Burkina Faso : Carnet d’un voyage à Kaya, la cité des déplacés

L’idée d’aller visiter la ville de Kaya est venue après une intervention du maire de la ville à l’ambassade du Japon en février 2020. Ce jour-là, Boukary Ouédraogo y était pour réceptionner des ambulances offertes à la ville par l’ambassade. Dans nos échanges, le maire a laissé entendre que sa ville est au bord de l’effondrement. L’insécurité grandissante dans les villages voisins a contraint plusieurs personnes à se déplacer à Kaya dans la Région du Centre-nord pour sauver leur vie. Ne disposant pas d’assez de moyens pour prendre en charge ce flot de déplacés, le maire a lancé un appel à l’aide auprès des bonnes volontés, notamment les autorités. 04 mois après, nous avons décidé d’aller sur les lieux afin de voir les réalités de ces personnes déplacées.

Mairie de Kaya

Après plusieurs tentatives échouées, nous parvenons à faire le déplacement le 24 juin 2020.

05h00. Ce jour-là, nous arrivons à la gare pour embarquer. Le départ est prévu pour 06h. L’ambiance est morose. Les passagers en attente ne semblent pas être contents outre mesure de rallier la « cité du cuir et des brochettes au koura koura ». Nous pensons que c’est certainement parce qu’il est encore trop tôt.

Plongé dans nos réflexions, les klaxons du car viennent nous réveiller.

06h00. Comme convenu, le car démarre. L’heure de départ est respectée. C’est, au fait, rare en Afrique et, au Burkina Faso en particulier. Nous sortons de la ville en 22 minutes pour nous retrouver sur la voie principale qui mène à Kaya.

Malgré le fait que l’écran installé dans le car passe des clips vidéo, l’atmosphère n’est pas détendue. Souvent, des voisins de sièges échangent quelques mots. Comme des militaires partant pour une mission après avoir reçu des consignes claires, chacun a les yeux dans le dos du siège de son voisin de devant.

07h41. Le car s’arrête à un poste de contrôle à l’entrée de la ville de Kaya. Deux gendarmes nous demandent de nous mettre en rang et de présenter nos CNIB (Cartes nationales d’identité burkinabè). C’est le « pass » pour avoir accès à la ville.

Deux jeunes hommes n’ont pas de pièces. L’un des gendarmes leur demande d’aller voir leur chef. Le chef est assis à son bureau : des pneus remplis de sable, disposés en forme de cercle sous un arbre. Quelques instants après, les jeunes hommes reviennent sourire aux lèvres pour embarquer dans le car. Nous leur demandons leur secret. L’un d’eux nous dit : « on s’est arrangé ». On hoche la tête avant de prendre place à nouveau dans le véhicule.

08h26. Nous sommes à la gare routière de Kaya. Rapidement, un taxi-moto nous conduit à la mairie afin de pouvoir signaler notre présence au premier responsable de la ville.

Après une heure d’attente, le maire Boukary Ouédraogo est là. Avec une allure militaire, la tête rasée, il s’approche de nous et nous salue. « J’espère que vous avez fait un bon voyage », lance-t-il avant de s’engouffrer rapidement dans son bureau. Une équipe du Haut-Commissariat des Nations Unies pour les Réfugiés (HCR) est arrivée avant nous.

Après 30 minutes passées avec ses visiteurs, le maire sort et embarque avec eux.  Il faut attendre le lendemain pour avoir un entretien avec lui.

En attendant, nous décidons d’entamer la raison principale de notre visite à Kaya. Visiter les sites des déplacés internes.

Nous sommes accompagnés par Adama Ouédraogo, le responsable des services sociaux de la mairie. Un homme dévoué et adulé par les personnes déplacées internes, confie un agent de la mairie.

Juché sur sa moto, direction l’extrême nord. A environ 2 km de la mairie, loin des autres habitations, au bas d’une colline, se trouvent des tentes.

Des tentes sur le site des déplacés internes au secteur 2 de Kaya

Faites de façon artisanale, recouvertes de sachet qui tiennent lieu de toiture improvisée, ces habitations de fortune sont le luxe dont ne bénéficient pas toutes les personnes étant dans le besoin. Nous étions sur le premier site des déplacés internes de la ville de Kaya. L’expression ‘’site des déplacés’’ n’est pas du gout de notre guide Adama.

