Burkina Faso: « L’hôpital public burkinabè est sans avenir » (Dr Arouna Louré)

Le Médecin anesthésiste réanimateur Arouna Louré s’est prêté aux questions de Faso7, ce lundi 06 juillet 2020. Dans cette interview, avec son franc parlé habituel, il fait le diagnostic de l’hôpital public burkinabè. Du manque d’eau au Centre hospitalier universitaire (CHU) de Bogodogo, aux problèmes d’équipements dans tous les hôpitaux publics, le Dr dit tout, sans langue de bois. Il évoque la mauvaise gestion et propose des solutions. Il revient sur son engagement, sa conviction et ses prises de position qui le mènent souvent à devoir adresser des lettres d’explication à ses supérieurs. En plus d’être médecin, Arouna Louré est aussi un essayiste. Il a une œuvre à son actif dont le titre est《BURKINDI, Pour une Révolution Nouvelle》, publiée le 15 octobre 2018. Lisez donc !

Faso7 : On constate une baisse tendancielle de la maladie à covid-19 au Burkina Faso. Est-ce à dire que les agents de santé l’ont maîtrisée ?

Arouna Louré (A. Louré) : Dire maîtrisé la maladie, ça serait trop dire. Compris la maladie par ailleurs, je crois que oui. Dans l’évolution de toute épidémie, c’est une question de phase. Ce qui est fort heureux au Burkina Faso, c’est que la pandémie de coronavirus a eu une évolution que l’on n’espérait pas mais qui est vraiment favorable à la population. On n’a pas connu des croissances exponentielles comme surtout ce que les européens et les américains ont connu. En Afrique de manière générale, l’évolution a été atténuée. On peut émettre des hypothèses, que ça soit la jeunesse de notre population, la chaleur ou la densité parasitaire, c’est-à-dire l’habitude de croiser des gênes… ça fait qu’on a une immunité un peu solide. Ce sont des hypothèses, mais n’empêche que les faits sont là. On n’a pas eu une évolution exponentielle et c’est fort heureux déjà.

Faso7 : Votre Centre hospitalier universitaire (CHU de Bogodogo) a été retenu pour les tests volontaires, comment cela se passe-t-il ?

A. Louré: Pour les tests volontaires, il faut reconnaître que c’est la deuxième phase. Avant, tout était vraiment focalisé. On s’est rendu compte qu’il faut faire un dépistage assez massif. On a de la chance d’avoir des partenaires techniques et financiers qui nous soutiennent pour ça. Et on a la disponibilité. Au moins on peut faire 500 tests par jour. Le test volontaire, c’est de me lever chez moi, de venir à l’hôpital simplement et dire que je veux faire un test de dépistage volontaire au covid-19. On prend vos renseignements, on fait les prélèvements et on fait l’analyse. D’autant plus qu’on fait l’analyse à Ouagadougou. Je pense que c’est au maximum 24 heures à 48 heures après qu’on a vos résultats. C’est vraiment de manière volontaire. Sans même avoir des signes symptomatologiques, je peux être là chez moi, je me dis que je veux faire un test de covid-19. C’est comme les autres dépistages qu’on fait, les VIH et autres.

Faso7 : Selon les informations qui nous parviennent, le CHU de Bogodogo fait face à un problème de toilettes. Qu’en est-il exactement ?

A. Louré : Ce n’est pas seulement un problème de toilettes. C’est un Hôpital qui n’a pas encore été réceptionné. Lorsque vous prenez l’hôpital dans sa globalité, il y a des toilettes qu’on ne peut pas utiliser, surtout les toilettes qui sont au R+1. Il y a des difficultés à les utiliser parce que l’évacuation n’est pas bien faite. C’est dans l’architecture de l’hôpital. Mais ce qui concerne le problème qui était récent, ce n’était pas vraiment un problème de toilettes mais c’était des problèmes de coupures d’eau. Les toilettes, on a besoin d’eau pour les nettoyer. S’il y a coupure d’eau plus de 24 heures, si quelqu’un utilise, on ne peut plus l’utiliser puisqu’on ne peut pas tirer la chasse d’eau. Cela a traîné pendant 4 jours mais ce n’était pas ça principalement qui nous inquiétait.

Notre inquiétude était dû au fait qu’il y a un certain volet d’actes médicaux qu’on ne pouvait pas faire. Les urgences traumatologiques, on ne pouvait pas opérer parce qu’ils ont des grosses boites et pour stériliser tout ça, il fallait passer par une machine qui consomme de l’eau puisqu’il faut refroidir la machine quand elle travaille. On ne pouvait pas stériliser. C’était ça l’inquiétude principale. Le problème a pu être réglé fort heureusement, et on a commencé à opérer.

Faso7 : Comment vous en sortiez-vous ?

A. Louré : C’est un problème qui est assez récurent. Un CHU ne peut pas fonctionner s’il n’a pas une forme d’autonomie en eau et en électricité. C’est pour cela qu’on envisage les groupes électrogènes et les fontaines parce qu’on se dit que le CHU devrait avoir une certaine quantité d’eau pour qu’il puisse fonctionner quand il y a coupure d’eau. Fort malheureusement, on a essayé de faire les fontaines mais on n’a pas pu jusqu’à présent. Ça fait 03 à 04 ans que l’hôpital fonctionne. Quand il y a coupure d’eau, on le ressent. Même quand ça ne dure pas, n’empêche que quand on veut opérer un malade, il faut que le chirurgien se lave, il faut que l’anesthésiste pour certains gestes se lave de manière chirurgicale. On est souvent obligé de prescrire de l’eau Laafi aux familles qui partent acheter. Il y a des gens qui ne le comprennent pas et qui se demandent pourquoi nous on leur prescrit de l’eau. Soit on décide de dire qu’on ne prescrit pas ou on prescrit et on explique à la famille qui comprend que s’il y a coupure d’eau, on n’a pas trop le choix. Aujourd’hui, le souhait est qu’on ait une autonomie vraiment en eau.

