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Tigme Zanma : Ma journée du 30 octobre 2014

Le 30 octobre 2014 est une date mémorable pour les Burkinabè, en particulier ceux qui se trouvaient à Ouagadougou ce jour-là. Atobine Ibrahim NEBIE, plus connu sous le nom de Tigme Zanma, a souhaité partager son souvenir de cette journée, en hommage à son ami qui y a laissé la vie.

Après la routine (café au kiosque) mon ami RB m’appelle et me dit de me préparer pour que nous allions voir de plus près, et participer à la lutte. Je lui réponds OK et 30 minutes plus tard il arrive chez moi. De là nous décidons d’y aller à pieds, car on ne sait pas comment ça va se terminer.

Nous prenons la route de l’Assemblée Nationale en passant par le quartier 1200 logements. De détours en détours nous arrivons à Koulouba (en centre-ville) derrière les immeubles abritant le siège de Airtel Burkina. C’était déjà chaud! On entendait les rafales crépiter!

Entre temps, on aperçoit un hélicoptère dans les nuages. C’est la panique totale! Nous décidons alors de rebrousser chemin et de replier au « bled » (dans le quartier Wemtenga). Dans la débandade, nous nous perdons de vue. Je ne retrouverai mon « pote » de lutte qu’au niveau de la Médiathèque; en pleine transpiration, pareil pour moi.

Nous marchons alors doucement pour rejoindre le « bled » via le canal de Boins-yaaré, et c’est là qu’un monsieur nous interpelle en ces termes: « Faites attention, on vient d’abattre quelqu’un devant le pont! »

Nouvelle montée de panique. Mais nous décidons de continuer la marche, avec plus de vigilance.

On entendait des cris de gauche à droite. Arrivé au lieu du drame, je me frée un chemin dans la foule pour faire le constat de mes propres yeux. Je vis le « quidam » couché dans le sang, entouré de curieux dont moi. Par réflexe, je sors mon téléphone et capture des images de la scène. Je pourrai ainsi témoigner avec preuve à l’appui, quand nous dirons au quartier ce que nous avons vu.

Quelques minutes après, nous traversons la cité en empruntant les 6-mètres. Toutes les portes étaient fermées. Nous apercevons des traces de sang sur des murs et même sur le sol par endroits.

De retour au bled tous essoufflés, mon ami continu directement chez lui. Et moi, je file à la maison pour me débarbouiller et mettre le cap sur le « QG » (quartier général, ndlr) pour les différents « affairages ».

Et là évidemment c’est déjà les gros débats: « C’est cuit pour Blaise », dit une voix. « Il a atteint sa limite » renchéri une autre. On observe sur la route des vas et viens d’hommes de tenues et d’ambulances. Et toujours la fumée qui noircit le ciel.

Et puis soudain un de nos camarades arrive et nous lance : « Fab a été tué! ». Je lui rétorque : « Quel Fab? » et il réplique : « Le même Fab, rappeur à Wemtenga et coiffeur là. » Et je m’écris : « C’est pas possible! ». Dans l’incertitude je lance des appels pour essayer de comprendre. Personne ne répond.

Je rentre alors à la maison pour voir les infos, et je tombe sur le journal de France 24. Et qui je vois en image? Le monsieur abattu sur notre route de retour. Je sors mon téléphone pour vérifier, et c’est la même personne. Je commence seulement à réaliser que c’était Fab que j’avais vu pour la dernière fois, baignant dans son sang sur le goudron. La tristesse m’envahit… pour toute la journée.

Voici en quelques mots ce que j’ai vécu le 30 octobre 2014 à Ouagadougou, avant le départ de Blaise Compaoré.

Repose en paix Fabrice a.k.a FAB la Fin, ainsi qu’aux autres victimes de cette période que nous n’oublierons pas.

Atobine Ibrahim NEBIE (Tigme Zanma)

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