Cependant, aucun autre mot ne pourrait décrire ce rassemblement de personnes ayant tous fuient les menaces terroristes. Aucune autre expression ne peut mieux correspondre à ces maisonnettes dont un coup d’œil à l’intérieur vous montre de la terre rouge en guise de sape. Pas de natte, ce qui laisse croire que les occupants dorment à même le sol. La terre rouge n’est pas seulement de la terre. Elle devient un matelas pour celui qui a échappé à la mort inespérément en laissant derrière lui, malgré lui, tout le fruit de plusieurs années de labeur. C’est-à-dire sa vie, celle qu’il avait avant que des inconnus ne viennent lui rendre victime d’une guerre dont il ignore les fondements.

Des déplacés entrain de deviser avec le plus âgé du groupe

11h. Dès notre arrivée, notre attention est attirée par une assemblée de personnes âgées, assises sous un arbre. Le plus âgé nous est présenté comme le chef de cette « tribu » improvisée à composante particulière. Venus pour la plupart d’entre eux de différents villages et réunis pour une même raison, celle de sauver leur vie, ces personnes ont fini par créer une autre communauté en un temps record.

Le chef de la délégation, les yeux rougis, la voix entrecoupée, explique les conditions dans lesquelles ils sont tous arrivés à Kaya.

« Nous sommes reconnaissants envers la populations de Kaya » Sawadogo Adama, déplacé de Tongomayel

Ils sont tous venus d’ailleurs, dit-il, avant de rester silencieux comme s’il n’avait pas grand-chose à dire. Que nenni ! Il a même trop à dire. Mais à quoi ces paroles serviraient-elle ? Surement, c’est la question qu’il se pose lorsqu’une voix derrière lui laisse entendre « Nan n’zemsamè » : « Les choses vont s’arranger », en langue mooré.

Le chef de la délégation reprend la parole et nous fait le récit de leur mésaventure de leur lieu de départ jusqu’à Kaya, leur destination, la terre promise, celle du « au moins je suis vivant ».

Ils ont fui la violence en laissant leurs biens à savoir leur bétail, leurs maisons, leurs récoltes. La plupart d’entre eux ont même abandonné leurs morts. Ces pères ont tous enterré des frères, des filles, des femmes, des amis, des enfants.

Enfant sans sourire

Malgré toutes ces expériences vécues, les femmes assises à quelques tentes des hommes, avaient le sourire aux lèvres lorsque nous nous approchons d’elles. Ce sourire nous a fait penser qu’au moins certaines personnes gardent espoir. L’espoir de retourner un jour chez elles. A la question de savoir s’ils comptaient y retourner très prochainement, toute l’assistance répond par « wahi ».

Des femmes déplacées internes dont les maris sont  repartis sur les sites d’orpaillage

Elles sont toutes venues à Kaya avec leurs maris et leurs enfants. Autour d’elles, des enfants, leurs enfants sans sourires, étaient assis à même le sol. L’une d’entre elles nous fait savoir que les enfants ont mangé. A la question de savoir pourquoi ils ne sont donc pas en train de jouer, nous avons reçu un soupir comme réponse.

Cette femme nous fait le récit de ce que la plupart d’entre elles ont vécu. Venues de Barsalogho, elles ont marché 45 km pour pouvoir rejoindre Kaya. La plupart d’entre elles, vivent sans leurs maris. Les hommes sont venus mettre les femmes en sécurité et les personnes âgées et sont repartis. Où est ce qu’ils étaient partis ? A Barsalogho ? Non. Ils étaient partis ailleurs, sur les sites d’orpaillages artisanaux pour trouver de l’argent. N’ont-ils pas peur de l’éboulement avec la saison pluvieuse ? La dame nous fait savoir que l’éboulement est un moindre risque comparativement à la menace terroriste. Ce dévouement des maris de ces femmes en ces temps, nous fait penser aux légendes racontées à travers le monde sur le courage des Burkinabè.

