Organisation d’élections au Burkina Faso : Ces nécessaires conditions à remplir

Le Burkina Faso est engagé dans la lutte contre le terrorisme. Cette guerre qui a été imposée au pays, depuis bientôt 10 ans, a rendu plusieurs zones inaccessibles. Les forces de défense et de sécurité engagées dans la reconquête du territoire, avec à leurs côtés les Volontaires pour la Défense de la Patrie (VDP), ont libéré certaines zones. Mais l’organisation d’élections s’avère toujours difficile dans ces conditions. D’où la décision lors des assises nationales de mai 2024, de prolonger la transition de cinq ans. Les autorités ont bon espoir de pouvoir organiser un scrutin avant la fin de cette échéance. Plusieurs conditions devront alors être réunies.

Au regard de la situation sécuritaire, des  opérations de grandes envergures ont été lancées par le président du Faso, le Capitaine Ibrahim Traoré. De nombreuses acquisitions en termes d’équipements militaires sont également réalisées afin de soutenir ces actions offensives. Ces opérations, enclenchées depuis 2022, ont pour objectif de remplir la première condition de la tenue d’élections au Burkina Faso, repère d’un retour à l’ordre constitutionnel.

La reconquête du territoire national à travers la libération des zones toujours sous le joug terroriste et la réinstallation des populations déplacées internes est en effet le principal préalable à toute élection. L’histoire électorale récente du pays le démontre du reste.

Les leçons de 2020

Le 22 novembre 2020, ont eu lieu les élections présidentielles et législatives. Lors de ce double scrutin, dans les villages et départements sous l’hydre terroriste, il n’y a pas eu d’élections. Ainsi, sur 13 649 emplacements prévus, 2 471 n’ont pas été couverts par les équipes de la CENI (Commission électorale nationale indépendante, Ndlr) pour des raisons de sécurité, concernant la révision de la liste électorale. Ces emplacements sont répartis dans 5 régions, 08 provinces et 22 communes. Ces régions sont le Sahel, la Boucle du Mouhoun, le Centre-Nord, le Nord et l’Est.

6 régions totalisant 1 645 secteurs ou villages soit 17, 70 % de taux de couverture n’ont pas pu être couvertes entièrement par l’opération d’enrôlement entreprise en vue de la mise à jour du fichier électoral du fait de l’insécurité, selon l’analyse du Conseil constitutionnel. Sur le cas du déroulement des élections, la CENI n’a pas pu tenir les opérations de vote dans 2 148 bureaux de vote répartis dans les régions de la Boucle du Mouhoun, du Centre Nord, du Centre-Est, de l’Est, du Nord et du Sahel.

En 2024, les régions de la Boucle du Mouhoun, le Nord, le Sahel, le Sud-Ouest, le Centre-Est, le Centre-Nord et l’Est sont les principales régions menacées par le terrorisme et où sont concentrées le maximum des opérations de reconquête, de consolidation et de réinstallation des populations déplacées, menées par les autorités burkinabè.

Tuer le virus du terrorisme, se parler et reformer

La nécessité de cette condition est partagée par certains observateurs. De l’avis de Aimé Nabaloum, directeur de publication du journal d’investigation le Reporter. « Les indicateurs de la démocratie demandent à ce que l’ensemble des citoyens en âge de voter puissent aller voter, chacun dans une circonscription électorale. Est-ce que les Burkinabè peuvent le faire en juin 2024 ? Je dis non, parce que les populations ne sont plus dans leurs circonscriptions électorales. On ne peut pas organiser des élections parce qu’il n’y a pas d’électeurs dans les circonscriptions électorales », a-t-il précisé.

L’analyste politique Hassan Bationo, lui, ajoute deux autres conditions : la fin de la cause originelle du terrorisme et de nécessaires réformes électorales.  « Nous n’allons pas organiser les élections parce que quelqu’un souhaite que les élections soient organisées. Non. Nous allons les organiser lorsqu’on va tuer le virus qui a créé ce tourbillon depuis 2015 », a-t-il dit. Pour lui, la CENI doit être réformée afin de tenir compte de certaines réalités.

Le directeur de publication du Reporter y greffe une troisième condition. La nécessité pour les Burkinabè et l’ensemble des acteurs de se retrouver, de se parler et trouver un consensus.

On retient que l’organisation des élections au Burkina Faso est conditionnée par la reconquête intégrale du territoire national et l’obtention d’un consensus de tous les acteurs autour de réformes afin de trouver ce qui est essentiel pour un Burkina Faso qui répond aux aspirations de ses citoyens.

Articles similaires

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Bouton retour en haut de la page