Fayçal Traoré : « On ne peut pas construire un développement pour les jeunes sans les jeunes »

Le Directeur exécutif de l’Association des jeunes pour le développement durable au Burkina Faso (AJDD/BF) a rencontré Faso7 le 20 juin 2020. Pendant environ une heure, Cheick Fayçal Traoré est revenu sur les grands points du rapport élaboré par l’AJDD/BF sur la participation des jeunes à la gouvernance du Burkina Faso. L’AJDD qui est une association à but non lucrative, travaille essentiellement sur la participation citoyenne des jeunes à la gouvernance locale, mais aussi à la promotion du leadership de la femme ainsi que les questions d’eau et d’assainissement et d’emploi. En 2019, l’association reconnue officiellement depuis 10 ans a été élevée au grade de chevalier de l’ordre du mérite.

Faso7 : Pouvez-vous revenir sur la substance de votre rapport ?

Cheick Fayçal Traoré (C. F. Traoré) : Ce rapport fait ressortir trois choses essentielles. Nous nous sommes appesantis sur trois entités à savoir les partis politiques, les collectivités locales et l’administration publique. Ces trois éléments rentrent dans le grand groupe de la participation politique des jeunes dans la gouvernance.

Ce que nous pouvons noter dans un premier temps, c’est que le levier politique est indispensable si nous voulons que les jeunes participent véritablement à la gouvernance parce que le pouvoir politique est celui-là qui nomme dans les ministères. C’est également lui qui est au niveau des collectivités locales car les maires sont issus des partis politiques.

Nous avons fait le constat que parmi les trois entités étudiées, les partis politiques sont ceux-là qui sont à la traîne. Nous avons moins de 20% de jeunes présents dans les instances des partis politiques. On se retrouve avec environ 17% pour les bureaux politiques nationaux et 11% pour les bureaux exécutifs nationaux. Souvent, dans certains cas, on se retrouve avec moins de 01% de jeunes dans les instances décisionnelles de certains partis politiques. C’est la preuve qu’à ce niveau, les jeunes sont véritablement à la traîne.

Le deuxième constat que nous avons fait est que lorsqu’on va au niveau des collectivités locales, on a entre 20% et 25% de jeunes qui sont responsabilisés dans ces entités-là. Nous avons fait le constat que dans les collectivités territoriales notamment rurales, les jeunes étant moins nombreux, ils sont plus facilement responsabilisés. Le personnel n’étant pas trop grand, nous avons eu des situations où 100% des jeunes membres du personnel sont tous responsabilisés. C’est un bon point pour les collectivités locales. Cependant, en milieu urbain, on a noté environ 17% de jeunes responsabilisés.

Au niveau de l’administration publique, spécifiquement pour les ministères que nous avons pu toucher, nous sommes à 24% de jeunes environ qui sont responsabilisés. Les 24% sont à relativiser tout de même parce qu’aucun jeune n’est à une position de grande décision. Par exemple, aucun jeune n’est directeur général dans les ministères que nous avons touchés. Il y a des ministères où ça existe mais ceux que nous avons pu enquêter n’en disposent pas. C’est la preuve que là également, il y a des défis à relever parce que les 30% sont quelque chose de naturel, finissent à ne pas arriver parce que les conditions ne sont pas réunies pour que cela arrive.

Faso7 : Quels sont les ministères que vous avez pu toucher pour faire votre remarque ?

C. F. Traoré : On n’avait pas assez de ressource parce que la collecte des données exige non seulement un travail scientifique, mais il faut des ressources pour la collecte. Nous avons pu toucher deux institutions publiques sur les cinq à qui nous avons envoyé des demandes. Il s’agit du ministère de la femme et le ministère de la jeunesse.

Ce sont ces deux ministères qui nous ont permis d’avoir accès aux données, de les analyser et d’avoir les résultats que nous avons dans le cadre de ce rapport. Nous avons aussi touché quelques collectivités locales. On a également touché les partis politiques de l’Opposition comme de la Majorité. C’était les plus nombreux. Au total, on en a eu six (06).