Faso7 : C’est un problème qui a duré pendant 04 jours. Est-ce que la hiérarchie était informée ?

A. Louré : Ce qui est fort heureux est qu’au CHU de Bogodogo, on échange beaucoup. Quand il y a un petit souci, même si ce n’est pas par un écrit officiel, on tient à informer les premiers responsables parce qu’on se connait carrément tous. Ça communique assez. Maintenant, on n’a pas compris pourquoi ça a fait 04 jours avant d’être réglé. Là vraiment je ne saurais répondre à leur place. Notre souhait vraiment, c’est qu’on en tire des leçons et mettre des mécanismes en place de sorte à ce que si cela arrive, qu’on puisse régler rapidement.

Faso7 : Sur votre page Facebook vous avez fait la proposition d’attribuer la gestion du CHU a un privé. Expliquez-nous pourquoi.

A. Louré : C’est l’une des réflexions qu’on a essayé de mener. Quand on dit ça, les gens disent que c’est privatiser l’hôpital. Ce n’est pas privatiser l’hôpital. Les vrais problèmes de l’hôpital, c’est d’abord même les textes de lois. C’est vrai qu’il y a l’administration de l’hôpital, mais il y a nos lois mêmes qui empêchent l’hôpital public d’être compétitif. A quoi cela est-il dû ? On parlait tout de suite de l’eau. Supposons que la panne qui a causé le problème était due au propulseur et que la réparation est un marché de un ou deux millions de F CFA, le directeur de l’hôpital ne peut pas décaisser les fonds comme ça puisque ce sont des contrôles à priori. Donc ça prend du temps. Mais si c’est un privé qui gère l’hôpital, c’est un contrôle à posteriori parce qu’il y aura un conseil d’administration qui peut toujours contrôler les choses.

Je vous prends un exemple terre à terre. Quand le scanner de Yalgado tombe en panne pour une pièce d’un million ou deux, on peut taper une ou deux semaines pour pouvoir régler le problème. Cela parce que pour décaisser l’argent, il faut suivre une certaine procédure. Le scanner de Yalgado travaille à plus d’un million par jour parce que si je prends 50 mille par patient, 10 malades ça fait 500 000 et 20 malades ça fait 01 million et 30 malades ça fait 1 500 000. Et le scanner de Yalgado, fonctionne à plein régime. Deux millions, c’est bas. Mais on peut bloquer ce scanner pendant deux semaines parce qu’il y a des lois de marchés public. Aujourd’hui ce qu’on souhaite, c’est qu’il faut que l’hôpital soit soustrait à ça et qu’on ait des contrôles à posteriori. C’est l’un des volets qui permettra à l’hôpital de fonctionner assez rapidement, mais avec une gestion rigoureuse.

Le deuxième volet, c’est la célérité avec laquelle l’administration peut prendre des décisions. Souvent tu es dans les dispositions et c’est une responsabilité qu’on assume. On décide et on assume après. Il y a de ces décisions qu’on doit prendre mais les gens refusent de prendre ces décisions là parce qu’ils ont peur des conséquences, de ce qu’on va dire, parce que ça va frustrer un tel ou un tel. C’est ce qui fait que ces décisions n’ont jamais été prises. C’est l’exemple typique de l’Hôpital Yalgado. C’est l’organisation interne d’un Hôpital, et tous nos hôpitaux courent à ça. Il y a le CHU de Tengadogo aujourd’hui qui a du mal à fonctionner. C’est vrai qu’il y a le problème des lois mais il y a aussi le problème d’avoir le courage, que ça soit le choix de politique ou l’administration de l’hôpital de prendre certaines décisions et de les assumer. C’est vrai que quand tu décides, il y a certaines décisions qui ne seront jamais populaires mais le plus important, c’est que le malade s’en sorte. Que lorsque le malade rentre à l’hôpital, qu’il sente qu’il y a une organisation qui est mise en place pour pouvoir faire fonctionner.

Lorsque je parle de donner l’hôpital à un privé, c’est ça. Si le privé peut me garantir les tarifs actuels et même si le privé peut payer les agents puisqu’actuellement c’est l’état qui paye les agents, je me dis qu’il y aura une certaine rigueur de fonctionnement parce qu’on ne pourra pas tolérer certains trucs. Mais il y a un laxisme tel dans nos hôpitaux que dans toute l’administration publique burkinabè et qui fait qu’on a du mal à fonctionner. Ce n’est pas privatiser l’hôpital. On pouvait donner l’hôpital public à des privés avec un cahier de charges bien précis. Ailleurs ça se fait. Aujourd’hui l’administration publique a du mal à gérer ses propres agents. Il y a un laisser-aller. Quand c’est une structure privée qui gère, qui sait qu’elle doit payer et qui a un cahier de charges bien précis, c’est une réflexion qu’on ne doit pas négliger.

Ce n’est pas les seuls volets pour faire fonctionner nos hôpitaux. Aujourd’hui, on a l’assurance maladie. Si le Burkinabè avait une assurance maladie qui payait essentiellement un tiers payant, les hôpitaux même pourraient augmenter leurs marges parce qu’il y a une cotisation qui est là. Ça permettra aux hôpitaux de se refinancer. Ce qui est malheureux, c’est qu’à chaque fois on fait les réunions, on fait les conclusions, on prend et on les met dans un casier et puis on continue comme si de rien n’était.

