Réformes scolaires au Burkina Faso : Les élèves contredisent leur ministre et annoncent les couleurs des jours à venir

En conférence de presse ce 27 mai 2021, l’Association des élèves et scolaires de Ouagadougou (AESO) est revenue sur la situation de la lutte qu’elle a engagé contre les reformes scolaires envisagées par le gouvernement burkinabè. Pour les élèves et scolaires de Ouagadougou, poursuivre la lutte jusqu’à faire échouer l’entreprise du gouvernement est la seule alternative qui se présente à eux après des jours de « violence et de répression ».

Quelques jours après de chaudes manifestations marquées par des actes de violences occasionnant des cas de blessures et de décès, l’AESO a donné rendez-vous à la presse ce 27 mai 2021 afin de se faire entendre.

Pour les élèves, la position n’a pas changée en ce qui concerne les réformes envisagées par le gouvernement et qui devraient rentrer en vigueur à partir de 2022. Il s’agit pour eux, d’emmener le gouvernement à abandonner purement et simplement ces réformes. « Les réformes annoncées par le MENAPLN ne sont rien d’autres que des reformes anti-élèves et qui remettent en cause nos acquis de lutte », a déclaré Madi Ouédraogo, porte-parole de l’AESO.

Pour les membres de l’AESO, laisser appliquer ces réformes, reviendrait à sacrifier les fruits des luttes déjà menées par leurs aînées, les années antérieures contre des reformes de ce genre. En effet, selon Madi Ouédraogo, en 2013, en 1996 ainsi qu’à l’an 2000, le gouvernement avait déjà essayé d’instaurer des reformes de ce genre mais a dû abandonner face à la résistance des scolaires et des étudiants à l’époque. Il faut donc combattre coûte que coûte ces réformes qui ont pour finalité selon l’AESO de conditionner et de restreindre dans l’avenir, l’accès à l’université.

La question de l’audience refusée

Lors de cette conférence de presse, l’AESO est également revenue sur  les actes de vandalisme dont on l’accuse d’en être l’auteur. En effet, le véhicule du proviseur du Lycée Philippe Zinda Kaboré a été caillassé, son bureau saccagé, le 17 mai 2021. L’association dit ne pas se reconnaître dans ces actes. « Nous ne nous reconnaissons pas concernant ce qui est arrivé au Zinda (…) L’AESO est une structure sérieuse et responsable. Quand il y a un problème, nous allons assumer. Mais ça, nous ne l’avons pas fait parce que nous, quand nous sortons, nous avons un dispositif de sécurité qui encadre le mouvement. C’est quand il y a eu la répression que tous ces désastres sont arrivés », s’est exprimé Madi Ouédraogo avant d’ajouter que  s’il y a un responsable pour ce qui s’est passé, personne d’autre que le ministre de l’éducation nationale, Stanislas Ouaro, ne devrait porter le chapeau car c’est « lui qui est à l’origine des reformes ».

Pour ce qui est de l’audience qui leur aurait été refusée par leur ministre de tutelle pour faute de récépissé et de non formulation de demande officielle d’audience, les membres de l’AESO se sont inscrits en faux. « Nos camarades ont été le 23 mars au secrétariat particulier du ministre. On leur a fait signé une fiche de demande d’audience qu’ils ont déposé avant de revenir », a déclaré le président de l’association. Il indique par ailleurs, que les élèves ont cherché à rencontrer le ministre en personne, dans le seul but de recevoir des explications plus éclairées sur les reformes. « Lorsque nous écoutons les proviseurs qui sont venus pour expliquer les réformes, on comprend que ces proviseurs là même ne comprennent rien de ces réformes. C’est la raison pour laquelle nous avons voulu rencontré le ministre lui-même afin qu’il nous explique », a poursuivi Madi Ouédraogo.

08 élèves détenus et plus de 100 blessés

L’association dit avoir été  informée que 08 élèves sont actuellement détenus à la Maison d’arrêt et de correction de Ouagadougou (MACO), suite aux manifestations. Aussi, plus de 100 élèves ont été blessés parmi lesquels, des cas graves de blessures ont été enregistrés.  Egalement, un élève du nom de SINARE Mohamine, élève en classe de 6ème au Lycée municipal de Pasganga « atteint de projectile au parking » est décédé suite à ses blessures.

Loin d’ébranler leur morale, les élèves et scolaires de Ouagadougou disent être déterminés et n’avoir aucune autre alternative que de poursuivre leur lutte . « L’AESO appelle les élèves de Ouagadougou et environnants et les autres régions à faire preuve de courage, de sacrifice et à se mobiliser davantage au sein de leurs organisations pour refuser ces reformes anti-élèves quelle que soit leur année d’application », a lancé le président de l’association.

Quelle sera la suite de la lutte lorsqu’on sait que le gouvernement a pris des dispositions lors du dernier Conseil des ministres afin de permettre l’achèvement de l’année scolaire dans de bonnes conditions. Le président de l’AESO est catégorique dans sa réponse : « Dans les jours à venir, si nos revendications ne sont pas respectées, l’Etat sera le seul responsable de la dégradation du climat social ». Et pour ce qui est des revendications, selon les membres de l’AESO, il ne s’agit plus seulement de l’annulation des réformes mais aussi de procéder à la libération immédiate et sans conditions de tous « les élèves détenus à la MACO et dans les autres lieux de détention » ; la prise en charge complète des blessés par le gouvernement, l’arrêt immédiat de la répression sur les élèves en lutte, l’arrêt immédiat des poursuites policières et des arrestations, la réouverture immédiate du Lycée Philipe Zinda Kaboré et le respect des franchises scolaires qu’ils estiment que le gouvernement a violé.

Amadou ZEBA

Faso7

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