Faso7 : Qu’est ce qui explique cette faible présence des jeunes dans la gouvernance ?

C. F. Traoré : Ce qu’il faut d’abord dire, c’est que ce n’est pas une situation normale que les jeunes soient sous représentés dans la mesure où les statistiques dont nous disposons, en attendant celles du dernier recensement, montrent que les jeunes sont autour de 32% de la population. Lorsqu’on calcule, c’est autour de cinq (05) ou six (06) millions de jeunes.

Lorsqu’on ajoute les enfants aux jeunes, c’est-à-dire de zéro (0) à (35) ans, on est autour de 75% de la population burkinabè. Il n’est donc pas normal en principe que dans une situation de développement, on se prive de la force de 75% de la population. Les jeunes doivent pouvoir apporter une contribution. Les jeunes sont assimilés généralement à l’énergie, à l’innovation, à la fougue, à cette envie d’apporter quelque chose. On voit l’impact que les jeunes ont sur les grands changements que nous avons au niveau mondial et au niveau national.

Pourquoi la situation est-elle ainsi aujourd’hui ? Il y a deux principaux éléments qui sont ressortis dans le rapport. Le premier élément c’est l’autonomisation des jeunes. On estime que les jeunes ne sont pas suffisamment autonomisés pour pouvoir relever certains défis. C’est ce que les aînés disent. C’est ce que les leaders politiques font ressortir souvent. C’est également lié à l’éducation, à la formation. Il n’y a aucun cours de leadership qui est donné en milieu scolaire aujourd’hui. Il n’y a aucun cours sur la vie politique du Burkina qui est donné aux élèves aujourd’hui ainsi qu’aux étudiants souvent.

« POUR ETRE MEDECIN, ON PAYE 15 000 FRANCS PAR AN PENDANT 07 ANS. POUR DEVENIR MENUISIER OU PÂTISSIER, ON DOIT PAYER 300 000 F CFA PAR AN »

L’autre défi qui est lié à celui-là, c’est la question de la formation socio professionnelle des jeunes. Aujourd’hui, lorsqu’on lance les concours de la fonction publique, on se rend compte que chaque année, il y a 1 million de candidatures. 1 million de candidatures suppose qu’il y a environ 500 000 jeunes aujourd’hui qui cherchent à rentrer dans la fonction publique qui offre annuellement tout au plus 10 000 postes.

Pourquoi ces jeunes-là vont là, pendant qu’en principe le pays étant en développement, il y a du travail ? C’est la conversion de ce travail-là en emploi qui est le défi. Si on n’a pas appris autre chose que la fonction publique, on finit par se rabattre là-bas.

La formation professionnelle au Burkina a un problème. Les centres de référence par exemple aujourd’hui comme celui de Ziniaré, vous avez environ 300 000 F CFA par an pour être boulanger. Pour être médecin, on paye 15 000  F CFA par an pendant 07 ans. Pour devenir menuisier ou pâtissier, on doit payer 300 000 F CFA par an. C’est-à-dire que tous les 7 ans de médecine qu’on fait ne coûte pas aussi cher qu’une seule année d’une formation professionnelle. C’est-à-dire qu’il y a un problème.

Pendant qu’on proclame que la formation professionnelle est importante et qu’il faut emmener les jeunes vers les métiers, dans le même temps, ce n’est pas accessible.

La deuxième chose qui est ressortie, c’est le manque de confiance aux jeunes. On n’a pas suffisamment confiance aux jeunes. On estime que les jeunes n’ont suffisamment pas de maturité pour porter certains défis. Nous avons une réponse toute faite à cela. Lorsque vous regardez les grands changements au niveau mondial, ils sont la plupart du temps impulsés par des jeunes. Aujourd’hui l’outil qui est le plus utilisé au monde, Facebook, a été conçu par un jeune, Google a été conçu par un jeune.

La possibilité que les jeunes soient au-devant de la scène et impulsent les grands changements est indiscutable et indéniable. Au Burkina Faso, nous avons la chance d’être sur la terre de Thomas Sankara, qui lui-même a été chef de l’Etat à moins de 35 ans. Il a y eu sur le Burkina Faso, l’impact qu’aucun chef de l’Etat n’a eu en 4 ans d’existence.

