot. « Ça n’a pas été intéressant pour moi d’apprendre la mort de Thomas Sankara. Pour moi, entre frères d’armes, ça ne devait pas se terminer comme ça. Entre temps, l’armée m’a dégouté mais je me suis ressaisi. Depuis combien d’années on se tire entre nous ? Qu’est-ce que les civils vont penser de nous ? », a déclaré l’accusé Belemlilga Albert Pascal avant de céder sa place à Démé Djakalia.

Poursuivi également pour complicité d’attentat à la sureté de l’Etat, Démé Djakalia, à l’entame de son audition à 14h 09, a indiqué ne pas reconnaitre les faits qui lui sont rapproché. Narrant sa journée du 15 octobre 1987, l’accusé fait savoir qu’il était bel et bien présent au sein du Conseil de l’Entente vu qu’il faisait partie de l’équipe de volley-ball au même titre de Belemlilga Albert Pascal.

« On a entendu les tirs. Après le cessez-le-feu, on s’est levé, on est allé vers notre unité. Les collègues se préparaient pour la sortie. C’est là que le chef Bernard Kaboré, nous a intimé de nous changer pour rejoindre le FIMATS (Force d’intervention du ministère de l’Administration territoriale et de la Sécurité, ndlr) », a déclaré Démé Djakalia expliqué à la barre. Par « on », l’accusé fait référence à Belemlilga Albert Pascal, personne avec laquelle il a évolué vers son unité.

Au cours de son audition, aux dires de l’accusé, il y est allé au FITMATS pour « sécuriser la population » tout en reconnaissant avoir fait des patrouilles. Mais selon lui, les missions effectuées n’ont pas aidé à consolider le coup d’Etat.

L’audience a été suspendue à 16heures et reprendra le mardi 16 novembre 2021 à 9heures.

11h. Belemlilga Albert Pascal plaide non coupable

L’accusé Belemlilga Albert Pascal, poursuivi pour complicité d’attentat à la sûreté de l’Etat dans le dossier Thomas Sankara et 12 autres, a plaidé non coupable ce lundi 15 novembre 2021 à 9h 10 minute, à la reprise du procès.

Revenant sur sa journée du 15 octobre 1987, l’accuse explique qu’il était au terrain du sport de volley-ball au sein de Conseil de l’Entente lorsque les tirs sont survenus. « On a tous fait plaquage au sol avant de rejoindre nos unités », narre-t-il. Son chef lui aurait donné l’ordre de se mettre en tenue de combat afin de rejoindre « le camp CRS » de Gounghin.

De là, explique l’accusé Belemlilga Albert Pascal, une mission de « reconnaissance » et de « sécurisation de la ville de Ouagadougou » lui a été confiée. Lors de sa mission, narre l’accusé, il a rencontré Somé Gaspard à Kolog-Naaba. « C’est Somé Gaspard qui m’a dit que Thomas Sankara est mort. Je n’étais pas content. Il m’a dit aussi qu’il a tué son chef de corps », a déclaré l’accusé.

Mais des zones de doutes ont été soulevées concernant la présence même de l’accusé à Ouagadougou puisqu’il était en service à Pô au moment des faits. Des explications de Belemlilga Albert Pascal, il était présent à Ouagadougou pour un tournoi de volley-ball.

Au tour du parquet, le procureur militaire a estimé que l’accusé a joué un rôle dans la prise du camp CRS qui était « pro-sankara ». Toute chose que l’accusé nie. « Je n’ai jamais tiré un coup de feu le 15 octobre 1987 » se défend-il.

La séance a été suspendue pour 5 minutes alors que le procureur militaire avait la parole.

11 novembre 2021

14h 51. Le Général Gilbert Diendéré explique sa fidélité à sa tenue léopard

A la reprise du procès après la suspension ordonnée par le juge Urbain Méda, les avocats de l’accusé Gilbert Diendéré ont continué à auditionner leur client.

C’est ainsi que ce dernier a été interrogé sur sa fidélité à sa tenue militaire, léopard, celle que portaient l’ex Régiment de sécurité présidentielle de l’ex président Blaise Compaoré.

« La tenue que je porte, c’est ce qu’on appelle la tenue léopard. La tenue léopard avait été introduite par Thomas Sankara. Elle a été améliorée après par Blaise Compaoré. En portant cette tenue, je me fais le descendant de ces deux personnalités pour qui j’ai beaucoup de respect. Et si on dit que c’est une tenue de combat, en portant cette tenue léopard, je montre que je suis prêt à aller au front s’il le faut », a expliqué le Général Diendéré.

Après des séries de questions à leur client, les avocats de l’accusé ont tiré la conclusion selon laquelle, « le parquet militaire colle des infractions au général Gilbert Diendéré sans la moindre preuve ».

« Jusqu’à présent, les gens ne font que des hypothèses, des supputations. Nous sommes dans un procès, lorsque vous accusez une personne à aider ou à attenter à la vie d’un chef de l’Etat et 12 de ses compagnons, vous devez apporter des éléments qui démontrent qu’il a participé à un complot. Depuis 3 jours, les questions qui lui sont posées sont pourquoi vous n’avez pas fait ceci ou pourquoi n’avez pas fait cela après que vous ayez su que le président Thomas Sankara et ses 12 compagnons ont été froidement assassinés. Ça, ce n’est pas une infraction. Quand on parle d’infraction, on vous reproche d’avoir posé des actes », s’est exprimé Me Abdoul Latif Dabo.

De son côté, le ministère public a une fois de plus rejeté les réponses du Général Gilbert Diendéré en laissant entendre que la responsabilité pénale de ce dernier est bel et bien établie dans le cadre du coup d’Etat du 15 octobre 1987.

Comme le ministère public, la partie civile dit également être certaine que le Général Gilbert Diendéré a été un acteur dans les événements malheureux du 15 octobre 1987. « Nous avons suffisamment démontré hier [Ndlr: le 10 novembre 2021] quelle était sa responsabilité. Nous allons continuer de le montrer avec les témoins qui viendront à la barre pour montrer comment et combien, toute sa défense est basée sur des contre-vérités. Nous sommes sereins. Il pense pouvoir s’en sortir, mais nous avons l’assurance que les témoins viendront le confondre davantage », a laissé entendre Me Ambroise Farama.

Le procès a été suspendu par le juge Urbain Méda. Il reprendra le lundi 15 novembre 2021 avec l’audition de l’accusé Belemlilga Albert Pascal. Ce dernier est poursuivi pour complicité d’attentat à la sûreté de l’Etat.

Le tribunal a également exigé que certains témoins cités dans le dossier, se présentent lors de la reprise du procès.

11h 58. Procès Thomas Sankara : 3e jour d’audition du Général Gilbert Diendéré

Débuté depuis le 09 novembre 2021, l’audition du Général Gilbert Diendéré, accusé d’attentat à la sûreté de l’Etat, complicité d’assassinat, recel de cadavres et subornation de témoins se poursuit toujours.

Pendant son interrogatoire le 10 novembre 2021, après une question d’un avocat de la partie civile sur la responsabilité réelle du Général Gilbert Diendéré dans le forfait du 15 octobre 1987 en tant que responsable de la sécurité du Conseil de l’entente, le juge Urbain Méda avait rebondi pour attirer l’attention du parquet militaire sur la question de l’avocat.

En effet, le procureur avait demandé au ministère public de revenir à la charge pour situer la responsabilité de Gilbert Diendéré dans le coup d’état, objet de son accusation, entant que chef de corps adjoint du centre national d’entraînement commando (CNEC) et responsable de la sécurité du Conseil de l’entente.

A la reprise du procès ce 11 novembre 2021, alors que c’était autour de ses avocats de l’auditionner, c’est le parquet qui a eu droit à la parole pour poursuivre l’audition de l’accusé.

Les questions du ministère public au général Diendéré ont tourné toujours autour du fait que ce dernier qui dit n’être au courant de rien, n’ait pas pris de sanction contre non seulement ceux qui ont commis le forfait du 15 octobre 1987 mais également ceux qui n’ont rien fait pour l’empêcher notamment les militaires chargés de la sécurité du Conseil de l’entente.

Le Général Diendéré dit n’avoir pas pris de sanctions contre les responsables du forfait parce que lui, à l’époque n’était que le chef de corps adjoint du CNEC. A l’en croire, ce n’était pas à lui de prendre les sanctions si son supérieur hiérarchique notamment Blaise Compaoré ne l’a pas fait.

Pour le procureur militaire, le Général Diendéré pouvait prendre les sanctions à sa propre initiative. Il estime d’ailleurs que « l’adjoint d’un chef de corps a les mêmes attributions que son supérieur« . Une déclaration qui a fait sourire le Général. « Je voudrais dire à madame le procureur de retourner à ses documents parce qu’elle ne maîtrise pas la chose militaire. Le commandement s’exerce à une personne. C’est le chef de corps qui commande. L’adjoint est là pour le suppléer. J’ai exercé moi les fonctions de chef de corps adjoint. J’ai exercé moi les fonctions de chef de corps. Je sais de quoi je parle« , a lancé le Général Diendéré.

