Faut-il reformer l’organe chargé d’organiser les élections ? Des acteurs politiques proposent des solutions

Jusqu’en 2001, les échéances électorales au Burkina Faso ont été organisées par le ministère de l’administration territoriale et de la décentralisation (MATD). À partir de cette date, il a été instauré la création de la Commission électorale nationale indépendante (CENI) pour l’organisation des élections en remplacement du MATD. Cet état de fait, selon des analystes politiques, se justifie par le fait que l’organisme gouvernemental avait une mainmise sur les résultats issus des élections. Par ailleurs, les membres de la CENI sont quant à eux souvent taxés de ne pas être suffisamment représentatifs. Face à cette situation, on pourrait être tenté de se poser la question s’il faut réformer la CENI ou confier l’organisation des élections à nouveau au ministère de l’administration territoriale. Hassan Bationo, analyste politique et des acteurs politiques se sont prêtés à nos questions, le vendredi 14 juin 2024.

Créée avec pour principale mission d’organiser, des élections selon les principes démocratiques, la CENI, selon Hassan Bationo, analyste politique, a perdu toute sa crédibilité. A l’instar du MATD, organe auquel était confiée l’organisation des élections, la CENI constitue un instrument politique, pour lui. Le véritable problème reproché à la Commission, dit-il, se situe au niveau de sa configuration et de la défense des intérêts.

Sur l’ensemble des 15 commissaires de la CENI issus des partis politiques et de la société civile, Hassan Bationo estime que la plupart concourent à la faveur de leurs partis politiques. Concernant les organisations de la société civile, il pense qu’elles ne sont que le prolongement des partis politiques qui les utilisent au moment opportun. Loin de s’intéresser à l’intérêt de tous les Burkinabè, Hassan Bationo dit être convaincu que les membres de la CENI provenant des partis politiques ne font que défendre « l’intérêt d’un clan ».

Hassan Bationo, Analyste politique-©Faso7

« Je n’ai pas un problème avec le mot CENI. Mon problème, c’est la composition des membres. (…) Les 15 commissaires, d’où ils viennent ? C’est là où se trouve le problème », a-t-il fait savoir.

Pour lui, la commission en elle-même ne pose pas de difficultés, mais au contraire, il faudrait revoir la composition des membres. Émettant des suggestions, il a estimé qu’il serait idéal de choisir les commissaires en fonction des différentes régions que compose le Burkina Faso. Ces commissaires pourraient être issues des chefs coutumiers et des communautés religieuses.

« Ils peuvent être issus des gens qui sont reconnus par leur sens de bonne moralité au sein d’une région donnée, des gens auxquels on ne reproche rien. Ceux-là doivent être récompensés du haut de leur moralité avec leur capacité de défendre l’intérêt du peuple burkinabè de façon générale », a souhaité Hassan Bationo.

Alexandre Sankara, vice-président du parti Progressistes Unis pour le Renouveau (PUR) a notifié que contrairement au MATD, la CENI a enregistré des avancées en termes d’organisation des élections. Tout de même, des pistes de solutions sont à rechercher pour parvenir à organiser des élections démocratiques et libres.

Alexandre Sankara -©Radio Oméga

A l’instar d’Hassan Bationo, le vice-président du PUR estime que la difficulté se pose au niveau des personnes qui dirigent l’instance. Qu’il s’agisse de confier l’organisation des élections à la CENI ou au MATD, il est impératif pour lui de mettre des mécanismes pour réduire l’impact négatif des membres de l’organe.

« Parce que même si vous mettez en place les meilleures structures et qu’à leurs têtes vous placez des hommes non vertueux, vous n’atteindrez pas les résultats escomptés », a-t-il précisé.

La question d’impartialité et d’indépendance doit être de mise pour une structure chargée d’organiser des élections. Pour Aziz Dabo, homme politique, cela permettra de garantir des résultats acceptés de toutes les parties et par le même temps d’éviter des crises postélectorales. S’il y a lieu d’opérer des réformes au sein de la CENI, il dit juger nécessaire de se baser sur les compositions actuelles des membres.

Aziz Dabo, homme politique

« Ce serait déjà de partir de l’existant, consulter des experts dans le domaine et des hommes politiques du domaine et aller vers une démarche inclusive qui aurait tendance à consolider davantage cette structure afin qu’elle soit indépendante et impartiale », a-t-il confié.

Cheick Habib Désiré BAYILI 

Faso7 

Articles similaires

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Bouton retour en haut de la page