Ils pensent aux élections

Un hôpital est installé sur le site pour répondre aux besoins sanitaires des déplacés. Un médecin et des infirmiers assurent le service. Ils refusent de nous dire un mot sur l’état de santé général des déplacés. Le médecin nous demande de nous référer à leur hiérarchie si nous voulons avoir certaines informations. Néanmoins, il nous laisse entendre que lui et son équipe sont là quotidiennement.

Après avoir dit au revoir aux vieillards, avant de partir, une question nous taraude l’esprit. Nous sommes en période de préparation des élections. Nous leur demandons s’ils pensaient aux élections. Avant même d’ajouter un mot, quelques-uns parmi eux ont brandi leur carte d’électeur pour nous faire savoir qu’ils y pensaient énormément.

Après nous avoir fait visiter ce premier site à la recherche d’espoir, notre guide nous fait la proposition de nous conduire sur un autre site. Un site dont le nom donnerait l’envie d’y résider ou d’applaudir les autorités pour l’effort consenti pour sa mise en place. A l’entendre, on serait forcément pressé d’y arriver. Mais bien avant, il faut d’abord s’arrêter sur la grande aire de distribution de vivres. « C’est ici qu’on distribue les vivres », nous fait savoir Adama Ouédraogo.

Cet espace est tellement immense qu’on se croirait dans un stade. « Le jour de distribution, si tu arrives ici, tu n’auras pas de place », explique Adama Ouédraogo.

Lieu de distribution des vivres aux déplacés internes

Des bâches recouvrent des vivres. Sous le hangar, des hommes se reposent. A notre approche, l’un d’entre eux se lève. Les yeux rouges. Les cheveux touffus et le torse nu laissant voir un homme robuste aux muscles très endurcis. Il nous lance « Ya boïn ? », pour nous demander ce qu’il y a en mooré. Adama répond : « Ce sont nos visiteurs, ils sont venus voir comment vous vous portez ». Un large sourire se dessine sur son visage, malgré sa barbe touffue, laissant entrevoir la clarté de ses dents. « Bonne arrivée monsieur », nous lance-t-il avant d’aller se rassoir.

Ces hommes couchés, sont tous des déplacés internes. Ils ont été choisis pour garder les vivres.

C’est à environ 1 km de l’aire de distribution, que se trouve le site dénommé « Les 38 villas » tant décrit par notre guide. Arrivé sur le site à 15h exactement, nous faisons le constat effectivement qu’il existe des villas. Les 38 sont bien là devant nous. Mais pas comme on le pense.

Le cite des « 38 villas »

Elles n’ont pas été construites dans l’intention d’héberger des déplacés. Ce sont d’ailleurs les déplacés internes qui ont donné de la valeur à ces habitations dénommées « villas”. Il s’agit en réalité de maisons qui ont été construites durant la fête de l’indépendance qui a eu lieu à Kaya en 2016. Jugées mauvaises, ceux à qui elles ont été attribuées ont refusé de les occuper. Ces maisons étaient donc abandonnées et servaient de place aux moutons, aux ânes et aux cabris qui refusaient de dormir chez leurs maîtres.

Dans la cité des 38 villas, il y a des déplacés. Dans la cité des 38 villas, il y a des femmes. Dans la cité des 38 villas, il y a des hommes et des enfants. Il y a aussi Sawadogo Ousmane.

Ce jeune que nous avons rencontré dès notre arrivée sur le site est déplacé interne depuis une année. Il est élève en classe de 2nde et est très apprécié sur le site. Il a fui son village, Simagui dans la commune de Boroum avec ses parents. Il s’est retrouvé à Kaya.

« Des gens sont arrivés dans notre village un jour et ils ont commencé à tirer sur tout le monde avec des Kalachnikov. Tout le monde a fui. Les enfants, les hommes, les femmes. C’est lorsque tu sais que tu as la vie sauve que tu te retournes maintenant pour chercher ta femme et tes enfants », nous a expliqué le jeune homme de 18 ans. Pour ce qui concerne sa vie de déplacé interne sur le site des 38 villas, le jeune trouve qu’il a de quoi rendre grâce à Dieu.