Comme il a indiqué après avoir plaidé non coupable pour tous les faits qui lui sont reprochés, le Général Gilbert Diendéré est resté sur sa ligne de défense face à toutes les questions du ministère. Il n’était au courant de rien, selon lui.

Au tour des avocats de la défense d’auditionner l’accusé, c’est Me Paul Kéré, avocat du Général Gilbert Diendéré qui a pris la parole.

« Avant tout propos, j’aimerais m’incliner sur la mémoire du Président Thomas Sankara. J’aimerais m’incliner sur la mémoire des 12 autres décédés. J’aimerais dire à madame Sankara ici présente qu’il y a des Sankaristes parmi les avocats de la défense« , a déclaré Paul Kéré.

Par ailleurs, l’avocat a demandé aux avocats de la partie civile et au parquet de s’en tenir aux faits du 15 octobre 1987 et non d’essayer de s’en éloigner.

Le procès a été suspendu. Elle reprendra dans 15 minutes.

10 novembre 2021

17h.Gilbert Diendéré refuse de parler de l’attaque menée contre le camp de Boukari Kaboré dit le Lion

L’audition du Général Gilbert Diendéré s’est poursuivie toute la journée de ce 10 novembre 2021.

Accusé d’attentat à la sûreté de l’État, complicité d’assassinat, recel de cadavres et subornation de témoins, l’ex patron de la sécurité présidentielle de Blaise Compaoré ne reconnaît pas les faits. Depuis le début de son audition ce 09 novembre 2021, il a indiqué au juge, au parquet militaire et aux avocats de la partie civile, qu’il n’était au courant de rien et qu’il avait été mis devant le fait accompli.

Pour les avocats de la partie civile, la stratégie de défense adoptée par le Général, est celle que ce dernier a toujours adoptée dans tous les dossiers judiciaires dans lesquels il a été cité.

« Le Général Diendéré est dans une logique de défense qui tend à dire qu’il n’était au courant de rien pourtant les faits sont suffisamment têtus. (…) Il y a bien de témoins qui confirment qu’il était bien présent au sein du Conseil de l’Entente au moment des tirs. D’ailleurs un des témoins viendra, qu’il était bien présent et qu’il l’avait rencontré au moment des tirs au Conseil de l’entente contrairement à ce qu’il tente de faire croire, qu’il était au terrain de sport », a affirmé Me Ambroise Farama au micro de Faso7 à sa sortie de la salle d’audience.

Par ailleurs selon l’avocat de la partie civile, le Général Gilbert Diendéré n’a aucun témoin pour attester de sa présence au terrain de sport de l’ENAM au moment des tirs.

Aussi, sur le fait qu’aucune personne n’ait tenté d’apporter des soins au président Thomas Sankara et ses camarades, qui « pouvaient être toujours en vie » après les tirs, Me Ambroise Farama a indiqué que c’est le Général Diendéré en personne qui a empêché l’infirmier du Conseil de l’Entente de s’approcher du président Thomas Sankara et de ses camarades qui baignaient dans leur sang.

« Lorsque l’infirmier de la présidence entend les coups de feu, qu’il accourt avec son matériel de secours d’urgence, c’est encore le Général Diendéré qui l’empêche d’intervenir », a fait savoir l’avocat.

De son côté, Me Guy Hervé Kam, un autre avocat de la partie civile, pense que le Général Gilbert Diendéré refuse de dire la vérité.

« Ça saute aux yeux que le Général ne veut pas parler. Toutes les personnes que le Général a vu le jour des faits, sont mortes. Même si ces personnes étaient avec des gens qui sont vivants, il ne les a pas vus ou bien, il ne les a pas reconnus. C’est une stratégie qui ne paye pas et nous sommes convaincu que le tribunal l’a remarqué aussi », a expliqué l’avocat.

Le Général Diendéré lors de son audition le 09 novembre 2021, avait indiqué que c’est l’ancien Premier ministre Yacouba Isaac Zida qui a facilité la fuite de l’accusé Hyacinthe Kafando. En revenant sur cette question, l’un des avocats de la partie civile notamment Me Olivier Badolo lui a posé la question de savoir qui a aidé Blaise Compaoré, également accusé, à quitter le pays. « Je pense que vous étiez ici en 2014. Vous avez vu comment les choses se sont passées« , a répondu le Général Gilbert Diendéré à l’avocat.

« Non je n’étais pas là. J’étais au Canada« , a rétorqué Me Olivier Badolo.

« Même si vous n’etiez pas là, vous suiviez l’actualité du pays. (…) Je ne peux pas répondre à ça », a finalement conclu le Général Diendéré, visiblement un peu agacé par la question.

Également interrogé sur l’attaque menée contre le Bataillon d’intervention aéroporté (BIA) de Koudougou dont le Capitaine Boukari Kaboré dit le « Lion » était le commandant et qui s’était farouchement opposé à l’assassinat du père de la révolution burkinabè et de l’avènement du Front populaire, le Général Gilbert Diendéré a refusé de répondre.

« Étiez-vous au courant de l’attaque menée contre le BIA ? », a interrogé l’un des avocats de la partie civile.

« Pour ce qui concerne la mission de Koudougou, je ne répondrai pas. Au cours de l’instruction, le juge ne m’a pas parlé de ça », a-t-il lâché.

Il faut noter que depuis le début des auditions des accusés dans le cadre de ce procès considéré comme étant emblématique, le Général Gilbert Diendéré est le seul dont l’audition a déjà duré plus d’un jour. En effet, débutée le 09 novembre 2021, elle a continué aujourd’hui sans pouvoir être terminée.

Demain 11 novembre 2021, ça sera autour des avocats de l’accusé de lui poser des questions.

13h.

Procès Thomas Sankara : Ça chauffe entre le Général Gilbert Diendéré et Me Prosper Farama

En prenant la parole pour auditionner l’accusé, Me Prosper Farama a essayé de démonter que ce dernier était réellement impliqué dans l’assassinat du père de la révolution burkinabè et de ses camarades le 15 octobre 1987.

Pour Me Prosper Farama, il est inexplicable que le Général Diendéré Diendéré qui dit n’être pas au courant du coup d’Etat à l’avance, n’ait pas pris de sanction contre au moins les gardes qui devaient assurer la sécurité du Conseil, une centaine selon lui, qui disent n’avoir pas pu réagir parce qu’ils ont été surpris.

Le Général Gilbert Diendéré a refusé de revenir sur le fait que les soldats chargés de la surveillance du Conseil n’ont pas pu réagir face au Commando responsable du coup d’Etat de 1987. Comme excuse, il dit avoir déjà évoqué cette question durant son audition par le parquet. La réponse du Général Gilbert Diendéré n’a pas visiblement été appréciée par l’avocat de la partie civile.

« Mon Général, avec tout le respect que je vous dois, même quelqu’un qui vous écoute toute l’année, il ne comprendra rien », s’est exprimé Me Prosper Farama.

« Si vous ne me comprenez pas, je dirai que peut-être vous êtes bouché », a lancé le Général Gilbert Diendéré à l’endroit de l’avocat.

« Si moi je suis bouché, c’est que vous, vous êtes taré », a rétorqué Me Prospère Farama.

Le juge Urbain Méda a dû intervenir afin de recadrer les parties.

Toujours sur le fait qu’aucune sanction n’aient été prises contre les éléments qui étaient censés assurés la sécurité du Conseil de l’entente, Me Prosper Farama a tenu à faire savoir au Général Gilbert Diendéré que sa version des faits n’arrive pas à le convaincre.

« Vous n’avez pas pris de décision. Blaise n’a pas pris de décision parce que vous étiez du même camps et je vais vous le démontrer », a lancé l’avocat avec une voix pleine de sérénité.

L’audition se poursuit.

11h40. « Je ne vais pas assumer ce que je n’ai pas fait. Non, non et non! » (Gilbert Diendéré)

Débutée ce 09 novembre 2021, l’audition du Général Gilbert Diendéré s’est poursuivie ce 10 novembre 2021.

Avant même que le président du tribunal ne l’appelle à la barre, l’ex numéro 1 du RSP était déjà débout.

Et à la barre, il a une fois de plus préféré s’arrêter que de s’assoir.

Interrogé par les avocats de la partie civile sur sa participation au coup d’Etat du 15 octobre 1987, Gilbert Diendéré est resté strict et cohérent dans ses réponses. Selon lui, il ne savait rien et il n’a pas participé au coup d’Etat.

« Si votre supérieur Lingani ou Blaise Compaoré vous demandait de faire un Coup d’Etat contre le président Thomas Sankara à l’époque, l’auriez-vous fait ? », a interrogé Me Yameogo Jean Patrice, suppléant de Me Benewendé Sankara.

« Maître posez-moi des questions sur les faits et non sur des hypothèses », a répondu le Général Gilbert Diendéré.

A la question de Me Ambroise Farama de savoir pourquoi il n’a pas tenté d’arrêter les responsables du coup d’Etat, le Général Gilbert Diendéré s’est montré agacé.

« Le Capitaine Thomas Sankara est mort. Moi Gilbert Diendéré, lieutenant à l’époque, je vais arrêter Blaise Compaoré et Lingani pour faire quoi ? Pour aller dire à la radio que moi-même je suis devenu président ? », a-t-il interrogé.

