Lutte contre les accidents de la circulation : Après la sensibilisation, place à la répression

24 686 accidents de circulation avec 1 150 décès, 15 384 blessés en 2022 et 11 717 accidents avec 471 morts et 7 335 blessés pour le 1er semestre de 2023, tels sont les chiffres des accidents de la circulation au Burkina Faso pour les deux dernières années. Face à cette situation, le ministère en charge des transports, l’Office National de Sécurité Routière (ONASER) et le Centre de Contrôle des Véhicules Automobiles (CCVA) ont décidé d’agir. Et ils ont débuté la réaction ce jeudi 27 juin 2024 avec des contrôles sur les routes nationales.

Apprécier une action malgré sa conséquence contraignante, c’est le ressenti de bon nombre de passagers des transports en commun, ce jeudi 27 juin 2024 sur la route nationale 1 (RN1). Tôt le matin, une équipe conjointe du ministère en charge des transports, de l’Office National de Sécurité Routière (ONASER) et du Centre de Contrôle des Véhicules Automobiles (CCVA) a pris position à la sortie de Ouagadougou, dans le village de Tanghin Dassouri.

Radars en mains, gilets fièrement arborés et armes bien en évidence, l’équipe conjointe atterrit au bord de la voie. Un endroit choisi sur place après inspection de la route. Ici, la vue est dégagée pour flasher les véhicules en excès de vitesse et il y a de la place au bord de la route pour stationner ceux qui ne sont pas conformes à la réglementation.

Pas besoin de plus de 15 minutes pour l’équipe. Déjà un « Premier client » se présente. Un particulier à bord de sa voiture est pris en train de rouler au-delà de la vitesse normale en agglomération. Le travail commence. Pas de négociation. Pas de discussion. Juste la verbalisation et une petite séance de sensibilisation avant que le conducteur ne reprenne la route.

Il ne sera pas le dernier à se faire prendre aujourd’hui, mais ils seront rares. Le message semble être passé à tous ceux qui prennent la RN1 ce matin. « Les flasheurs sont dans la place », lance un conducteur avec le sourire. Après quelques instants, l’équipe se retrouve vite débordée.

Elle est sortie aussi pour vérifier les documents des transports en commun (assurances, permis de conduire, visite technique, certification de limitation de vitesse, boite à pharmacie, extincteur, carte grise, carte de transport et nombre de passagers à bord) en plus du contrôle de vitesse.

Sur les lieux, le directeur de cabinet du ministre en charge des transports, Joseph Sawadogo, situe le contexte de la sortie. Selon ses propos, cette activité est une réponse aux accidents de la circulation. « Le ministère a décidé qu’il y aura des contrôles sur tous les axes du Burkina Faso », dit-il avec fermeté.

« Les flasheurs sont dans la place »-©Faso7

La guerre contre les accidents de la circulation et le non-respect de la réglementation débute. Pour le directeur de cabinet, des campagnes de sensibilisation sont faites et continuent d’être faites depuis 2017. Il est temps alors de passer à la « répression », à en croire ses propos.

Sur les différents contrôles qui sont menés, Joseph Sawadogo signifie que concernant la limitation de vitesse, elle est incluse dans les cahiers de charge pour toute société de transports en commun. « Pour avoir la licence, il y a un certain nombre de points qu’il faut remplir. À ce niveau, les compagnies de transports sont informées », déclare-t-il.

Afin d’éviter que cette campagne ne soit juste « un feu de paille », il rassure que le ministre en charge des transports a donné des instructions pour que ces opérations inopinées se poursuivent. « Dorénavant, ça sera comme ça sur nos routes au Burkina Faso afin d’aliéner ces excès de vitesse qui causent des pertes en vies humaines », clame-t-il.

Des passagers avec des avis partagés

À l’intérieur des bus, les sentiments sont partagés. Si certains apprécient l’initiative des autorités, d’autres par contre s’y opposent. Issa Tondé est du premier groupe. Dans un bus d’une compagnie de la place en partance pour Ouagadougou depuis Bobo-Dioulasso, il voit son voyage ralentir et prendre un coup de frein. Le car dans lequel il a fait le trajet de la ville de Sya à Tanghin Dassouri ne dispose pas de limiteur de vitesse.

C’est le directeur de cabinet qui annonce la nouvelle à Issa Tondé et les autres passagers. Des bourdonnements au fond du bus, mais qui cessent une fois que Joseph Sawadogo explique les raisons de l’immobilisation de leur bus. Le trajet s’arrête ici pour le bus. La compagnie doit faire venir un autre, car pour terminer le voyage de ses passagers.