Les gens disent que c’est parce qu’il y a des conflits d’intérêt. Moi j’ai vu certains pays ou ça fonctionne très bien. Au Maghreb, le système public fonctionne très bien. Le système privé fonctionne très bien. Il n’y a jamais de conflit d’intérêt. J’ai vu une grosse clinique à Tunis, dans la ville il y en a au moins 25. Au Burkina il n’y a même pas un hôpital qui peut les concurrencer. Et ça fonctionne. C’est dire qu’il faut prendre des décisions difficiles, les assumer pour que l’hôpital public puissent fonctionner. Je ne pense pas qu’il y a un conflit d’intérêt entre le public et le privé. Ils sont complémentaires.

Faso7 : « L’hôpital public burkinabè est sans avenir ». Pouvez-vous revenir sur le contexte de publication de cette phrase,  que vous avez faites le 16 juin 2020?

A. Loure : Cette phrase, la première personne qui me la dite, c’est l’un de mes patrons lors d’une discussion. Il m’a dit: « Louré, tu sais, l’Hôpital public est sans avenir ». Mais ça, quand on le dit, il y a toujours un si. Quand on dit que c’est sans avenir, c’est à condition qu’on revoit certaines procédures. On a parlé tout à l’heure de la procédure d’acquisition du matériel, c’est-à-dire le contrôle à posteriori. Aujourd’hui, on n’a pas un regard sur les équipements. C’est toujours la loi du marché. Quand je veux un bidon d’eau, je donne la description du bidon d’eau. Le gars peut aller en Chine, faire la même description avec du faux matériel et venir parce que c’est la description que j’ai eu à donner. Mais si on me permettait par exemple de pré-qualifier trois marques, quand je fais l’appel d’offre, on choisit parmi les trois marques de tel sorte que les maintenanciers que j’ai à l’hôpital ont déjà une idée sur ces 03 marques et en ce moment, ça devient un contrat avec les maisons mères qui peuvent faire la maintenance de ces appareils.

Quand vous prenez nos hôpitaux, il y a plus de mille marques pour un même appareil. Un technicien, il ne peut pas faire la maintenance de mille marques. Et il y a de ces marques même qu’on ne sait pas d’où ça vient, mais qui répondaient seulement à la description.

Tout ça pour revenir dire que l’hôpital public burkinabè aujourd’hui, est sans avenir si nous ne revoyons pas non seulement les textes qui gouvernent les hôpitaux, mais aussi l’organisation interne de nos hôpitaux, et qui paye pour les malades. Ailleurs ce qui favorise vraiment, c’est l’assurance maladie parce que c’est un tiers payant. Et comme tout le monde cotise, tout le monde ne tombe pas malade au même moment, ça permet à l’hôpital de se refinancer.

C’est donc l’organisation et les textes auxquels sont soumis nos hôpitaux qui font qu’actuellement, l’hôpital burkinabè est sans avenir. On pourra patauger là-dedans pendant mille ans, on ne va jamais s’en sortir. Le comble, c’est qu’on réitère souvent les mêmes bêtises. On a construit le CHU de Tangadogo, aujourd’hui ça peine à fonctionner, il y a le CHU de Bogodogo, ça décolle bien mais ça peine à fonctionner. Si on ne revoit pas tout ça, demain on va construire un hôpital à 70 milliards qui fera au mieux 02 ans et on tombera dans les mêmes travers.

Quand on dit que c’est sans avenir, c’est que le malade rentre et qu’il sorte satisfait et quand quelqu’un vient à l’hôpital qu’il n’est pas besoin d’appeler quelqu’un. Que ça soit fluide. Que lorsque mon cousin quitte le village et qu’il ne connait personne à Ouaga et qu’il arrive à l’hôpital, il rentre dans le circuit et il est pris en charge, il sort content sans avoir eu à appeler quelqu’un, ça c’est un hôpital. Et c’est ce qui fait qu’aujourd’hui on craint que l’hôpital public burkinabè est sans avenir dans les conditions actuelles de sa gestion.

Faso7 : Pour mettre fin à la souffrance de fonctionnement de nos hôpitaux publics, fait-on face à un manque de moyens ou de volonté politique ?

A. Louré : C’est un manque de volonté politique. Ce n’est pas un manque de moyens. Moi je le dis, le Burkina Faso est très riche. On est juste mal organisé. L’Hôpital burkinabè n’a pas un défaut de moyens. Je vous dis que lorsqu’on fait des acquisitions en matériel, pour un pays pauvre, c’est ahurissant. Il y a des matériels de plusieurs milliards qui vont dormir dans les magasins et aller se gâter sans qu’on ait eu à les utiliser. Chaque année, la SIGEMAB (Société de gestion de l’équipement et de la maintenance biomédicale) a un budget d’acquisition mais ça ne répond pas aux besoins réels. On fait des appels d’offres, on paye du matériel comme ça. Ce sont des appareils qu’on pose dans les magasins, le jour qu’on va les faire sortir, ils sont  »oufs ». Même quand on prend le CHU de Yalgado, combien d’appareils sont dans les magasins, payés à coup de millions et milliards ? C’est la tristesse de nos hôpitaux. Aujourd’hui, je suis intimement convaincu, l’hôpital public burkinabè n’a pas un problème de moyens mais a plutôt un problème de gestion, d’organisation interne et de volonté politique. Sinon le peu de moyens qu’on a, on peut faire des miracles avec ça.