« Alors pourquoi n’avez-vous pas essayé de porter secours aux victimes parmi lesquelles vous avez dit avoir reconnu le président Thomas Sankara qui baignait dans son sang ? Est-ce qu’il ne pouvait pas être blessé? », a une fois de plus interrogé un autre avocat de la partie civile.

« Quand j’ai vu l’état dans lequel se trouvaient les corps (…) Je ne pouvais pas imaginer que quelqu’un pouvait sortir vivant de cette affaire », a laissé entendre Gilbert Diendéré.

Pour Me Ferdinand Nzepa, l’un des avocats de la famille Sankara, tous les témoins cités par Gilbert Diendéré dans le cadre du dossier ne sont plus en vie. L’avocat dit se demander s’il n’existe pas une stratégie qui avait été mise en place pour éliminer ces témoins en question.

« Otis est mort sur la route de Gaoua. Il avait été affecté pour indiscipline et c’est lorsqu’on le conduisait à Gaoua, qu’il a tenté de s’évader.

Il a reçu les rafales de ceux qui l’escortaient. Nabié Insoni est mort de maladie.

Tabsoba est mort de maladie. Somé Gaspar est mort par accident. Maiga est mort par maladie et Lingani est mort suite aux événements de 1989 où il a projeté de renverser Blaise Compaoré. (…)

Aucune stratégie n’a été mise en place. Ceux qui sont décédés, je pense que c’est la volonté de Dieu. Est-ce qu’au moment qu’ils décédaient on savait qu’on allait être devant un tribunal ? », a rétorqué l’accusé Gilbert Diendéré.

Le ton est monté entre l’ancien patron du RSP et l’avocat Ferdinand Nzepa, lorsque ce dernier a laissé entrevoir qu’il est déçu de ce qu’il a décrit comme « une fuite de responsabilité » du Général Gilbert Diendéré.

« Gilbert Diendéré, c’est moi le Général. Me Nzepa, vous êtes venu avec une idée arrêtée. Je ne vais pas dire ce que je n’ai pas fait. Un point, deux traits. Je ne vais pas assumer ce que je n’ai pas fait. Non, non et non ! », a déclaré le Général Gilbert Diendéré d’un ton ferme.

L’audience suspendue 15 minutes par le juge Urbain Meda va reprendre dans quelques instants. C’est l’avocat de la partie civile Me Prosper Farama qui va maintenant interroger l’accusé.

9 novembre 2021

17h30. Les tirs ont duré 5 minutes au Conseil de l’Entente

A la reprise de l’audition du Général Gilbert Diendéré à 14h ce 09 novembre 2021, le parquet militaire a essayé d’établir l’implication de l’accusé dans l’assassinat du Président Thomas Sankara et de ses camarades au soir du 15 octobre 1987.

Quelque chose que le Général Gilbert Diendéré a complètement réfuté. A l’en croire, il a été mis devant le fait accompli. 

A l’interrogation du parquet de savoir s’il avait participé aux arrestations de certaines personnes après le coup d’etat, Gilbert Diendéré a indiqué que des personnes ont été arrêtées et conduites au Conseil de l’Entente. Il dit cependant n’avoir pas participé à ces arrestations. On lui aurait demandé seulement de les garder au Conseil.

« Pourquoi elles étaient arrêtées ? », a demandé le ministère public.

« Je ne sais pas. On m’a envoyé des gens que de les garder. Je n’ai pas demandé pourquoi. On ne m’a rien dit. Au moment de leur libération, un mois après leurs arrestations, on m’a demandé de les libérer. Je suis allé ouvrir la porte et ils sont sortis », a répondu le Général.

Avant l’audition du Général Gilbert Diendéré, certains accusés auditionnés avant lui avaient fait savoir que les tirs au Conseil de l’Entente avaient duré toute la nuit, le jour de l’assassinat du père de la révolution burkinabè.

Le juge Urbain Méda voulant mieux comprendre a demandé au Général Gilbert Diendéré, le temps qu’ont mis les tirs au Conseil de l’Entente ce 15 octobre 1987. « Les tirs sur les personnes décédées ont duré tout au plus 05 minutes », a laissé entendre l’ex patron du RSP.

Cependant, Gilbert Diendéré a reconnu qu’après les tirs sur les personnes notamment Thomas Sankara et ses camarades avec qui il était en réunion, il y a eu des tirs sporadiques un peu partout dans la ville durant la nuit.

Débutée à 09h05 minutes, l’audition du Général Gilbert Diendéré s’est poursuivie jusqu’à 16h avec deux suspensions. Durant tout ce temps, l’ex-patron du RSP est resté debout.

C’était au tour des avocats de la partie civile d’auditionner l’accusé, lorsque le juge a ordonné la suspension de l’audience. Elle reprendra le 10 novembre 2021 à 09h.

En rappel, Gilbert Diendéré est poursuivi pour attentat à la sûreté de l’Etat, complicité d’assassinat, recel de cadavres et subordination de témoins.

Pour tous ces chefs d’accusation, le Général Gilbert Diendéré a plaidé non coupable.

15h.  « C’est Yacouba Isaac Zida qui a aidé Hyacinthe Kafando à quitter le pays » Gilbert Diendéré 

A la reprise du procès à 14h, Gilbert Diendéré lors d’une réponse au ministère public a laissé entendre que c’est l’ancien Premier ministre Yacouba Isaac Zida qui « a aidé Hyacinthe Kafando à quitter clandestinement le pays ».

Selon lui, c’est Yacouba Isaac Zida lui-même qui lui aurait confié ça.

« Le 21 septembre 2015 lors des événements qui ont abouti à l’arrestation de Yacouba Isaac Zida et après les négociations avec les éléments du RSP pour sa libération, je suis allé l’informer qu’il sera libéré. Il était détenu dans une pièce au camp Naaba Kom.

Il avait une bible. Il a mis sa main sur la bible et a juré que s’il sort de cette affaire, il ne fera plus jamais la politique. 

Et il m’a dit que pour le dossier Thomas Sankara, de ne pas m’inquiéter parce qu’on sait qui a fait quoi. Il dit qu’il a demandé au juge d’instruction de ne pas me déranger. Et il ajoute que lui il a dit au Caporal Madi Pafadnam qui est le neveu de Hyacinthe Kafando, d’aller dire à Hyacinthe Kafando de ne pas se présenter au juge d’instruction lorsqu’il sera appelé et de quitter le pays sinon il sera arrêté par la Gendarmerie. C’est ainsi que Madi Pafadnam a conduit Hyacinthe Kafando à une frontière. 

C’est Zida lui-même qui me l’a dit avec sa bible en main en pleurant. (…) Ce sont des larmes de crocodiles. Quand il pleurait, moi-même, j’étais gêné », a expliqué le Général Diendéré en souriant.

13h40.

L’audition du Général Gilbert Diendéré s’est poursuivie jusqu’à  13h10 minutes. Interrogé par le tribunal puis par le parquet militaire, le Général Gilbert Diendéré s’est défendu comme il peut.

A la question du tribunal militaire de savoir ce qu’il a fait pour éviter ce qui s’est passé le 15 octobre 1987, le Général Gilbert Diendéré a indiqué qu’il ne pouvait rien faire car n’étant au courant de rien.

« Dans une situation pareille, même si j’avais été auprès du Président Thomas Sankara, je n’allais pas pouvoir faire autre chose compte tenu de la manière dont les choses se sont déroulées », s’est il exprimé.

Et lorsque le ministère public lui a posé une question relative à la déclaration de Blaise Compaoré prononcée après le coup d’Etat, le Général Gilbert Diendéré s’est montré agacé. « Allez y poser la question à Blaise Compaoré », a-t-il lancé au procureur militaire.

Le président du tribunal a dû suspendre l’audience afin de calmer les ardeurs des parties.

A la reprise de l’audience, c’est un Général calme qui s’est présenté devant le juge.

Pour répondre aux questions, il faisait même référence aux piles de dossiers qu’il a apportées au tribunal.

Lorsque le ministère public lui a demandé ce qu’il a ressenti après avoir découvert que ses hommes ont agi dans son dos pour commettre le forfait du 15 octobre 1987, le Général a répondu : « Je préfère garder mes ressentis pour moi-même ».

L’audience a été suspendue à 13h10. Elle reprendra à 14h

10h45. Gilbert Diendéré plaide non coupable

C’est un Général du haut de sa taille athlétique, 1m95, habillé en treillis avec un béret rouge sur la tête et dans les pieds, des rangers bien cirés qui s’est présenté devant le tribunal militaire ce 09 novembre 2021. Contrairement aux autres accusés qui ont préféré s’assoir pour pouvoir répondre aux questions du juge, lui a préféré se tenir debout.

Accusé d’attentat à la sûreté de l’Etat, complicité d’assassinat, recel de cadavres et subornation de témoins, le Général Gilbert Diendéré dit ne pas reconnaître les faits qui lui sont reprochés.

« Monsieur le président, pour l’ensemble de ces chefs d’accusation, je plaide non coupable » , a-t-il affirmé au juge Urbain Méda.

« Pouvez-vous nous en dire plus? », a rétorqué le juge.