Ça veut dire que la jeunesse a de la possibilité, a de la ressource, a de la volonté. Il faut arriver à lui faire confiance. Et ne pas lui faire confiance, n’est pas la meilleure voie aujourd’hui.

Faso7 : Qu’est-ce que vous envisagez concrètement pour inverser les choses ?

C. F. Traoré : Notre point de vue, au-delà de l’AGDD et de ses partenaires qui vont s’investir pour faire les choses, nous devons comprendre que la participation ou la présence des jeunes dans les instances décisionnelles n’est ni une faveur, ni une guerre à mener par les jeunes. C’est tout simplement une question de développement. Si nous voulons nous développer, il est impératif que les jeunes participent à la prise de décisions. On ne peut pas construire un développement pour les jeunes sans les jeunes. Quelqu’un l’a dit, tout ce qu’on fait pour moi sans moi, ce n’est pas pour moi qu’on le fait.

Nous sommes tout à fait d’accord que si nous voulons que notre Burkina amorce une marche efficace vers le développement, il nous faut de l’innovation, il nous faut du courage, il nous faut de l’audace, il nous faut impérativement explorer d’autres sentiers. Et ce sont les jeunes qui seront à mesure de faire ça. Il faut les impliquer dans les prises de décisions.

Ceci étant dit, nous disons également qu’il faut un relèvement global au niveau mondial. Au niveau mondial, la France a confié sa destinée à un jeune qui avait moins de 40 ans à l’époque. L’Autriche qui est une puissance européenne a confié sa tournée à un chancelier qui a 32 ans. Le monde est en train de s’orienter et de dire qu’on a besoin de cette capacité là pour faire avancer les choses.

NOUS ALLONS SIGNER ENSEMBLE UN PACTE DE GOUVERNANCE INTERGENERATIONNELLE

 L’Afrique est le continent le plus jeune où nous avons en moyenne un âge médian de 22 ans de la population et une gouvernance en moyenne de 60 ans. On a un hiatus de 40 ans entre la population et les gouvernants. On ne peut pas amorcer un développement efficace si les jeunes ne sont pas représentés.

Nous pensons que personnes ne doit concevoir le développement du Burkina autrement. On ne le conçoit pas en opposition. On le conçoit en dialogue intergénérationnel. Comment les générations se donnent la main pour contribuer au développement.

Nous avons une proposition très concrète. Que cette année 2020 soit l’année où nous allons signer ensemble un pacte de gouvernance intergénérationnelle. Les lois ont fait leur limite. On a essayé la loi quota genre depuis 2005. Jusqu’à présent, on n’est pas encore arrivé à avoir 30% de femmes à l’Assemblée nationale. Nous pensons que c’est un chemin qu’on peut explorer mais ce n’est pas le meilleur chemin.

Le schéma le plus juste, c’est que chacun s’asseye et reconnaisse que c’est important que non seulement les jeunes soient impliqués mais qu’au-delà, on passe de la parole aux actes. Nous proposons donc qu’un pacte soit signé entre les partis politiques, les jeunes, et nous espérons que les autres acteurs soient impliqués à cela afin qu’on comprenne que ce n’est pas une bataille de jeunes. C’est une affaire de développement où tout le monde doit s’engager.

Nous allons donc proposer aux partis politiques ce qu’on appelle le trio. Sur les listes de candidatures législatives et municipales, nous leur proposerons sur les 03 premiers de tête, qu’il y ait un jeune, une femme et un homme. Nous pensons que si les jeunes sont les trios de tête dans les 45 provinces du Burkina, ils ne gagneront peut-être pas partout mais oui des jeunes finiront pas entrer au parlement. C’est la proposition principale que nous allons faire.