Faso7 : Comment est-ce possible d’acheter du matériel à coup de milliards sans pour autant l’utiliser ? Y a-t-il quelque chose derrière qu’on ne sait pas ?

A. Louré : Il y a quelque chose derrière. J’aime taquiner les gens souvent en disant qu’il y a des structures qui ont été créées pour pouvoir financer les élections. Chaque année, il y a l’expression de besoin que chaque hôpital fait. Maintenant quand on fait l’expression du besoin, il y a du matériel qu’on va aller acheter. Le comble est qu’on s’en rend compte que c’est le matériel qui est lourd sans même au préalable voir si ça va être rentable ou pas, qu’on va acheter. C’est pour cela que dans ce genre d’instance, il faut avoir les techniciens du domaine pour décider de ce qui est prioritaire. D’une manière ou d’une autre, il y a du matériel que les gens préfèrent acheter parce qu’ils savent qu’ils auront des ristournes là-dessus et que d’une certaine manière, ça va être rentable pour eux. Il faut le dire sinon on ne comprend pas souvent pourquoi c’est comme ça.

Il y a aussi souvent du matériel qu’on paye et il y a une ou deux pièces qui manquent. Quand ça vient, on monte et ça ne donne pas. Et pour que la pièce manquante arrive, ça peut prendre banalement 05 ans. Il y a du matériel qui est venu et on a monté, on se rend compte que c’est lourd pour un seul hôpital.

Quand c’est comme ça, il faut mutualiser les choses. Je prends par exemple notre stérilisateur à Bogodogo, on a deux grosses machines pour stériliser et qui peuvent stériliser pas mal de matériels. On aurait pu mutualiser au lieu que Yalgado par exemple stérilise, la pédiatrie stérilise, le CHU de Tengadogo stérilise … On aurait pu faire fonctionner nos deux machines de manière optimale et on stérilise tout le matériel de réanimation et chacun vient se ravitailler. C’est une question d’organisation interne des hôpitaux et de manière générale du système de soins.

Disons la vérité. On n’a pas de vision. Les gens tâtonnent. Quand ça vient, on prend et on continu sans avoir un raisonnement logique dans 05 ans, 10 ans, comment ça va être. C’est pour cela que souvent on tombe en ralle. On paye un matériel qui vient faire 10 ans, on n’a pas prévu comment le changer, l’amortissement… On aime plaisanter en disant que tout est urgent en matière de santé parce qu’on n’a pas de planification réelle de la gestion du système de soin. Pour toutes les spécialités, il faut qu’on ait une vision. L’anesthésie réa, la cardiologie, la radiologie… Dans 05 ans, on veut avoir combien de scanner dans combien de CHR. Qu’on le planifie dans un budget bien défini. Que tout soit bien planifié à l’avance et chaque année on sait ce qu’il faut faire pour avancer.

Faso7 : On vous connait pour votre engagement et vos prises de position est ce que cela ne vous porte pas préjudice souvent ?

A. Louré : Préjudice, je dirai que non. Mais ça c’est l’espoir que j’ai, que cela ne me porte pas préjudice. Avant tout, je suis citoyen de ce pays et je dis souvent que ce pays m’a donné beaucoup. Je suis né en Côte d’Ivoire, je suis rentré faire le CM2 au Burkina Faso. J’ai fait l’école publique de A à Z, et l’université, j’ai eu une bourse. Aujourd’hui, je pense que je fais parmi les privilégiés de ce pays. Si je me contente sur moi aujourd’hui, j’aurai mené une vie inutile. Je ne dis pas que je suis un modèle de succès mais parmi les 20 millions de burkinabè, je suis parmi ceux qui s’en sortent le mieux. J’aime dire que nous sommes les privilégiés de ce pays. Et si nous ne rendons pas à ce pays ce qu’il nous a donné, nous aurons mené une vie inutile.

Vue ça, me porter préjudice, je ne crois pas trop. Dans mon travail au quotidien, ça ne me porte pas préjudice. Je travaille du mieux que je peux. Je fais l’effort que je peux mais quand ça ne va pas, je dis et on essaie de trouver une solution à cela.

Faso7 : On vous a pourtant demandé une lettre d’explication aux heures chaudes du coronavirus…

A. Louré : C’est vrai que j’ai eu une lettre d’explication aux heures chaudes du covid à propos de l’une de mes sorties qu’on a appelé sortie médiatique. Je pense que c’est le jeu. On est dans un système où les gens ne voient pas ce qu’on peut apporter mais les gens réagissent en fonction de est-ce qu’il menace mon fauteuil ? C’est ce que j’ai toujours dit, ce que je trouve regrettable pour un directeur, pour un ministre, quand on te nomme, ce n’est pas pour que tu viennes faire les lèches bottes de celui qui t’a nommé. Si on te nomme, c’est parce qu’on pense que tu es bon. Quand tu y vas, tu travailles avec ces compétences-là. Si demain la personne trouve que tu le déranges, tu démissionnes. Un poste de nomination n’est pas une fin en soi. Je pense quand on aura tout perdu, ce qu’on garde, c’est sa dignité. C’est ce qu’on a apporté de plus à ce pays. Et ça c’est tellement important qu’il ne faut pas toujours voir la chose comme étant quelque chose contre ton portefeuille ministériel ou ton poste de directeur. Je le dis tout temps. Je n’ai rien à en vouloir à un ministre ou un directeur mais si tu occupes une fonction que de mon avis, tu le gères mal, je vais le dire quitte à ce que tu le prennes de manière personnelle. Je pense que c’est le rôle de tout citoyen de se battre afin que nous tous puissions bénéficier de ce que ce pays nous accorde.