Il reste à l’école, malgré tout

« Ici ça va. Lorsque nous sommes arrivés ici, la population de Kaya nous a bien accueilli », a-t-il mentionné. Le jeune, la gorge sèche, le regard serein tel celui d’un homme adulte nous fait savoir qu’il a perdu son meilleur ami dans cette guerre dont la recherche sans succès d’une seule raison valable lui pousse souvent à la révolte.

« Je fais du manoeuvrage sur les chantier pour pouvoir payer ma scolarité » Ousmane Sawadogo

Très ambitieux, Ousmane a décidé de ne pas arrêter l’école bien qu’ayant déjà fait une année blanche en raison de l’insécurité dans son village. Le jeune homme s’est inscrit dans une école privée de la place.

Comment est-ce qu’il arrive à payer ses frais de scolarité ? « Je fais du manoeuvrage sur les chantiers de construction de Kaya. Les samedis et les dimanches, je travaille et on me donne 4000 F CFA. Je ne dépense pas cet argent. C’est ce qui m’a permis de payer ma scolarité mais il reste même encore 10 000 F CFA », a expliqué le jeune garçon de 18 ans.

Pour celui qui a vu certains de ses proches se faire tuer, si les autorités burkinabè avaient opté pour une résolution de la crise sécuritaire à l’image de celle du coronavirus, sa situation pouvait être meilleure.

« Dès le début du terrorisme, si on faisait comme ce qui est fait avec le coronavirus, nous tous n’allions pas être ici. S’il y avait des mesures sécuritaires telles que le couvre-feu dès le début, nous tous n’allions pas venir ici. Même si on est en sécurité à Kaya, je ne suis pas heureux d’être ici. Dans mon village, pendant la saison pluvieuse, on travaille. Même quand tes parents n’ont pas les moyens, tu peux travailler aux champs et assurer tes frais de scolarité à la rentrée scolaire. Mais ici, si ce n’est pas la maçonnerie, tu n’as rien d’autre à faire pour gagner les frais de scolarité », s’est exprimé Ousmane en hochant la tête.

Pendant que nous discutons avec le jeune homme, une voix l’interpelle derrière nous.

« Ousmane est ce qu’il y a du nouveau ? ». Cette voix, était celle d’une femme âgée d’au moins 50 ans qui depuis 03 mois attend d’être recensée comme étant personne déplacée interne. Ousmane a été chargé de prendre les noms. Il l’a fait depuis plusieurs mois mais jusque-là, plusieurs personnes n’ont pas encore eu la chance d’être recensé.

50 personnes dans « deux chambres-salon »

Ces bâtiments sont loin de refléter le nom qu’ils portent. Si ces maisons ont été refusées par ceux à qui elles étaient destinées, c’est avec juste raison. Nous en avons fait le constat. Ce sont des maisons de deux chambres-salon. Dans chaque maison, il peut y avoir en moyenne 50 personnes. A la question de savoir comment 50 personnes peuvent dormir tous dans une maison, Ousmane nous invite à aller voir une vieille et ses amies qui demandaient à le voir depuis plusieurs heures.

L’une des « 38 villas » vue de l’extérieur

A notre arrivée dans la cour qui abrite les vieilles femmes en question, les femmes et les enfants se sont mis à rire. Ils étaient tous joyeux car Ousmane leur a dit que nous sommes venus pour voir leur maison. Assises par terre entrain de trier des feuilles pour la cuisine du soir, la plus âgée des femmes nous invitent à voir l’intérieur de leur villa. Les deux chambres sont utilisées pour les bagages. Ce sont des sacs de mil et de maïs qu’elles reçoivent régulièrement des ONG qui distribuent la nourriture. En plus de cela, il y a leurs vêtements et ceux de leurs enfants.

L’intérieur de l’une des « 38 villas » occupée par une grand mère et plus de 70 autres personnes

C’est le salon qui est la chambre à coucher. Elles sont plus de 50 à partager cette pièce de 5 m2. Les murs sont fendus à tel point qu’il est possible de voir à travers les fentes. Mais ce n’est pas le plus difficile. Elle nous fait savoir qu’elles n’ont rien à cacher. Non. Elles sont venues sans rien dans cette ville, en abandonnant tout. Ce qui fait plutôt peur, c’est lorsqu’il pleut. Pendant la pluie la maison tremble, nous a-t-elle fait savoir. « On sent le toit secoué et on voit les éclairs. Ça ne nous rassure pas », s’est-elle exprimée.