« Monsieur le président avant de commencer, je voudrais m’incliner respectueusement devant la mémoire de toutes les personnes disparues », a-t-il dit, avant de poursuivre : « Le 15 octobre 1987, à partir de 09h, j’avais convié une réunion au Conseil de l’Entente avec les chefs de sécurité du Conseil, les chefs de sécurité de la garde rapprochée de Blaise Compaoré et les Chefs de sécurité de Thomas Sankara. Seul Hyacinthe Kafando était absent mais il s’était fait représenter par 3 ou 4 personnes. La réunion est terminée aux alentours de 12h-13h. Je suis rentré chez moi pour me restaurer ».

Selon le Général Diendéré, ces réunions, il les tenait de façon régulière mais compte tenu de la situation qui prévalait, il était nécessaire que les différents chefs de sécurité se retrouvent.

A la question du juge de savoir quelle était la situation qui prévalait, il a répondu: « La situation qui prévalait, il y avait beaucoup de rumeurs tendant à dire que le président Thomas Sankara veut arrêter le capitaine Blaise Compaoré. Il y avait beaucoup de rumeurs tendant à dire que le capitaine Blaise Compaoré voulait faire un Coup d’Etat contre le président Thomas Sankara. Les rumeurs faisaient que les deux gardes rapprochées se méfiaient l’une de l’autre ».

A en croire le Général Gilbert Diendéré, après la réunion au Conseil de l’entente, il est rentré chez lui à la Cité An III pour se restaurer avant de revenir pour son sport de jeudi.

C’est en étant au sport, qu’il aurait su que quelque chose se passait au Conseil de l’Entente. « Je suis revenu au Conseil de l’Entente aux environs de 15h30 pour me changer et aller au sport au terrain de l’ENAM. C’est du sport que j’ai entendu les coups de feu. (…)

Je suis retourné mais en ne pas passant pas par la même voie. J’ai trouvé des sous-officiers de permanence. J’ai demandé qu’est-ce qui se passe ? On m’a dit que ça tire vers là-bas, c’est-à-dire vers le secrétariat du Conseil [Ndlr: Là où le président Thomas Sankara était en réunion avec ses camarades].

Je me suis déplacé pour aller voir vers le secrétariat et là j’ai reconnu deux personnes dont Arzouma Ouédraogo dit Otis et Nabié Insoni.

J’ai demandé à Nebié Insoni ce qui se passe. Il dit que Thomas Sankara voulait s’en prendre à leur chef Blaise Compaoré donc eux ils ont pris les devants pour protéger leur chef.

J’ai demandé où se trouvait leur chef, il m’a dit qu’il est à la maison. J’ai demandé à Nabié Insoni si leur chef Blaise Compaoré était au courant de ce qu’ils ont fait. Il m’a répondu qu’il s’en fout », a expliqué le Général Gilbert Diendéré.

Après avoir pris connaissance des évènements selon lui, il aurait appelé le commandant Lingani pour lui faire part de la situation.

« Aux environs de 18h30, 19h, Lingani est arrivé avec Blaise Compaoré. Ils ont vu les corps. Je suis reparti à la villa Togo pour me changer, calmer les hommes et prendre les dispositions parce que j’avais appris que je serai attaqué. Il fallait prendre des dispositions afin de dissuader les gens de m’attaquer. Heureusement, je n’ai pas été attaqué« , a conclu le Général Gilbert Diendéré pour ce qui concerne les faits d’attentat à la sûreté de l’Etat.

Pour ce qui concerne les faits d’accusation pour recel de cadavres, le Général Gilbert Diendéré dit avoir même été surpris d’être poursuivi pour ce chef d’accusation. « J’avoue que je ne sais pas pourquoi je suis mêlé à ça », s’est-il indigné devant le juge.

Selon le Général Gilbert Diendéré, pour s’occuper des corps du père de la révolution burkinabè ainsi que de ses camarades tués le 15 octobre 1987, le commandant Lingani a appelé le régisseur de la MACO qui est venu avec des prisonniers pour enlever les corps pour aller les enterrer au cimetière du Dagnoen.

A en croire, le Général, tout ça, il n’était au courant de rien. Il l’a su après.

Pour sa défense pour ce qui concerne les faits d’accusation portant sur la subornation de témoins, le Général Gilbert Diendéré ne reconnait pas avoir demandé à Tondé Ninda Pascal d’aller demander à Zetenga Abdramane de dire ce dernier était en ville et non au conseil de l’entente le 15 octobre 1987.

Toutefois Gilbert Diendéré reconnaît avoir seulement dit à Tondé Ninda Pascal lorsque ce dernier était venu lui rendre visite à la MACA, que lors d’une audition avec le juge d’instruction, il avait rencontré Somda Eugène qui a parlé de Zetenga Abdramane.

Débutée à 09h05 minutes, l’audition se poursuit toujours.

9h00. 

Le Général Gilbert Diendéré, l’un des accusés les plus célèbres dans le dossier de l’assassinat du capitaine Thomas Sankara et de ses compagnons, passe à la barre ce 9 novembre 2021 au procès ouvert depuis le 11 octobre 2021.

8 novembre 2021

17h30. Le Général Diendéré à la barre le 9 novembre 

Militaire de 1ere classe et chauffeur du Général Diendéré au moment des faits, il est accusé de subornation de témoins.

Selon le parquet militaire, Tondé Ninda Pascal est allé demander à Zetenga Abdrame qui est un témoin dans le dossier, de dire au juge d’instruction que le jour de l’assassinat du père de la révolution burkinabè et de ses 12 compagnons, qu’il était en ville et non au Conseil.

« Zetenga Abdramane, c’est mon ami de longue date. Moi je lui ai dit, si tu ne fais pas attention, on va te déposer à la MACA », a t il confirmé.

Selon le ministère public, Tondé Ninda Pascal aurait même dit à Zetenga Abdramane que c’est le Général Diendéré qui l’a envoyé pour le tenir au courant.

Malheureusement pour Tondé Ninda Pascal, Zetenga Abdramane a enregistré leurs échanges à son insu et l’a transmis au juge d’instruction.

Pour l’accusé Tondé Ninda Pascal, il a averti Zetenga Abdramane dans le but d’aider ce dernier et que contrairement à ce qu’il avait dit, il n’avait pas été envoyé par le Général Diendéré. Il dit avoir utilisé le nom de ce dernier afin d’emmener Zetenga Abdramane à l’écouter.

« Je connais bien Abdramane, il peut aller s’embrouiller dire qu’il était au conseil alors qu’il n’était pas là. Mais il a enregistré aller donner au juge », s’est-il exprimé.

Par ailleurs Tondé Ninda Pascal dit avoir prévenu son « ami » Zetenga Abdramane parce qu’il aurait appris qu’un autre témoin du nom de Somda K Eugene est en train de vouloir témoigner contre lui, et que s’l ne fait pas attention, il sera déposé à la MACA.

Pour le parquet militaire et la partie civile, Tondé Ninda Pascal a agit au nom de son patron notamment le Général Diendéré, mais tente de protéger ce dernier.

Son audition a duré plus de deux heures sans que la partie civile ni le parquet ne puissent tirer de lui, ce qu’ils attendaient. C’est ce qu’a fait savoir Me Nzepta, l’un des avocats de la famille Sankara.

Après Tondé Ninda Pascal, son patron, c’est-à-dire le Général Gilbert Diendéré pour qui il dit d’ailleurs qu’il restera « dévoué jusqu’à demain » sera auditionné par le juge ce 09 novembre 2021.

Gilbert Diendéré est poursuivi pour attentat à la sûreté de l’Etat, complicité d’assassinat, recel de cadavres et subordination de témoins.

12h20. « On ne sait pas dans un régime d’exception ce qu’on peut vous réserver si vous dites non. (…) Chacun protège sa vie comme il peut hein »

Suspendu le 04 novembre 2021, l’audience a repris ce 08 novembre 2021 avec l’audition de l’accusé Jean Pierre Palm, par les avocats de la partie civile.

Accusé pour complicité d’attentat à la sûreté de l’Etat, Jean-Pierre Palm ne reconnaît pas les faits.

Ce 08 novembre 2021, il a maintenu ce qu’il avait dit au juge le jour du début de son audition.

Selon lui, le jour de l’assassinat du père de la révolution burkinabè, il avait mal à la dent et était parti se faire soigner dans un centre de santé au quartier Zogona. C’est à partir de Zogona qu’il a entendu les coups de feu depuis le Conseil.

Selon lui, il a été contraint de passer la nuit chez des proches.

Le récit des faits selon l’accusé ne semble pas convaincre les avocats de la partie civile.

« Vous qui étiez capitaine de la gendarmerie à l’époque, le deuxième plus gradé de la gendarmerie qu’avez-vous entrepris de faire lorsque vous avez entendu les coups de feu? « , a interrogé Me Farama Prosper.

« Qu’est-ce que vous voulez que je fasse? Je ne suis pas Rambo », a répondu l’accusé Jean-Pierre Palm.

Selon l’accusé, il ne pouvait agir autrement que de se mettre à l’abri car étant en civil et n’ayant aucune arme sur lui.

Pour les avocats de la partie civile, Jean-Pierre Palm a adhéré à l’avènement du Front populaire d’autant plus que c’est lui qui se chargeait des arrestations des personnes qui s’opposaient au Coup d’Eat.