Faso7 : Quelle appréciation faite vous de la gestion actuelle du pays ?

A. Louré: Il faut dire que la gestion actuelle, elle est calamiteuse. Elle est désastreuse. Maintenant pourquoi on dit qu’elle est désastreuse ? C’est parce qu’on est dans un pays ou l’autorité s’est effritée. Quand on dit qu’on est en guerre, on veut sentir qu’on est protégé. C’est comme un chef de famille, quand ça ne va pas, il faut pouvoir s’affirmer. Mais quand on est absent lorsque ça ne va pas et qu’on ne sait même pas que le chef de famille est là, alors c’est dangereux. La gestion actuelle du pays est désastreuse en ce sens qu’on a beaucoup de crises aussi bien sécuritaires, sanitaire et éducative. Tous les secteurs sont assez sous tension pas parce qu’on a beaucoup de problèmes seulement mais parce que l’autorité n’arrive pas à s’affirmer, à prendre des décisions et à les gérer.

Je suis de la santé, de la manière dont j’ai vu la gestion de la crise du coronavirus et quand j’écoute certains des milieux des forces de l’ordre et que je me dis que si c’est ainsi que la question sécuritaire a été gérée, on est encore dans la merde. Il faut éviter de gérer certaines questions de façon politique. Quand les gens voient en une crise une opportunité de s’enrichir, de faire leur cagnotte d’élections, c’est désastreux. Si on ne revoit pas la copie, on aura encore du mal parce que les crises ne vont pas cesser.

Faso7 : On constate de plus en plus que les jeunes s’intéressent de moins en moins à la chose politique. Certains refusent même de s’enrôler pour les élections à venir. Pourquoi selon vous ?

A. Louré: Nous avons une éducation qui a été un peu biaisée. Je me rappelle à l’époque qu’on a toujours eu des aînés qui nous ont dit que les élections ne vont rien changer. C’est faux. J’ai pris l’exemple, le Burkina Faso compte environ 20 millions d’habitants. Pour les 20 millions d’habitants, nous avons 9 millions qui ont un potentiel électoral mais en 2015 le président Roch a été élu avec environ 1 million 700 voix sur les 9 millions. C’est pour dire que si on s’enrôle énormément et que le Burkina a un potentiel de 8 millions d’électeurs le discours de l’homme politique va changer.

Ce qui est là c’est qu’on n’a pas la culture de la démocratie. Aujourd’hui au Burkina Faso, on adore critiquer et on a peur de s’engager. Les gens préfèrent rester dans ce confort de critiquer sans jamais vouloir assumer une responsabilité. Il faut éduquer les jeunes Burkinabè à avoir la culture de la démocratie. La démocratie, c’est une culture et cette culture, on doit l’enseigner à l’enfant de telle sorte que quand il grandit, il doit faire le jeu démocratique. Le jeu démocratique c’est d’avoir le courage d’assumer ses positions mais aussi d’avoir le courage de combattre et défendre ses opinions en assumant une responsabilité.

Rester dans la peau de celui qui critique et dire que je ne vais pas aller voter parce que ça ne changera pas, c’est faux. Si on veut rester dans la posture de critiquer ça n’inquiète pas les parties politique. Ailleurs ce sont les indécis qui décident qui dirige le pays. Cela parce que chaque partie politique à ses éléments surs qui vont aller voter mais en fin de compte ceux qui tranchent ce sont les indécis. Si on suppose qu’au Burkina Faso on est 3 millions d’indécis, même si chaque partie à 2 millions de votants, il suffit que 1 million parmi les indécis aillent voter et ça peut basculer l’élection.

Faso7 : Pour voir les jeunes aux commandes, êtes-vous de ceux qui pensent qu’il faut une rupture catégorique avec l’actuelle classe dirigeante ?

A. Louré : Les jeunes sont ceux qui payent les plus lourdes tribus quand ça ne va pas. Il faut qu’il ait une rupture entre l’ancienne classe dirigeante c’est-à-dire ceux qui ont toujours dirigé. Quelqu’un peut avoir la cinquantaine mais quand il vient, c’est une nouvelle classe politique parce qu’il n’était pas dans les affaires depuis des années. C’est ça vraiment que j’appelle la rupture, pas forcement que la personne soit systématiquement jeune mais ce que la personne peut apporter.

Pour moi, quand on est jeune et qu’on on aime ce pays, on s’engage d’une manière ou d’une autre. C’est ce que je disais tout à l’heure. Il y’a des privilégiés, c’est-à-dire ceux qui ont la possibilité de faire porter la voix des autres. Mon cousin qui est au village, sa voix ne portera pas haut si quelqu’un d’autre ne prend pas cette voix-là pour la porter. Les jeunes surtout doivent s’engager mais cette rupture c’est pas forcément en terme d’âge. C’est en terme de renouveau de la classe politique.

J’aime dire que ceux qui sont là actuellement, ce n’est pas que souvent ils sont mauvais. Non. Ils n’ont pas appris à bien faire. Ils ne savent pas bien faire et j’ai vu ça souvent au moment au plus fort du coronavirus. Vous voyez que certaines personnes voulaient bien faire mais ils ne savent pas. Ils ont été dans un système  »mouta mouta » qui fait que le politicien n’avait pas de redevabilité vis à vis du peuple. Et de plus en plus, le peuple devient exigeant et demande de la redevabilité. Il faut aujourd’hui une nouvelle classe politique avec un programme basé sur cette génération et les générations futures. Il ne s’agit pas de notre génération. Il y aura nos enfants et nos petits-enfants. Pour eux ça se programme dès maintenant.