La deuxième chose que nous allons faire en même temps, nous expliquerons aux partis politiques  qu’en réalité, nous ne sommes pas candidats à une élection mais nous battrons campagne cette année pour les jeunes. Nous aurons un rapport qui va sortir en septembre 2020. Ce rapport va faire le monitoring des listes de candidatures des partis politiques. Il va faire ressortir les partis politiques qui auraient fait responsabiliser les jeunes, qui vont positionner les jeunes sur les listes électorales. Ce rapport va les classer selon le positionnement dans chaque province et sur la liste nationale. Sur la base de cela, nous irons en campagne auprès des jeunes. Nous estimons que nous sommes déjà en campagne auprès d’eux parce que nous les incitons à s’inscrire sur la liste des candidats. Nous les incitons également à postuler dans les primaires de leurs partis.

La CENI a des données qui disent qu’environ 5 800 000 des potentiels électeurs sont jeunes sur 10 000 000. Ça fait 58% de l’électorat. Si ces 58% s’inscrivent et votent, c’est évident que la balance pourrait très bien pencher vers eux.

C’est donc pour nous de faire en sorte que les jeunes s’inscrivent sur les listes électorales maintenant et aussi de les encourager à aller voter par la suite. Au moment de les encourager d’aller voter, nous leur remettrons également le rapport et nous leur donnerons pour nous, les 03 critères essentiels d’un vote utile.

Le premier critère pour nous, c’est la qualité du programme. Il s’agit de la prise en considération des préoccupations des jeunes et des femmes.

Le deuxième critère pour nous c’est le critère de la représentativité. Tous les politiques disent aujourd’hui, avec les jeunes on doit réussir, je vais travailler avec les jeunes mais tous ne le font pas. Nous expliquerons aux jeunes, le parti qui vous dit que vous êtes important mais qui n’est pas capable de travailler avec vous en vous responsabilisant à ses côtés, ce parti-là fait de la démagogie. Et cela passe par la représentativité sur les listes de candidature. Il n’est pas prêt à travailler avec vous. Il n’est même pas prêt à travailler pour vous parce que s’il veut le faire, il vous impliquera.

Le troisième critère, serait la conviction personnelle. Est-ce que ce parti-là, au-delà de ses antécédents, de ses promesses, de ses candidats est vraiment un parti qui peut apporter la solution à vos préoccupations ? Si oui, vous devez voter pour ce parti-là. Cette campagne va commencer incessamment.

Faso7 : Est-ce que l’AGDD est financé par un parti politique ?

C. F. Traoré : Vous pouvez le constater par vous-même. Ce rapport, il est clairement financé par l’ambassade du Danemark et Oxfam. C’est un financement totalement neutre qui nous est donné, et de l’autre, j’ai été président de l’AJDD pendant 10 ans.

Pendant tout mon mandat et jusqu’à présent, aucun parti politique n’a donné un kopeck à l’AJDD pour quoi que ce soit. Et nous-mêmes, c’est également facile à constater nous ne sommes membre d’aucun parti politique. C’est un choix que nous avons fait de contribuer au développement par la société civile et cela, je crois que ça ne devrait pas changer.

FASO7 : Faire campagne pour les jeunes des partis politiques, est-ce que vous n’avez pas peur de tomber dans le jeu des politiciens qui peuvent, pour profiter de l’occasion, nommer des jeunes juste de façon formelle à la tête des partis ?

C. F. Traoré : On peut arriver dans des situations où on a une sorte de suspicion pour nous dire que nous battons campagne pour tel parti ou tel parti. Ce serait une très simple affaire. Le parti qui le dira sera de très mauvaise foi parce que nous irons aussi vers les partis politiques pour leur expliquer ce que nous allons faire.

Ce n’est pas que nous le ferons en catimini, pour donner encore l’occasion d’en parler. Ça veut dire que l’opinion burkinabè saura ce que nous avons envie de faire, et nous expliquerons clairement aux partis politiques, si vous voulez avoir un bon classement dans le rapport que nous aurons, il n’y a rien à faire. La seule chose à faire, positionnez les jeunes en tête de liste de vos différentes listes de candidatures.

Et nous pensons que les partis politiques ont de la ressource en interne. Et nous avons vu récemment que les partis politiques qui, peut-être estimant qu’ils n’ont pas suffisamment de ressource à l’interne, ont lancé des appels à candidature ouverts à tous les citoyens qu’ils invitent à les rejoindre pour les élections.

