Burkina Faso: « J’ai vendu porc au four… » (Freddy Lino)

Freddy Lino, à l’état civil Frédéric Lino, est un animateur télé/radio, communicateur, blogueur, maître de cérémonie (MC) et chef d’entreprise. Jeune très dynamique, il a réussi à s’imposer dans un milieu qui n’était pas au départ le sien. En effet Freddy Lino est un comptable de formation qui avait devant lui une carrière de banquier. Aujourd’hui, il a pu se faire un nom en maniant bien le micro et se sert de ses savoirs en comptabilité pour gérer son agence de communication digitale ‘’Luciole Communication’’. Faso7 est allé à sa rencontre le 20 mai 2020.

Faso7 : Parlez-nous du projet Story, de Perfection for Motion, auquel vous êtes associé. De quoi s’agit-il ?

Freddy Lino (Freddy.L) : Story est une émission créée par des jeunes leaders de la Cote d’Ivoire qui ont voulu à travers cette émission découvrir un peu le vécu de certaines personnes telles que les animateurs, les artistes, les peintres. Ils ont commencé le projet en Côte d’Ivoire et ils sont venus s’installer aussi au Burkina Faso dans le but d’avoir des histoires. C’est vrai qu’aujourd’hui nous influençons des gens qui voudraient savoir comment nous nous sommes battus pour arriver à un certain niveau, même si on n’est pas si connu que ça. C’est dans cette optique qu’ils m’ont contacté pour une émission de télé réalité qui s’est très bien passée grâce à Dieu.

Faso7 : On vous a aperçu entrain de vendre du gel hydroalcoolique pendant la période de Covid-19. La commercialisation de ces produits était-elle liée uniquement à la circonstance ?

Frreddy.L : A l’arrivée de la maladie de Covid-19 au Burkina Faso, les prix des produits de première nécessité ont augmenté. J’ai réfléchi avec une maman qui est à Pissy, et on a suivi une formation sur la fabrication de la solution hydroalcoolique. On a mis ça sur le marché afin de permettre aux gens de s’en approprier à un prix abordable. Malgré que l’Etat avait plafonné les prix de ces produits, la réalité était autre chose sur le terrain. C’est dans cette optique qu’on s’est lancé. On espère que Covid-19 partira afin qu’on puisse reprendre nos habitudes parce que personnellement, mon micro me manque. Je ne compte par y rester parce que ce n’est pas mon domaine.

Faso7 : Comment le covid-19 affecte les activités de Freddy Lino ?

Frredy.L : Moi je suis maître de cérémonie. Je suis plus sollicité dans les cérémonies de mariage et les lunchs. Malheureusement lorsque la pandémie est arrivée, il n’y avait plus de regroupement. Ça nous a mis au chômage. Particulièrement, ma dernière activité date de février. Après cette activité, on est tombé dans la période de Covid-19. Je me suis retrouvé à la maison. Cependant, comme on aime le dire, il faut toujours mettre de l’argent de côté pour faire face aux imprévus. C’est avec ça que j’ai pu m’en sortir jusqu’à la commercialisation des gels qui sont venus m’apporter un plus. J’avoue que cette pandémie a beaucoup impacté le milieu culturel en termes de concerts et autres. Même les Kundé dont on devait fêter les 20 ans, ont été touchés. Nous on n’est pas salarié. On a créé le boulot. Pendant le mois si tu n’as pas de cérémonie, comment tu vis ? Il faut trouver un autre moyen pour pouvoir avoir des revenus. J’ai vu dans un documentaire qu’un être humain doit avoir au moins 5 sources de revenus. Si ça bloque ici, tu prends l’autre. On a rangé le micro. On espère que tout va rentrer dans l’ordre bientôt.

Faso7 : Quels sont vos rapports avec les grands artistes tel qu’Asal’fo ?

Frredy.L : Je dirai merci avant tout à Salfo Soré car la plupart de ces artistes viennent pour le Kundé. Je fais des émissions avec ces artistes et on garde souvent des liens forts. Mais vous savez que ce sont des personnes très chargées. Lorsque vous prenez une personne comme Asal’fo, il est bouqué sur son agenda. Donc ce sont avec leurs managers qu’on est constamment en contact. Lorsqu’on a un projet, on en parle au manager et ce dernier avise l’artiste. Je cause très bien avec certains artistes comme Hiro depuis Paris, Daphné, Tenor et plein d’autres. Il faut retenir que ce sont des personnes de notre génération.

Faso7 : Pour vous qui travaillez avec le promoteur des Kundé, pouvez-vous nous dire s’ils auront lieux ou pas cette année ?