Tout en reconnaissant avoir arrêté des personnes comme Valère Somé, Basile Guissou et autres, l’accusé dit l’avoir fait sur instruction du commandant Jean-Baptiste Lingani. « On ne sait pas dans un régime d’exception ce qu’on peut vous réserver si vous dites non. (…) Chacun protège sa vie comme il peut hein », a déclaré Jean-Pierre Palm.

A en croire l’accusé, il n’a pas été en bon terme avec le régime Compaoré, dans la suite de sa carrière. Il dit d’ailleurs n’avoir travaillé que 11 ans pendant les 27 ans de règne de Blaise Compaoré.

A la question du juge de savoir pourquoi, il a répondu : « parce que Blaise ne voulait pas ».

Selon Jean-Pierre Palm, à un moment, il a dû aller s’installer à Bobo-Dioulasso parce qu’il recevait de façon permanente des menaces à Ouagadougou.

A l’en croire, on le menaçait d’être contre le régime. Selon lui, il a même été accusé de complicité lors du coup d’Etat de Jean-Baptiste Lingani en 1989.

« Un prisonnier est venu me dire qu’on a creusé une tombe et que c’est moi qui devait y être enterré. (…) Il paraît que c’est Salif Diallo qui s’est mis à genou pour demander pardon à Blaise Compaoré pour qu’on me laisse », a déclaré l’accusé.

De son côté, l’avocat de Jean-Pierre Palm, Me Moumouny Kopiho, s’est insurgé contre le fait que les avocats de la partie civile, le parquet militaire et l’agent judiciaire de l’Etat s’intéressent à la carrière de son client avant les faits.

Pour Me Moumouny Kopiho, l’audition devait se faire autour de ce qu’on reproche à son client à savoir « Complicité d’attentat à la sûreté de l’Etat ».

L’audition de Jean-Pierre Palm a pris fin à 11h passées de quelques minutes.

Le prochain accusé à la barre est Tondé Ninda dit Pascal. Il est militaire à la retraite, accusé de subornation de témoins.

4 novembre 2021

17h20. Jean-Pierre Palm :  « Lingani a dit que quelque chose s’est passé et que le Président Thomas Sankara est mort »

Le 6e accusé à la barre dans le procès Thomas Sankara est Hamado Kafando. Il a 63 ans. Il est marié et père de 05 enfants.

Médecin Colonel major à la retraite, il est accusé des faits de faux en écriture publique pour avoir inscrit la mention « mort accidentelle » sur le certificat de décès de Compaoré Bonaventure, l’une des victimes du coup d’Etat sanglant du 15 octobre 1987.

Devant le juge, Hamado Kafando qui ne dit pas  ouvertement qu’il reconnaît les faits ou qu’il ne les reconnaît pas, dit au moins avoir  agit pour venir en aide à la veuve de Bonaventure Compaoré afin que cette dernière et les ayants droit du sieur Bonaventure puisse rentrer en possession de leurs droits.

« Au moment des faits, je ne prenais pas ça comme un problème. Je précise que cette dame, je ne la connaissais pas. On a essayé d’aider des ayants droits. Je l’ai fait dans le seul but d’aider la bonne dame à rentrer dans ses droits », a-t-il expliqué au tribunal.

Pour ce qui est du choix de la mention « mort accidentelle » portée sur le certificat de décès de Bonaventure Compaoré, l’accusé Hamado Kafando dit l’avoir fait en tenant compte des circonstances du décès, c’est-à-dire, les fusillades au Conseil de l’Entente le 15 octobre 1987.

Même si son argumentation ne paraissait pas convaincre ni le juge ni le parquet militaire  ni les avocats de la partie civile, l’accusé est resté sur sa position. « Il a agi pour aider la veuve de Bonaventure Compaoré », selon lui.

Quant au 7eme accusé, Palm Jean Pierre, il est né en 1953 et est marié, père de 4 enfants.

Colonel major de la gendarmerie à la retraite, il est poursuivi pour complicité d’attentat à la sûreté de l’Etat. A la barre, il dit ne pas reconnaître les faits qui lui sont reprochés.

Selon lui, le jour de l’assassinat du père de la révolution burkinabè, le 15 octobre 1987, il avait mal à la dent. Il dit être parti se faire soigner au quartier Zogona et c’est de là-bas qu’il a entendu les tirs au niveau du Conseil de l’Entente. Selon lui, ce jour-là, il a été contraint de passer la nuit à Zogona chez des proches.

Le lendemain du coup d’Etat c’est-à-dire le 16 octobre 1987, selon Palm Jean Pierre, il a été convoqué au Conseil de l’Entente pour une réunion des officiers de l’armée.

Selon lui, au Conseil de l’Entente, c’est le commandant Jean-Baptiste Lingani et Blaise Compaoré, le président du Front populaire à l’époque, qui ont pris la parole. « Lingani a dit que quelque chose s’est passé et que le Président Thomas Sankara est mort. Il dit que la situation a changé. Je lui ai dit que moi j’ai été affecté à Bobo-Dioulasso. C’est ainsi que Blaise Compaoré m’a dit de me mettre à la disposition de Lingani », a-t-il fait savoir au juge.

Pour le parquet militaire, Palm Jean Pierre, contrairement à ce qu’il veut faire croire, a joué un rôle dans le coup d’Etat du 15 octobre 1987. En effet, le ministère public estime qu’il était celui-là qui a détruit une table d’enregistrement et qui procédait aux arrestations des personnes qui s’opposaient à l’avènement du Front populaire.

Nommé Chef d’état-major de la gendarmerie nationale après le coup d’Etat, Palm Jean Pierre a reconnu effectivement avoir exécuté des ordres d’arrestation émis contre certaines personnes.

Interrogé sur la nature de ses relations avec Blaise Compaoré, l’accusé reconnaît qu’il était proche comme avec plusieurs autres militaires à l’époque. « Blaise venait chez moi. Il pouvait rester de 20h à minuit sans prononcer un mot et il se lève, il part », a  déclaré Palm Jean Pierre.

A 16h passée de quelques minutes, le juge a suspendu l’audience. Elle reprendra le lundi 08 novembre 2021 avec toujours l’audition de Palm Jean Pierre par les avocats de la partie civile.

9h50. 
L’audition du 5e accusé, Diebré Alidou Jean Christophe a débuté ce 04 novembre 2021. Il est Médecin militaire, colonel major à la retraite et Directeur central du Service de Santé des Forces Armées Populaires au moment des faits. Il est poursuivi pour faux en écriture publique.

A la barre, Alidou Jean Christophe reconnaît avoir signé trois certificats de décès mais mais pas de son propre chef.

« 03 mois après le 15 octobre 1987, trois femmes sont venues chez moi à domicile parmi lesquelles, j’ai reconnu la veuve du président Thomas Sankara. Elles sont venues me demander des certificats de décès. Elles disent que c’est pour arranger des papiers au niveau de la mairie. Quand j’ai vu ces femmes, j’étais embêté. J’ai refusé dans un premier temps parce que je ne savais pas quoi marquer comme motif du décès. Mais j’étais ami avec Thomas Sankara. Je devais donc aider sa femme. J’ai porté la mention « naturelle » à la demande des trois veuves », a-t-il expliqué au juge.

A en croire l’accusé Alidou Jean Christophe, il a établi le certificat de décès du président Thomas Sankara à la demande de la veuve de ce dernier, notamment Mariam Sanakara. Il est d’ailleurs avoir posé un acte humanitaire.

« J’ai commis un acte humanitaire sans arrière pensée pour venir en aide à cette dame », a-t-il poursuivi.

« Qu’est-ce qui vous dérangeait d’écrire mort par fusillade ? », a interrogé le juge.
A la question, Alidou Jean Christophe s’est défendu en disant qu’entant que médecin, il devait voir le corps du capitaine Thomas Sankara afin de constater les impacts de fusillade avant de porter la mention mort par fusillade.

« Avez-vous vu le corps pour marquer la mention mort naturelle ? », a rétorqué le juge.

Après avoir observé quelques secondes de silence, l’accusé a répondu : « Je reconnais n’avoir pas obéi à la rigueur de la déontologie ».

L’audition d’Alidou Jean Christophe se poursuit avec les questions à lui posées par le parquet militaire.


3 novembre 2021

« J’allais être considéré comme un héros si je n’avais pas survécu » (Bossobè Traoré)

A la reprise du procès ce 03 novembre 2021, le 4e accusé, Traoré Bossobè, ancien garde de Thomas Sankara a pu être auditionné par son avocate.

Comme ce qu’il avait indiqué au juge, Bossobè Traoré a expliqué à son avocate qu’il n’était au courant de rien.

« Le 15 octobre 1987 nous étions au Conseil lorsqu’un véhicule est arrivé avec des commandos cagoulés. Il nous ont dit de jeter nos armes, les mains en l’air, à plat vendre et Otis qui avait caché son arme dans les fleurs, est allé chercher son arme.

Il a d’abord tiré sur Somda. Après il a tiré sur Gouem Abdoulaye. Quand il a tiré sur moi, il m’a eu au bras et le temps qu’il recharge son arme à pompe, je me suis levé pour fuir », avait-il expliqué au juge au début de son audition. 