50 sous une tente de 10 personnes

Pour donc éviter un autre drame, lorsqu’elles sentent la pluie se préparer, elles trouvent refuge à l’intérieur de la tente qui se trouve dans la cour, installée par le Haut-commissariat pour les réfugiés.

« Lorsqu’il pleut, nous abandonnons la maison pour nous abriter sous les tentes » Une habitante de l’une des « 38 villas »

50 personnes sous une tente qui visiblement ne peut contenir que 10 personnes ? « Lorsqu’il pleut, on se retrouve toutes là-bas avec les enfants. Ce n’est pas important de se coucher. Ce n’est pas important de dormir. Après la pluie, on sortira pour se coucher dehors », commente la femme.

La vielle dame qui a pris la parole au nom de ses compagnons de chambres est veuve et a perdu son fils dans cette guerre. Elle est à Kaya avec ses petits-enfants.

Compte-t-elle repartir ?  Elle reste silencieuse pendant un bon moment, les mains dans les feuilles, puis elle hoche la tête après un long soupir.  « Je ne repartirai pas là-bas, mon fils », dit-elle.

Pour détendre l’atmosphère, nous proposons de venir partager leur repas du soir. Elles acceptent d’une même voix. Cependant, elles préviennent que le soir comme demain et après-demain, ce sera du « Sagbo » avec la sauce « Toega ».

Un hangar comme maison

Pour ces femmes, la dignité c’est un luxe. Lorsque nous sommes silencieux et pensifs face à leur situation, elles rient. Oui elles rient et devisent entre elles comme si la vie était belle pour elles. Mais, est-ce que la vie est réellement belle ?

Plongé dans cette réflexion, la gorge sèche, sur le chemin du retour pour rencontrer le maire finalement, quelque chose attire notre attention.

Rasmané Sawadogo, déplacé interne, sous le hangar qui lui sert de chambre à coucher.

Assis seul sous un hangar, un vieillard lève la main pour nous saluer. Le jeune Ousmane nous fait savoir que c’est ce hangar qui lui sert de chambre à coucher, même pendant la nuit, sous la pluie.

« Mam sôunra Samamê », « Je suis découragé » Rasmané Sawadogo

Fatigué, peu bavard, vêtu d’un boubou presque en lambeau, nous réussissons à lui arracher un mot. Il nous fait savoir qu’il est sur le site avec sa famille. Ils n’ont pas eu la chance d’avoir l’une des 38 villas ni aucune tente. Il a donc décidé de louer une maison pour mettre sa famille à l’abri.

Croire à la vie…

Ne disposant pas d’assez de moyens financiers, il n’a pu louer qu’une petite maison et lui-même dort dehors sous le hangar.  Et la pluie ? Il reprend le refrain de la plupart des déplacés à Kaya : « Nan n’zemsamè ». « Ça ira », en langue mooré.

10h. Le lendemain 25 juin 2020. Après avoir rencontré le maire (cliquez ici pour découvrir sa vision de la gestion des déplacés), nous nous apprêtons à quitter la ville. Plusieurs déplacés étaient attroupés devant le service social de la mairie. Une campagne d’établissement d’actes de naissance à leur profit a été lancée par une ONG. Ils sont donc venus voir s’ils ont leurs noms sur la liste et s’ils ont une identité, une nouvelle.

Des déplacés cherchant leurs noms sur les listes des nouveaux extraits de naissance établis

Comme des élèves qui viennent d’être admis à leur examen, voir ces personnes sourire pour le simple fait d’obtenir un extrait d’acte de naissance, fait penser, même l’indifférent. Ils n’ont pas perdu espoir. Ils croient en un lendemain meilleur.

Ils croient à une vie. Ils croient à un retour mais avant tout, ils ne veulent pas se perdre. Alors, ils sourient pour leurs nouveaux extraits de naissance. Ces sourires sont les dernières images que nous gardons en mémoire en quittant Kaya dans l’après-midi du 25 juin 2020.

Amadou ZEBA

Faso7

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