Frredy.L : Je suis mal placé pour parler de Kundé mais on espère qu’ils auront lieu parce qu’il y a un travail qui est en train de se faire en coulisse pour voir la faisabilité. Même si on va le faire, je me dis que ça sera vers la fin de l’année parce que la saison pluvieuse va débuter bientôt. Et en saison pluvieuse, rien ne marche. Je peux vous confier que le promoteur avait réservé une belle fête.

Faso7 : Que doivent faire les jeunes qui désirent entreprendre mais qui manquent d’argent ?

Freddy.L : Les gens disent partout qu’on peut créer une entreprise à zéro franc. C’est faux. On ne peut pas démarrer à zéro franc. Tu dois refuser de te faire plaisir afin de pouvoir économiser. Lorsque tu as un peu d’argent, tu peux aller voir une personne pour t’accompagner. Mais il ne faut pas te lever les mains vides pour aller demander. Si tu n’as rien, il va te dire vas-y je vais t’appeler mais il ne t’appellera jamais parce qu’il sait qu’au fond de toi, il y a quelque chose qui manque. Il va se dire que s’il te donne l’argent, tu vas aller t’amuser avec. Pourtant si tu lui montres que tu as la volonté en lui montrant ta contribution, il va avoir le courage de t’aider. Pour gagner, il faut faire sortir de l’argent. Même pour gagner à la loterie, il faut dépenser au moins 200 francs.

Faso7 : Que pensez-vous de l’utilisation des réseaux sociaux par les jeunes Burkinabè ?

Freddy.L : La vie sur les réseaux sociaux, est différente de la vraie vie. Aujourd’hui les jeunes ne font pas de différence entre la vie de quelqu’un sur les réseaux sociaux et sa vie personnelle. On voit sur les réseaux sociaux, c’est chic c’est joli mais tu es le seul à savoir ce que tu vis, chaque jour. Quand tu dois payer les études de tes petits frères, les voisins sont là, on va t’appeler aussi au village. C’est comme du buzz. Malheureusement les buzz ne marchent pas au Burkina Faso contrairement à la Côte d’Ivoire.  Les jeunes n’arrivent pas à faire cette différence-là. Par ailleurs, les TIC ont permis aujourd’hui d’avoir des informations sans se déplacer forcement vers quelqu’un mais on voit des jeunes qui sont assis, qui ont l’internet à longueur de journée mais qui ne savent même pas comment rechercher certaines informations. Les réseaux sociaux ne doivent pas servir uniquement à causer sur WhatsApp en longueur de journée. Plusieurs jeunes à travers le monde ont pu se bâtir une vie grâce aux réseaux sociaux seulement.

Faso7 : Quels message vous avez pour la jeunesse burkinabè ?

Frredy.L : Aujourd’hui la jeunesse burkinabè doit se réveiller. Nul ne viendra construire ton avenir à ta place. Même tes amis qui sont à côté, à un moment donné, chacun va se chercher. On va se retrouver encore peut-être à notre 3ème âge pour causer à un moment où chacun sait qu’il a construit sa maison, qu’il a ses enfants en sécurité. C’est fréquent de voir un jeune assis qui dit qu’il n’a pas de boulot donc il ne fait rien. Pour lui le boulot, c’est aller s’assoir dans un bureau ou travailler forcement pour quelqu’un. Moi après la classe de terminale, j’ai dû me lancer dans la vie active parce que l’université ça coùte cher. J’ai touché à tout. J’ai fait la radio en 2012 grâce à Gildas Maxim et à Freddy Loulou qui m’ont donné ma chance. J’ai avancé progressivement. De 2012 à 2020, ça fait 08 ans. Lorsqu’un jeune te voit aujourd’hui, il pense que tout a été facile pour toi. Souvent j’invite les jeunes à venir voir là où je vis et ce que je fais réellement au quartier. Moi j’ai eu la chance de vivre dans la rue. J’ai vendu des articles, j’ai vendu porc au four, j’ai été manœuvre. Ça m’a permis d’apprendre beaucoup de choses. Aussi je veux dire à la jeunesse que chacun sache là il ou met ses pieds et de travailler tout en priant beaucoup car c’est Dieu qui fait tout. Si nous dormons, nous sommes foutus. Il ne faut pas avoir peur d’approcher les personnes pour discuter et demander des conseils. Par exemple quand on était petit, on voyait des artistes à la télé. Aujourd’hui on collabore ensemble. C’est grâce au travail. Quand tu apprends quelque chose, il ne faut pas avoir peur d’échouer.

Interview réalisée par Amadou ZEBA

Faso7

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