Pour Me Kanyili Maria, son client a eu la vie sauve par coup de chance et non pas parce qu’il était « la taupe » au sein de la garde de Thomas Sankara. 

Selon l’avocate, pour ce qui concerne l’évacuation sanitaire dont a bénéficié Bassobè Traoré, il s’agit d’une procédure normale. Elle considère que son client ayant été blessé sur son lieu de travail, il était donc normal que l’Etat le prenne en charge.

De son côté, Bossobè Traoré estime d’ailleurs que s’il est poursuivi, c’est parce qu’il n’a pas été tué pendant le coup d’Etat du 15 octobre 1987. « J’allais être considéré comme un héros, si je n’avais pas survécu », a-t-il laissé entendre. 

L’audition des accusés devait en principe se poursuivre avec le 5e accusé, Albert Pascal Belemlilga, Adjudant chef à la retraite, poursuivi pour complicité d’attentat à la sûreté de l’Etat suivi du 6e accusé Deme Diakalia, Adjudant chef major à la retraite poursuivi également pour complicité d’attentat à la sûreté de l’Etat.

A en croire l’avocate Nebié Irène Victoria, ce sont les dépositions de ces deux accusés, à savoir Belemlilga et Deme Diakalia qui mettent en cause son client Ouédraogo Tibo, colonel à la retraite, poursuivi pour attentat à la sûreté de l’Etat.

L’avocate a donc formulé une requête auprès du juge pour demander le report des auditions des accusés Pascal Belemlilga et Deme Diakalia afin de permettre à son client Ouédraogo Tibo qui est « malade » selon elle, d’être présent pendant les auditions.

Après une suspension, le tribunal a accédé à la requête de l’avocate de l’accusé Ouedraogo Tibo, malgré l’opposition de la partie civile et du parquet militaire.

Les auditions des accusés Pascal Belemlilga et Deme Diakalia sont donc reportées en attendant que la santé de l’accusé Ouédraogo Tibo s’améliore afin que ce dernier puisse assister à ces auditions qui le mettent en cause.

Le procès a été suspendu. Il reprendra ce 04 novembre 2021 avec l’audition de Diebré Alidou Jean Christophe,  Médecin militaire, colonel major à la retraite. 

Directeur central du Service de Santé des Forces Armées Populaires au moment des faits et poursuivi pour faux en écriture publique.


2 novembre 2021

18h00. Procès Thomas Sankara : Le 4e accusé est l’un des gardes du capitaine Sankara

L’audition du 4e accusé a débuté ce 02 novembre 2021 à 14h.

Il s’agit de Bossobè Traoré, né en 1955, marié, père de 07 enfants, sergent de grade au moment des faits et affecté à la sécurité du président Thomas Sankara.

Il est poursuivi pour complicité d’assassinat et complicité d’attentat à la sûreté de l’Etat.

Devant le juge, l’accusé Bossobè Traoré reconnaît être au Conseil de l’Entente le jour de l’assassinat du père de la révolution burkinabè et de ses 12 compagnons.

« Le 15 octobre 1987 nous étions au Conseil lorsqu’un véhicule est arrivé avec des commandos cagoulés. Il nous ont dit de jeter nos armes, les mains en l’air, plat ventre et Otis, qui avait caché son arme dans les fleurs, est allé chercher son arme. Il d’abord tiré sur Somda. Après, il a tiré sur Gouem Abdoulaye. Quand il a tiré sur moi, il m’a eu au bras et le temps qu’il recharge son arme à pompe, je me suis levé pour fuir » , a expliqué Bossobè Traoré.

Pour celui qui est considéré par les avocats de la partie civile et le parquet comme ayant trahi ses camarades, c’est grâce à des étudiants qu’il a eu la vie sauve.

« Quand je courais, j’ai crié au secours mais je n’ai pas eu un seul militaire », a t il poursuivi.

A l’en croire, dans sa fuite, Otis lui aurait tiré à nouveau dessus mais cette fois dans les pieds.

Ayant perdu beaucoup de sang, selon lui, après avoir pu quitter le conseil, il serait tombé non loin de l’université. C’est ainsi que des étudiants ayant suivi la scène de sa chute, on pu lui porter secours.

Pour les avocats de la partie civile, le récit de Bossobè Traoré ne concorde pas avec la vérité.

« Les gens pensent que vous avez trahi le président et les 12 autres personnes », a lancé Me Prospère Farama à l’accusé.

Dans son récit, l’accusé a indiqué avoir été évacué en France pour une prise en charge de ses blessures par balles après le coup d’Etat.

C’est d’ailleurs cette partie de la version des faits selon l’accusé qui emmène les avocats de la partie civile à douter davantage de son honnêteté.

« Des gens qui ont tiré sur vous pour tuer. La première balle vous prend dans le bras. Ensuite on tire sur vous dans les pieds. Et après, on vous envoie en France pour vous soigner. Vous êtes très chanceux M. Bassobè. On aurait pu vous appeler Bassobè la chance », a poursuivi Me Farama.

De son côté, l’avocate de Bossobè Traoré, confiante de l’innocence de son client, a rejeté en bloc tous les doutes des avocats de la partie civile, émis sur son client.

« Ce que je retiens déjà, c’est que pour la partie civile, son seul tort, c’est d’avoir survécu », a laissé entendre Me Kanyili Maria.

L’audience a été suspendue. Elle reprendra ce 03 novembre 2021, toujours avec l’audition de Bossobè Traoré qui sera entendu par sa défense.

13h50. « Si Hyacinthe Kafando était là, je ne serais pas là » (Nabossouindé Ouédraogo)

Accusé pour assassinat et pour complicité d’attentat à la sûreté de l’Etat, l’accusé Nabossouindé Ouédraogo qui nie toute implication dans les faits pour lesquels il est poursuivi, a même nié ce 02 novembre 2021, la majorité de ses dépositions faites pendant la phase d’instruction.

Selon Nabossouindé Ouédraogo, il n’a jamais été au courant d’aucune mésentente entre Blaise Compaoré et Thomas Sankara, il n’a jamais été informé d’un complot contre le pouvoir de Thomas Sankara, il n’a jamais participé à une réunion en vue d’un coup d’Etat contre le pouvoir de Thomas Sankara.

De son côté, Me Sombié Mamadou, avocat de Nabossouindé Ouédraogo, soutient son client et ne croit pas que ce dernier soit coupable pour les charges qui pèsent contre lui.

Pour l’avocat, toutes les personnes qui ont participé au coup d’Etat étaient à l’aise financièrement après les « faits macabres ». Pourtant le train de vie de son client Nabossouindé Ouédraogo n’a jamais changé. « Je n’avais que mon salaire. (…) Le salaire ne dépassait pas 32 000 FCFA » , a d’ailleurs confirmé Nabossouindé Ouédraogo.

Lorsque Me Sombié Mamadou a demandé à son client Nabossouindé Ouédraogo, s’il avait des regrets en étant devant le juge pour répondre des faits pour lesquels il est poursuivi, il a répondu : « Mon regret aujourd’hui, ce sont les autres qui ne sont pas là aujourd’hui pour répondre de certains faits. Il y a en a qui sont morts. (…) Si Hyacinthe Kafando était là, je ne serais pas là. Je serais peut-être un témoin ».

Même si la phase des plaidoyers n’est pas encore ouverte, Me Sombié Mamadou a déjà mis en cause la phase d’instruction du dossier.

Pour lui, toutes les mesures devaient être prises afin d’empêcher Hyacinthe Kafando de quitter le pays.

La procès a été suspendu. Il reprendra à 14 heures avec l’audition du 4e accusé, Traoré Bossobè.

Ce dernier, sergent au moment des faits, est poursuivi pour complicité d’assassinat et complicité d’attentat à la sûreté de l’Etat.

11h20.  L’accusé Nabossouindé Ouédraogo continue de tout nier

Poursuivi pour Assassinat et complicité d’attentat à la sûreté de l’Etat, l’accusé Nabossouindé Ouédraogo dont l’audition avait été suspendue le 28 octobre 2021, a pu reprendre ce 02 novembre 2021.

Ce sont les avocats de la partie civile qui auditionné l’accusé pendant plus de deux heures. Une audition qui peine à avancer car selon les avocats de la partie civile, l’accusé nie tout ce qu’il avait eu à déposer auprès du juge d’instruction, et ce, en présence  son avocat.

« Il n’y a rien de cohérent dans tout ce que vous dites », a lancé Me Farama, l’un des avocats de la famille Sankara, à Nabossouindé Ouédraogo.


28 octobre 2021

17h30. La négation comme stratégie de défense des trois premiers accusés

Comme ses deux prédécesseurs à la barre poursuivis pour les mêmes faits que lui, à savoir assassinat et complicité d’attentat à la sûreté de l’Etat, l’accusé Naboswendé Ouédraogo a plaidé non coupable ce 28 octobre 2021.