Nous disons également, au-delà des élections qui doivent permettre de positionner les jeunes par les urnes, on a aussi les postes nominatifs qui sont le fait de l’homme politique qui a été élu. Lorsque vous êtes élu chef d’Etat, c’est vous qui nommez votre gouvernement et si vous avez trente ministres, faire en sorte qu’il y ait dix jeunes dépend de vous.

C’est vous qui avez la responsabilité d’identifier des jeunes compétents, capables de vous accompagner à réussir votre programme. La responsabilité également sera du côté des candidats aux élections présidentielles à qui nous dirons de prendre l’engagement de nommer des jeunes dans leurs gouvernements et c’est quelque chose qu’ils pourraient faire.

FASO7 : Tous les partis politiques seront touchés ?

C. F. Traoré : Nous espérons pouvoir toucher l’ensemble des partis pour leur porter l’information de ce que nous avons envie de faire pour également les solliciter parce que ce que nous souhaitons, ce n’est pas pour l’AJDD. C’est plutôt pour le développement de notre pays.

Ensemble, comme qu’on se donne la main pour y arriver. Nous aurons le temps nécessaire d’aller vers eux et déjà leur faire le point de la situation actuelle et justement leur demander de nous accompagner. On peut faire mieux. Notre génération est capable de faire mieux aujourd’hui et eux ils ont la responsabilité de contribuer à ce que les jeunes soient avec eux pour développer notre pays, et nous irons vers eux pour le faire.

FASO7 : Tahirou Barry, qui était un jeune candidat en 2015, n’a obtenu que 3,9% des voix. Ne pensez-vous pas que les jeunes eux-mêmes  ne croient pas à leurs potentialités ?

C. F. Traoré : Nous pensons que les responsabilités sont partagées. Nous pensons que chaque acteur a son rôle à jouer et chaque acteur a ses failles. Nous ne mettons pas l’accent non plus seulement sur les partis politiques. Nous allons faire campagne pour leur dire :  allez-y vous inscrire sur les listes électorales c’est indispensable, votre vote est utile. Vous pouvez décider de la destinée du Burkina Faso. C’est essentiel.

En tant que jeune burkinabè, ne pas participer aux élections, c’est contribuer véritablement à mettre tout le monde en délicatesse. Le chef de l’Etat qui sera élu a besoin d’une forte légitimité pour impulser sa marque dans notre pays. Nous pensons que les jeunes ont une responsabilité de ce point de vue-là.

« CHACUN EST TÊTE DE SOURIS A QUELQUE PART, ON REFUSE D’ÊTRE LA QUEUE D’UN LION »

Nous pensons également que pour être sur la liste de candidature des élections, il faut faire acte de candidature. Les jeunes dans les partis politiques aujourd’hui doivent aller et doivent accepter de déposer leurs candidatures. On a eu des retours où certains nous ont dit, que même la question financière est un obstacle à la participation des jeunes parce qu’il y a certains partis politiques où pour faire preuve de candidature, il faut débourser déjà 200.000 FCFA, 500.000 FCFA par exemple. C’est déjà beaucoup d’argent pour les jeunes. Mais il y a des jeunes qui ont ces ressources et qui peuvent le faire, que ces jeunes-là fassent acte de candidature.

Et l’autre élément, c’est cette capacité des jeunes à se rassembler et à agir ensemble. Au Burkina, on a des petits leaders qui sont émiettés. Chacun est tête de souris à quelque part, on refuse d’être la queue d’un lion. On refuse de constituer un lion, et tant que ça continue, oui on aura toutes les difficultés.

Mais nous pensons que cela est en train de changer. Les jeunes travaillent de plus en plus en vue de se mettre ensemble. Dans quelques semaines, vous verrez par exemple une coalition qui va naître. L’AJDD et d’autres associations de jeunes se sont mis ensemble pour porter cette initiative-là. L’initiative dont on parle aujourd’hui sur le trio ne sera pas portée que par l’AJDD. Nous avons déjà des structures suffisamment sûres et crédibles de jeunes qui réfléchissent actuellement et qui agiront ensemble. C’est un début et ce n’est pas suffisant.