Le Burkina Faso est un pays assez riche, on aime dire que les fonctionnaires prennent plus de 40% du budget national. Je crois que ces 40% ce sont encore eux dans les hautes sphères qui prennent une grosse partie. Mais je dis 40% c’est parce qu’on a un budget qui est très très faible. Quand on prend les ressources de ce pays, en termes de corruption, on a la possibilité de le multiplier par 5, le budget en 10 ans. Je vous dis en un mandant électoral au moins on peut multiplié par 3  le budget de ce pays. Si on multiplie par 03 le budget de ce pays, en ce moment, les fonctionnaires vont se retrouver avec 15% du budget. Même si on leur fait une augmentation, ils ne vont pas dépasser les 25%. C’est faible parce qu’on a pas les mécanismes pour essayer d’augmenter le budget alors qu’on a pas mal de potentiels, que ça soit au niveau des impôts, les fraudes, que ça soit au niveau des sites miniers, on a beaucoup de potentialités pour accroître le budget national.

Faso7 : Est-ce que les jeunes qui sont déjà aux affaires, montrent des signes d’exemple en termes de rupture ?

A. Louré : C’est un peu inquiétant et c’est l’une des choses qui m’inquiète. il y a de ces jeunes que j’ai vu, c’est vrai que c’étaient des aînés mais au moins on les a vu à l’époque qui étaient bien chauds. Ce qui est triste c’est que les   gens s’accrochent à une fonction. Quand on te nomme pour un poste, il faut montrer qu’on a la potentialité de faire la chose quitte à le faire en 6 mois et qu’on te dise non tu es trop bruyant et qu’on te dégage. C’est pas une fin en soi.

Aujourd’hui on dit Thomas Sankara, c’est ce qu’il a laissé après. Il aurait pu faire comme certains l’ont fait, c’est à dire vouloir faire le lèche botte des européens et c’est fini. Qu’est ce qu’on veut laisser pour la prospérité ? C’est vrai qu’on a des jeunes ministres, des jeunes directeurs mais le constat reste amère. Une fois qu’ils sont nommés, ils ne cherchent plus à faire l’affaire des gens que de se battre pour leurs opinions. Ils sont nombreux. Ils disent qu’une fois que tu es nommé, il y a des contraintes. Je dis non. Moi, ma seule contrainte c’est ma conscience. Maintenant, si on trouve que je bouscule trop et que ça ne va pas, ce n’est qu’une fonction. Tout compte fait, on est appelé à ne plus y être d’ici quelque temps. C’est obligé, tu vas partir. Tu ne peut pas être ministre à vie. Tu vas mourir et laisser cette fonction. Et souvent, c’est vraiment dommage de voir certains jeunes qui occupent certaines fonctions et qui font le jeu politique des années 60. On se dit à quoi tout ça rime. Et ça inquiète davantage parce qu’on se dit que si c’est comme ça, nous jeunesse on voit la politique, c’est que le bout du tunnel est encore loin, peut-être même qu’on n’est même pas encore rentré dans le tunnel.

Ce qui est encourageant par ailleurs, c’est qu’on voit des jeunes engagés qui prennent les risques qu’il faut pour pouvoir s’exprimer. Il suffit d’un groupe de personnes convaincus et le peuple de manière générale peut se soumettre. On a vu ça au lendemain de l’insurrection. Les gens étaient prêts à changer de comportement jusqu’à ce que le sommet vienne encore nous trahir et que les gens retombent dans leur travers. Les citoyens dans leur globalité, quand tu discutes avec eux, tu sens que les gens sont prêts. L’excuse que les disent, c’est que ce qui sont en haut volent, l’autre vole et pourquoi pas moi ? Si ceux qui sont en haut ne volent pas, quand on te tape sur les doigts, tu reconnais et tu te calme. On espère qu’il y aura une nouvelle génération d’hommes politiques, convaincus qu’on peut faire pas mal de chose pour tous les citoyens.

Faso7 : Quelles sont vos attentes pour les élections à venir ?

A. Louré : J’aime dire que la politique n’est pas un fleuve tranquille. Même à quelques jours des élections, quelqu’un peut émerger parmi ceux qu’on connait déjà ou pas, avec quelque chose qui est convainquant, qui nous attire. Ce que moi je souhaite, c’est lorsqu’on est jeune, quand il y a un candidat que je veux soutenir parce que je suis convaincu de son programme ainsi que de l’idéologie qu’il défend, je ne dois pas attendre quelque chose de celui-là. Je dois par contre me battre pour lui. Je n’attends pas même du carburant. Je dois être à mesure de prendre ma moto, aller à 100 kilomètres, aller convaincre des gens de voter pour lui parce qu’il a un projet de société pour ce pays. C’est ce qui se passe aux USA. Les gens font du porte à porte. Ils quittent une ville à une autre ville pour aller battre campagne pour leur candidat parce qu’ils sont convaincus.

Au Burkina, ce qui est malheureux, même quand on est convaincu, c’est notre voix à nous seule qui compte. Il faut que nous ayons la culture de la démocratie parce que, quoi qu’on dise, c’est la démocratie qui régit le monde. Peu importe le système qu’on met sur place, il faut qu’on finisse par revenir sur la démocratie. C’est la politique qui décide de tout. On a parlé de nos hôpitaux, on a parlé de l’éducation et de la sécurité, c’est la politique qui décide de ça. On ne peut pas dire que la politique est sale, sachant que c’est la politique qui gouverne nos vies. Il faut s’engager, il faut s’investir.

