Élections aux résultats incontestés : Des conditions préalables à respecter

Organiser des élections présidentielles sans contestation est un défi majeur dans de nombreux pays africains, et le Burkina Faso ne fait pas exception. Souvent, les scrutins deviennent des moments de tension politique, marqués par des contestations des résultats par les candidats perdants et leurs partisans. Lors des assises nationales du 25 mai 2024, il a été décidé que les prochaines élections ne se tiendraient que dans cinq ans au Burkina Faso. Cependant, la question demeure : comment le Burkina Faso peut-il parvenir à organiser des élections présidentielles aux résultats non contestés ?

Pour aborder cette question cruciale, nous avons interrogé deux figures importantes que sont le sociologue Da Sié de Bindouté et Alexandre Sankara du Parti uni pour le renouveau (PUR). Leurs points de vue offrent des perspectives différentes sur la faisabilité de ce défi.

Da Sié de Bindouté exprime un profond scepticisme quant à la possibilité d’organiser des élections présidentielles sans contestation dans un avenir proche au Burkina Faso. Selon lui, plusieurs obstacles se dressent sur ce chemin. Da Sié fait remarquer que la stabilité et la souveraineté du pays sont des conditions sine qua non pour l’organisation d’élections aux résultats non contestés. Pour lui, la situation actuelle du Burkina Faso rend difficile l’organisation de celles-ci. « Quand un pays est stable, il n’y a pas de problème en matière d’élections. Quand un pays est souverain, il n’y a pas de problème en matière d’élections. Quand un pays a les moyens de sa politique, il n’y a aucun problème en matière d’élections. (…) Mais chez nous, on a trop de problèmes », déplore-t-il.

Parlant toujours de la souveraineté, le sociologue soulève la question de l’ingérence de l’occident dans les scrutins africains. « Ils (l’occident, ndlr) vont envoyer des observateurs. Lesquels observateurs vont venir pour dire qu’il y a telles ou telles irrégularités. (..) Si parmi les candidats, il y a un candidat qu’un pays extérieur soutient, ils vont tout faire pour que leurs candidats gagnent ou bien s’il y a un petit problème, ils vont se servir de ça pour dire qu’ils ne reconnaissent pas les élections », dénonce Da Sié.

Le sociologue pointe également du doigt les politiciens eux-mêmes qui ne favorisent pas l’organisation d’élections incontestées. A l’entendre, les politiciens ne sont pas « des leaders responsables », « des patriotes », capables d’insuffler un changement positif pour leurs compatriotes.

Pour finir, Da Sié de Bindouté souligne le manque d’une éducation politique de qualité parmi les Burkinabè. Selon lui, l’éducation politique est fondamentale pour que les citoyens comprennent et acceptent les processus démocratiques. « Le problème est qu’on organise les élections, mais après, il n’y a pas un programme d’éducation pour former la population dans un esprit civique », conclut-il.

L’Optimisme d’Alexandre Sankara

En revanche, Alexandre Sankara du Parti uni pour le renouveau (PUR) se montre plus optimiste. Pour lui, il est possible de surmonter ces obstacles avec une volonté politique forte et des réformes adéquates en s’inspirant d’autres pays de la sous-région tels que le Sénégal et le Ghana et pourquoi pas de l’occident qui a une tradition démocratique.

« Il y a des exemples qui montrent qu’on peut organiser des élections ce matin, et avoir les résultats ce soir à 18h sans qu’il n’y ait de contestation. Il y en a. On doit aller là-bas, s’inspirer et voir comment ils font et venir maintenant l’adapter au système », se convainc-t-il.

Sankara propose également des mesures spécifiques telles que la révision du code électoral et la transparence des financements de campagne pour renforcer la confiance des citoyens dans le processus électoral.

Organiser des élections présidentielles sans contestation au Burkina Faso est un objectif ambitieux qui nécessite des réformes profondes et un engagement collectif. Pour atteindre cet objectif, le Burkina Faso devra travailler sur l’amélioration de l’éducation politique tout en garantissant une transparence totale du processus électoral.

Edwige OUOBA

FASO7

Articles similaires

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Bouton retour en haut de la page