Nous allons également faire en sorte qu’au-delà des associations, les jeunes des partis politiques qui sont engagés qui ne peuvent pas s’engager dans ce combat là ou encore dans cette action en tant que jeune membre de tel parti, mais en tant que jeune politique, puisse s’engager également.

Nous avons déjà des jeunes qui nous ont dit qu’ils agiront avec nous dans cette affaire. Certains nous demandent l’intérêt que nous avons car je ne serai pas candidat à une élection quelconque. Je ne suis pas dans un parti politique. Aors pourquoi l’AJDD s’engage dans ce combat ? Nous leur avons dit, ce n’est pas un combat de personne. C’est une action, c’est une dynamique générationnelle pour le développement du Burkina Faso.

Ce n’est pas parce que nous ne sommes pas en politique de manière personnelle que ceux qui sont en politique ne doivent pas avoir l’appui nécessaire pour influencer les décisions dans les partis et dans le pays.

« LE MALHEUR CE N’EST PAS LA MÉCHANCETÉ DES GENS MAUVAIS, C’EST LE SILENCE DES GENS BIEN ».

Nous sommes convaincus d’une chose. Si en 2020 on arrive à faire en sorte que les jeunes soient au parlement, des jeunes entrent au gouvernement, on peut se rassurer d’une chose, le jeu politique lui-même va changer en termes de qualité.

Parce que de nombreux jeunes cadres aujourd’hui qui sont là tapis dans l’ombre, qui sont dans des organisations internationales, qui sont dans leurs propres business et qui se désintéressent à la limite de la question politique se diraient, on a quelque chose à faire. On ne peut pas rester en dehors.

Norbert Zongo le disait si bien « le malheur ce n’est pas la méchanceté des gens mauvais, c’est le silence des gens bien ». Il n’y a pas de raison que des gens qui ont la capacité continuent à rester en retrait pendant que des changements sont indispensables et leurs concours indispensables pour y arriver. Mais il faut un pas, un signal et nous pensons que c’est dans ce sens-là nous pourront donner un pas à cela.

Nous pensons également que de la même manière que les jeunes ont leurs responsabilités, les acteurs politiques ont également la leur. Et ce que nous disons d’ailleurs c’est que la génération au pouvoir actuellement est la meilleure alliée de ce que nous sommes en train de faire. Elle doit même à la limite porter ce que nous sommes en train d’avoir comme dynamique pour la simple raison qu’elle-même, elle est aux affaires depuis trente ans, et quand elle  est arrivée aux affaires elle n’avait pas trente ans.

Beaucoup ont été ministres avant leurs trente ans. C’est la preuve que, à moins qu’ils n’estiment qu’aujourd’hui à l’époque qu’ils ont échoué, et s’ils n’ont pas échoué à l’époque, il n’y a pas de raison qu’ils ne fassent pas confiance aux jeunes aujourd’hui.

Faso7 : Est-ce que vous pensez que votre message est suffisamment compris ?

C. F. Traoré : On estime qu’on est pas suffisamment entendu. C’est vrai qu’on a eu des retours, on a eu des échos d’institutions nationales mais également des représentations diplomatiques qui nous ont contactés pour nous dire que c’est un rapport suffisamment appréciable et qu’il méritait d’être entendu. Mais également nous pensons aujourd’hui que le siège de la décision est à Ouaga.

Les candidatures aux législatives vont se décider dans les provinces mais les listes finales seront décidées à Ouaga. Les états-majors nationaux des différents partis seront sensibilisés pour leur partager ce que nous sommes en train de faire.

Mais nous avons également des coalitions locales de jeunes qui se constituent au fur et en mesure dans ce pays. Les jeunes se mobilisent pour participer à ce combat. La dernière réunion que nous avons eue par exemple, nous avons des jeunes qui ont payé par eux-mêmes leur transport et qui ont participé à ces réunions. Pour dire que l’intérêt, il est manifeste et nous allons continuer dans ce sens-là. Faire en sorte que les jeunes s’organisent de manière autonome dans différentes localités pour influencer ces choses-là, pour influencer justement les décisions au niveau local.