Pour revenir sur le candidat, actuellement personne ne me convainc. Je suis parmi les indécis des indécis. Et quelqu’un me disait qu’à défaut de voter pour quelqu’un, on peut voter contre quelqu’un. C’est également une manière de voter. Mais on attend que tout se lance et on verra ce que les candidats vont nous proposer. Mais actuellement, c’est quasiment la même clicaille des gens qui nous gouvernent depuis 30 ans et qui ne proposent rien.

C’est vrai qu’on a quelques jeunes qui sont là mais on ne sent pas qu’ils se battent pour ce peuple en fait. On ne sent pas de l’engagement, de l’amour pour ce peuple-là.

Faso7 : Certains burkinabè n’ont pas de très beaux regards sur les hôpitaux publics. Entant que personnel de santé, ça vous fait quoi de savoir ça ?

A. Louré : Souvent c’est triste parce qu’à tort ou à raison les gens interprètent mal les choses souvent. Je sais que notre système n’est pas aussi reluisant mais souvent on ne prend pas la peine de comprendre les choses. Par exemple quand vous rentrez dans une urgence et que les gens sont par terre, moi entant qu’un agent de santé, quand je pars donner des soins à un malade qui est couché, je suis obligé de m’accroupir, ça me prend plus de temps.

Pour les médicaments, il faut prescrire pour que le parent aille chercher le médicament. Ce sont des trucs qui faits de tel sorte que l’hôpital ne puisse pas bien fonctionner.

Quand je prends les urgences de Yalgado, vous allez voir que pour 10 malades couchés, il n’y a qu’une ou deux infirmières. Souvent le personnel est vraiment à bout. Je ne dis pas que le personnel fait défaut. Dans sa globalité, il y a certains hôpitaux qui ont un personnel très élevé mais mal reparti. Le problème de nos urgences, c’est que nous n’avons pas vraiment d’urgence au Burkina Faso. Ailleurs, le malade ne fait pas plus de 24 heures dans une urgence médicale parce que c’est comme une zone de tri. Le malade est venu, il a vu le médecin, on sait il souffre de quelle pathologie et lui dit où il doit aller. Tout en moins de 24 heures. Souvent ils ont un boc. Par contre chez quand on part dans les urgences, ce sont des salles d’hospitalisation. Les urgences ne sont pas faites pour ça. Chez quand quelqu’un a mal à la tête, il vient aux urgences.

Ailleurs il y a des ambulances médicalisées qui partent chercher les urgences de telle sorte que le malade est trillé et il ne doit pas venir traîner aux urgences. C’est vrai qu’on a nos brebis galeuses comme partout ailleurs, chose qu’on essaie en interne de sensibiliser les uns et les autres mais c’est l’organisation même de l’hôpital qui fait qu’on a ses soucis là.

Ce que je reproche au citoyen lambda moi faisant parti, c’est que nous n’avons pas jamais lutté pour notre santé. Nous ne nous sommes jamais préoccupés pour notre santé. Nous nous sommes plaints mais sans jamais faire des actions pour notre santé. Je me rappelle l’année passée pendant les grèves, les citoyens tapaient sur les agents de santé et personne n’a rien fait pour interpeller l’autorité. Ce que j’ai vu l’année passée et que les citoyens ne se sont pas organisés pour réagir, j’étais dépassé. Il a fallu que certaines personnes arrivent à l’hôpital pour voir comment ça se passe et dire qu’on aurait dû vous défendre. Moi je le dis qu’il ne faut pas défendre l’agent de santé. Il faut plutôt défendre l’hôpital public. Il faut interpeller l’autorité de telle sorte que l’hôpital public puisse fonctionner.

Quand je suis malade aujourd’hui, c’est l’hôpital public. Quand quelqu’un m’appelle pour me dire qu’il a un malade qui est très grave, c’est l’hôpital public parce que le privé ne peut pas soutenir certaines maladies. Quand c’est grave à un certain niveau, c’est seulement à l’hôpital public qu’on a les compétences qui peuvent être là 24h/24.

Avec la crise de coronavirus, j’espère qu’on a compris. Même les plus hautes autorités savent aujourd’hui qu’il peut arriver un moment que je ne peux pas aller à l’étranger pour me faire soigner. Et moi je dis quand tu fais ta crise, il faut que nous on te conditionne ici avant qu’un avion médicalisé viennent te chercher. Et si je n’ai rien pour te conditionner, ce qui va arriver, va arriver.

Qu’on réfléchisse donc à comment améliorer l’hôpital public parce que c’est pour tous. C’est triste souvent quand je lis certains commentaires sur les réseaux sociaux. Souvent c’est à tort ou à raison. Mais c’est la réalité de nos hôpitaux. La réalité c’est que le citoyen ne veut pas venir à l’hôpital public tant qu’il n’a pas le choix. Et c’est malheureux parce que c’est l’hôpital qui doit soutenir même les structures privées quand ils ne peuvent pas prendre en charge un malade.

Faso7 : Un député de la majorité a traité les députés de vouloir faire de la politique. Qu’en dites-vous ?

A. Louré : Souvent je vois des députés qui réagissent à l’hémicycle et dans des sorties pareilles et je me dis que c’est bientôt les élections et ils veulent se faire aimer par les partis mais c’est quelque chose qu’ils vont regretter. Lui c’est un député mais j’ai vu des hautes autorités qui ont fait leur problème et qui sont venu dans l’hôpital public, on les a couchés à terre dans les urgences. Je ne vais jamais déposer un autre malade d’un lit et mettre une une autre personne, peu importe la personne. Tu viens, il n’y a que la place à terre, je te dépose à terre. Il n’y a même pas de débat là-dessus.