« C’est une bonne action. De toute façon, c’est pour notre sécurité. Avec la vitesse, c’est dangereux. Je salue cette action des autorités qui s’inquiètent pour la sécurité des Burkinabè. J’appelle aussi les sociétés de transport à plus de responsabilités, car ce sont des vies de Burkinabè qui sont entre leurs mains », fait savoir Issa Tondé avant de sortir pour prendre place sous un arbre au bord de la voie.

« Pour avoir la licence, il y a un certain nombre de points qu’il faut remplir » (Joseph Sawadogo)-©Faso7

Partageant le même bus avec Issa Tondé, un autre passager n’a pas le même point de vue que lui. Refusant de parler à visage découvert, c’est sous l’anonymat qu’il se confie. Selon ses propos, cette démarche des autorités pénalise les passagers et non les compagnies de transport.

« C’est nous, les passagers, qui sont les victimes ici. Le directeur de cabinet a parlé de victimes collatérales, mais je ne suis pas d’avis avec lui. Il y a des gens qui ont des urgences à gérer et d’autres sont peut-être en route pour aller se soigner. Immobiliser le bus cause plus de tort au passager qu’à la société », explique-t-il, pas très en joie.

Que disent les conducteurs ?

Du côté des conducteurs, la contestation est presque totale même si certains jouent la carte du citoyen compréhensif pour espérer la clémence de l’équipe. Mais peine perdue. Ils retournent bredouilles de leurs négociations et rallient la cause de leurs collègues.

Étonnements, colère, questionnements et découragement sont les sentiments perceptibles sur leurs visages après avoir pris connaissance de leurs infractions. Dans ce lot, il y a ceux qui incriminent les premiers responsables des compagnies de transport.

« Ce n’est pas de notre faute. Il y a des choses qu’ils demandent et nous-mêmes, on ne sait pas qu’il fallait avoir ça. Par exemple, la boite à pharmacie, c’est quelque chose que beaucoup de chauffeurs n’en ont pas. Mais c’est parce que les patrons n’achètent pas ou ne se préoccupent pas de ces questions », déclare un conducteur qui a quitté la Côte d’Ivoire pour rallier Ouagadougou.

Le directeur de cabinet du ministre en charge des transports, Joseph Sawadogo en pleine sensibilisation dans un car-©Faso7

Adossé à son véhicule, cigarette au coin des lèvres, un autre conducteur semble ne pas s’intéresser de son sort. À la question de savoir pourquoi il est serein, la réponse est claire. « Vous voulez que je fasse quoi ? », lance-t-il avant de continuer, « les contrôles, c’est bien, mais ce sont les conducteurs et les passagers qui souffrent. Les patrons sont à Ouagadougou dans le confort de leurs véhicules V8 ».

Néanmoins, certains tentent de s’expliquer. « Mon véhicule est plombé depuis l’usine. Je ne peux pas dépasser 90 km/h. Mais ils ont dit que je n’ai pas le document. Sinon que les contrôles sont bons. Nous-même, on aime ça. Si la vitesse est limitée, il y a moins d’accidents. Tout le monde est content. Ça nous plaît même comme ça », partage Alaye Sawadogo, conducteur d’un bus.

Le temps de notre présence qui a duré un peu plus de 3 heures, ce sont plusieurs dizaines de cars qui ont été arrêtés par l’équipe conjointe du ministère en charge des transports, de l’Office National de Sécurité Routière (ONASER) et du Centre de Contrôle des Véhicules Automobiles (CCVA). Presque toutes les compagnies de transport en commun ont subi le contrôle et les infractions sont aussi variées que multiples. Des sociétés les plus connues au moins connues, le problème se constate et envoie l’équipe « navrée ».

Boîte à pharmacie vide…

Arrêté pour le contrôle de ses papiers, le conducteur d’un bus de transport en commun va laisser l’équipe sans voix. Avec presque tous ses papiers en ordre, il est demandé la boîte à pharmacie pour terminer le contrôle. Le conducteur s’exécute tout confiant. À la demande d’ouvrir la boite pour constater ce qui se trouve à l’intérieur comme kit, le chauffeur donne l’ordre à son apprenti de le faire. Chose que ce dernier s’est empressé de faire. Et là, la surprise. La boite à pharmacie est totalement vide. Même pas un seul comprimé ne s’y trouve. L’équipe éclate de rire et le conducteur maintient sa sérénité. Il sera immobilisé comme ses collègues qui ne sont pas en règle et son cas utilisé comme exemple. Comme quoi, il faut être en règle aussi bien dans la forme que dans le fond !

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Basile SAMA

Faso7

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