Et nous pensons également que les médias sont un allié essentiel aujourd’hui. Nous avons les réseaux sociaux où nous sommes présents. Nous y serons davantage présents pour passer l’information mais les médias sont aujourd’hui une clé. Mais les médias sont les difficultés des jeunes. Les jeunes ont du mal à avoir accès au média. Une étude réalisée par la fondation Hirondelle, il y a de cela deux ans le faisait ressortir.

 Il n’y a pas de programme d’abord adapté aux jeunes. Mais au-delà de cela, les initiatives des jeunes n’ont pas accès au média parce que la plupart des médias, il faut payer. Lorsqu’il faut payer deux cent mille, trois cent mille pour juste que l’on voit ce que vous êtes en train de faire, ça coûte énormément cher.

Les jeunes n’ont pas ces ressources  pour le faire. Et donc nous pensons que les médias aujourd’hui sont un allié indispensable pour que cette action que nous menons marche. Et nous irons vers eux également pour leur demander pour une fois de manière exceptionnelle de nous soutenir parce que c’est grâce à eux que les leaders justement vont l’entendre, c’est grâce à eux que l’opinion nationale et internationale va entendre les propositions que nous faisons. C’est grâce à eux justement que les changements que nous souhaitons  vont arriver.

Faso7 : C’est un Burkina entre les mains des jeunes que vous voulez en 2020 ?

C. F. Traoré : Un Burkina entre les mains des jeunes, ce n’est pas ce que nous voulons. Notre ambition est que le Burkina soit porté ensemble par les jeunes, par les aînés et les femmes. Nous pensons aujourd’hui que les jeunes ont une capacité d’innovation extraordinaire.

Le dynamisme associatif dans notre pays, il est rare. En Afrique, nous avons des pays où vous ne pouvez pas trouver 10 associations crédibles. Au Burkina, vous avez 2000 associations, 5 000 associations. C’est un dynamisme réel, c’est une force réelle. Nous voulons contribuer au développement du Burkina Faso. Et ça nous voulons le faire aux côtés des aînés qui ont de la sagesse, qui pont de la ressource, qui ont de l’expérience.

Nous pensons que c’est un mixage entre l’innovation et l’expérience qui nous permettra d’atteindre le développement que nous souhaitons. On ne peut pas se développer en répétant le même schéma. Pendant 50 ans, on a fait la même chose, ça n’a pas marché. La parenthèse de la révolution nous a démontré qu’avec les jeunes, les bonnes choses sont possibles.

Même lorsque vous observez l’histoire des indépendances, une personne comme Philippe Zinda Kaboré qui est lui-même mort à seulement 27 ans, mais qui est encore une référence aujourd’hui. C’est la preuve que les jeunes de toute l’histoire du Burkina Faso ont apporté quelque chose. Nous  sommes convaincus que la génération la mieux formée que le Burkina ait eu, c’est celle qui est là actuellement.

C’est la jeunesse d’aujourd’hui qui a non seulement accès à l’éducation mais qui s’est formée au-delà de nos frontières et qui a les aînés pour apprendre davantage. C’est pourquoi pour nous, le pacte, nous l’avons appelé un pacte de gouvernance intergénérationnelle

Faso7 : Vous qui êtes convaincu, quel message avez-vous à l’endroit des jeunes qui hésitent à s’intéresser à la gouvernance du Burkina Faso ?

C. F. Traoré : Nous avons eu la chance de discuter avec certains d’entre eux d’ici comme d’ailleurs. Ils veulent contribuer autrement. Ils contribuent déjà aujourd’hui parce qu’un jeune entrepreneur, il paye ses impôts, il crée des emplois tout comme le jeune burkinabè des institutions internationales qui contribue au rayonnement du Burkina Faso.