Après avoir exposé les faits selon lui, au tribunal,  Ouédraogo Naboswendé comme les deux premiers accusés à savoir Ilboudo Yamba Elysé et Sawadogo Idrissa a nié presque toutes ses dépositions faites au juge d’instruction. C’est ce qu’ont remarqué les avocats de la partie civile. « Le 15 octobre, j’étais au Conseil de l’Entente au pied à terre de Blaise Compaoré. Entre 15h et 16h, nous, c’est-à-dire Porgo Sita, Yougbaré, Tondé et d’autres personnes étions en tenue de sport parce que les jeudis étaient réservés au sport, sauf s’il y avait quelque chose d’autre à faire.

Hyacinthe Kafando était dans le bâtiment en haut et son véhicule était garé en bas de l’étage. Il y avait des gens autour de lui.

Entre temps, son véhicule a démarré et les gens ont embarqué.

Quelques minutes après leur départ, on a entendu les coups de feu. Les tirs étaient accélérés si bien que nous étions obligés de nous mettre à l’abri. (…) Personnellement ça m’a surpris. Personnellement, je n’étais  au courant de rien », a expliqué Naboswendé Ouédraogo.

A l’entendre, il n’a pas été un acteur de l’assassinat de Thomas Sankara et de ses compagnons.

Pour les avocats de la partie civile, notamment pour Me Yaméogo Jean Patrice, cette explication de l’accusé ne concorde pas avec celle que ce dernier aurait déposée lors de la phase d’instruction. « Il a tout renié », a remarqué l’avocat. Mais la partie civile dit rester optimiste.

« Il a tout renié mais si vous regardez également, il y a quand-même une partie où il reconnaît effectivement qu’il était au sein du Conseil de l’Entente le jour du 15 octobre, entre 15h et 18h. C’est déjà pas mal pour un début. Dans tous les cas, on n’a pas encore fini avec lui. On va continuer avec lui à la reprise et je crois que beaucoup de choses vont sortir encore », a poursuivi Me Yaméogo Jean Patrice.

Par rapport au doute émis sur la lucidité de l’accusé Ilboudo Yamba Elysée par les autres accusés, l’avocat Yameogo Jean Patrice est formel, il s’agit selon lui d’un moyen de défense qui n’a aucune valeur. « C’est un moyen de défense mais je pense que c’est une requête qui avait été formulée par le conseil de monsieur Ilboudo et qui a été rejetée par le tribunal. (…) Jusqu’à preuve de contraire, on considère que monsieur Ilboudo est bel et bien saint d’esprit et tout ce qu’il fait comme dépositions ont valeur juridique devant la chambre du tribunal militaire », a-t-il déclaré.

En rappel, l’accusé Ilboudo Yamba Elysée dans sa déposition avait mentionné le fait d’avoir conduit au Conseil de l’Entente sur instruction de Hyacinthe Kafando, le commando qui a réalisé le coup d’Etat le 15 octobre 1987. Et parmi les membres de ce commando, Ilboudo Yamba Elysée avait cité les noms de Ouédraogo Naboswendé et celui de Sawadogo Idrissa.

Débutée à 14h54, l’audition de Ouédraogo Naboswendé s’est poursuivie jusqu’à la suspension de l’audience à 17h.

Le procès reprendra le mardi 02 novembre 2021 avec toujours l’audition de Ouédraogo Naboswendé par les avocats de la partie civile.

15h30. « Je n’étais au courant de rien »

Appelé à la barre à 14h54 minutes, le soldat de première classe à la retraite, Ouédraogo Naboswendé, poursuivi pour assassinat et complicité d’attentat à la sûreté de l’Etat, dit ne pas reconnaître les faits retenus contre lui.

Affecté à la sécurité de Blaise Compaoré au moment des faits, Ouédraogo Naboswendé dit avoir été « personnellement » surpris par les événements du jeudi 15 octobre 1987.

« Le 15 octobre, j’étais au Conseil de l’Entente au pied à terre de Blaise Compaoré. Entre 15h et 16h, nous, c’est-à-dire Porgo Sita, Yougbaré, Tondé et d’autres personnes étions en tenue de sport parce que les jeudis étaient réservés au sport, sauf s’il y avait quelque chose d’autre à faire.

Hyacinthe Kafando était dans le bâtiment en haut et son véhicule était garé en bas de l’étage. Il y avait des gens autour de lui.

Entre temps, son véhicule a démarré et les gens ont embarqué. 

Quelques minutes après leur départ, on a entendu les coups de feu.

Les tirs étaient accélérés si bien que nous étions obligés de nous mettre à l’abri. (…)

Personnellement, ça m’a surpris. Personnellement, je n’étais pas au courant de rien », s’est-il défendu devant le juge.

L’audition se poursuit.

13h48. « Vous connaissez Hyacinthe Kafando ? »

Pendant près de 4 heures d’audition, Drissa Sawadogo est resté sur sa position. Selon lui, il prenait la garde au Conseil de l’Entente, lorsqu’il a été envoyé par Hyacinthe Kafando pour aller renforcer la sécurité au domicile de Blaise Compaoré vers l’ancienne Assemblée nationale. Il dit être resté jusqu’à 17h. 

Pour le procureur militaire, cette déclaration de l’accusé est contraire à ce que le premier accusé Ilboudo Yamba Elysée avait dit à la barre lors de son audition.

En effet, Ilboudo Yamba Elysée lors de son audition avait laissé entendre que Idrissa Sawadogo était parmi les membres du commando qu’il a conduit avec son véhicule au Conseil de l’Entente sur ordre de Hyacinthe Kafando. « Elysé n’est pas normal. Il est malade », s’est défendu Idrissa Sawadogo.  

A la question du parquet militaire de savoir pourquoi il n’a pas demandé à Hyacinthe Kafando la raison pour laquelle il l’envoie renforcer la garde chez Blaise Compaoré en abandonnant son poste au Conseil de l’Entente, l’accusé Drissa Sawadogo a répondu : « Demander à qui ? Hyacinthe ? Vous connaissez Hyacinthe ? Faut demander. Tu risques même de ne pas vivre ».

Pour le parquet militaire, l’accusé, Drissa Sawadogo a choisi la « négation de tout même à l’évidence ».

L’audience est suspendue et va reprendre à 14h.

9h30. L’accusé Sawadogo Drissa plaide non coupable

A la barre ce 28 octobre 2021, l’accusé Sawadogo Drissa, 59 ans, caporal au moment des faits, poursuivi pour assassinat et complicité d’attentat à la sûreté de l’Etat, dit ne pas reconnaître les faits qui lui sont reprochés.
Selon l’accusé, le jour de l’assassinat du président Thomas Sankara et de ses compagnons, lui qui prenait la garde au Conseil de l’Entente, a été envoyé par Hyacinthe Kafando au domicile de Blaise Compaoré vers l’ancienne Assemblée nationale pour monter la garde  jusqu’à 17h.
C’est du domicile de Blaise Compaoré, qu’il entendait donc les crépitements des armes au Conseil de l’Entente.
Un argumentaire qui ne semble pas convaincre le juge.
Les débats se poursuivent.

27 octobre 2021

17h00.  Le deuxième accusé sera à la barre ce 28 octobre 2021

Débutée dans la matinée du 26 octobre 2021, l’audition du premier accusé Ilboudo Yamba Elysé s’est achevée ce 27 octobre 2021, peu de temps après 16h.

L’accusé, qui dès le début de son audition, avait plaidé coupable, a préféré garder le silence sur beaucoup de questions qui lui étaient posées par le parquet militaire et les avocats de la partie civile.

Lorsqu’il décidait de répondre, ses réponses étaient les plus souvent jugées contradictoires par rapport à celles qu’il a eu à donner aux juges d’instruction. C’est ce qu’ont fait savoir le parquet militaire et la partie civile.

« L’accusé souvent quand on parle de Diendéré, il joue comme à l’amnésie mais par les techniques, on a pu lui faire dire ce qu’il avait déjà dit au juge d’instruction », a déclaré Me Olivier Badolo, l’un des avocats de la partie civile.

Prenant la parole ce 27 octobre 2021, l’avocate de Ilboudo Yamba Elysé a demandé au juge de considérer que son client a plaidé non coupable au lieu de coupable, comme il l’avait fait au début de son audition.

A en croire Me Natacha Kaboré, son client qui ne sait ni lire, ni écrire, a plaidé coupable sans comprendre la nature réelle de la question du juge. « J’ai présenté la première page du code de procédure pénale. Il a déclaré qu’il ne sait pas lire I, O, A. Est-ce qu’il a compris la question ? J’ai reposé en résumant ce que la juridiction lui reproche, il a dit non. C’est donc forcément non coupable », a laissé entendre Me Natacha Kaboré.

En rappel, Ilboudo Yamba Elysé était soldat de première classe, conducteur au moment des faits.

Le procès a été suspendu. Il reprendra ce 28 octobre 2021 avec l’audition du deuxième accusé à savoir Sawadogo Drissa.

14h25. Le juge refuse la demande d’expertise psychique de l’accusé Ilboudo Yamba Elysé 

La requête formulée par la défense de l’accusé Ilboudo Yamba Elysé pour une expertise psychique a été rejetée par le juge.

Selon le juge, la requête est recevable mais injustifiée. 

L’audition de Ilboudo Yamba a pu donc reprendre. 