Oui on reproche beaucoup aux syndicats de faire beaucoup de la politique que du syndicalisme. Je ne dirai pas que c’est totalement faux parce qu’il faut reconnaître qu’on a du syndicalisme idéologique. Et quand on dit idéologie déjà, ça tend vers la politique. Moi je me dis que le syndicalisme dans sa forme pure, c’est défendre les intérêts matériaux et moraux des travailleurs.

Mais entant que citoyen ou agent de la santé, j’ai le droit de faire de la politique. Et moi je les encourage vivement à faire de la politique parce que ce sont des gens qui ont des opinions bien tranchées, qui proposent des solutions assez merveilleuses. On a vu Lula qui était un grand syndicaliste qui est devenu président du Brésil. Moi ça ne m’empêchera pas d’aller voter demain un syndicaliste qui prends la casquette de politique et qui veut s’engager en politique parce qu’il a des choses à proposer. C’est ce que je reproche d’ailleurs aux syndicalistes. On a vu des syndicalistes brillants, qui avaient des convictions mais sont seulement restés sur la casquette syndicaliste. Je dis qu’il n’y pas meilleure manière de défendre une idéologie que de l’appliquer.

Il faut qu’on sorte de cette image morte. Personnellement j’avais cette image selon laquelle, la politique c’est quelque chose de sale. C’est sur ça que les politiciens se sont toujours basés pour faire tout ce qu’ils veulent aujourd’hui.

Je trouve vraiment regrettable que ce député l’ait parce qu’il ne connait vraiment l’histoire du syndicalisme burkinabè. Les syndicats ont fait beaucoup pour ce pays. Tous les grands changements ont été menés parce que les syndicats ont assez été prévoyants et a soutenu vraiment assez ce peuple-là. Il ne faut pas rester dans une vision étriquée des choses pour tenir certains propos. Pour un représentant du peuple, je trouve ça fort malheureux qu’ils tiennent ce genre de propos. Quand on est un représentant du peuple, on doit éviter de tenir des propos vraiment pas respectables de la part d’un représentant du peuple.

Tout à l’heure je disais quand on dit que les fonctionnaires prennent 40% de notre budget, c’est parce que le budget est très faible. Si on triple notre budget, ça fera autour de 15 %, 20% ou moins que ça.

Faso7 : Avez-vous un message à adresser à la jeunesse ?

A. Louré : La jeunesse est en colère mais qu’est ce qu’on fait de cette colère ? Moi je me dis que personne ne pourra me décevoir à tel point que je renonce à mes engagements. C’est vrai qu’en Afrique, particulièrement au Burkina, on n’a pas la culture de l’échec. Ailleurs ils ont la culture de l’échec. Quand on part aux Etats unis, on ne sait pas combien de fois les grands teneurs ont échoué avant de réussir. Quand quelqu’un te déçoit, prends leçons de cela pour ne pas faire les mêmes erreurs que la personne mais cela ne doit pas t’empêcher de t’engager pour un idéal. On peut échouer mais cela ne doit pas décourager quelqu’un. On apprend plus en réalité de l’échec que du succès.

Si j’ai un message pour la jeunesse c’est de s’engager, de suivre une idéologie, de ne pas suivre quelqu’un. Est quand tu suis quelqu’un qu’il peut te décevoir. Il faut avoir la culture de la démocratie. Il faut se dire qu’on peut changer les choses. Ne serait-ce qu’une virgule dans un texte, c’est déjà un pas. Au fur à mesure qu’il y a des jeunes qui s’engagent, ça fera naître de ces jeunes-là, les leaders de demain. Si on refuse de s’engager aujourd’hui, ne soyons pas surpris que dans 10 ans, 20 ans ou 30 ans, que ce sont les enfants des voleurs et des corrompus qui viennent nous gouverner. Leurs enfants n’auront pas à faire grand-chose. Quand ils vont venir, ils vont les mettre dans les postes et ils vont monter. Mais pour nous autres qui n’héritons pas de cela, il faut que nous nous engagions pour que dans 5 ou 10 ans, que ça soit nous qui décidions pour ce pays avec nos convictions. Mais si nous refusons de nous engager, nos enfants seront assis, o se tordre le doigt en disant qu’ils subissent ce qu’eux leurs enfants les imposent. Et nous on sera là aigris parce que nous avons dit que la politique c’est sale. On peut faire la politique d’engagement, on peut faire la politique de conviction. Ce n’est pas tant pour le pouvoir d’état forcement. C’est pour qu’on ait davantage de bonne gouvernance.

Engageons-nous avec citoyenneté, engageons avec respect. Je n’ai rien contre l’enfant de quelqu’un s’il a les compétences pour diriger se payer et qu’il a la conviction que j’ai, je vais même le soutenir. Les hommes politiques qu’on a aujourd’hui c’est ça. Personne n’a eu une éducation d’homme politicien vrai. C’est parce que je connaissais un tel, qui connaissait un tel, son papa était un tel et on m’a appelé, mon papa était un tel qui connaissait le papa d’un tel et ils ont gérer ce pays. Ce n’est pas parce qu’ils avaient une conviction politique pour ce pays. Et si nous jeunes refusons de le faire, ils vont faire la même chose avec leurs enfants et ce pays va toujours ramer dans les difficultés à ne pas finir.

Interview réalisée par Amadou ZEBA

Faso7

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