Mais ces jeunes n’ont pas encore franchi le pas pour s’engager en politique et contribuer à la prise de décision. Ce n’est pas encore arrivé parce que l’environnement ne leur offre pas la garantie utile. Certains sont venus, ils ont essayé, ça n’a pas marché et ça fait que beaucoup sont réticents. Ce que nous leur disons, c’est dans un premier temps qu’on s’engage ensemble.

Aujourd’hui, vous ne pouvez pas ne pas vous engager en politique. Il y a déjà suffisamment des jeunes compétents engagés en politique. Que les partis politiques leur fassent confiance, que les parties politiques responsabilisent ces jeunes-là. Nous pensons aussi que les jeunes qui ne se sont pas encore engagés en politique peuvent rejoindre cette dynamique  pour qu’ensemble nous portions ce message.

Faso7 : Les acteurs politiques sont divisés sur la tenue des élections à bonne date. Quelle est votre position ?

C. F. Traoré : Nous n’avons pas étudié d’hypothèse où il n’y aura pas d’élection cette année. L’hypothèse qui est en vue, c’est ce que le gouvernement a affiché en disant que les élections auront lieu le 22 novembre 2020. C’est dans ce sens que les dynamismes sont engagés. C’est dans ce sens que le fichier électoral est en révision.

Je pense qu’il est important dans tous les cas que les jeunes ne se laissent pas divertir. Le fichier électoral est en conception. S’il y a élection en novembre, on va l’utiliser. S’il y a élection en janvier 2021 ou en février 2021, c’est ce fichier qu’on va utiliser. Il est important que les jeunes s’inscrivent.

 Le gouvernement a la responsabilité de créer les conditions pour que les gens puissent aller voter. Dans une localité où il n’y a pas de bureau de vote sécurisé, oui les jeunes ne pourront pas voter. Nous pensons que c’est ce que le gouvernement fait.

Le chef de l’Etat était à Djibo cette semaine. Il est allé dans la zone la plus dangereuse. Et il a dit qu’il travaille pour que la sérénité revienne. Nous pensons que fonder sur cela, on devrait pouvoir tenir ces élections  en 2020 pour ne pas créer une crise supplémentaire politique. Nous avons vu sous la transition tous les chaos qu’il y a eu avant que les institutions ne démarrent. Nous pensons que le Burkina ne peut pas s’offrir ce luxe-là dans ce contexte d’insécurité mais cela relève bien sûr de la responsabilité des acteurs politiques et aussi du chef de l’Etat en dernier ressort.

Faso7 : Avez-vous un message à faire passer ?

C. F. Traoré : Nous tenons à vous remercier parce que c’est une opportunité que vous offrez à l’association de faire le point de ce rapport et de proposer ses perspectives pour les élections 2020 et 2021. Mais c’est aussi l’occasion pour nous de lancer un appel à la presse burkinabè pour que ce rapport  soit entendu par tout le monde. Un partenariat avec la presse peut aider à cela.

Nous pensons aussi que c’est ce que nous souhaitons, que les jeunes pour une fois, puissent s’unir autour de quelque chose afin qu’en 2020, on participe à la prise des décisions. Les divisions internes que nous avons, pourraient revenir quand il faudra. La contradiction principale, c’est celle-là. Comment nous arrivons à lever cela ? Qu’on se mette ensemble pour y arriver.

Afin que les acteurs politiques comprennent que ce n’est pas un combat contre un acteur politique. Absolument pas. C’est plutôt une action dont le but est de faire en sorte que le focus que nous tous devons avoir, acteurs politiques et de la société civile pour le développement du Burkina Faso. Et ce développement a besoin de toutes les forces présentes au Burkina Faso pour qu’on y arrive. C’est ce que nous souhaitons.

Que les générations se tendent la main. Que les aînés tendent la main aux jeunes, que les jeunes tendent la main aux aînés et qu’ensemble nous puissions amorcer quelque chose de beaucoup plus dynamique. Nous sommes convaincus que nous pourrons avoir un développement dans ce pays, de cette manière.

Interview réalisée par Amadou ZEBA

Faso7

Articles similaires

Un commentaire

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée.

Bouton retour en haut de la page