La première question qui lui a été posée est celle de son avocate. « Ilboudo Yamba Elysé, est-ce que vous avez tiré sur Thomas Sankara ? », a demandé Me Natacha Kaboré, avocate de l’accusé.

« Non », a répondu l’accusé.

L’interrogatoire se poursuit.

13h20. Une expertise psychique demandée pour l’accusé l’accusé Élysée Ilboudo

Débutée depuis le 26 octobre 2021, l’audition du premier accusé qui a d’ailleurs plaidé coupable, Ilboudo Yamba Elysé, a continué jusqu’à ce 27 octobre 2021 jusqu’à 13h.

Au regard des contradictions dans les propos de l’accusé, son avocate, Me Natacha Kaboré a demandé qu’une expertise psychique soit accordée à l’accusé.

De son côté, la partie civile et le parquet militaire se sont immédiatement opposés à la requête formulée par la défense de Yamba Ilboudo Elysé. 

L’accusé Ilboudo Yamba Elysé dit avoir été victime d’un accident en 1989. Selon lui, à l’époque, il était dans le coma et a dû être évacué en France pour une prise en charge. A en croire Ilboudo Yamba Elysé, il souffrirait toujours des séquelles de cet accident. 

A la barre, il a d’ailleurs demandé une chaise afin de s’assoir pour répondre aux questions du juge et des avocats. 

L’audience a été suspendue. Elle reprendra à 14h.

Le juge va certainement statuer sur la requête de la défense à la reprise.

11h20. A la reprise du procès ce 27 octobre 2021, l‘accusé Ilboudo Yamba Elysé qui a plaidé coupable pour les faits d’assassinat et de complicité d’attentat à la sûreté de l’état, reste sur sa position : il n’a fait que conduire un véhicule et ses occupants au Conseil de l’entente comme lui a exigé son supérieur, Hyacinthe Kafando et il n’avait pas son arme de guerre sur lui.

Un argumentaire qui est contraire à ce que l’accusé aurait déposé auprès du juge d’instruction, selon les avocats de la partie civile.

Selon les avocats de la partie civile, Ilboudo Yamba Elysé aurait déclaré au juge d’instruction qu’allant au Conseil de l’entente, le commando auquel il faisait partie, avait, en plus des Kalachnikovs chargés, des armes lourdes dans leurs véhicules. Mais « ce jour-là on n’a pas tiré avec ça », aurait déclaré Yamba Elysé au juge d’instruction. 

Ces contradictions de l’accusé ont amené Me Kam à lui demander s’il avait peur que les déclarations qu’il fait à la barre puissent lui causer des ennuis de sécurité.

A la question, l’accusé a répondu : « Oui j’ai peur parce que je veux aussi être chez moi en sécurité avec mes enfants ».

A la question des avocats de savoir s’il a aperçu le général Diendéré dans la cour du conseil, le jour de l’assassinat de Thomas Sankara, Ilboudo Yamba Elysé a répondu par l’affirmative. Selon l’accusé, il a vu le général Gilbert Diendéré entrain de discuter avec les gardes du conseil.

Le président du tribunal a suspendu l’audience. Elle reprend dans 10 minutes.


26 octobre 2021

16h40. L’audience a été suspendue pour reprendre le 27 octobre 2021.

16h38. Liberté provisoire pour les accusés sauf Diendéré

Le juge a accédé à la demande en liberté provisoire formulée par les avocats de la défense le 25 octobre 2021.

Le général Gilbert Diendéré est le seul qui restera en détention.

Les 11 autres accusés pourront se présenter librement au procès.

16h24. Ilboudo Yamba Elysé reconnaît les faits mais dit ne pas être un acteur

A la reprise du procès à 14h, Ilboudo Yamba Elysé, bien qu’ayant reconnu les faits d’assassinat et de complicité de recel de cadavre, est resté sur sa position.

Pour lui, il n’a fait qu’exécuter l’ordre donné par Hyacinthe Kafando, et cet ordre consistait à conduire un véhicule et ses occupants au Conseil de l’entente. Il dit d’ailleurs n’avoir pas son arme sur lui ce 15 octobre.

Le débat entre le ministère public et l’accusé Yamba Elysé a duré plus d’une heure. Pour le parquet militaire, l’accusé contrairement à ce qu’il veut faire croire, n’a pas fait que conduire un véhicule. Le procureur militaire termine son argumentation en relevant ce que Ilboudo Yamba Elysé a eu à dire au juge d’instruction lors de la phase d’instruction. « Je ne savais pas qu’on partait faire un coup d’État, à plus forte raison prendre la vie de quelqu’un « , aurait confié Ilboudo Yamba Elysé lors de l’instruction de l’affaire, selon le procureur militaire.

Après avoir avoir reconnu cette citation, le procureur a indiqué à l’accusé que cette citation à elle seule suffisait à le reconnaître pour les faits d’assassinat et de complicité de recel de cadavre.

Prévu pour être suspendu à 16h, le procès suit toujours son cours avec l’audition de l’accusé Ilboudo Yamba Elysé par les avocats de la partie civile dont Me Farama Prosper et Me Guy Hervé Kam.

12h42L’accusé Ilboudo Yamba Elysé reconnaît les faits

Le premier accusé appelé à la barre dans le cadre du procès Thomas Sankara, Ilboudo Yamba Elysé, soldat de première classe, chauffeur, né en 1959, a reconnu les faits qui lui sont reprochés.

Il est poursuivi pour assassinat et complicité d’attentat à la sûreté de l’Etat.

Pour sa défense, Ilboudo Yamba Elysé dit avoir exécuté un ordre de son chef, Yacinthe Kafando.

« Un militaire, il a un chef qui le commande. On était au domicile de Blaise Compaoré lorsque Yacinthe Kafando est venu et m’a demandé de démarrer pour aller au conseil. On est rentré au Conseil. Il m’a demandé de rester dans la voiture », a-t-il tenté de se défendre.

Il s’en est suivi une longue interrogation du tribunal.

Pour le parquet militaire, les explications données par Ilboudo Yamba Elysé à la barre, sont peu par rapport à celles que ce dernier a données au juge d’instruction.

Les débats se poursuivent.

10h42. A la reprise du procès ce 26 octobre 2021, la défense de l’accusé Tondé Pascal, poursuivi pour recel de cadavre et subordination de témoin, a transmis un mémoire au tribunal dans lequel il demande à ce dernier de prononcer la nullité de la citation à comparaître de son client pour irrégularité de cette citation.

Pour Me Hien, la citation à comparaître de Tondé Pascal fait grief. Selon lui, son client est passé de prévenu à accusé au cours de la procédure. Il exige alors la libération de son client.

Pour la partie civile, le tribunal ne doit pas accéder à cette requête de la défense de Tondé. Selon les avocats de la partie civile, la citation à comparaître ne souffre d’aucune irrégularité. D’ailleurs Me Farama et ses confrères vont plus loin en disant que le débat ne devrait pas être mené autour de la citation à comparaître du moment que l’accusé est cité dans l’ordonnance de renvoi.

Tout comme la partie civile, le ministère public rejette également la requête de la défense de Tondé Pascal.

Pour le procureur militaire, c’est l’arrêt de renvoi qui doit être pris en compte.

L’audience a été suspendue afin de permettre au tribunal de statuer sur la requête formulée par la défense de Tondé Pascal.

Après concertation, le tribunal a décidé de rejeter la requête de Me Olo Larrousse Hien.

Pour le tribunal, le fond de la requête ne tient pas.

Tondé Pascal sera donc jugé.

Le procès reprend son cours avec la projection du premier élément vidéo.


25 octobre 2021 – Le procès a repris


Suspendu le 11 octobre 2021, le procès du dossier de l’assassinat du capitaine Thomas Sankara et de ses 12 compagnons reprend ce 25 octobre 2021. 

La partie civile veut auditionner certains de ses témoins par visioconférence. Le tribunal a accédé à cette requête.

Lecture a ensuite été faite des charges qui pèsent contre les 12 accusés présents à la salle. Les avocats de la défense, sauf ceux de Gilbert Diendéré, ont demandé une mise en liberté provisoire pour leurs clients.
L’audience est suspendue pour être reprise le 26 octobre 2021 à 9h.

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11 octobre 2021 – Les points clés


Le tant attendu procès de l’affaire de l’assassinat Thomas Sankara et de ses 12 compagnons s’est enfin ouvert ce 11 octobre 2021 au Burkina Faso.

♦ 12 sur 14 accusés sont présents. L’ancien président Blaise Compaoré, comme il fallait s’y attendre, est absent. Mais son bras droit de l’époque, le Général Gilbert Diendéré, est lui, bien présent, toujours égal à lui-même.

♦Mais  les questions de forme ont la priorité, avant le fond. Deux juges militaires assesseurs se sont auto-récusés pour diverses raisons, entraînant une recomposition de la cour. 

Les avocats de la défense ont ensuite demandé un renvoi de l’audience d’un mois afin de pouvoir mieux compulser le volumineux dossier de « 20 000 pages ». Les avocats de la partie civile ont demandé un enregistrement et une diffusion de l’audience.

♦ Les juges ont décidé de suspendre l’audience pour reprendre le lundi 25 octobre 2021 à 9h 00. Mais la requête concernant l’enregistrement ou la diffusion a été rejetée.


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